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Code Chappe

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Le code Chappe est un code permettant de transmettre un texte à l’aide des éléments mobiles du Télégraphe Chappe, premier réseau de télécommunication à grande échelle de l'histoire. Mis au point à partir de 1793 dans le cadre des travaux de Claude Chappe, sa paternité appartient en réalité à Léon Delauney et de Mathieu Xavier Durant, il permettait de transmettre rapidement des mots, des phrases ou des instructions administratives au moyen de combinaisons de positions mécaniques observées à distance au télescope. Inventé en 1793 pour la télégraphie, ce codage assigne à chaque mot, ou groupe de mots une combinaison unique de signaux intermittents.

La vitesse de transmission

« Je viens offrir à l'Assemblée législative, c'est-à-dire à la France, l'hommage d'une découverte que je crois utile à la chose publique. Cette découverte présente un moyen facile de communiquer à grande distance tout ce qui pourrait être l'objet d'une correspondance. D'après mes expériences, j'assure que la vitesse de transmission sera telle que le Corps législatif pourra faire parvenir en très peu de temps ses ordres à nos frontières.. »

Claude Chappe, à l'Assemblée législative, le .

Contrairement à une idée répandue, le télégraphe Chappe ne fonctionnait généralement pas selon un alphabet lettre par lettre. Il est basé sur un codage par Livre-code. À un mot ou à une expression est associé un code numérique, généralement composé de deux nombres. Le code pouvait également faire l’objet d’un brouillage supplémentaire, appelé surchiffrement. Lorsqu’un mot ne figurait pas dans le répertoire, une section spécifique du vocabulaire permettait de coder les lettres, les chiffres ou les syllabes[1].

Son efficacité reposait sur un vocabulaire codé (comparable à un dictionnaire chiffré), dans lequel chaque mot ou groupe de mots était associé à des nombres transmis sous forme de signaux visuels. Cette méthode permettait d'accroître considérablement la vitesse de transmission sur des centaines de kilomètres. Le code Chappe constitue ainsi l'un des premiers exemples de codage normalisé des communications à distance, préfigurant les systèmes de télégraphie électrique et certains principes des télécommunications modernes[2].

Les origines

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Claude Chappe réalisa le une première expérience publique de communication à distance entre Parcé-sur-Sarthe et Brûlon, distants d'environ 14 km. L'expérience utilisait alors des cadrans à aiguilles appelés « tachygraphes » (deux cadrans mobiles dotés d'aiguilles et de chiffres). Léon Delauney assiste à Brûlon aux premières expériences du télégraphe des frères Chappe, dont il est cousin.

L'expérience, qui consistait à envoyer un message dans chaque sens, fut réussie et authentifiée par un compte rendu officiel. Claude Chappe put, avec ces preuves de fonctionnement, se rendre à Paris pour promouvoir son invention. Le succès de la démonstration permit à Chappe de présenter son invention aux autorités révolutionnaires.

La langue télégraphique

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Dès cette période, la seule transmission de signes ne suffisait pas. Il fallait mettre au point une véritable langue de communication permettant de convertir des mots et des phrases en signaux transmissibles rapidement par une chaîne de stations. Léon Delauney participa à l'élaboration de ce premier vocabulaire télégraphique : il aida par ses compétences linguistiques[3] ces derniers dans la composition de la langue télégraphique.

Le message était transmis de station en station, chaque relais étant généralement situé à une distance comprise entre km et environ 12 km du suivant.

L'emploi d'un code était indispensable pour répondre à deux contraintes majeures[4]:

  • 1. la transmission lettre par lettre aurait considérablement ralenti l'acheminement des informations ; le message devait donc être condensé sous une forme codifiée.
  • 2. un procédé garantissait la confidentialité des échanges : seuls l'expéditeur et le destinataire étaient en mesure d'interpréter le contenu du message, tandis que celui-ci demeurait incompréhensible pour les opérateurs chargés de sa transmission[4].

L'adoption du télégraphe aérien

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Code Chappe, vers 1794

En 1793, la Convention nationale adopta officiellement le télégraphe aérien. Une première ligne relia Paris à Lille et permit notamment d'annoncer rapidement la reprise de Condé-sur-l'Escaut aux Autrichiens en 1794. Cette réussite démontra l'intérêt stratégique du système[5]. Durant les décennies suivantes, le réseau s'étendit progressivement vers Strasbourg, Brest, Toulon, Lyon, Turin, Amsterdam et plusieurs autres centres administratifs ou militaires. À son apogée, il constitua le plus vaste réseau de communication rapide au monde.

Le succès du télégraphe Chappe en France fut connu à l'étranger, des initiatives similaires furent lancées dans plusieurs pays. Ce fut notamment le cas en Suède, où Abraham Niclas Edelcrantz commença à expérimenter ses propres modèles de télégraphe optique quelques semaines seulement après avoir pris connaissance des premières informations relatives aux travaux de Claude Chappe en France. L'élaboration des premiers protocoles de communication ne fut pas un phénomène exclusivement français. Ces travaux s'inscrivaient par ailleurs dans un héritage intellectuel plus ancien remontant aux réflexions de Robert Hooke, qui avait dès le XVIIe siècle esquissé plusieurs concepts fondamentaux de la signalisation à distance[2].

Avant l'apparition du télégraphe électrique, les réseaux télégraphiques nationaux reposaient principalement sur le télégraphe optique, constitué d’une chaîne de stations relais permettant de transmettre des signaux visuels de poste en poste au moyen de sémaphores ou de volets mobiles. Les différences portaient sur l'utilisation de code ou vocabulaire distincts qui s'expliquait par la conception des appareils employés dans les différents pays : alors que le système de Chappe utilisait des bras articulés mobiles, comparables à ceux de l'Alphabet sémaphore, par exemple, le système britannique reposait sur un ensemble de volets pouvant être ouverts ou fermés selon diverses combinaisons.

