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Marché de Sertius

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Marché de Sertius
Macellum Sertii Thamugadense
BERJAYA
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Le marché de Sertius (en latin : Macellum Sertii Thamugadense) est un macellum romain situé dans la ville antique de Timgad, dans l'actuelle wilaya de Batna, en Algérie. Implanté à proximité du Capitole et du decumanus maximus, il occupe une place importante dans le secteur monumental central de la cité. Il fait partie du site archéologique de Timgad, inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1982.

Construit au cours du premier quart du IIIe siècle, probablement sous les Sévères, le marché est financé par le notable Marcus Plotius Faustus et son épouse Cornelia Valentina Tucciana. De nombreuses inscriptions honorifiques les mentionnant ont été retrouvées sur l'édifice. Cette documentation épigraphique est à l'origine de l'appellation moderne de « marché des Sertii » donnée au monument. Les textes conservés témoignent du rôle joué par les élites municipales dans le financement et l'embellissement des équipements publics de la cité.

L'édifice adopte le plan caractéristique des marchés romains, organisé autour d'une vaste cour centrale entourée de portiques et de boutiques. Son architecture comprend notamment une entrée monumentale précédée d'une cour trapézoïdale, un bassin central, un hémicycle méridional comportant sept chambres rayonnantes ainsi qu'une annexe située à l'ouest. Les boutiques conservent plusieurs étals de pierre destinés à l'exposition des marchandises, offrant un témoignage rare sur l'organisation du commerce dans les provinces africaines de l'Empire romain.

Le marché connaît plusieurs campagnes de restauration au cours de l'Antiquité tardive, comme l'attestent les remaniements architecturaux, les matériaux de remploi et une inscription mentionnant le gouverneur Publilius Caeionius Caecina Albinus dans la seconde moitié du IVe siècle. Certaines parties du décor, notamment les consoles sculptées de l'hémicycle, présentent des influences artistiques gréco-byzantines révélatrices de ces transformations tardives.

Dégagé lors des fouilles entreprises à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, le marché de Sertius est aujourd'hui considéré comme l'un des ensembles commerciaux les mieux conservés de l'Afrique romaine. Ses vestiges, ses inscriptions et ses installations marchandes enrichissent l'étude de l'architecture commerciale, de l'économie urbaine et de la vie municipale dans les cités romaines d'Afrique du Nord.

Localisation et contexte urbain

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Situation de Timgad

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La cité de Timgad est implantée sur les contreforts septentrionaux du massif de l'Aurès, dans une zone de transition entre les montagnes et les plaines de l'intérieur de la Numidie[B 1]. Elle occupe un emplacement largement ouvert, situé à proximité des principaux axes naturels de circulation reliant les hautes terres aurésiennes aux régions de plaine, dans un secteur qui revêt une importance stratégique particulière durant l'époque romaine[B 1].

La fondation de la colonie s'inscrit dans une politique de contrôle militaire et d'organisation territoriale menée par le pouvoir romain[B 2]. Établie au pied de l'Aurès, la ville est conçue comme un point d'appui destiné à surveiller les voies d'accès vers les régions montagneuses et à encadrer les populations montagnardes de la région[B 2]. Cette vocation défensive et administrative se reflète dans son urbanisme, caractérisé par un plan orthogonal inspiré du camp militaire romain et renforcé par une enceinte de protection[B 3].

Au sein de l'Empire romain, Timgad est un exemple caractéristique des colonies de droit romain fondées en Afrique du Nord[B 4]. Sa position, à la jonction des espaces montagneux et des zones de plaine, favorise son développement comme centre urbain régional et son intégration aux dispositifs administratifs, militaires et territoriaux de l'Afrique romaine[B 5].

Situation dans la ville antique

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Plan de Timgad indiquant rues, monuments et principaux édifices numérotés.
Localisation du marché de Sertius au centre-ouest du site (élément 44, en violet).

Le marché de Timgad occupe un emplacement majeur dans le tissu urbain de Timgad, à proximité immédiate du Capitole et du decumanus maximus[B 6],[1],[2]. Le monument s'élève le long de la voie dite « voie du Capitole »[N 1], axe reliant la place du temple capitolin à l'arc de Trajan[B 7]. Sa construction modifie sensiblement le tracé régulier de cette rue, qui se rétrécit progressivement en direction du decumanus[B 6].

L'implantation du macellum s'adapte à la topographie du secteur et à l'obliquité du decumanus maximus[B 8]. La place dallée précédant l'entrée principale adopte ainsi une forme trapézoïdale destinée à corriger les irrégularités de l'espace urbain[B 8]. La pente de la rue impose également l'aménagement de plusieurs marches permettant de compenser la différence de niveau entre la chaussée et l'esplanade du marché[B 8].

Le complexe commercial s'insère dans un environnement monumental particulièrement dense[B 9]. Le portique antérieur du marché communique avec une terrasse dominant le decumanus, tandis qu'un passage latéral permet de contourner l'édifice par l'ouest[B 9]. Cette organisation facilite la circulation du public autour du monument et relie le macellum aux principaux axes de circulation de la ville[B 10].

Le marché est également associé à un second édifice de dimensions plus réduites, aménagé le long de son côté occidental[B 11]. Cette construction, traditionnellement désignée comme une annexe du macellum, communique directement avec la terrasse et le decumanus[B 12].

Histoire de la cité

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La fondation de Timgad remonte à l'an 100, sous le règne de Trajan, qui établit dans cette région une colonie romaine placée sous l'autorité de la Troisième légion Auguste et de son légat Lucius Munatius Gallus[3],[4]. Implantée à 21 km de Lambèse, sur la route reliant cette dernière à Theveste, la cité s'établit sur une vaste plaine en altitude dominée par les reliefs de l'Aurès et du mont Bou Arif. Cette localisation lui confère une fonction stratégique essentielle dans le contrôle des passages menant vers les zones montagneuses voisines[5]. Son appellation officielle, colonia Marciana Traiana Thamugadi, rend hommage à Marciana, sœur de Trajan, tout en conservant sous la forme Thamugadi le nom indigène préexistant[4]. Grâce à des conditions naturelles favorables et à l'abondance des ressources en eau, notamment celles provenant de la source d'Aïn Morris, la colonie bénéficie rapidement d'un essor agricole et urbain significatif[6],[7].

