Ira Cohen
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Ira Cohen (1935-2011) est un poète, éditeur, photographe et cinéaste expérimental américain, figure de l'underground des années 1960-1970.
Biographie
[modifier | modifier le code]Né le 3 février 1935 dans le Bronx, à New York, de parents sourds, Cohen sort diplômé de la Horace Mann School à l'âge de 16 ans et entre à l'Université Cornell, où il suit un cours de Vladimir Nabokov. Il abandonne ses études à Cornell, puis s'inscrit au département des School of General Studies de l'Université Columbia. Il épouse Arlene Bond, étudiante au Barnard College, en 1957. Ils ont deux enfants, David et Rafiqa[1].
En 1961, Ira Cohen embarque sur un cargo yougoslave à destination de Tanger, au Maroc, où il séjourne durant quatre ans. Avant de s'installer à Tanger, il fait un détour par l'Europe, dont la Costa del Sol espagnole où il passe quelque temps chez des amis à Torremolinos. Entre l'Espagne et le Maroc, il effectue de brefs voyages dans des villes européennes, comme Londres, Amsterdam et Paris. À Tanger, Cohen lance Gnaoua, une revue littéraire consacrée à l'exorcisme et aux écrits (prose et poésie) de la Beat Generation, présentant les œuvres de Brion Gysin, William S. Burroughs, Harold Norse, entre autres. En une unique livraison, la revue Gnaoua, imprimée à Anvers au printemps 1964, accueille également des articles sur Jack Smith et de Ian Sommerville. Durant un voyage à Amsterdam, il se lie d'amitié avec Simon Vinkenoog qui devient son traducteur en néerlandais[2].
Cohen produit également à cette époque Jilala, un ensemble d'enregistrements de musique mystique jouée par une secte de derviches marocains, un disque réalisé avec Paul Bowles et Brion Gysin . Le disque vinyle original sort en 1966 chez Trance Records[3] et sera réédité en 1998 par Baraka Foundation/Mystic Fire, en format CD[4].
Cohen retourne à New York après 1965. Il y édite The Hashish Cookbook (Gnaoua Press, 1966), qu'il a co-rédigé à Tanger, sur la suggestion de Brion Gysin, avec sa compagne de l'époque, la peintre Rosalind Schwartz, sous le pseudonyme de « Panama Rose »[2].
Dans son loft du Lower East Side, Cohen expérimente de nouvelles techniques photographiques et crée des « images sur Mylar », conçues comme des « icônes du futur » ou des « mythographes ». Parmi les artistes représentés, figurent John McLaughlin, Ching Ho Cheng (en), William S. Burroughs et Jimi Hendrix, lequel déclara que regarder ces photos donnait l'impression de « regarder à travers des ailes de papillon »[1]. Les photographies sur Mylar les plus diffusées de Cohen sont probablement celles utilisées pour la pochette de l'album Twelve Dreams of Dr. Sardonicus du label Spirit, sorti en 1970 et certifié disque d'or en 1976. Avec ce procédé photographique, Cohen explore tout le spectre lumineux, de l'infrarouge à la lumière noire[1].
En 1968, il réalise le film « fantasmagorique » The Invasion of Thunderbolt Pagoda et produit Paradise Now de Marty Topp, un film figurant la tournée américaine historique du Living Theatre. Inspiré par les films de Kenneth Anger et de Sergueï Paradjanov, il poursuit son travail photographique[1].
Le 31 mai 1970, naît à New York Raphael Aladdin Cohen, son troisième enfant, fils de Jhil McEntyre, sa nouvelle compagne[1].
En compagnie de Petra Vogt, ancien membre du Living Theatre[3], Cohen se rend au Népal au tout début des années 1970 où il développe la collection de poésie « Starstream » au sein de la maison d'édition Bardo Matrix Press[5] basée à Katmandou, codirigée avec Angus MacLise, publiant les œuvres de Charles Henri Ford, Gregory Corso, Paul Bowles. Il y développe des livres d'artiste, collaborant avec des artisans locaux. En 1972, il passe un an à San Francisco à donner des conférences et faire des performances, puis quelques semaines à New York pour organiser des expositions photographiques[6].
Entre de nombreux séjours au Népal, Cohen repasse très souvent par Amsterdam entre 1974 et 1978, où il rencontre Alejandro Jodorowsky puis retrouve Simon Vinkenoog et Eddie Woods (en) qu'il avait connu à Katmandou en 1976, et collabore à Ins & Outs Press (en). Il séjourne dans la communauté artistique de Ruigoord. En 1978, il rencontre la française Caroline Gosselin qui devient sa compagne ; artiste, Gosselin est alors installée dans le quartier amsterdamois du Melkweg.
En 1981, Cohen quitte Amsterdam et retourne à New York, s'installant chez sa mère dans un appartement de l'Upper West Side. En 1982, il épouse Caroline Gosselin ; ils ont une fille, Lakshmi Cohen, avant de divorcer en 1989[1].
Tout au long des années 1980, Cohen continue de voyager, se rendant en Éthiopie, au Japon et de nouveau en Inde, où il réalise un film intitulé Kings with Straw Mats, documentant le grand festival de la Kumbh Mela, le plus grand rassemblement spirituel au monde. Vers la fin de la décennie, Synergetic Press publie On Feet of Gold, un recueil de ses poèmes. Cohen travaille également comme rédacteur pour Third Rail, une revue d'art et de littérature internationale basée à Los Angeles.