Principe du code

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La Langue

« On voit qu'il est nécessaire d'apprendre aux stationnaires cette langue qui leur est particulière, et qu'ils aient une certaine expérience pour en faire usage. Ceux qui ont cru avoir inventé des télégraphes dont les agents pouvoient se servir sans instructions préliminaires se sont trompés, ou bien ils ont restreint à deux ou trois stations l'emploi de leurs machines. »

Ignace Chappe[6]

La véritable innovation de Chappe résidait dans son système de codage. Les différentes positions du télégraphe ne correspondaient pas directement aux lettres, mais à des valeurs numériques[7]. Chaque signal permettait de transmettre un nombre. Les nombres étaient ensuite associés à des entrées dans des ouvrages de codage spécifiquement conçus pour l'administration télégraphique[7]. L'opérateur destinataire consultait alors le même livre de codes et retrouvait immédiatement le mot ou la phrase correspondant[2].

La machine télégraphique

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BERJAYA
Télégraphe de Chappe. Le régulateur est le segment AB. Les indicateurs sont les segments AC et BD.

Le télégraphe Chappe se composait d'un mât central portant :

  • 1. un régulateur (barre principale) ;
  • 2. deux indicateurs articulés ;
  • 3. un mécanisme de commande situé dans la station.

Les opérateurs observaient la station précédente au moyen d'un télescope puis reproduisaient immédiatement la position observée afin de transmettre le signal vers la station suivante.

Les signaux

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La théorie

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Le mécanisme du télégraphe Chappe offrait théoriquement comme Point de code 256 configurations possibles (=8×7×4) distinctes, comme pour l'ASCII étendu, résultant de la combinaison de 8 positions possibles pour chacun des deux indicateurs et de quatre positions pour le régulateur central[2].

Cependant, certaines de ces configurations présentaient une visibilité insuffisante lorsqu'elles étaient observées depuis les stations voisines. En particulier, les positions où les indicateurs se trouvaient alignés avec le régulateur ou dissimulés derrière celui-ci étaient difficilement discernables à grande distance[2]. Pour garantir la fiabilité des observations, ces configurations furent exclues du système de signalisation, ramenant le nombre de positions effectivement exploitables à 196 configurations[7]. Cette contrainte illustre l'importance accordée par les concepteurs du réseau à la lisibilité et à la réduction des erreurs de transmission[2].

Dans l'ensemble des systèmes de codage employés[8], les positions effectivement porteuses d'information étaient limitées aux configurations où le régulateur occupait une position horizontale ou verticale[2]. Bien que l'appareil puisse théoriquement produire un plus grand nombre de combinaisons, cette restriction réduisait l'ensemble des signaux disponibles à 98 configurations (=7×7×2).

Après exclusion ou réservation d'un certain nombre de position pour des fonctions de contrôle, le code disposait d'un alphabet opérationnel restant de signaux utilisables. Les positions où le régulateur était incliné n'étaient toutefois pas inutilisées. Elles servaient aux opérateurs lors de la mise en place d'un nouveau signal.

Pour former un signal, le régulateur était d'abord incliné vers la droite ou vers la gauche, tandis que les deux indicateurs restaient repliés. Les indicateurs étaient ensuite placés dans leur nouvelle position. Enfin, le signal était validé en ramenant le régulateur à une position horizontale ou verticale[2].

Les différents type de signaux

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La méthode tachigraphique

« Dans les dépêches, il se glissa quelquefois des fautes partielles, par le peu d'attention ou l'inexpérience de quelques agents. La méthode tachigraphique de Chappe offre un moyen sûr et rapide de les rectifier. Il est souvent essentiel de cacher aux observateurs intermédiaires, placés sur la ligne de correspondance, le sens des dépêches ; le citoyen Chappe est parvenu à n'initier, dans le secret de l'opération, que les stationnaires placés aux deux extrémités de la ligne. Le temps employé pour la transmission et la révision de chaque signal d'un poste à l'autre, peut être estimé, en prenant le moyen terme, à 20 secondes. Ainsi, dans 13 minutes 40 secondes, la transmission d'un signal ordinaire pourrait se faire de Valenciennes à Paris. »

Rapport de Joseph Lakanal, au nom du Comité d'instruction publique, le .

On distingue les signaux de correspondance et les signaux de contrôle.

  • Les signaux de correspondance utilisent une position horizontale ou verticale du régulateur. De plus, la position oblique gauche du régulateur est utilisée pendant la composition des signaux de correspondance.
  • Les signaux de contrôle (urgence du message, absence, problème divers, brouillard…) utilisent uniquement la position oblique droite du régulateur.

Les signaux sont valides quand les petites ailes noires nommées indicateurs sont :

  • repliées sur le régulateur ;
  • ou forment un angle à 45° ou 90° avec le régulateur.

La position dans le prolongement du régulateur n'est mécaniquement pas possible. Elle a été abandonnée pour éviter confusion et ambiguïté avec la position repliée sur le régulateur.

Signaux de contrôle

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Une partie des positions possibles n'était pas destinée au contenu du message mais à l'exploitation du réseau. Ces signaux permettaient notamment :

  • d'indiquer le début d'une dépêche ;
  • de signaler la fin d'un message ;
  • de demander une répétition ;
  • d'annoncer une erreur ;
  • de suspendre momentanément la transmission.