Au cours du Haut-Empire, Timgad s'impose comme l'une des principales cités civiles de Numidie, se distinguant de Lambèse dont la vocation demeure essentiellement militaire[8]. Cette prospérité profite de la stabilité instaurée par la Pax Romana, qui favorise l'intégration des populations locales romanisées aux institutions municipales et administratives romaines[9]. La ville se dote de nombreux équipements monumentaux : le forum, le théâtre, le marché, le Capitole, les temples et les thermes. Son économie repose sur un terroir productif associant culture céréalière, oléiculture, élevage et exploitation des ressources forestières[10],[11]. Sous Antonin le Pieux, puis durant le IIe siècle et les premières décennies du IIIe siècle, plusieurs campagnes d'embellissement et de modernisation sont entreprises : réaménagement du forum, restauration de la curie, amélioration du réseau viaire et édification de nouveaux monuments, dont l'Aqua Septimiana et le temple des eaux[12]. Au début du IIIe siècle, la population de la ville est estimée à environ 15 000 habitants[13].

À partir du IIIe siècle, et plus encore au IVe siècle, Timgad s'affirme comme un centre chrétien de premier plan en Numidie. L'existence d'un évêché y est attestée dès le IIIe siècle, et l'évêque Novatus figure parmi les participants au concile de Carthage de 256[14],[15]. Au fil du temps, plusieurs édifices cultuels y sont construits, notamment des basiliques, des chapelles, des baptistères, des oratoires ainsi qu'un monastère[15]. La cité devient l'un des principaux foyers du donatisme en Numidie. En 388, l'évêque donatiste Optatus de Timgad a une grande influence religieuse et politique avant d'être arrêté à la suite de la défaite de Gildon[16]. Lors de la conférence de Carthage de 411, la ville est représentée simultanément par un évêque catholique et un évêque donatiste[16].

À partir de la fin de l'Antiquité, Timgad connaît un déclin progressif lié aux bouleversements politiques et militaires de la région. Après avoir intégré le royaume des Vandales, la cité subit les incursions maures ; elle semble avoir été prise puis évacuée au plus tard en 484, sans être totalement abandonnée[17],[18]. La reconquête byzantine marque un renouveau dans son histoire : en 539, le patrice Solomon restaure la ville et fait édifier le fort byzantin, dont les vestiges sont visibles aujourd'hui[15],[19]. Malgré le recul du centre urbain antique, une présence humaine et religieuse est attestée aux VIe et VIIe siècles, comme en témoignent plusieurs inscriptions chrétiennes découvertes sur le site[20]. Les données disponibles ne permettent pas de déterminer les circonstances de l'abandon définitif de la ville, ni la date exacte[21].

La famille des Sertii

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Photographie ancienne montrant un homme debout au milieu de blocs de pierre sculptés et de vestiges antiques dispersés dans l’herbe, devant des ruines monumentales.
Consoles du marché de Sertius, avec l'arc de Trajan à l'arrière-plan.
Stèle funéraire rectangulaire en pierre portant une longue inscription latine gravée en lettres capitales sur sa face principale.
Stèle honorifique dédiée à Cornelia Valentina Tucciana[22].

Le macellum demeure étroitement associé à la famille de Marcus Plotius Faustus et de son épouse Cornelia Valentina Tucciana, dont les inscriptions découvertes dans l'édifice permettent de restituer à la fois le rôle civique, la position sociale et l'importance dans la vie municipale de Timgad[B 13],[B 14]. Les nombreuses bases honorifiques retrouvées à l'entrée du marché, dans la cour centrale et sous les portiques rappellent constamment la mémoire de ces deux personnages, au point que les archéologues attribuent à l'édifice le nom de « marché des Sertii »[B 13],[B 14].

Les premières inscriptions apparaissent dès l'entrée monumentale du marché, où deux statues encadrent l'accès principal[B 15]. Celle placée à droite honore Marcus Plotius Faustus, chevalier romain ayant exercé successivement plusieurs commandements militaires dans des cohortes auxiliaires et une aile de cavalerie avant d'occuper les fonctions religieuses de flamen perpetuus et de sacerdos urbis[B 15]. La statue opposée représente son épouse Cornelia Valentina Tucciana, qualifiée de flaminica perpetua et célébrée comme une femme d'« honorable mémoire »[B 16]. Les deux monuments sont dédiés par Plotius Thallus et Plotia Faustiana, anciens affranchis devenus les clients et protégés du couple fondateur[B 16].

D'autres piédestaux analogues, découverts sous les portiques de la cour intérieure, précisent la nature de leur intervention dans la construction du marché[B 17]. Les inscriptions indiquent explicitement que Marcus Plotius Faustus et Cornelia Valentina Tucciana financent ensemble le macellum offert à leur patrie[B 17],[1]. Après la mort de son épouse, Faustus fait ériger de nouvelles statues pour embellir l'édifice qu'ils avaient fondé conjointement[B 18]. La répétition de ces hommages à l'intérieur même du monument traduit la volonté de perpétuer durablement le souvenir des bienfaiteurs de la cité[B 17].

L'étude des titulatures et des formules épigraphiques permet de situer la construction du marché dans le courant du premier quart du IIIe siècle[B 19]. L'emploi des surnoms Sertio et Sertiae, l'absence de mention de la tribu ainsi que les références aux tres militiae correspondent aux usages épigraphiques de l'époque sévérienne[B 19]. Ces indices montrent que le macellum ne fait pas partie du programme urbain originel de la colonie fondée sous Trajan, mais constitue un ajout postérieur financé par l'élite municipale locale[B 20],[1].

