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Brion Gysin

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Brion Gysin
BERJAYA
Portrait photographique de Brion Gysin (1957), par Carl Van Vechten.
Biographie
Naissance
Décès
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John Clifford Brian GysinVoir et modifier les données sur Wikidata
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BERJAYA
Plaque commémorative.

Brion Gysin est un artiste performer, un poète, un écrivain et un peintre américano-canadien né le à Taplow, Buckinghamshire et mort le à Paris.

Origines et jeunesse

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Né au Royaume-Uni, John Clifford Brian Gysin est le fils d'un couple canadien : sa mère, Stella Margaret Martin, est née à Deseronto ; son père, Leonard Gysin, est militaire, capitaine au Corps expéditionnaire canadien, qui meurt au combat, sur le front français huit mois après sa naissance. Le jeune Gysin vit au Canada aux côtés de sa mère jusqu'à ses quinze ans. Puis il part en Angleterre, à Downside (comté de Surrey) pour y étudier. Il y fait des études d'histoire puis poursuit ses études à Paris, et s'inscrit à la Sorbonne[1]. Dans la capitale française, il fréquente le Tout-Paris littéraire et artistique. Il s'adonne à l'écriture poétique et se lance avec assiduité dans la peinture. A dix-neuf ans, il vit sa première grande émotion de peintre, mais c'est une émotion négative. Il lui est offert l'opportunité d'exposer à la galerie parisienne des Quatre Chemins avec le groupe des surréalistes. Il y expose quelques-unes de ses œuvres dont des encres et une peinture représentant André Breton avec une tête de veau surmontée d'une perruque. Le jour du vernissage, il découvre que ses œuvres ont été décrochées sur ordre de Breton, offensé. Très marqué par cette affaire, Gysin y reviendra souvent dans ses conversations, se qualifiant d'« artiste décroché »[2].

De New York à Tanger

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De 1940 à 1949, Brion Gysin vit à New-York où il crée des costumes pour des comédies musicales, à Broadway. En 1945, il est naturalisé américain, sous le nom de Brion Gysin. À la fin de la décennie, il retourne en France[3].

Durant l'été 1950, l'écrivain américain Paul Bowles, déjà installé au Maroc, l'invite à Tanger[4]. Séduit par le pays et par la ville, Gysin décide de s'y installer. Il ouvre un restaurant dans le quartier du Marshan, sur les hauteurs de Tanger, établissement qu'il nomme Les Mille et une nuits, et qu'il décore lui-même. L'endroit devient très vite un lieu très fréquenté par les amoureux de la ville du détroit de Gibraltar, où se produisent régulièrement des musiciens, des danseurs, voire des cracheurs de feu.

Paris-Tanger-Paris

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En 1958, Brion Gysin abandonne la gestion de son restaurant du Marshan puis rentre en Europe. Suivant les conseils de son ami William Burroughs, Gysin s'installe à Paris, dans l'hôtel du couple Rachou, surnommé plus tard le « Beat Hotel », de la rue Gît-le-Cœur[5] qu'Allen Ginsberg vient de quitter mais où résident encore Burroughs, Gregory Corso et d'autres membres de la mouvance beat. Burroughs rend souvent visite à Gysin dans sa chambre où celui-ci peint et s'adonne à des expérimentations artistiques. Ils sont l'un et l'autre homosexuels. Ils n'entretiennent pas entre eux de relations intimes mais, artistiquement, ils sont en totale symbiose. C'est dans l'un de ces moments de partage que Gysin présente à son ami sa dernière découverte, la technique du « cut-up » . Cette pratique consiste à découper au cutter des feuilles de papier journal qui se trouvent en dessous de la feuille de dessin qu'il est en train de découper, procédé qui ne va pas sans rappeler Tristan Tzara, qui décrit cette technique dans son Dada manifeste sur l'amour faible et l'amour amer (1921)[6].