Ces commandes constituaient un véritable protocole opérationnel, indispensable au bon fonctionnement du réseau télégraphique Chappe. Ces procédures constituent l'un des premiers exemples connus de protocole de communication, comparable à certaines fonctions de contrôle utilisées dans les réseaux informatiques modernes[2] comme le Caractère de contrôle.

Le code d'origine (1793) « Lille »

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Vocabulaire de 9999 entrées

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Numérotation

« Il n'est besoin, suivant le système de la numération généralement adoptée, de n'employer que dix signes pour exprimer toutes les combinaisons : quatre suffisent à former les 9999 premières ; et on n'a guère besoin que de dix mille mots pour l'usage habituel de nos langues.. »

Ignace Chappe[9]

Le code d'origine développé avec l'aide de Léon Delauney en 1793 utilisé sur la ligne Paris-Lille se composait d'un Livre-code de 9 999 entrées (ou vocabulaire[4]) ; chaque mot étant représenté par un nombre[10]. Prenant les bases de chiffrement adoptées[11] pour la sténographie[11] utilisées dans les correspondances diplomatiques, Léon Delauney compose le vocabulaire ou chiffrage[4] qui devait s'appliquer au télégraphe optique jusqu'en 1795. Ce système est alors le privilège de la diplomatie, et consiste à traduire chaque mot de la langue par un nombre différent, de façon à trouver par la traduction des nombres les mots de la dépêche[12].

Les signaux de convention nécessaires au service étaient seuls compris par les opérateurs[11].

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Cipher for Telegraphic Correspondence, un livre-code utilisé par le commis du général unioniste Joseph Hooker.

Sur les 98 signaux effectivement utilisables, le premier code mis en service en 1794 n'en exploitait que 34 (2 × 10[4] + 14). Dix signaux pour les chiffres, dix autres pour les chiffres placés en fin de série, tandis que quatorze signaux remplissaient des fonctions de contrôle du réseau[2]. Une grande partie des signaux demeurait donc inutilisée. En conséquence, les transmissions télégraphiques étaient sensiblement plus lentes qu'elles n'auraient pu l'être, alors même que la rapidité constituait l'un des principaux objectifs du système.

Taille du vocabulaire[2] Nombre de signaux utilisables Nombre de mouvements
9999 34 4 pour 90% des cas, 6 par mots

Le contenu exact du premier livre de code utilisé pour le code Chappe demeure incertain. Un ouvrage conservé au Musée Postal à Paris pourrait avoir appartenu au système Chappe, sans que cette attribution soit formellement établie[13].

Mots[14] Nombre de signaux utilisables
Mots exprimés par les neuf premiers nombres. 1
Mots exprimés par les nombres de 10 à 99. 2
Mots exprimés par les nombres de 100 à 999. 3
Mots exprimés par les nombres de 1000 à 9999. 4

Limitation du modèle

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Télégraphe de Chappe.

Pour transmettre un mot, le système nécessitait de un à quatre signaux, la très grande majorité des mots (environ 90 %) exigeant toutefois quatre signaux[11]. À cette séquence s’ajoutait un signal indicatif placé avant et après chaque mot, portant généralement le total à six signaux par mot. Cette complexité réduisait sensiblement l’efficacité du dispositif et limitait la rapidité des communications[11]. Ce système exigeait de nombreux signaux pour transmettre un seul mot et fut progressivement remplacé par des méthodes plus efficaces. Ce vocabulaire était imparfait, mais au début de la télégraphie, il suffisait à la correspondance[15]

9999 entrées

« A l'origine de la télégraphie, nous nous servîmes d'un vocabulaire contenant 9,999 mots, représentés chacun par un nombre depuis 1 jusqu'à 9,999, ce qui exigeoit souvent quatre signaux pour un mot, sans y comprendre le signal indicatif de la terminaison de chaque mot, c'est avec ce vocabulaire que toutes les dépêches télégraphiques envoyées de Paris à Lille et à Strasbourg ont été composées en 1793, 94, 95 »

Ignace Chappe[16]

Le , lors du décret de la ligne de Paris à Landau, le Comité de salut public avait recommandé à Claude Chappe de construire un appareil pouvant transmettre un mot par un seul signal[11]. Soucieux d'accroître la vitesse des communications, les concepteurs du réseau abandonnèrent dès 1795 ce premier code décimal. Moins d'un an après la mise en service de la ligne Paris–Lille, ils élaborèrent un nouveau code, en changeant le principe du vocabulaire[11], tirant beaucoup mieux parti de 92 signaux disponibles et permettant d'augmenter considérablement le débit des transmissions[2].

Les 14 signaux de contrôle

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Le premier code Chappe comportait quatorze signaux de contrôle destinés à l'exploitation du réseau télégraphique. Ces signaux permettaient notamment d'ouvrir ou de clore une transmission, de suspendre temporairement le trafic, de synchroniser les stations, de gérer les conflits entre messages circulant en sens opposés, d'accuser réception d'une dépêche ou de signaler des erreurs de transmission. D'autres signaux étaient réservés à l'indication de pannes mineures ou majeures ainsi qu'aux conditions météorologiques défavorables, telles que la pluie ou le brouillard, susceptibles de réduire la visibilité entre les stations. Un signal particulier était également utilisé pour les transmissions nocturnes[17].

