Manie dansante

La manie dansante, chorémanie, ou encore épidémie de danse de Saint-Guy, est un phénomène de psychose collective qui a principalement été observé en Allemagne et en Alsace entre le XIVe et le XVIIIe siècle. Un groupe de personnes se mettaient subitement à danser de façon incontrôlée et étrange. Ce mal affectait aussi bien des hommes, des femmes ou des enfants, qui se mettaient à danser jusqu'à s'écrouler de fatigue et continuaient à se tortiller même une fois à terre.
Recensements du phénomène
[modifier | modifier le code]Plusieurs manifestations importantes de manie dansante ont été répertoriées au cours des siècles, notamment le à Erfurt[1], le aux Pays-Bas et/ou à Aix-la-Chapelle, en 1417 et 1418 en Alsace[1], et en 1518 à Strasbourg, (voir l'article Épidémie dansante de 1518). D'autres cas furent répertoriés à travers toute l'Europe comme aux Pays-Bas, à Cologne, ou à Metz.
Sandrine Cabut dans Le Monde indique que l'épidémie de Strasbourg de 1518 « est l'une des mieux documentées. C'est même la seule à avoir pu être reconstituée aussi précisément. […] Au total, une vingtaine d'épisodes comparables ont été rapportés entre 1200 et 1600. Le dernier serait survenu à Madagascar, en 1863 »[2].
Les archives strasbourgeoises de l'époque incluent des notes des médecins, des sermons, des chroniques locales, et les édits émis par le conseil municipal, complètement débordé par la situation[3].
Selon la tradition[1], cette épidémie, attribuée alors à l'influence du diable, serait apparue au XVe siècle « dans les couvents et chez les ermites ». La chapelle de Saint-Guy (Vitsgrotte) à Saverne était un lieu de pèlerinage pour les malades atteints de cette affection.


Auguste Stoeber mentionne à ce sujet[1] des rimes de Kleinlawel[Qui ?] issues de la Chronique de Strasbourg :
Une étrange maladie en ce temps
A envahi le peuple
Beaucoup de gens, par folie
Se sont mis à danser
Tout le jour et la nuit
Sans repos
Jusqu'à en tomber évanouis
Plusieurs en sont morts.
Le terme de « danse de Saint-Guy » était passé dans le langage courant sous forme d'imprécations, et on disait par exemple « La danse de Saint-Guy te prenne le ventre et le nombril ! ».
Paracelse nomma cette maladie « chorée » et refusa de mêler ces manifestations à saint Guy ou de dresser tout autre lien religieux.
Un pharmacologue suédois, Eugene Louis Backman, suggère, dans les années 1950, qu’un champignon psychotrope, l’ergot du seigle, aurait pu affecter les moissons, provoquant hallucinations et agitation incontrôlée chez les consommateurs. Dans les années 1980, des psychologues évoquent plutôt une hystérie de masse liée à des soulèvements populaires ou à des rites religieux[4].
Dans la littérature anglo-saxone, la manie dansante ou danse de Saint-Guy est appelée « danse de Saint-Vitus », un autre nom du même saint.
La chorégraphe danoise Mette Ingvartsen, qui s'intéresse de près au phénomène, en réalise une mise en scène transposée à notre époque dans sa chorégraphie Choreomania[5], réalisée avec les élèves de l'école PARTS de Bruxelles depuis 2019, et dans son spectacle Délirious night.
En 2025, le documentaire Danse mortelle. L'étrange cas de Strasbourg 1518 réalisé par Bastien Gens, revient sur ce phénomène[6],[7].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- 1 2 3 4 Auguste Stoeber, Légendes d'Alsace, collecte choisie et présentée par Françoise Morvan, Éd. Ouest-France, 2010 (ISBN 978-2-7373-4850-1).
- ↑ Cabut 2014.
- ↑ Pierre Ropert, « Folie dansante, hilarité irrépressible et nonnes possédées : histoires d'hystéries collectives », sur France Culture, (consulté le ).
- ↑ @NatGeoFrance, « L’épidémie dansante, cette autre peste qui a frappé la France », sur National Geographic, (consulté le ).
- ↑ Geometry, « Mette Ingvartsen », sur Mette Ingvartsen (consulté le ).
- ↑ Samuel Gontier, « Danse mortelle », Telerama, no 3970, , p. 92
- ↑ [vidéo] « Danse mortelle - L'étrange cas de Strasbourg 1518 - Regarder le documentaire complet | ARTE » (consulté le )
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Madeleine Braekman, « La dansomanie de 1374 : hérésie ou maladie ? », Revue du Nord, vol. 249, no 63, , p. 339-355 (lire en ligne)
- (en) John Waller, The Dancing Plague : The Strange, True Story of an Extraordinary Illness, Sourcebooks, 278 p. (ISBN 1402219431).
- (en) John Waller, A Time to Dance, a Time to Die : The Extraordinary Story of the Dancing Plague of 1518, Icon Books Ltd, 267 p. (ISBN 1848310218).
- Sandrine Cabut, « Lorsqu'en 1518, les Strasbourgeois se mirent à danser jour et nuit », Le Monde, .
- John Waller, Les danseurs fous de Strasbourg, La Nuée Bleue, , 224 p. (ISBN 978-2-7107-8897-3).
- Jean Teulé, Entrez dans la danse, Paris, Julliard, , 153 p. (ISBN 978-2-260-03011-9).