Plusieurs bases honorifiques découvertes dans la cour centrale rappellent encore les noms de Faustus et de son épouse[B 21]. Les frises de la colonnade méridionale portent même les lettres formant le nom « SERTI », réparties sur plusieurs blocs sculptés[B 14]. Cette omniprésence épigraphique et monumentale confère au marché un caractère commémoratif rare et montre la place des grandes familles municipales dans l'embellissement monumental des cités africaines durant le Haut-Empire[B 14].

Histoire du marché

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Bas-reliefs et vestiges de boutiques du marché de Sertius à Timgad, avec l'arc de Trajan visible à gauche en arrière-plan.
Vestiges du marché de Sertius à Timgad, avec l'arc de Trajan visible à gauche.

Le marché est construit au cours du premier quart du IIIe siècle, dans une phase d'expansion urbaine postérieure à la fondation de la colonie de Timgad[B 19],[1]. Les caractéristiques des inscriptions associées au monument, notamment les usages onomastiques et les formules épigraphiques employées, permettent de situer sa construction durant l'époque sévérienne[B 19],[1].

Le marché connaît plusieurs campagnes de réfection au cours de l'Antiquité tardive[B 22]. Certains éléments décoratifs de l'hémicycle présentent un style latino-byzantin incompatible avec la phase de construction initiale de l'édifice[B 23]. Les maçonneries incorporent des matériaux de remploi provenant de monuments plus anciens[B 24]. Ces transformations témoignent de l'entretien régulier d'un équipement essentiel à la vie économique de la cité[B 25].

Une inscription découverte dans l'annexe du marché mentionne Publilius Caeionius Caecina Albinus, gouverneur de Numidie sous les empereurs Valentinien et Valens[B 26]. Cette dédicace est généralement interprétée comme le témoignage d'une restauration du complexe dans la seconde moitié du IVe siècle[B 26]. Le macellum demeure ainsi utilisé et entretenu jusqu'aux dernières phases de l'histoire antique de Timgad[B 26].

Redécouverte et fouilles

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Vue de ruine, des blocs architecturaux au centre de l'image.
Console sculptée du marché de Sertius avant le début des fouilles par Edmond Duthoit, photographie de 1885.

Les fouilles du marché de Timgad mettent progressivement au jour l'un des ensembles commerciaux les mieux conservés de l'Afrique romaine, selon les archéologues qui ont contribué à l'exploration du site[B 7]. Les dégagements permettent de restituer l'organisation générale du macellum ainsi qu'une grande partie de ses aménagements commerciaux[B 27].

Les archéologues dégagent successivement les accès monumentaux, les portiques, la cour centrale et les différentes boutiques qui bordent l'édifice[B 27]. Les fouilles mettent également au jour un important ensemble d'éléments architecturaux provenant de l'effondrement des portiques et de l'hémicycle, notamment des colonnes, des chapiteaux corinthiens, des entablements et divers éléments sculptés[B 28],[B 29],[23].

Le dégagement des boutiques éclaire l'organisation du commerce antique[B 30]. Plusieurs échoppes conservent leurs tables de vente en pierre, dispositif rarement observé dans les autres macella connus[B 31]. Les fouilles livrent des poteries et divers vestiges liés aux activités commerciales du marché[B 32]. Ces découvertes permettent de mieux comprendre le fonctionnement quotidien d'un marché romain provincial[B 32].

Architecture

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Plan général

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Plan général du Marché de Sertius de Timgad.
Plan général du Marché de Sertius et son annexe.

Le marché de Timgad adopte le plan caractéristique des macella romains, organisé autour d'une cour centrale entourée de portiques[B 33],[24],[25]. L'édifice possède trois entrées de dimensions inégales ; l'entrée principale est précédée d'une place dallée et d'un portique monumental donnant accès à la cour intérieure[B 34],[2].

La cour centrale, longue de 25 m et large de 15 m, constitue l'espace principal du monument[B 35]. Un bassin quadrangulaire occupe son centre, les portiques se développent sur les côtés nord, est et ouest[B 35]. Les côtés septentrional et méridional accueillent des rangées de boutiques destinées aux activités commerciales[B 20],[B 36].

Le côté méridional du marché se termine par un vaste hémicycle divisé en sept chambres rayonnantes[B 31],[1],[26]. Cette partie du monument repose sur une organisation semi-circulaire dont les murs convergent vers le centre de l'exèdre[B 32],[26]. Devant les boutiques, des tables de vente en pierre sont intégrées à la maçonnerie[B 31],[27].

Le macellum est complété par plusieurs aménagements annexes[B 37],[1]. Un portique extérieur longe le côté occidental du monument et facilite la circulation autour de l'édifice[B 10]. Une seconde construction, de dimensions plus réduites et dotée d'un petit hémicycle, s'élève également à proximité immédiate du marché[B 38]. L'ensemble forme un complexe commercial cohérent, organisé autour de la cour centrale et des espaces destinés à la vente et aux échanges[B 38].

Entrée monumentale

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Grande esplanade dallée bordée de six hautes colonnes corinthiennes, ouvrant sur les vestiges d'une ville antique avec des ruines et des montagnes à l'horizon.
Portique à six colonnes marquant l'accès principal au marché de Timgad

Le macellum possède trois accès de dimensions inégales organisés selon une hiérarchie monumentale précise[B 8]. Une entrée secondaire s'ouvre latéralement et est flanquée de deux colonnes, dont une base demeure encore en place lors des fouilles[B 8]. Une troisième ouverture, de dimensions plus réduites, complète le dispositif de circulation du monument[B 8].

L'entrée principale est précédée d'une vaste place dallée de forme trapézoïdale, dont l'irrégularité résulte de l'obliquité du decumanus maximus à cet endroit[B 8]. La forte pente de la rue impose l'aménagement de plusieurs marches disposées le long du trottoir afin de compenser la différence de niveau entre la chaussée et l'esplanade du marché[B 8]. Une grande partie du dallage de cette place a disparu[B 8].

Au fond de l'esplanade s'élève un portique à six colonnes marquant l'accès véritable au macellum[B 39]. L'entrée est accessible par deux marches conduisant à la porte principale du monument[B 39].