Les signaux de contrôle[2] Description
1 Début de transmission
2 Fin de transmission
3 Suspension des transmissions pendant une heure
4 Suspension des transmissions pendant deux heures
5 Synchronisation, destinée à permettre aux stations de la ligne télégraphique de remettre leurs horloges à la même heure
6 Conflit, indiquant que deux messages provenant de directions opposées étaient arrivés simultanément dans une même station
7 Priorité, signalant lequel des deux messages en conflit devait être transmis en premier
8 Accusé de réception, confirmant qu'un message avait été correctement déchiffré à sa destination finale
9 Erreur, servant à annuler le dernier signal transmis
10 Inactivité (ou fermeture), indiquant la fermeture de la station ou de la ligne
11 Panne mineure, signalant un léger dysfonctionnement du télégraphe ou l'absence momentanée de l'opérateur
12 Panne majeure, indiquant un problème plus grave rendant le télégraphe inutilisable et nécessitant une intervention extérieure
13 Pluie ou brouillard limitant la visibilité
14 Transmission de nuit

Les pays voisins

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Les premiers succès du télégraphe optique français suscitèrent un vif intérêt dans les États voisins, en particulier dans les territoires allemands[18]. Dès 1794, une brochure présentant un système connu sous le nom d' alphabet de Leipzig fut publiée. Un autre dispositif, désigné sous l’appellation d' alphabet de Carlsruhe, parut ensuite en 1830.

Ces deux projets relevaient toutefois davantage de spéculations théoriques que d’applications pratiques. L' alphabet de Carlsruhe, notamment, présentait plusieurs incohérences, attribuant dans certains cas deux signaux distincts à une même lettre, qu’elle soit représentée en majuscule ou en minuscule[18].

Le code de 1795 « Milan »

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Liste des signaux. Document disponible au musée de Saint-Marcan.

On envisagea d'abord de remplacer le premier système décimal par un codage vigésimal (base 20), permettant d'exploiter davantage de signaux[2], ce qui aurait porté le nombre de signaux utilisés à 54 (2 × 20 + 14). Cette solution fut toutefois abandonnée au profit d'un système beaucoup plus ambitieux, introduit en 1795, avec un nouveau Livre-code. Le nouveau code reposait sur l'utilisation quasi complète des 92 signaux disponibles du télégraphe : d'une certaine manière, il reposait sur un système de codage en base 92, exploitant naturellement l'ensemble des 92 signaux réellement utilisables du télégraphe, en utilisant un nombre plus restreint de signaux de contrôle.

Le nouveau code comportait deux parties principales, appelées divisions.

Première division

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La première division constituait un alphabet de 92 signes distincts destinés à représenter :

  • les lettres de l'alphabet ;
  • les chiffres de 0 à 9 ;
  • certaines syllabes fréquemment employées.

Chaque signe de cette division était formé conformément aux règles de signalisation du télégraphe, puis « fermé » en repliant les deux indicateurs. Les positions horizontales et verticales dans lesquelles les deux indicateurs étaient repliés ne faisaient normalement pas partie de l'ensemble des 92 signaux utilisables servant de base aux livres de codes[2].

Deuxième division

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Livre-code (extrait).

La seconde division consistait en un Livre-code composé de 92 pages contenant chacune 92 entrées, soit un total de 8 464 combinaisons possibles[7]. Ces entrées regroupaient :

  • des syllabes supplémentaires ;
  • des mots d'usage courant ;
  • diverses expressions fréquemment employées dans les communications administratives et militaires.

Chaque entrée de cette table était transmise au moyen d'une paire de signaux :

  • 1. le premier signal indiquait le numéro de ligne dans le Livre-code ;
  • 2. le second signal indiquait le numéro de page dans le Livre-code.

La première constituait un alphabet de 92 signes[19] permettant de transmettre directement lettres, chiffres et syllabes fréquentes. La seconde prenait la forme d'un vaste dictionnaire télégraphique composé de 92 pages de 92 entrées chacune. Les mots et expressions y étaient identifiés par une paire de signaux : le premier désignait une ligne et le second une page[2]. Avec 8 464 combinaisons[4] possibles, ce système augmentait considérablement la vitesse des transmissions et représentait l'une des premières applications à grande échelle d'un codage numérique optimisé pour les télécommunications[2]. C'est pour l'Abbé Moigno, la méthode numérique[20] : pour la transmission des messages, 92 signaux élémentaires formés à partir de la position oblique droite du régulateur étaient affectés à la représentation des nombres de 1 à 92. Ce système était associé à un vocabulaire codé composé de 92 pages contenant chacune 92 entrées, soit un total de 8 464 mots ou expressions. La transmission d’un terme consistait à envoyer successivement deux signaux numériques : le premier indiquait la page du Livre-code à consulter, tandis que le second désignait l’entrée correspondante sur cette page. Grâce à ce procédé, un mot, une expression ou une formule entière pouvait être communiqué à l’aide de seulement deux signaux, ce qui contribuait à accroître considérablement la rapidité des transmissions sur le réseau télégraphique optique[20]. Ce procédé représentait un progrès notable par rapport au système numérique antérieur, qui exigeait jusqu’à quatre signaux pour transmettre la même information.

« Par exemple, un premier signal pouvait indiquer la page 53 d'un répertoire codé, tandis qu'un second désignait la ligne 21. En consultant cette référence, le directeur de la station pouvait reconstituer le message correspondant, tel que : « Je réponds à votre dernière dépêche. »[4]. »

Taille du vocabulaire[11] Nombre de signaux utilisables
8464 92

Signaux de contrôle

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Le télégraphe Chappe disposait d'un ensemble de 92 signaux élémentaires, formés à partir de la position oblique gauche du régulateur, qui constituaient la base du langage d’exploitation du réseau[20]. Ces signaux servaient notamment à indiquer le degré de priorité des dépêches, leur destination, la fin des transmissions, les périodes de congé accordées aux agents, ainsi que divers incidents ou événements affectant le service[20]. C'est pour l'Abbé Moigno, la méthode hiéroglyphique[20].