Dans les années 1990, Cohen acquiert une forme de reconnaissance internationale grâce à la publication de ses poèmes en Angleterre par Temple Press sous le titre Ratio 3: Media Shamans Along with Two Good Poet Friends, en collaboration avec Gerard Malanga et Angus MacLise. Il présente une exposition intitulée Retrospectacle à l’October Gallery de Londres et participe, aux côtés de William S. Burroughs, Joe Ambrose, Terry Wilson[7] et Hakim Bey, à l’exposition Here To Go à Dublin en 1992, qui rendait hommage à Brion Gysin[8].
Les années 1990 furent également marquées par des collaborations avec les musiciens et compositeurs Sylvie Degiez et Wayne Lopes, donnant naissance à Cosmic Legends, une troupe de théâtre musical et d'improvisation. Cette collaboration aboutit à la première mondiale d’Orpheo d’Angus MacLise, mise en scène et créé à The Kitchen NYC. Durant les vingt années suivantes, Cohen reste un collaborateur régulier de Cosmic legends, aux côtés de Judith Malina et Rashied Ali, entre autres[9].
En 1994, le label Sub Rosa Records publie le premier CD de Cohen, The Majoon Traveller, qui inclue des œuvres de Don Cherry, Ornette Coleman et Cheb i Sabbah (en).
Dans les années 2000, Cohen donne plusieurs conférences à New York, notamment en collaboration avec le groupe musical Sunburned Hand of the Man.
Il participe à la Biennale du Whitney Museum de 2006, Day For Night, avec deux de ses photographies sur transparent rétroéclairées. En 2007, trois de ses performances ont lieu, à New York, Londres et Zurich, alliant musique, photographie et projections.
Ira Cohen meurt à New York le 25 avril 2011, à la suite d'une insuffisance rénale[10].
Œuvre
[modifier | modifier le code]Écrits publiés de son vivant
[modifier | modifier le code]- [Panama Rose], The Hashish Cookbook, éditeur, ill. par Rosalind Schwartz, New York, Gnaoua Press, 1966.
- Seven Marvels, Katmandou, Bardo Matrix, 1975.
- Poems from the Cosmic Crypt, Katmandou, Bardo Matrix & Kali Press, 1976.
- From the Divan of Petra Vogt, Rotterdam, Cold Turkey Press, 1976.
- Gilded Splinters, Katmandou, Bardo Matrix, 1977.
- The Stauffenberg Cycle and Other Poems, Heerlen (P.-B.), Uitgeverij 261, 1981.
- Media Shamans Ratio 3, avec Gerard Malanga et Angus MacLise, Londres, Temple Press, 1991.
- On Feet of Gold, Londres, Synergetic Press, 1986.
- Minbad Sinbad, Bruxelles, Didier Devillez, 1998.
- Poems from the Akashic Record, New York, Goody, 2001.
- Chaos and Glory, Salt Lake City, Elik Press, 2004.
- Whatever You Say May Be Held Against You, Shivastan Press, 2004.
- God's Bounty, Salt Lake City, Elik Press, 2008.
Filmographie
[modifier | modifier le code]Notes et références
[modifier | modifier le code]- 1 2 3 4 5 6 (en) Douglas Martin, « Ira Cohen, an Artist and a Touchstone, Dies at 76, nécrologie », in: The New York Times, 2 mai 2011.
- 1 2 (en) « Gnaoua », in: From A Secret Location.
- ↑ (en) Jilala, notice item, sur beatbooks.com.
- ↑ (en) « Jilala », base Discogs.
- ↑ (en) « Bordo Matrix », notice bibliographique sur Verdant Press.
- ↑ (en) « Ira Cohen: psychedelic photography master - in pictures », in: The Guardian, 13 mai 2011.
- ↑ (en) James Riley, Totally Cut: An Interview with Terry Wilson, White Hot Magazine, 12 mars 2026.
- ↑ (en) « Here To Go Show - Posters / Items », Mining For Burroughs.
- ↑ (en) Site officiel de Cosmic Legends, archives en ligne
- ↑ (en) The New York Times, 29 avril 2011.
- ↑ Notice, base IMDB.
- ↑ Notice, base IMDB.
- ↑ Notice, base IMDB.
- ↑ Notice, catalogue MUBI.
Liens externes
[modifier | modifier le code]- Archives conservées par : bibliothèque Beinecke de livres rares et manuscrits (beinecke.iracohen)
- Ressources relatives aux beaux-arts :
- Ressources relatives à la musique :
- Ressources relatives à l'audiovisuel :
- Ressource relative à la littérature :
- Naissance en février 1935
- Naissance dans le Bronx
- Étudiant de l'université Cornell
- Écrivain américain du XXe siècle
- Poète américain du XXe siècle
- Écrivain voyageur américain
- Photographe américain du XXe siècle
- Réalisateur américain
- Réalisateur de film expérimental
- Beat Generation
- Personnalité liée à Tanger
- Décès en avril 2011
- Décès à Manhattan
- Décès à 76 ans