Bases de statues

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Deux hauts piédestaux encadrés par des colonnes au premier plan, devant des murs antiques et plusieurs colonnes monumentales visibles au loin.
Piédestaux honorifiques du marché avec le Capitole en arrière-plan

Le marché de Timgad conserve un important ensemble de bases honorifiques réparties à l'entrée du monument et dans la cour intérieure[B 39],[B 35]. Deux premiers piédestaux se dressent de part et d'autre de l'entrée principale ; ils occupent encore leur emplacement antique au moment des fouilles[B 39]. Les inscriptions gravées sur ces supports donnent l'identité des personnages honorés et leurs dédicants[B 13].

D'autres bases analogues apparaissent sous les portiques entourant la cour centrale[B 40],[B 21]. Deux piédestaux sont disposés contre la face méridionale du portique, deux autres prennent place sur le côté occidental, devant les colonnes de la galerie[B 35]. Les archéologues supposent que des monuments comparables existaient sur le côté oriental du macellum[B 35].

Les inscriptions découvertes sur ces supports sont homogènes dans leur contenu et leur disposition[B 41]. Plusieurs piédestaux rappellent les titres civiques, religieux et militaires de Marcus Plotius Faustus ainsi que les hommages adressés à Cornelia Valentina Tucciana[B 41]. L'ensemble forme un programme honorifique intégré à l'architecture du marché.

Les fouilles mettent également au jour des fragments de statues associés à ces bases[B 20]. À proximité d'un des piédestaux portant le nom de Cornelia Valentina Tucciana, les archéologues découvrent notamment une statue féminine décapitée réemployée dans une maçonnerie tardive[B 20]. Cette découverte confirme l'existence d'un décor statuaire à l'intérieur du macellum[B 20].

Cour centrale

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Grande cour pavée entourée de vestiges de murs et de colonnes, avec plusieurs bases de monuments au centre et des collines à l'horizon.
Cour centrale du marché.

La cour centrale constitue l'espace principal du macellum[B 35]. Entièrement découverte, elle mesure environ 25 m de longueur sur 15 m de largeur[B 35]. Son sol est recouvert de grandes dalles de pierre relativement bien conservées malgré les dégradations subies par le monument[B 35].

Un bassin quadrangulaire occupe le centre de la cour[B 35]. Il est constitué de grandes plaques de pierre disposées verticalement et maintenues par des montants munis de rainures[B 35]. Les aménagements hydrauliques demeurent visibles lors des fouilles, notamment le sillon destiné à l'écoulement des eaux ainsi que l'orifice d'évacuation reliant le bassin à l'égout[B 35].

L'organisation générale de cet espace correspond aux dispositions habituelles des macella romains[B 42]. La cour à ciel ouvert forme le centre de la circulation intérieure du monument et distribue les portiques ainsi que les boutiques aménagées sur plusieurs côtés du marché[B 42].

Quatre hautes colonnes corinthiennes en pierre claire se dressent au-dessus d'un dallage antique partiellement envahi par l'herbe. Au premier plan apparaissent des murs en briques et des blocs sculptés, tandis que les ruines de la ville s'étendent à l'arrière-plan jusqu'aux collines lointaines. Un ciel bleu pâle parsemé de grands nuages blancs domine la scène.
Portique méridional dominant la cour antérieure du marché

Les portiques du macellum entourent la cour centrale sur les côtés nord, est et ouest[B 43]. Leur niveau est légèrement surélevé par rapport à celui de la cour, dont ils sont séparés par une marche[B 43]. Le portique septentrional est soutenu par six colonnes, tandis que les galeries orientale et occidentale en possèdent chacune huit, auxquelles s'ajoutent des demi-colonnes engagées aux angles[B 43].

Les colonnes, entièrement lisses, atteignent environ 3,50 m de hauteur[B 43]. Les chapiteaux appartiennent à l'ordre corinthien, mais leur décor se distingue par l'emploi de feuilles simplifiées, dépourvues des détails habituels des feuilles d'acanthe[B 43]. Cette particularité apparaît fréquemment dans l'architecture monumentale de l'Afrique romaine[B 43].

Les fouilles livrent de nombreux fragments appartenant aux entablements et aux arcs soutenus par les colonnades[B 43]. Ces éléments permettent de restituer l'élévation générale des galeries ainsi que leur système de couverture[B 43]. Le portique oriental ne présente aucune particularité notable, contrairement à celui de l'ouest[B 43].

Dans la galerie occidentale, entre la quatrième et la cinquième colonne, les archéologues observent d'importantes traces de scellement dans le dallage[B 44]. Ces vestiges suggèrent l'existence d'une clôture ou d'une balustrade destinée à isoler un espace particulier[B 44]. À proximité, plusieurs traces de dalles verticales indiquent l'emplacement probable d'un massif maçonné ou d'un petit monument dont il ne subsistait plus de traces au moment des fouilles[B 36].

Le marché possède également un portique extérieur longeant le côté occidental du monument[B 10]. Cette galerie, large d'environ 3,30 m, est encore matérialisée par dix bases de colonnes conservées lors des fouilles[B 10]. Elle permet de contourner le macellum tout en augmentant les espaces abrités destinés à la circulation du public[B 10].

Sol dallé bordé d'une rangée de comptoirs en pierre adossés à des murs de briques antiques. Plusieurs consoles sculptées et blocs décorés sont visibles au-dessus des maçonneries, tandis que des colonnes isolées et des ruines s'étendent à l'arrière-plan sous un ciel couvert.
Boutiques méridionales du marché de Timgad du côté de l'espace circulaire.
Rangée de comptoirs en pierre adossés à des murs de briques antiques. De grandes consoles sculptées décorées de feuilles d'acanthe et de motifs végétaux dominent les vestiges des boutiques. Le dallage de pierre occupe le premier plan, tandis qu'un ciel bleu parcouru de nuages blancs éclaire les ruines et les collines visibles à l'horizon.
Consoles sculptées des boutiques méridionales du marché de Timgad.