Ils permettaient également de signaler les erreurs de transmission, l’absence ou le retard d’un stationnaire, les conditions météorologiques défavorables telles que le brouillard, la pluie ou le mirage, ainsi que les avaries causées par le vent, les incendies ou d’autres circonstances exceptionnelles[20]. Plus généralement, ces signaux couvraient l’ensemble des situations prévues par le règlement et dont l’administration souhaitait assurer la diffusion à l’échelle d’une ligne ou d’un poste particulier.

Employés isolément ou combinés entre eux, les 92 signaux de contrôle formaient un système de communication normalisé, compris par tous les agents du réseau et suffisamment riche pour répondre à la plupart des besoins de l’exploitation télégraphique[20]. Un ensemble de procédures destinées à garantir le fonctionnement coordonné du réseau de nombreuses stations, prenait en compte les interruptions, les erreurs de transmission, les brouillages, les reprises de trafic, les inversions de sens de communication, les messages urgents et les différents signaux opérationnels (« prêt à recevoir », « bien reçu », « arrêt de message », « absence du stationnaire », etc.)[21].

Transmission[22] Description
0 Repos Inactivité (ou fermeture), indiquant la fermeture de la station ou de la ligne  : Mise en verticale
1 Signal d'attente : Mise en diagonale
2 Formation du signal
3 Fin de transmission : : porté au fini.
4 Temps d'un nouveau cycle : mise en diagonale
Priorité et sens de transmission[23] Description
1 Petite activité[24].
2 Grande activité (annule la Petite activité)
3 Petite urgence (annule la Grande activité)
4 Grande urgence (annule la Petite urgence)
Suspension et erreurs[23] Description
1 Suspension de Brumaire[25]
2 Indicatif de poste et absence[26]
3 Erreur de transmission : Petit dérangement[27]
4 Erreur de transmission : Grand dérangement
5 Erreur de transmission : Erreur d'agent qui annule un faux signal : porté au fini.
6 Inactivité (ou fermeture), indiquant la fermeture de la station ou de la ligne[28]

Le code de l'an VI

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Numérotation

« Ils adoptèrent la numération qui existe encore aujourd'hui, elle diminua d'un tiers le temps qu on employoit précédemment pour le passage d'une dépêche, puisqu'au lieu de 4, 6, 8 et 10 mouvements que chaque télégraphe était obligé de faire pour rendre un mot, il n'en faut plus que 3, 4, 6 et 7. »

Ignace Chappe[9]

La réforme du code Chappe de l'an VI renforça considérablement les capacités du réseau télégraphique en ajoutant deux nouvelles divisions consacrées notamment aux noms propres, aux toponymes et à diverses expressions fréquemment employées[2].

Troisième division

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La 3e division était phrasique (nommée vocabulaire phrasique pour les phrases prévues) et s’appliquait au service de la guerre et de la marine. Afin d’accroître encore les capacités d’expression du télégraphe, organisé selon le même principe que le vocabulaire ordinaire, la 3e division se composait de 92 pages contenant chacune 92 phrases ou fragments de phrases préétablis, soit un total de 8 464 entrées. Ce recueil permettait de transmettre directement des formules complètes, des tournures administratives ou des expressions fréquemment utilisées, sans avoir à composer le message mot par mot. Associé au système de codage du télégraphe, il offrait ainsi la possibilité de communiquer rapidement jusqu’à 8 464 phrases ou portions d’idées distinctes au moyen de seulement deux signaux numériques[20]. Cette organisation contribuait à améliorer considérablement la rapidité et l’efficacité des transmissions sur le réseau télégraphique optique.

Quatrième division

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La 4e division était géographique[11] (nommée vocabulaire géographique[29]). Il regroupait des noms de lieux ainsi qu’un certain nombre de formules couramment employées dans les correspondances officielles. Comme les autres répertoires télégraphiques, ce vocabulaire était organisé en 92 pages de 92 entrées chacune, soit un total de 8 464 références distinctes. Les entrées de ce répertoire étaient identifiées par une combinaison de signaux permettant de désigner la page et le numéro correspondant[20]. Leur transmission nécessitait en moyenne trois signaux et demi, ce qui offrait aux opérateurs la possibilité de communiquer rapidement un grand nombre de noms géographiques et d’expressions usuelles sans recourir à l’épellation lettre par lettre.

Utilisation des divisions supplémentaires

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Le but initialement fixé n'était pas complètement atteint; il fallait, en effet, au moins deux signaux pour indiquer un mot, le signal de la page et celui du mot[11]. Pour se servir de ce vocabulaire, le télégraphe doit donner trois signaux le premier pour indiquer qu'il s'agit du vocabulaire phrasique, le second, pour indiquer la page du vocabulaire, et le troisième, pour le numéro de cette page[15]. Un signal spécial indiquait le vocabulaire nécessaire pour la composition et la traduction de la dépêche[14].

Division des codes[2] Nombre de signaux utilisables Nombre de mouvements
1 2 3[30]
2 2
3 4 pour être transmis intégralement
4 4 pour être transmis intégralement 8

Le système reposait désormais sur une hiérarchie de codes de longueur variable : les informations les plus fréquentes étaient accessibles au moyen de séquences courtes, tandis que les termes moins usuels nécessitaient un plus grand nombre de signaux. Cette organisation permettait d'optimiser la vitesse moyenne des transmissions et préfigure les méthodes modernes de codage à longueur variable. À ce titre, le code Chappe peut être considéré comme l'un des premiers exemples historiques d'une technique de Compression de données fondée sur la fréquence d'apparition des messages[2].

