L’ESPRIT CHEZ PLOTIN
Pour quoi le noûs ou esprit ? (1).
C’est un quelque chose qui est « entre » l’Un et l’âme. L’Un, c’est le premier, il est au principe. L’âme, c'est cet associé d'un corps qui le lait dire vivant : or l’âme pense (quand elle regarde ce qui est avant elle), l’âme se conserve (quand elle s’occupe d’elle-même), l’âme ordonne, gouverne et commande le corps qui vient « après elle » (2). U est sûr que l’âme, nous pouvons la voir comme une conscience qui assure toutes les fonctions vitales, cognitives et pratiques, de la sensation au raison¬ nement. Alors pourquoi l’esprit ? Quelle est sa nécessité et sa fonction ?
On peut tenter de se représenter les choses topologiquement. L’âme connaît : elle sent — c’est là son ouverture au monde hors d’elle, elle raisonne — elle enchaîne images sensibles et empreintes notionnelles, les ayant jugées — , elle comprend — intégrant jugements, comparai¬ sons, les liant mémoriéllement (3). Elle est donc tournée vers le dehors,
(1) Que derrière le mot esprit ici, on entende toujours univoquement le mot «noûs » qui peut être à d’autres titres traduit aussi bien par Intelligence, ou Intellect. Mon objet n’est pas d’entrer dans des querelles d'école, ni de déterminer une justi¬ fication d’une tradition qui serait plus exacte ou légitime, mais de caractériser ce que Plotin entend par «m>0s». Donc je m’en tiens à une cohérence du vocabulaire, où «noûs » sera esprit, «noema » : pensée, «noesis » : l'activité de la pensée, «noetos » : Intelligible. Qu’on ne voie pas spécialement dans le choix du mot «esprit» la reconnaissance affichée d’une interprétation mystique ou religieuse de la notion ; notre mot «esprit » lui-même, pour autant qu’il n’est pas seulement associé à la famille des mots comme «pneuma », «spirit us », ou «Geist » mais aussi très souvent interprété dans l'orbite des mots «mens » ou «mind » est dans le vocabulaire contemporain aussi un terme devenu d’usage courant Par esprit maintenant nous en¬ tendons presque toujours l'esprit humain. Bien sûr, il ne saurait simplement s'agir de cela chez Plotin, où le mot «noûs » prend sens par différence avec le mot «psuchê ». De toutes façons, par Intelligence ou Intellect, nous faisons aussi en français référence è une activité de l’âme, comme quand nous employons le mot Esprit.
(2) Pour cette note et les suivantes, lire les références ainsi : «T 1 » : Traité un (dans l’ordre chronologique) ; «(I, 1, 1)» : Ennéades I, traité 1, § 1 (dans la classification de Porphyre).
T 6 : De la descente de l’âme dans le corps, (IV, 8, 3).
(3) T 40 : Des hypostases qui connaissent..., (V, 3, 2).



















