Automates et statues merveilleuses dans l’Alexandrie antique
par Hélène Fragaki
« Douris nie que Lysippe de Sicyone ait été l’élève de quiconque : c’est dans une réponse du peintre Eupompos qu’il aurait trouvé une raison d’oser. En effet, celui-ci, à qui on demandait lequel de ses prédécesseurs il suivait, dit, en montrant la foule des hommes, qu’il faut imiter la nature, non un artiste 1. »
Cette citation de Pline, qui introduit la présentation des oeuvres du célèbre sculpteur sicyonien, est complétée par une autre phrase du même auteur :
[ Lysippe]… disait couramment que les Anciens représentaient les hommes tels qu’ils sont, lui tels qu’ils semblent être 2. »
Ces deux remarques reflètent non seulement l’orientation esthétique de Lysippe, mais aussi les nouvelles tendances spirituelles et artistiques de son époque. En effet, l’activité du sculpteur, qui se développe essentiellement pendant la seconde moitié du ive siècle av. J.-C., coïncide avec la fin de l’époque classique et marque un véritable tournant dans l’art grec. Les innovations téméraires de cet artiste rompent avec la tradition des siècles précédents et annoncent les caractéristiques de la sculpture hellénistique. Le témoignage de Pline le montre clairement : représenter la nature revient désormais à rendre avec précision ce qui est perçu par les spectateurs plutôt que ce qui existe réellement. C’est en exploitant les artifices de la perception que l’on essayera de reproduire le monde extérieur en faisant croire que son astucieux simulacre est réel. Cette recherche se manifeste par l’illusionnisme qui s’impose à cette époque dans tous les domaines artistiques 3. Poussée à l’extrême
1. Pline, Histoire Naturelle, XXXIV, 62 ; Moreno 1973, p. 20-21, 35, 61-68 ; Moreno 1995, p. 19-20 ; Rolley 1999, p. 323, 345-347. 2. Pline, Histoire Naturelle, XXXIV, 37 ; Moreno 1973, p. 5-8, 41-43, 138-143 ; Pollitt 1986, p. 47-48 ; Rolley 1999, p. 347. 3. En ce qui concerne la sculpture, voir Kunze 2002, en particulier p. 229-239 ; Zanker 2004. À propos de la volonté humaine d’imiter le vivant, voir Campiano 1994, p. 624-626, 633.




















