Tabac en Belgique
Le tabac en Belgique est à la fois une plante cultivée, une industrie, celle des produits à base de tabac, et un phénomène de société, le tabagisme, dont la dangerosité a fait un problème de santé publique. Son histoire remonte au XVIIe siècle.
Histoire
[modifier | modifier le code]Vers 1640, la culture du tabac en plein champ débute en Flandre et en Flandre française. Au départ, et ce jusqu’à la première moitié du XVIIIe siècle, le tabac était cultivé dans de nombreux endroits, notamment dans les régions autour de Furnes, Dixmude, Wervik, Comines, Harelbeke, Grammont, Gand, Bruxelles et Ath. Le tabac peut en effet être cultivé sur tous les types de sols. Les meilleurs résultats sont toutefois obtenus dans des sols sableux, de préférence des limons plutôt légers, bien drainés et riches en engrais. Cela explique pourquoi certaines régions se sont assez rapidement imposées comme d’importantes zones de culture[1].

Ainsi, la région autour de Wervik, qui s’étend d’Ypres à Roulers le long de la vallée de la Lys, devient dès le milieu du XVIIe siècle l’une des principales zones de culture. Le fait que cette petite ville frontalière soit finalement devenue le centre tabacole le plus important était également dû, dans une large mesure, au commerce de contrebande actif qui s’était mis en place avec la France à partir du dernier quart du XVIIe siècle. En effet, depuis 1674, ce pays limitrophe prélevait des droits très élevés sur le tabac[1].
Au début du XVIIIe siècle, le tabac belge subit la concurrence du tabac importé massivement notamment des États-Unis. De 1757 à 1759, l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche qui avait une aversion pour le tabac interdit brièvement sa culture. Pendant la Guerre d'indépendance des États-Unis (1775-1783), les importations de tabac américain cessent ce qui s'avère très profitable à l'industrie du tabac belge. Les planteurs belges améliorent également la qualité du tabac avec l'introduction de variétés américaines issues de Virginie et du Maryland[1].
À la suite de la Révolution française, le territoire belge est annexé à la France dans les années 1790. L'industrie belge du tabac connaît une forte régression en raison de la disparition de la contrebande entre la France et la Belgique et de la monopolisation du commerce du tabac par l'état français introduite par Napoléon Ier en 1810[1].
Le rattachement de la Belgique aux Pays-Bas en 1815 puis l'Indépendance de la Belgique en 1830 voient la production de tabac retrouver sa prospérité en raison de sa haute profitabilité. En 1846, les zones principales de production étaient la Flandre occidentale (343 hectares), le Hainaut (192 hectares), la Flandre orientale (101 hectares) et le Brabant (26 hectares). La culture du tabac connaît dans la seconde moitié du XIXe siècle une croissance spectaculaire. Au début du XXe siècle, la culture du tabac s'implante également dans la province de Namur et de Luxembourg avec l'apparition de la vallée de la Semois comme zone importante de production[1].
Au XXe siècle, la Première Guerre mondiale et la Seconde Guerre mondiale sont des périodes très favorables à la production de tabac en Belgique en raison de la disparition de la concurrence étrangère. Une évolution se manifeste toutefois avec la popularité acquise en particulier lors de la Première Guerre mondiale par les cigarettes par rapport au tabac à pipe. En 1945, les principales zones de production se concentraient en Flandre occidentale, dans la région de la Semois et dans celle d'Ath[1].

Après la Seconde Guerre mondiale, l'industrie belge du tabac subit de nouveau la concurrence étrangère. De même, les autorités européennes suppriment progressivement les mesures de soutien à l'industrie du tabac dans le cadre de la Politique agricole commune ce qui conduit à la quasi disparition de cette industrie en Belgique. Le nombre de consommateurs de tabac est d'autre part en baisse, le taux de fumeurs quotidiens ayant diminué de 40 % entre 1997 et 2018. Les autorités nationales ont, en effet, accru fortement les accises sur le tabac et découragent sa consommation par des campagnes de santé publique ou en interdisant sa consommation dans les lieux publics. En 2021, la Belgique a par exemple adopté le paquet de cigarettes neutre. Á cela s'ajoute la concurrence des produits du tabac vendus de manière illégale, qui représentent une part importante du marché.
D'autre part, les comportements en matière tabagique évoluent. En 2018, 4,1 % de la population belge utilisaient régulièrement (au moins une fois par semaine) la cigarette électronique (e-cigarette), un taux plus haut que la moyenne européenne[2].
