Ndombolo
Le ndombolo est une danse congolaise apparue à Kinshasa au milieu des années 1990. Initialement, il se désigne une séquence chorégraphique accompagnée d'un cri d'animation exécutée au cours des génériques de la rumba congolaise vers la fin de la décennie. L'origine du ndombolo, sa diffusion ainsi que l'identité de ses principaux créateurs font l'objet de débats parmi les chroniqueurs de la musique congolaise, les musiciens et les témoins de l'époque.
Par extension, le terme ndombolo a parfois été employé, notamment par les médias internationaux, pour désigner l'ensemble de la rumba congolaise dansante produite depuis les années 1990. Cette acception demeure toutefois contestée par plusieurs acteurs du milieu musical congolais, pour lesquels le ndombolo ne constitue pas un genre musical autonome, mais une danse populaire issue de la rumba[1].
Étymologie
[modifier | modifier le code]L'étymologie du mot ndombolo demeure mal documentée dans les sources écrites ("nain avec des jambes cassées", "singe" et autres)[2],[3], mais plusieurs témoignages d'acteurs de la scène musicale kinoise en proposent une interprétation.
Selon le guitariste Japonais Maladi, ancien membre de l'orchestre Station Japana, le terme ndombolo désignerait, dans l'argot, une variété de cannabis particulièrement puissante[4]. Dans le langage urbain de Kinshasa, l'herbe est également nommé « noix ».
Cette interprétation concorde avec les récits attribués à Alain Biongo, actuellement animateur de Zaïko Langa Langa, qui rapporte que l'appellation serait née au cours de répétitions musicales du groupe local Promise Musica durant lesquelles l'énergie et l'excitation manifestées par certains danseurs auraient suscité une comparaison humoristique avec l'état provoqué par la consommation de ndombolo.
Histoire
[modifier | modifier le code]Contexte d'apparition
[modifier | modifier le code]L'émergence du ndombolo intervient dans un contexte de renouvellement des pratiques chorégraphiques de la rumba congolaise au milieu des années 1990.
Depuis les décennies précédentes, la musique congolaise moderne s'était accompagnée de danses spécifiques telles que le kwasa-kwasa, le cavacha, le madiaba, mayeno (mayebo) ou encore diverses chorégraphies associées aux chansons des orchestres populaires. L'apparition du ndombolo s'inscrit dans cette tradition d'innovation permanente des pratiques dansées. Plusieurs témoignages situent sa naissance au sein de Promise Musica, une formation musicale formée vers la fin des années 1980 à Kinshasa[5],[6], fréquentée notamment par Bouro Mpela, son cousin Séguin Mignon, Alpatchino (ensuite membre de Chic Choc Loyenge), Éric Ndombasi, Mboshi Lipasa, Coréen Polystar, Alain Biongo ainsi que, ponctuellement, Tutu Callugi, alors membre de Wenge Musica[7].
Création
[modifier | modifier le code]Selon les récits les plus fréquemment cités, les premières formes du ndombolo auraient été élaborées collectivement par Bouro Mpela, Séguin Mignon et Éric Ndombasi.
Les trois artistes auraient développé une série de mouvements reposant sur des oscillations accentuées du bassin, des déplacements rapides des jambes et diverses postures destinées à renforcer l'expressivité corporelle des génériques.
Éric Ndombasi est parfois crédité pour l'introduction de certains mouvements initiaux, tandis que Bouro Mpela est régulièrement associé à l'élaboration de la figure appelée « équerre », posture chorégraphique consistant à former une géométrie particulière du corps rappelant, selon ses propres descriptions, la structure d'une table[6]. Son objectif était également d'imiter les postures des judokas, ainsi que celles du macaque[8].
Par la suite, cette figure aurait été enrichie par plusieurs éléments complémentaires : des rotations du corps à 180 degrés, des gestes ondulatoires parfois désignés comme le « serpent », des séquences inspirées des danses urbaines pratiquées par les jeunes de Kinshasa et diverses variantes adaptées aux prestations scéniques.
Les témoignages disponibles convergent vers l'idée d'un processus de création collectif plutôt que vers l'attribution exclusive de la danse à un seul individu.
Animation
[modifier | modifier le code]L'une des caractéristiques du ndombolo réside dans l'association étroite entre la danse et les cris d'animation. Selon plusieurs acteurs de l'époque, Alain Biongo aurait été parmi les premiers à structurer une animation articulée autour de la répétition du mot ndombolo[6] :
« Ndombolo eh ! Ndombolo mama ndombolo ! »
Cette formule était destinée à accompagner les danseurs lors des séquences de générique. Quelques temps plus tard, Tutu Callugi aurait proposé une version plus développée, faisant référence à plusieurs danses ayant connu du succès dans l'univers musical traditionnel, telles que le kebo et nzango, ainsi que des danses qui ont précédé le ndombolo, notamment Kitisela lancée par Radja Kula et son Station Japana[6] :
« Ndombolo, eh, ndombolo ah ndombolo, kala tobinaki kebo na nzango, ah, kala tobina kitisela, tozonga na nzitutala, nzitu tambula malembe… »
Une séquence en lingala peut être traduite ainsi :
« Autrefois, nous dansions le kebo avec le nzango, ah ! Autrefois, nous dansions le kitisela… »
Diffusion
[modifier | modifier le code]La diffusion du ndombolo auprès du grand public est généralement associée à son introduction au sein de Wenge Musica en 1996. Tutu Callugi, membre du groupe depuis 1993, y a présenté sa version développée de l'animation, tandis que la popularité du groupe contribua à assurer une large visibilité à la danse[9],[10].