Les boutiques du macellum occupent principalement les côtés nord et sud du monument[B 20],[B 36]. Celles du côté septentrional sont déjà très dégradées au moment des fouilles, mais les traces laissées par les murs de séparation permettent encore de restituer leur disposition générale[B 36]. Les archéologues constatent que ces espaces ont été largement pillés dès l'Antiquité et que plusieurs tables de pierre provenant des étals ont été réemployées dans d'autres constructions du marché[B 36].

Le côté méridional du macellum se distingue par la présence d'un vaste hémicycle divisé en sept chambres de dimensions égales[B 32]. Les murs latéraux de ces boutiques convergent vers le centre du demi-cercle, suivant l'organisation rayonnante de l'ensemble[B 32]. Le sol de cette partie du monument est situé à un niveau plus élevé que celui des portiques latéraux et l'accès s'effectue par deux marches[B 36].

Chaque boutique possède un dispositif de vente particulièrement remarquable[B 31]. L'entrée est barrée à environ m du sol par une large dalle de granit bleu engagée dans la maçonnerie et soutenue par deux montants[B 32]. Cette table en saillie sert d'étal pour l'exposition et la vente des marchandises[B 32],[24]. Les clients restent à l'extérieur tandis que les marchands accèdent à l'intérieur des chambres en passant sous la dalle[B 32].

Les fouilles mettent au jour plusieurs objets retrouvés directement dans ces espaces commerciaux[B 32]. Des poteries apparaissent notamment sur les tables et sur les sols des boutiques représentées par les illustrations publiées lors des travaux[B 32]. Aucun indice ne permet cependant de restituer un système de fermeture permanent pour ces échoppes[B 32].

L'état de conservation exceptionnel de ces installations commerciales constitue un témoignage rare sur l'organisation concrète des marchés romains[B 31]. Les auteurs rapprochent notamment les tables du marché de Timgad des mensae lapideae mentionnées dans plusieurs inscriptions relatives à des macella de l'Empire romain[B 45].

Consoles et décor architectural

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Gros plan sur une console en pierre sculptée présentant un arbre stylisé aux nombreuses feuilles en forme de cœur. La sculpture est encadrée par des moulures géométriques et des motifs végétaux, avec des blocs de pierre, des briques antiques et une partie du dallage visibles autour de l'élément décoratif.
Console sculptée à décor végétal du marché de Timgad.

Les vestiges retrouvés permettent de restituer une architecture particulièrement soignée associant colonnes, arcades, entablements et consoles sculptées[B 29]. La partie rectiligne de l'hémicycle est dominée par un mur-pignon percé de cinq arcades reposant sur des colonnes et des demi-colonnes[B 45]. Le mur semi-circulaire est quant à lui ouvert par neuf grandes arcades[B 46].

Bloc de pierre sculpté formant une console d'angle, décoré de feuilles d'acanthe, de motifs végétaux et d'une grappe de raisin en relief. La pierre repose sur une maçonnerie de briques antiques, avec les vestiges de la ville et les collines visibles à l'arrière-plan sous un ciel dégagé.
Élément décoratif sculpté du marché.

Les consoles constituent les éléments décoratifs les plus remarquables du marché[B 46],[23]. Dix exemplaires sont retrouvés lors des fouilles[B 46]. Elles soutiennent des colonnettes de marbre cannelées en spirale, hautes d'environ 3,05 m et d'un diamètre de 0,30 m[B 46],[28]. Leur entablement reçoit les abouts de la charpente rayonnante couvrant l'hémicycle[B 46].

La composition de ces consoles rappelle celle des niches de l'arc de Trajan tout en présentant une exécution plus fine et plus élaborée[B 46]. Les faces latérales et les parties inférieures portent un décor sculpté particulièrement riche associant figures, têtes, feuillages, rinceaux, vases et cornes d'abondance[B 46],[29].

Le décor associe des motifs hérités de l'art romain à des éléments stylistiques caractéristiques de l'art gréco-byzantin[B 23]. Les archéologues rapprochent notamment ces sculptures de plusieurs décors architecturaux observés dans les monuments tardifs de Tunisie[B 23]. Ce style diffère sensiblement de celui attendu pour un édifice fondé au début du IIIe siècle et paraît nettement postérieur à la construction primitive du macellum[B 23].

Ces observations conduisent les archéologues à attribuer les consoles ainsi qu'une partie du décor architectural à une phase de restauration ou de reconstruction de l'hémicycle durant l'Antiquité tardive[B 47],[30]. D'autres indices de remaniements apparaissent également dans les maçonneries, où des matériaux de remploi et des fragments provenant d'édifices plus anciens sont intégrés aux constructions[B 24].

Cour antérieure

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Vue d'une vaste cour pavée entourée de colonnes corinthiennes en pierre claire. Trois colonnes monumentales dominent le premier plan, tandis que d'autres colonnes et vestiges architecturaux s'étendent à travers les ruines antiques. Un arc monumental richement décoré se dresse au centre de l'image à l'arrière-plan. Le ciel bleu, parfaitement dégagé, surplombe l'ensemble du paysage archéologique baigné de lumière.
Cour antérieure du marché de Timgad vue depuis les portiques monumentaux.

Le macellum est précédé d'une vaste cour dallée aménagée devant l'entrée principale du monument[B 8]. Cette esplanade adopte une forme trapézoïdale déterminée par l'obliquité du decumanus maximus à cet endroit de la ville[B 8]. La forte pente de la rue impose l'installation de plusieurs marches destinées à compenser la différence de niveau entre la chaussée et la place du marché[B 8]. Une grande partie du dallage a disparu, à tel point qu'il n'en subsistait plus de traces au moment des fouilles[B 8].

Au fond de cette cour s'élève un portique à six colonnes marquant l'accès principal du macellum[B 39]. L'ensemble constitue un espace de transition entre la rue et les parties intérieures du marché[B 34].