En 2018, les fumeurs quotidiens représentaient 15 % de la population belge, un taux plus bas que la moyenne européenne. Le taux de fumeurs quotidiens était plus élevé chez les hommes (18 %) que chez les femmes (12 %) et plus élevé en Wallonie (18 %) qu’à Bruxelles (16 %) et en Flandre (13 %)[2].
La production de cigarettes en Belgique
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La marque de cigarettes Belga est commercialisée de 1923 à 2014. Elle a été créée par les livreurs de tabac Alphonse et François Vander Elst. La marque reçut les couleurs du drapeau belge pour raviver le sentiment patriotique des citoyens et est très vite devenue la marque devint la plus populaire de Belgique. Avec l'arrivée des marques internationales, sa part de marché tombe à 6 % en 2014 et est remplacée par la marque Lucky Strike[3].
L'industrie du tabac dans la vallée de la Semois belge
[modifier | modifier le code]La culture du tabac a été introduite en 1855 dans la partie wallonne de la vallée de la Semois par un simple instituteur d'Alle-sur-Semois, Joseph Pierret. C'est lui qui a pour la première fois planté dans son jardin du tabac de la variété burley originaire du Kentucky. Il s'agit d'un tabac à l'arôme typé principalement à pipe, mais aussi cigarillos et cigares[4]. Aujourd’hui, bien que la culture du tabac dans la vallée ait considérablement diminué en raison des changements économiques et des réglementations sanitaires, l’héritage de Joseph Pierret demeure. La culture du tabac constitue en effet un patrimoine spécifique de la vallée de la Semois qui s'est matérialisé notamment par la présence de nombreux bâtiments de séchoirs à tabac.
Les tabacs de la Semois sont des tabacs bruns aux arômes très particuliers, dus au climat de la vallée de la Semois et à l'absence d'ajout d'additif. À partir des années 1950, notamment en raison de la concurrence de la cigarette, la production a cependant fortement ralenti et est réduite, en 2015, à quelques planteurs et transformateurs[5].
L'appellation « Tabac de la Semois » n'étant pas protégée, par conséquent tout le monde peut utiliser le nom. D'autres marques indiquent être du Semois sans en contenir comme Windels, le Chasseur, BC (Butz Choquin), Florina etc.[6]
Fin 2025, en raison de nouvelles exigences européennes trop coûteuses, la production commerciale de tabac de la Semois prend fin, n'existe plus sur le marché. Du « semois » est encore vendu, mais il est en réalité cultivé ailleurs, notamment en Alsace[7].
La contrebande de cigarettes de la Belgique vers la France et les autres pays
[modifier | modifier le code]XIXe siècle
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Au XIXe siècle, le tabac était une « denrée de première nécessité » pour les Flamands. Meilleur marché et de meilleure qualité qu'en France, il n'était pas soumis aux lois d'une régie nationale, et sera l'objet d'une contrebande régulière entre la Belgique et la France[8] :
- Dans la région de Dunkerque, comportant alors une population de pêcheurs, de petits paysans et d'ouvriers. Cette contrebande est organisée : elle se pratique seul ou en tout petit groupe, à pied ou à vélo, avec de nombreux intermédiaires (du maître contrebandier jusqu'aux vendeurs au détail). On[Qui ?] utilise aussi des chiens, portant une charge de 5 à 6 kg, au départ de la Belgique pour assurer ce trafic.
- Dans le Houtland, où l'on[style à revoir] utilise aussi le « chien fraudeur ».
XXe siècle
[modifier | modifier le code]Dans son roman naturaliste La Maison dans la dune, Maxence Van der Meersch décrit ce petit monde des contrebandiers et des douaniers[9].
En 1930, un kilogramme de tabac belge (du Vieux Bohan cultivé le long de la Semois[10]) valait 8 francs français en Belgique. En France, il était vendu en fraude au prix de 30 francs. La contrebande s'achèvera avec la guerre de 1939-1945.
XXIe siècle
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Le , les douanes belges ont saisi plusieurs dizaines de millions de cigarettes faussement étiquetées Marlboro, Richmond, Prince et Regina. Lors de cette prise record pour la Belgique, ils ont aussi fermé quatre ateliers de production situés à Aartselaar, Tongeren, Eeklo et Frasnes-lez-Anvaing, six sites clandestins, et arrêté une quarantaine de personnes dans une zone industrielle d'Aartselaar près de la ville portuaire d'Anvers[11]. L'un des entrepôts fonctionnait jour et nuit, avec des ouvriers originaires d'Ukraine, de Roumanie et de Bulgarie confinés dans un dortoir délabré « pour ne pas donner de signe d'activité suspecte au voisinage ». Ce trafic alimentait les marchés britannique, français et néerlandais[11]. Cette opération porte à sept le nombre de sites de production de cigarettes de contrefaçon fermés entre janvier et (contre cinq pour toute l'année 2020). Outre que ces cigarettes étaient illégales, privant l'État de ressources (taxes), leur tabac et leurs filtres n'étaient pas conformes aux normes sanitaires[11]. Selon les autorités belges, ces ventes par ailleurs « alimentent des organisations criminelles, qui par la suite utilisent cet argent pour organiser des trafics de femmes, des trafics de drogue »[11].