Subjugué par cette découverte, Burroughs en fait une grande utilisation. Gysin a aidé Burroughs à l'édition de plusieurs de ses romans, et a écrit un manuscrit pour une version cinématographique du Festin Nu - The Naked Lunch - mais qui n'a jamais été produite. Les deux ont collaboré sur un grand manuscrit pour Grove Press intitulée The Third Mind mais il s'est avéré qu'il serait impossible de l'éditer tel quel : c'est Flammarion qui le publie en 1976, en une version light. Le livre édité à New York en 1978 inclut en définitive peu de du matériel original. Gysin a aussi développé le procédé qu'il a appelé « poèmes permutés », dans lesquels quelques mots ou une formule est répétée plusieurs fois, avec les mots réarrangés dans un ordre différent à chaque réitération. Le plus célèbre de ses poèmes permutés est la tautologie, I am that I am dont il a donné la permutation dans un ouvrage publié par Something Else Press aux États-Unis. Plusieurs de ces permutations ont été produites à l'aide d'un générateur aléatoire informatique programmé par Ian Sommerville. Il a également expérimenté avec la permutation d'enregistrements sur bande magnétique, en découpant et recollant ensemble les bruits d'un pistolet enregistrés à différentes amplitudes dans le studio de la BBC, produisant le Pistol Poem. Cet enregistrement a été plus tard employé comme thème en 1960 pour la performance parisienne au « Domaine Poétique », où furent visibles et audibles les travaux expérimentaux de personnes comme Gysin, François Dufrêne, Bernard Heidsieck et Henri Chopin. Il a également travaillé avec le saxophoniste jazz Steve Lacy.

Au début des années 1960, il construit, avec Ian Sommerville, la Dreamachine, un dispositif censé être regardé avec les yeux fermés.

En 1968, Brion Gysin est présent au Maroc au moment de la visite des Rolling Stones à Tanger et à Marrakech. Un jour, Gysin propose à Brian Jones de se rendre avec lui à une fête musicale et mystique au village de Jajouka dans le Rif[7]. Brian Jones se laisse envoûter par la musique sacrée de ces flûtistes virtuoses, ce qui le conduira l'année suivante à enregistrer un album devenu mythique avec les musiciens de Jajouka.

Entre 1983 et 1985, il a enregistré un album avec le musicien français Ramuntcho Matta. On l'y entend chanter et rapper ses propres textes sur des musiques composées par Ramuntcho Matta, avec la participation de Don Cherry, Elli Medeiros, Steve Lacy, Lizzy Mercier Descloux, Caroline Loeb etc.

Les revues d'avant-garde ont beaucoup publié Brion Gysin tout au long de sa vie. En France, la revue Luna-Park a publié des dessins et textes de Brion Gysin, et y ont paru des chapitres inédits en français de son dernier roman, The Last Museum, dans une traduction de Sylvie Durastanti.

Son abondante œuvre graphique a été souvent exposée notamment au Musée d'art moderne de Bruxelles et à la Fondation nationale des arts graphiques et plastiques en 1980 (exposition Écritures).

Il meurt des suites d'un cancer du poumon le dans son appartement du 135 de la rue Saint-Martin, situé en face du Centre Pompidou qu'il a abondamment photographié. Lors d'une émission de télévision en France, peu après son décès, William Burroughs, interviewé par Frédéric Mitterrand, déclare que Brion Gysin était le seul homme qu'il ait jamais respecté[8].

Postérité

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En 1993, durant la biennale de Lyon Marc Dachy présente Et tous ils changent le monde, incluant sa Dreamachine.

Une biographie lui a été consacrée par John Geiger en 2005, parue chez Disinformation, ainsi qu'une importante monographie en 2003 publiée chez Thames and Hudson et signée José Ferez Kuri.

Distinctions

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Écrits publiés de son vivant