Le portique antérieur s'ouvre d'un côté sur la voie du Capitole et communique de l'autre avec une terrasse longeant la façade occidentale de la place[B 48]. Deux marches assurent la liaison entre cette terrasse et le niveau de la cour[B 48]. Des entailles observées dans les bases des colonnes montrent qu'une balustrade est installée à une époque postérieure afin de fermer partiellement cet espace[B 48].

L'angle sud-ouest de la cour présente également plusieurs remaniements architecturaux[B 9]. Une grande niche rectangulaire encadrée de pilastres corinthiens y est aménagée à une période tardive[B 9]. Les fouilles montrent toutefois qu'un passage existait primitivement à cet emplacement et permettait d'accéder au portique extérieur longeant le côté occidental du marché[B 10].

Annexe du marché

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Vue en hauteur des ruines du marché de Timgad à gauche et de son annexe orientale à droite. Au loin, les colonnes du Capitole dominent le paysage urbain antique, avec les montagnes de l'Aurès à l'horizon sous un ciel dégagé.
Annexe orientale du marché de Timgad, visible depuis le temple du Génie de la Colonie, à droite du bâtiment principal du marché.

À l'ouest du macellum s'élève un second édifice généralement désigné comme l'annexe du marché[B 10],[B 49]. Le monument présente une organisation rappelant celle du marché principal, mais dans des proportions plus réduites[B 10]. Il se compose d'une vaste salle rectangulaire longue d'environ 24,25 m et large de 10,40 m[B 11].

La façade méridionale est occupée par un petit hémicycle accessible par deux marches[B 50]. Deux pilastres à chapiteaux corinthiens encadrent cette exèdre, dont les murs sont recouverts d'un enduit décoratif appliqué sur une maçonnerie de blocage et de briques[B 51]. Un piédestal orné de pilastres cannelés et d'une corniche décorée d'oves occupe le centre de l'aménagement[B 52].

Contrairement au macellum, l'édifice ne possède ni cour centrale ni portiques intérieurs[B 12]. La salle unique est probablement couverte d'une charpente en bois reposant directement sur les murs latéraux[B 12]. Deux portes permettent d'y accéder : l'une ouvre sur la terrasse longeant le marché, l'autre sur le decumanus[B 12]. Cette dernière entrée est précédée d'un petit portique à quatre colonnes relié à la rue par un escalier de sept marches[B 12].

Le sol du monument est recouvert en grande partie de dalles de granit bleu[B 12]. Dans la zone centrale apparaît un pavement décoratif composé de carrés alternés de porphyre rose et de calcaire noir formant un vaste damier[B 53].

Plusieurs inscriptions découvertes dans les déblais témoignent de restaurations tardives du bâtiment[B 26],[30]. L'une d'elles mentionne Publilius Caeionius Caecina Albinus, gouverneur de Numidie[B 52]. Les archéologues estiment probable que ce personnage participe à la restauration du marché et de ses dépendances durant la seconde moitié du IVe siècle[B 26],[30].

La fonction exacte de cette annexe demeure incertaine[B 54]. L'absence de boutiques interdit d'y voir un marché autonome, tandis que la présence de l'hémicycle rappelle certains aménagements des basiliques civiles[B 55]. Les auteurs envisagent qu'il puisse s'agir d'une halle destinée à certaines activités commerciales ou à des réunions liées aux échanges économiques du macellum[B 54].

Techniques de construction et matériaux

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Arc en pierre partiellement conservé formé de grands claveaux reposant sur deux supports rectangulaires moulurés. Des blocs architecturaux sont disposés au sol de part et d'autre, devant un mur antique en pierre et un paysage de collines à l'horizon sous un ciel couvert.
Arc à claveaux reconstitué du marché de Timgad.

L'édifice présente des techniques de construction caractéristiques de l'architecture monumentale de l'Afrique romaine[B 35],[B 51]. Les matériaux employés correspondent à ceux utilisés dans l'ensemble de la ville de Timgad[31]. Les maçonneries font principalement appel au grès extrait des carrières voisines, tandis que le calcaire blanc est réservé aux éléments architecturaux les plus soignés, notamment les chapiteaux, corniches, frises, bases et fûts de colonnes[31]. Le calcaire bleu, particulièrement dur, est utilisé pour les dallages monumentaux[31].

Gros plan sur une console en pierre sculptée présentant un panneau décoré de larges feuilles d'acanthe entrelacées. À gauche apparaît une seconde console ornée de motifs végétaux et d'une rosace, tandis qu'au sol se distinguent le dallage antique et les vestiges des boutiques du marché sous un ciel clair.
Console à décor de feuilles d'acanthe du marché de Timgad.

L'étude des matériaux décoratifs montre également que les marbres employés à Timgad ne proviennent pas uniquement d'importations méditerranéennes. Parmi les pierres identifiées figure notamment le marbre de Filfila, utilisé pour plusieurs éléments architecturaux en marbre blanc et gris[32],[33]. Son abondance témoigne de l'importance des réseaux d'approvisionnement régionaux dans les programmes monumentaux de la cité[32],[33].

Les portiques reposent sur des colonnes lisses hautes d'environ 3,50 m surmontées de chapiteaux corinthiens simplifiés[B 43]. Les fouilles ont également livré des entablements, des claveaux d'arc et plusieurs éléments permettant de restituer les systèmes de couverture et de charpente du monument[B 43],[B 29].

L'annexe du marché se distingue par l'emploi de matériaux décoratifs de qualité, notamment un pavement associant pierre bleue, porphyre rose et calcaire noir[B 53]. Les murs sont construits en blocage et en briques puis recouverts d'un enduit décoratif[B 51].

Plusieurs parties du marché témoignent enfin de remaniements tardifs. Les maçonneries incorporent des fragments architecturaux et des matériaux de remploi provenant d'édifices plus anciens, révélant plusieurs campagnes de restauration durant l'Antiquité tardive[B 47],[30].

Fonction économique et commerciale

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Bloc rectangulaire en pierre présentant quatre cavités circulaires de tailles différentes creusées dans sa surface. L'objet repose parmi les vestiges archéologiques et est bordé par une barrière de protection en bois.
Ponderarium du marché de Timgad.