Culture
[modifier | modifier le code]En 1987, est inauguré le musée national du tabac de Wervik (Flandre occidentale) dans les dépendances du moulin de Brieken, monument historique datant du XVIIIe siècle[12].
Á Saint-Nicolas (Flandre orientale), le musée de l’histoire de la pipe et du tabac abrite une vaste collection articulée autour de la culture du tabac à travers les siècles.
À Corbion dans la vallée de la Semois, le musée du tabac de la Semois permet de se visualiser un vieux métier à tabac (datant de 1900) toujours en activité ainsi qu'une multitude d'objets relatant le parcours du tabac à travers les siècles, les cultures, les us et coutumes.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- 1 2 3 4 5 6 (nl) Agentschap onroerend erfgoed, ’t Bruyne Kruyd. Het erfgoed van de tabaksnijverheid in Vlaanderen, Bruxelles, Agentschop onroerend erfgoed (lire en ligne)
- 1 2 « Vers une Belgique en bonne santé », sur www.belgiqueenbonnesante.be, (consulté le )
- ↑ Jean-François Herbecq, « Les cigarettes Belga, c'est fini », sur rtbf.be, (consulté le ).
- ↑ Société belge de géographie (Brussels, Belgium), Bulletin, Bruxelles, La Société, 1877-1882 (lire en ligne)
- ↑ Dominique Liesse, Tabatiers en Semois : un art en voie de disparition, L'Echo, 9 juillet 2015, p. 15.
- ↑ https://www.pipegazette.com/2014/01/les-tabacs-de-la-semois-vus-par-jean.html
- ↑ https://www.rtbf.be/article/le-100-tabac-semois-de-la-vallee-n-existe-plus-sur-le-marche-11633668
- ↑ « Mémoires vives (9/13) : Le grand livre de la contrebande », sur RTBF (consulté le )
- ↑ Pierre Maury. Roman - La maison dans la dune Maxence Van der Meersch. Le Soir, 6 juillet 2007. Lire en ligne
- ↑ « Souvenirs du temps de la contrebande, à Bohan Le tabac, pour le pain quotidien Gabriel, le gamin de la Baraque », sur Le Soir, (consulté le )
- 1 2 3 4 « Contrefaçon de cigarettes : la Belgique a mené une opération d’une ampleur sans précédent », sur lavoixdunord.fr, (consulté le ).
- ↑ « Brève présentation », sur nationaaltabaksmuseum.be (consulté le )
Annexes
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Luk Joossens (trad. Frédéric Soumois), La guerre du tabac en Belgique, éditions La boîte à Pandore, 2017 (ISBN 9782875572950).
- Grégory Hamez, « Le commerce du tabac à Adinkerke (Belgique) : la frontière franco-belge investie par les Britanniques », Belgeo, URL : http://journals.openedition.org/belgeo/11085 ; DOI : https://doi.org/10.4000/belgeo.11085
- Belga, « Le nombre de fumeurs en baisse en Belgique en 2022: voici les Régions où la consommation est la plus élevée », sur La Libre.be, (consulté le ).
- « En Belgique, un décès toutes les heures à cause du tabac », sur Site-LeJournalDuMedecin-FR, (consulté le ).
- Mostosi, C., & Jamart, J. (2017). « Les prises en charge par les tabacologues sont-elles connues des fumeurs suivis en médecine du travail en Belgique ? » Alcoologie et Addictologie, 39(1), 15-22.
Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]- « (souvenirs de contrebande II)Les ballots de tabac passaient sous les fenêtres Simone s'est définitivement brouillée avec la modernité Une planque et un Maroilles en retour », sur Le Soir, (consulté le )
- Douaniers et contrebandiers en 1903 par Hippolyte Verly. Dans La Vie de la douane, n°137, mars-avril 1967. Sur le site de l'Association pour l’Histoire de l’Administration des Douanes.
- Un magistrat parle de la douane et de la lutte contre la contrebande, par M. Fraisse. Dans La Vie de la douane, n°159, 1974. Sur le site de l'Association pour l’Histoire de l’Administration des Douanes.