Mots et caractères[14] Division
Les lettres de l'alphabet ; les chiffres de 0 à 9 ; certaines syllabes fréquemment employées. 1
Des syllabes supplémentaires ; des mots d'usage courant ; diverses expressions fréquemment employées dans les communications administratives et militaires.. 2
Phrases prévues s’appliquant au service de la guerre et de la marine. 3
Noms de lieux et un certain nombre de formules couramment employées dans les correspondances officielles. 4

Méthode Durant

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Afin de faciliter l’exploitation du télégraphe optique par des exploitants souvent peu instruits, l’inspecteur Durant, entré dans l’administration télégraphique sous le Directoire, proposa une nomenclature simplifiée des signaux. Plutôt que de recourir à des termes techniques tels que plans, angles ou degrés, il attribua aux différentes positions des noms simples inspirés de leur disposition[11].

Les positions de l'indicateur correspondant aux angles de 45°, 90° et 135° furent ainsi désignées par les nombres cinq, dix et quinze, associés aux termes ciel ou terre selon que l'indicateur se trouvait dans la partie supérieure ou inférieure de l'appareil. La position repliée reçut le nom de zéro, tandis que la position verticale du régulateur était indiquée par le terme perpen. L’énoncé d'un signal commençait systématiquement par la désignation de l’indicateur placé dans la partie supérieure[11].

Ce vocabulaire conventionnel permettait de décrire les signaux au moyen de formules simples, telles que dix ciel, quinze terre, cinq ciel, quinze terre, perpen ou encore quinze terre, zéro. Cette méthode, connue sous le nom de méthode Durant, simplifia considérablement les opérations de transmission et contribua à rendre le service télégraphique plus efficace et accessible[11].

Révisions du codage

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Perfectionnement

« Abraham Chappe annonce que, dans sa retraite, il a trouvé moyen d'abréger d'un tiers le temps de la transmission des dépêches sans rien changer à la machine et sans qu'il en coûte rien au gouvernement; il dit qu'il est prêt à faire hommage de son perfectionnement, et propose de l'établir gratuitement. »

Abraham Chappe[31]

Une nouvelle révision du code intervint en 1809. Les principes alors adoptés demeurèrent ensuite largement inchangés pendant le reste de l’exploitation du code Chappe.

À partir de 1830, l’administration des télégraphes entreprit la refonte du système de codification en élaborant un vocabulaire plus vaste et plus complet que les trois répertoires précédents[20]. Cette réforme s’appuyait toutefois sur les travaux antérieurs de Claude Chappe, qui avait déjà préparé les bases d’un dictionnaire télégraphique comprenant près de 61 952 mots[20]. Pour dérouter les observations indiscrètes, on prenait soin de changer fréquemment la clef du vocabulaire[15].

L’expérience acquise au cours de l’exploitation du réseau avait montré que la coexistence de plusieurs vocabulaires spécialisés constituait une source de complexité pour les transmissions[20]. Il apparut dès lors préférable de regrouper ces répertoires au sein d’un système unique, plus cohérent et plus étendu. Une telle organisation permettait non seulement d’accroître considérablement le nombre de mots et d’expressions disponibles, mais aussi de simplifier les procédures de codage et de réduire le nombre ainsi que la durée des signaux nécessaires à la transmission des dépêches[20].

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Code Chappe vers 1809

En 1837, Gabriel Flocon introduisit un système de codage reposant uniquement sur les positions horizontales des indicateurs. Cette innovation permettait de se passer du déplacement du régulateur[32]. Cette modification fut expérimentée avec succès sur la section télégraphique reliant Perpignan à Narbonne de la ligne Avignon-Bordeaux, considérée comme l’une des plus difficiles du réseau en raison de la fréquence et de la violence des vents qui y régnaient. Les essais montrèrent une amélioration sensible des performances, la vitesse de transmission obtenue sur cette ligne devenant supérieure à celle observée sur les autres sections du réseau télégraphique[29].

Pour qu'un message soit envoyé et reçu, il devait d'abord être codé en signaux par le directeur de la station de départ, en utilisant le code télégraphique en usage. N'était transmis qu'une suite de nombres.

Les livres de codes, conservés de manière confidentielle, contenaient plusieurs milliers d'expressions préenregistrées[7]. On y trouvait :

  • des termes militaires ;
  • des formules diplomatiques ;
  • des noms géographiques ;
  • des expressions administratives ;
  • des phrases complètes fréquemment utilisées.

Grâce à ce procédé, une information complexe pouvait être transmise beaucoup plus rapidement qu'avec un alphabet classique[2]. Les mots et locutions les plus courants étaient placés en tête du répertoire afin de bénéficier des codages les plus courts[2]. Ainsi, les neuf premières entrées, correspondant aux nombres de 1 à 9, pouvaient être transmises au moyen d’un seul signal du télégraphe Chappe. Les entrées numérotées de 10 à 99 nécessitaient deux signaux successifs, celles comprises entre 100 et 999 en requéraient trois, tandis que les entrées de 1 000 à 9 999 étaient transmises au moyen de quatre signaux consécutifs. Cette organisation constituait une forme précoce de compression de l’information, les messages les plus fréquents étant associés aux séquences les plus courtes[2].

Pour transmettre un mot ou une phrase répertoriés dans le dictionnaire télégraphique, les opérateurs envoyaient simplement le groupe numérique associé en utilisant les dix signaux élémentaires du système[2]. Afin de marquer la fin d’un groupe de chiffres et d’éviter toute ambiguïté lors du décodage, le dernier signal était modifié par une légère inclinaison de l’indicateur non utilisé.

Le stationnaire de la station destinataire remettait le message en signaux télégraphique au directeur qui décodait le message à l'aide du livre de code. Les « stationnaires », qui opèrent les stations, ne comprenaient pas le texte car ils ne connaissent que les signaux de contrôle[21]. Si le message à l'arrivée était incohérent, un inspecteur remontait la ligne en comparant le message codé reçu avec le registre des messages de chaque station pour déterminer où l'erreur avait été générée, ce qui permettait de retrouver le message initial et de sanctionner le stationnaire qui avait commis l'erreur.