Le macellum constitue l'un des principaux équipements commerciaux de la ville[B 6],[B 42]. Son plan s'inscrit dans la tradition des marchés publics romains, conçus pour centraliser les échanges et l'approvisionnement de la population urbaine[B 42].

Les installations commerciales conservées à Timgad offrent un témoignage exceptionnel sur le fonctionnement concret d'un macellum romain[B 31],[34]. L'état de conservation des étals de pierre permet notamment de rapprocher le marché des mensae lapideae mentionnées dans plusieurs inscriptions provenant d'autres villes de l'Empire[B 45],[27]. Les vestiges de poteries et d'autres objets découverts dans les boutiques confirment l'existence d'une activité commerciale régulière au sein du complexe[B 32].

Certains aménagements suggèrent également l'exercice de fonctions de contrôle liées aux échanges[B 36]. Les archéologues ont ainsi proposé d'identifier dans la galerie occidentale les vestiges d'un possible ponderarium, équipement destiné à la vérification officielle des poids et mesures[B 36].

Par son importance pour l'approvisionnement quotidien de la cité, le marché demeure en activité pendant plusieurs siècles et fait l'objet de réparations et de restaurations successives jusqu'à l'Antiquité tardive[B 25],[30].

Décor et inscriptions

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Maquette en trois dimensions d'un marché romain de plan rectangulaire. Le bâtiment est entouré de portiques à colonnes couverts de toitures rouges et s'organise autour d'une vaste cour centrale. Un édifice à colonnes plus monumental occupe l'un des côtés de l'ensemble
Maquette de restitution du marché de Timgad au musée de la Civilisation romaine[35].

Le décor du marché associe éléments architecturaux sculptés et inscriptions monumentales intégrés à l'ensemble du programme ornemental de l'édifice[B 56],[B 29]. Les fouilles ont livré de nombreux piédestaux inscrits, des fragments de statues ainsi que plusieurs blocs décorés qui témoignent de l'importance accordée à la mise en scène monumentale de l'espace commercial[B 56].

Parmi les découvertes les plus remarquables figurent cinq blocs de frise provenant de la colonnade méridionale, portant chacun une lettre formant le nom « SERTI »[B 14]. Cette inscription monumentale a conduit les archéologues à désigner l'édifice sous le nom de « marché des Sertii »[B 14],[36],[37].

Les fouilles ont également mis au jour plusieurs statues et fragments sculptés, dont une statue féminine décapitée réemployée dans une maçonnerie tardive[B 20]. Ces découvertes confirment l'existence d'un décor statuaire associé aux espaces de circulation et aux zones les plus prestigieuses du marché[B 20].

L'annexe du complexe a livré plusieurs inscriptions remployées ou conservées dans leur contexte d'origine[B 26]. L'une d'elles mentionne Publilius Caeionius Caecina Albinus, gouverneur de Numidie, tandis qu'une autre rappelle la fondation du marché et de sa place[B 26].

Comparaisons architecturales

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Les marchés d'Afrique romaine

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Cour pavée entourée de colonnes et de vestiges de murs. Un mur monumental ferme l'arrière-plan
Cour centrale du marché de Cosinius à Cuicul.
édifice circulaire entouré des vestiges d'une colonnade en hexgone
Marché de Leptis Magna.

Par son plan et son organisation, ce complexe commercial s'inscrit dans la tradition des marchés monumentaux de l'Afrique romaine[B 42]. Son organisation autour d'une cour centrale entourée de portiques et de boutiques correspond aux caractéristiques générales observées dans les espaces commerciaux des cités africaines durant le Haut-Empire[B 42].

Plusieurs éléments architecturaux témoignent de l'existence de traditions régionales propres à l'Afrique du Nord. Les chapiteaux des portiques présentent ainsi un décor simplifié fréquemment observé dans les monuments africains[B 43]. Les consoles sculptées de l'hémicycle méridional rappellent également plusieurs productions décoratives connues dans les monuments tardifs de Tunisie[B 23].

L'état de conservation du marché fournit en outre un témoignage exceptionnel sur l'organisation des espaces commerciaux en Afrique romaine[B 31]. Les tables de vente en pierre conservées dans les boutiques méridionales permettent de restituer concrètement les modalités d'exposition et de vente des marchandises, un dispositif rarement conservé dans les autres marchés antiques connus[B 31].

Par la qualité de sa conservation et la diversité de ses aménagements, le marché de Timgad constitue l'un des témoignages les plus complets sur l'architecture commerciale et les pratiques marchandes des cités de l'Afrique romaine[B 31],[B 42].

Comparaisons dans l'Empire

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Monnaie romaine vue de face montrant un bâtiment monumental à plusieurs colonnes et à toit conique. Des lettres entourent l'édifice représenté en relief sur la surface usée de la pièce.
Représentation du Macellum Magnum sur une monnaie romaine.

Le marché de Timgad appartient à une catégorie monumentale largement répandue dans les villes de l'Empire romain[B 57]. Les auteurs rapprochent son organisation générale de plusieurs macella connus dans les provinces orientales, en Italie et dans les cités campaniennes[B 58]. Malgré des différences de dimensions et de décor, ces édifices présentent des principes architecturaux communs fondés sur une cour centrale entourée de portiques et de boutiques[B 59].

Les marchés d'Éphèse, de Pergé, de Sagalassos et de Kremna illustrent la diffusion de ce modèle dans les provinces orientales[B 49]. Les comparaisons les plus précises concernent toutefois les marchés de l'Italie romaine, dont les vestiges sont mieux connus[B 49].

Le macellum magnum de Rome constitue l'un des principaux points de comparaison[B 60]. Les représentations monétaires et les vestiges conservés permettent de restituer un édifice organisé autour d'un espace central monumental entouré de galeries[B 60]. Le marché de Timgad reprend plusieurs de ces principes tout en les adaptant à une échelle plus modeste[B 61].