À partir de cette période, le ndombolo fut progressivement repris par de nombreux ensembles congolais, parmi lesquels Big Stars de Defao, Zaïko Langa Langa (dans l'album Backline Lesson One) et Empire Bakuba (Merci Maman et Full Option). Le succès rencontré par le générique Ndombolo, issu dans l'album Feux de l'amour de JB Mpiana sorti en 1997 et animé par Callugi, participa énormément à la consolidation de cette appellation dans l'espace musical congolais[6],[10].
Parallèlement, Mboshi Lipasa et Bouro Mpela, ayant intégré Quartier Latin International, introduisirent la danse au sein du groupe. Le générique Loi, paru dans l'album éponyme de Koffi Olomide en novembre 1997, propulsera le ndombolo au niveau international[11]. Chaque orchestre développa des adaptations particulières, intégrant le ndombolo à son propre répertoire chorégraphique et à ses dispositifs d'animation.
D'autres artistes choisirent cependant de ne pas adopter cette danse. Papa Wemba, notamment, demeura attaché aux chorégraphies développées au sein de ses propres ensembles et privilégia des créations spécifiques plutôt qu'une intégration systématique des innovations populaires[12].
Débats sur la paternité
[modifier | modifier le code]L'attribution de la création du ndombolo demeure l'objet de discussions parmi les chroniqueurs spécialisés.
Tutu Callugi est fréquemment présenté comme son principal vulgarisateur en raison de son rôle dans la diffusion de l'animation au sein de Wenge Musica. Japonais Maladi attribue la paternité de la danse au groupe Station Japana de Radja Kula[4]. Bouro Mpela est généralement reconnu pour sa contribution à l'élaboration de plusieurs figures devenues emblématiques de la danse, dont il s'est auto-proclamé « le roi »[13]. Éric Ndombasi, Séguin Mignon, Alino Biongo et Mboshi Lipasa sont également mentionnés comme participants au processus de création[6].
Le manque de sources écrites émanant directement des acteurs de cette histoire complique l’établissement d’une chronologie définitive. L’histoire du ndombolo repose ainsi essentiellement sur des témoignages oraux recueillis auprès des musiciens qui en ont été les protagonistes.
Influence
[modifier | modifier le code]Le succès du ndombolo transforma profondément les pratiques chorégraphiques de la rumba congolaise à partir de la seconde moitié des années 1990. Son ascension contribua, de manière officieuse, à la diminution de la visibilité du soukous, sous-genre de la rumba congolaise.
Des artistes associés au soukous, tels qu'Aurlus Mabélé, Dany Engobo ainsi que d'autres musiciens congolais installés en Afrique centrale ou en Europe, intégrèrent progressivement certaines pratiques chorégraphiques issues du ndombolo à leurs productions.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Manda Tchebwa, « N'Dombolo: the identity-based postulation of the post-Zaïko generation », sur Africultures, (consulté le )
- ↑ Présence Africaine, Editions du Seuil, (lire en ligne)
- ↑ (en) New African, IC Magazines Limited, (lire en ligne)
- 1 2 [vidéo] « Histoire de la danse congolaise, Ndombolo épisode 2, le rythme de la guitare », Lukeni Ngaliema, , 8:44 min (consulté le )
- ↑ Transparence, « Musique: Tutu Calludji géniteur de la célèbre danse des années 90 », sur La Transparence, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 Archos, « COMING SOON THE ORIGIN OF NDOMBOLO », sur CongoVibes, (consulté le )
- ↑ « RDC : les performances vocales du chanteur Alpatshino saluées 17 ans après sa disparition », sur ACP, (consulté le )
- ↑ [vidéo] « Histoire de la danse congolaise, Ndombolo episode 1 », Lukeni Ngaliema, , 16:50 min (consulté le )
- ↑ « Musique : qu’est-ce que le clan Wenge, pionnier de la danse Ndombolo ? », sur BBC News Afrique, (consulté le )
- 1 2 « JB Mpiana, du ndombolo à la danse du cheval », sur RFI Musique, (consulté le )
- ↑ Adjuvant Kribios-Kauta, « 13 albums paraphés par des trophées majeurs et des concerts historiques : la décennie 90 de Koffi Olomidé » [« 13 albums marked by major trophies and historic concerts: Koffi Olomidé's 90s decade »], sur Kribios Universal, (consulté le )
- ↑ [vidéo] « LES ASSISES DE PAPA WEMBA 1999 », IGWEJUNIOR1030, , 93:52 min (consulté le )
- ↑ « Bouro Mpela vai actuar na casa dos artes do Zango e no Palácio de Ferro em Luanda. », sur wizi-kongo.com (consulté le )