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Dépêche envoyée par le télégraphe Chappe de Paris à Toulouse annonçant la naissance du Duc d'Orléans. Le message a été transmis en deux heures et demie.

Le répertoire de codes, appelé vocabulaire, fut réservé jusqu'aux environs de 1806 aux seuls directeurs des stations terminales du réseau[4]. Sur la ligne Paris-Strasbourg, par exemple, seuls les directeurs des stations de Paris et de Strasbourg disposaient de cet ouvrage. À partir de cette date, certains directeurs de stations intermédiaires, comme celui de Metz, furent également autorisés à déchiffrer les messages. Le directeur optimisait le texte initial dans un style proche du système actuel de SMS[21]. Une fois décodés, ces messages, appelés dépêches, étaient ensuite acheminés vers leurs destinataires par l'intermédiaire de messagers[4].

Face à l'accroissement des besoins de communication, deux nouveaux vocabulaires furent successivement mis en service, en 1807 puis en 1841, afin d'enrichir et de moderniser le système de codage des messages[4]. Pour la construction du réseau en Algérie, à partir de 1844, les appareils télégraphiques, simplifiés par César Lair, se distinguaient par une mise en œuvre et une installation plus aisées[11]. Parallèlement, le vocabulaire télégraphique fit l’objet de plusieurs améliorations, qui contribuèrent à accélérer de manière significative la transmission des dépêches.

Parallèlement, d'autres répertoires spécialisés étaient utilisés, notamment des tableaux numériques destinés à la transmission des résultats de l'Administration générale des loteries, ainsi que des tableaux de signaux adaptés à des usages particuliers[4].

Secret et cryptographie

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Cryptographie

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Le code Chappe possédait également une dimension cryptographique importante. Même si un observateur pouvait voir les positions des bras du télégraphe, il ne pouvait généralement pas comprendre le contenu des messages sans disposer du livre de codes correspondant[2].

Les autorités françaises considéraient ces recueils comme des documents sensibles. Leur diffusion était strictement contrôlée afin d'éviter que des puissances étrangères n'interceptent les communications gouvernementales[7].

Déchiffrement

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Toutefois, le système n'était pas invulnérable. Des tentatives de déchiffrement furent menées par plusieurs États européens au cours des guerres révolutionnaires et napoléoniennes[2]. Des particuliers s'efforcent également de profiter des communications rapides offertes par le télégraphe. Entre 1834 et 1836, le télégraphe est utilisé par deux hommes d'affaires bordelais, les frères François et Joseph Blanc, pour recevoir avant tout le monde des informations sur le cours des rentes de la Bourse de Paris. L'utilisation a été découverte en 1836 et les deux frères ont passé du temps en prison en attendant leur procès, mais ont finalement été déclarés non coupables car il n'y avait pas de loi contre ce comportement[33].

Aspect législatif

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Bien qu'aucune disposition légale n’ait initialement consacré le monopole de l’État sur la transmission des signaux, celui-ci s’était imposé de fait dès la création du premier télégraphe. En conférant à Claude Chappe le titre d' ingénieur-télégraphe et en intégrant les agents télégraphiques à l’administration publique, la Convention avait placé la télégraphie sous le contrôle de l’État[11]. Cette situation s’inscrivait dans la continuité des prérogatives traditionnellement exercées par le pouvoir en matière des Correspondance.

Afin de donner une base juridique à cette situation, le gouvernement français présenta en 1837 un projet de loi établissant explicitement le monopole public de la télégraphie[34]. La loi du consacra ces principes en réservant à l’État le droit de transmettre des signaux à distance[35]. Tout en affirmant le monopole de l’État, la loi autorisait néanmoins le gouvernement à accorder des permissions exceptionnelles pour l’exploitation de télégraphes privés. Dans la pratique, ces autorisations furent surtout accordées à des fins expérimentales, afin de tester les nombreux systèmes télégraphiques proposés au cours du XIXe siècle[11]. L'emploi du télégraphe pour la correspondance privée est votée par l'Assemblée nationale législative, en 1850[5] lors de la Deuxième République.

Performances et limites

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Le réseau Chappe représentait une avancée spectaculaire pour son époque. Dans de bonnes conditions atmosphériques, une dépêche pouvait parcourir plusieurs centaines de kilomètres en moins d'une heure[7].

La ligne Paris-Lille, longue d'environ 230 kilomètres, permettait ainsi de transmettre des nouvelles militaires en quelques dizaines de minutes, alors qu'un courrier à cheval nécessitait auparavant de longues heures, voire plusieurs jours[7].

Malgré ses qualités, le code Chappe présentait plusieurs contraintes importantes :

  • dépendance à la lumière du jour ;
  • impossibilité de fonctionner dans le brouillard, la pluie ou la neige épaisse ;
  • coût élevé de construction et d'entretien des stations ;
  • nécessité de disposer d'opérateurs spécialement formés.

Le système électrique

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Ces limitations favorisèrent progressivement le développement des systèmes électriques au milieu du XIXe siècle. En juin 1835, César Lair proposa à l’administrateur des télégraphes Alphonse Foy une méthode de décomposition des mouvements permettant de reproduire l'ensemble des signaux du télégraphe Chappe au moyen d’un seul indicateur[11]. Bien que cette innovation ait été reconnue comme particulièrement ingénieuse, elle fut rejetée par l’administration, qui estimait qu’elle risquait d’accroître les possibilités de confusion lors de la transmission des signaux[11]. Cette méthode présentait toutefois un intérêt important pour le développement de la télégraphie de nuit, puisqu’elle permettait de réduire l’éclairage nécessaire à un unique indicateur. Le principe élaboré par César Lair trouva par la suite une application dans le domaine de la télégraphie électrique, où il fut utilisé pour la transmission des signaux du système français sur une seule ligne de communication[11].