Les auteurs soulignent également les analogies existant avec les marchés de Pouzzoles et de Pompéi[B 62]. Comme à Timgad, ces édifices s'organisent autour d'une cour centrale bordée de boutiques et de portiques, tandis que les installations commerciales y sont directement intégrées à l'architecture du monument[B 62]. La présence d'un bassin central à Pompéi constitue également un parallèle souvent relevé avec le marché africain[B 59].

Ces comparaisons montrent que le macellum de Timgad reprend les principaux traits caractéristiques des marchés romains de l'Empire tout en les adaptant aux besoins d'une cité provinciale d'Afrique du Nord[B 42]. Par ses dimensions relativement modestes, le nombre limité de ses boutiques et l'absence d'un édifice central monumental comparable à ceux de certaines grandes villes italiennes, il illustre une version plus sobre et plus compacte d'un modèle architectural largement diffusé dans le monde romain[B 61].

Protection patrimoniale

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Intégré à l'ensemble archéologique de Timgad, inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1982, le théâtre bénéficie d'une reconnaissance et d'une protection à l'échelle internationale[38].

La préservation du monument s'inscrit dans le cadre de la législation algérienne relative au patrimoine culturel, en particulier la loi no 98-04, ainsi que des instruments d'aménagement et de gestion applicables au site archéologique et à son environnement immédiat[38],[39],[N 2].

Les modalités de conservation, de restauration et d'intervention sont encadrées par un Plan permanent de sauvegarde et de mise en valeur (PPMVSA), élaboré pour assurer la protection durable de l'ensemble archéologique[38].

La gestion du marché de Sertius est assurée par l'Office national de gestion et d'exploitation des biens culturels protégés (OGEBC), en liaison avec les autorités territoriales compétentes[38]. Les actions de conservation tiennent compte à la fois de la pression exercée par la fréquentation touristique et des différentes formes d'altération affectant les structures anciennes[38].

Notes et références

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  1. L'appellation « voie du Capitole » apparaît dans l'ouvrage d'Émile Boeswillwald, René Cagnat et Albert Ballu, Timgad, une cité africaine sous l'Empire romain : Le Forum (Paris, Ernest Leroux, 1905).
  2. La loi algérienne no 98-04 relative à la protection du patrimoine culturel définit le patrimoine national comme l'ensemble des biens culturels immobiliers, mobiliers et immatériels hérités des différentes civilisations, et fixe les règles de leur protection, sauvegarde et mise en valeur. Elle institue des mécanismes de classement, de création de secteurs sauvegardés et de délimitation de zones de protection, imposant des restrictions sur l'usage, les transformations et les travaux susceptibles d'affecter les biens protégés. Toute intervention, notamment les restaurations et les fouilles archéologiques, est soumise à autorisation afin de garantir la conservation et l'authenticité des sites, tandis que l'aménagement du territoire doit intégrer la préservation des abords et du paysage historique. La gestion du patrimoine relève de l'État à travers le ministère de la Culture et des organismes spécialisés, qui disposent de moyens d'intervention et de contrôle, tandis que la loi prévoit des obligations pour les propriétaires et des sanctions en cas de dégradation ou de destruction. Enfin, elle associe protection et valorisation en encourageant la recherche, la diffusion et l'exploitation culturelle et touristique du patrimoine dans une perspective de conservation durable.

Références

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  • Émile Boeswillwald, René Cagnat et Albert Ballu, Timgad, une cité africaine sous l’Empire romain : Le Forum, Paris, Ernest Leroux, 1905, XXII-362 p.
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  4. Boeswillwald, Cagnat et Ballu 1905, p. v.
  5. Boeswillwald, Cagnat et Ballu 1905, p. iv–v.
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  10. 1 2 3 4 5 6 7 8 Boeswillwald, Cagnat et Ballu 1905, p. 205.
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  14. 1 2 3 4 5 6 Boeswillwald, Cagnat et Ballu 1905, p. 193.
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  16. 1 2 Boeswillwald, Cagnat et Ballu 1905, p. 186.
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  18. Boeswillwald, Cagnat et Ballu 1905, p. 188.
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  20. 1 2 3 4 5 6 7 8 Boeswillwald, Cagnat et Ballu 1905, p. 189.
  21. 1 2 Boeswillwald, Cagnat et Ballu 1905, p. 190-193.
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  36. 1 2 3 4 5 6 7 8 Boeswillwald, Cagnat et Ballu 1905, p. 197.
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  39. 1 2 3 4 5 Boeswillwald, Cagnat et Ballu 1905, p. 185.
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  • Autres sources
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Bibliographie

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  • Albert Ballu, Guide illustré de Timgad (Antique Thamugadi), Paris, Neurdein Frères, (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Christine Hamdoune, « Les macella dans les cités de l’Afrique romaine », Antiquités africaines, no 45, , p. 27-35 (e-ISSN 2117-539X, lire en ligne, consulté le ). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Émile Boeswillwald, René Cagnat et Albert Ballu, Timgad, une cité africaine sous l’Empire romain : Le Forum, Paris, Ernest Leroux, (lire sur Wikisource), p. 1-91. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (es) Miguel Ángel De La Iglesia et Carlos Márquez, « El mercado de Sertius en Timgad », dans Attilio Mastino, L'Africa romana VIII, Sassari, Edizioni Gallizzi, (lire en ligne), p. 373-383. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Pierre Morizot, Encyclopédie Berbère. Gabriel Camps (dir.) : Aurès, vol. 8, Aix-en-Provence, Edisud, (ISBN 2857444613, lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Pierre Morizot, Timgad et son territoire », dans Yann Le Bohec dir : L'Afrique, la Gaule, la religion à l'époque romaine. Mélanges à la mémoire de Marcel Le Glay., Bruxelles, . Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Robert H. Tykot, Ouahiba Bouzidi, John J. Herrmann et Annewies van den Hoek, « Marble on Rome's Southwestern Frontier: Thamugadi and Lambaesis », American Journal of Archaeology, vol. 122, no 3, , p. 465-494 (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article