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  • To Master, a Long Goodnight: The Story of Uncle Tom, a Historical Narrative, biographie de Josiah Henson, New York, Creative Age Press, 1946.
  • Minutes to Go (avec Sinclair Beiles, William S. Burroughs, Gregory Corso), Paris, Two Cities Editions, 1960.
  • The Exterminator (avec Burroughs), San Francisco, The Auerhahn Press, 1960.
  • The Process, roman, New York, The Overlook Press, 1969 ; trad. en français : Désert dévorant, Flammarion, 1975.
  • Brion Gysin Let the Mice In (avec Burroughs, Ian Sommerville, Jan Herman), West Glover, Something Else Press, 1973.
  • Le Colloque de Tanger (avec Burroughs et Gérard-Georges Lemaire), Paris, Christian Bourgois, vol. 1, 1976 ; vol. 2, 1979.
  • Œuvre croisée (avec Burroughs), Paris, Flammarion, juin 1976 ; rééd. sous le titre The Third Mind, New York, Viking Press, 1978.
  • Roller Poem, Anvers, Guy Schraenen, 1977.
  • Here To Go: Planet R-101, entretiens avec Terry Wilson, préf. de Burroughs, contrib. de Throbbing Gristle, San Francisco, Re/Search Publications, 1982.
  • Beat Museum-Hotel. Ch. 2, Oakland, Inkblot, 1982.
  • Légendes de Brion Gysin, Montpellier, Gris banal, 1983.
  • Stories, Oakland, Inkblot, 1984.
  • Morocco Two, Oakland, Inkblot, 1986.
  • Dreamachine Plans, Denver, OV Press, 1986.
  • The Last Museum, roman, couv. de Keith Haring, Londres, Faber and Faber / New York, Grove Press, été 1986.

Œuvre graphique

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  • Les deux faux interlocuteurs ; Gradiva Rediviva Zoe Bertgang ; Signe dans le paysage, dessins surréalistes à l'encre, 1935.
  • Sahara Sand, 1958.
  • The Songs of Marrakech, 1959.
  • Unit II pink, Unit III yellow, Unit IV orange, Unit V blue, 1961.
  • Francis in the Beat Hotel, 1962.
  • For a Stained-Glass Window in Rheims, 1963.
  • Time. The weekly newsmagazine (avec Burroughs), 4 dessins, New York, C' Press., 1965.
  • The Last Museum / Le Dernier Musée, série de photographies, 1977 — Centre Pompidou[9].
  • Calligraffiti of Fire, Paris, Galerie Samy Kinge, 1986.

Productions radiophoniques

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  • Pistol Poem (1960)
  • Permutations (1960)
  • I Am (1960)
  • No Poets (1962)
  • Junk is No Good Baby (1962)

Principales revues auxquelles Gysin a collaboré :

  • Yugen, New York, Totem Press, 1962-?
  • Evergreen Review, 1964-?
  • Gnaoua, Anvers/Tanger, Ira Cohen (éd.), no 1, été 1964.
  • Signals. Newsbulletin, Londres, oct.-nov. 1964.
  • The Insect Trust Gazette, éd. Jed Irwin, 1964.
  • Mother: A Journal of New Literature, New York, 1965.
  • Intrepid, New York, 1967-1978.
  • IT, Londres, 1967.
  • Kontexts, 1970.
  • Soft Need, 1973-1977.
  • Radium 226.05 Magazine, Göteborg, 1986.

Varia & musique

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  • Jilala, avec Ira Cohen, 33 tours, New York, Transe Records, 1966.
  • Songs, avec Steve Lacy, Paris, Label hat ART, janvier 1981.
  • Ramuntcho Matta Presents Brion Gysin / Polo Lombardo, Label Mosquito, 1985.

Notes et références

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  1. Barry Miles, Beat Hotel, éditions Le Mot et le Reste, 2011, p.166.
  2. Marc Boisseuil et François de Palaminy, Evocation de Brion Gysin, Tanger, éd. Khbar Bladna, 2013, p. 10.
  3. (en) « Brion Gysin collection », archives de des Emory Libraries.
  4. Barry Miles, Beat Hotel, op. cit., p. 169.
  5. Barry Miles, Beat Hotel, op. cit., p. 170.
  6. Tristan Tzara, « Dada manifeste sur l'amour faible et l'amour amer », La Vie des lettres n° 4, , p. 5 (lire en ligne)
  7. Stéphane Koechlin, Brian Jones, éditions Le Castor Astral, 1998, p. 138.
  8. Du côté de chez Fred, Antenne 2, 1990.
  9. « Le Dernier musée », de Brion Gysin, Focus Expositions / Collections, Centre Pompidou.

Bibliographie

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Articles connexes

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Liens externes

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