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Le télégraphe Foy–Breguet affichant la lettre « Q ».

Louis Breguet et Alphonse Foy développent dans les années 1840 le Télégraphe de Foy et Breguet pour une utilisation en France. Le système utilise des instruments à deux aiguilles qui présentent un affichage utilisant le même code que celui du télégraphe optique de Claude Chappe. Celui-ci étant largement utilisé en France par le gouvernement, cet arrangement lui plaît car il n'était pas nécessaire de renouveler les opérateurs.

Les principes du Code Chappe seront repris dès la moitié du XIXe siècle pour les codes à usage privés, et pour le Code Commercial. En 1868, F.-J. Sittler[36], publie son Dictionnaire abréviatif chiffré. Son ouvrage, précédé par le Dictionnaire de la correspondance télégraphique secrète publié en 1867 par Brunswick[37], va s’imposer en France et même à l’étranger[38].

Le code Chappe est considéré comme l'un des ancêtres directs[2] :

  • du télégraphe électrique ;
  • des réseaux de télécommunications ;
  • de la transmission numérique d'informations ;
  • des systèmes de codage et de protocoles de communication.

Plusieurs concepts employés aujourd'hui dans les réseaux informatiques — séparation entre données et commandes, contrôle d'erreurs, transmission par relais et codage symbolique — existaient déjà sous une forme primitive dans le réseau Chappe[2].

Notes et références

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  1. Florent Chavand , Des données à l’information: De l’invention de l’écriture, 2017, p. 315
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 Gerard J.Holzmann, Optical Telegraph Codes (Geheimschrift und Zeichensprache), publié en 1995. Voir en ligne
  3. Et par un dictionnaire de cryptographie utilisé en diplomatie.
  4. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 Les techniques du télégraphe Chappe Le code ou vocabulaire.
  5. 1 2 François Gautier, L'oeuvre de Claude Chappe, créateur de l'administration française des télégraphes et inventeur du télégraphe aérien établi sous les auspices de la Convention nationale : centenaire de la télégraphie, 1793-1893 ,... ; Blais, Roy et Cie, Poitiers, 1893. Voir en ligne
  6. Ignace Chappe, Histoire de la télégraphie. Ch. Richelet (Le Mans), 1840. Voir en ligne, p. 111-112
  7. 1 2 3 4 5 6 7 8 Ignace Chappe, Histoire de la télégraphie. Ch. Richelet (Le Mans), 1840. Voir en ligne
  8. Y compris le premier, adopté en 1794
  9. 1 2 Ignace Chappe, Histoire de la télégraphie. Ch. Richelet (Le Mans), 1840. Voir en ligne, p. 137
  10. Annales télégraphiques, volume 3, p. 56, 1860.
  11. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 Édouard Gerspach, Histoire administrative de la télégraphie aérienne en France, E. Lacroix (Paris), 1861, 116 p. Voir en ligne
  12. Brunswick, Dictionnaire de la correspondance télégraphique secrète, 1867. Voir en ligne
  13. Son organisation en colonnes de 88 entrées a conduit certains historiens à supposer que 88 signaux distincts étaient alors employés. Toutefois, les premières propositions du code Chappe prévoyaient un système fondé sur dix signaux correspondant aux chiffres de 0 à 9.
  14. 1 2 3 Ernest Jacquez, Claude Chappe : notice biographique, Alphonse Picard et fils, éditeurs, 1893. Voir en ligne
  15. 1 2 3 Louis Figuier, Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [2], Télégraphie aérienne, électrique et sous-marine, câble transatlantique, galvanoplastie, dorure et argenture électro-chimiques, aérostats, éthérisation., Furne, Jouvet (Paris), 1868.
  16. Ignace Chappe, Histoire de la télégraphie. Ch. Richelet (Le Mans), 1840. Voir en ligne, p. 53
  17. La présence d'un signal spécifique pour les transmissions de nuit pourrait laisser penser que le télégraphe Chappe était régulièrement exploité après le coucher du soleil. Les sources historiques, selon Gerard J. Holzmann, indiquent toutefois que cette capacité demeura essentiellement théorique. Si plusieurs expérimentations furent réalisées afin d'adapter au télégraphe optique des dispositifs lumineux visibles dans l'obscurité, les résultats obtenus ne furent pas suffisamment fiables pour permettre une exploitation courante du réseau. L'introduction de ce signal semble selon lui ainsi avoir eu davantage une portée prospective et politique, destinée à démontrer les possibilités futures du système, qu'une réelle fonction opérationnelle.
  18. 1 2 Henri Gachot, « La tour Chappe du télégraphe optique du Haut-Barr 1798 à 1852 », Pays d'Alsace, Saverne, Société d'histoire et d'archéologie de Saverne et environs, nos 107/108, , p. 77-82 (lire en ligne, consulté le )
  19. « Le système de codage Chappe », sur amhitel.fr (consulté le )
  20. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 François Napoléon Marie Moigno, Traité de télégraphie électrique, comprenant son histoire, ..., 1852
  21. 1 2 3 Michel Kornmann, Allo St Briac, ne coupez pas… Voir en ligne
  22. La télécommunication française
  23. 1 2 Ouvage collectif sous la direction de Guy de Saint-Denis, La télégraphie Chappe, éditions de l'Est, 1993.
  24. Afin de gérer la circulation des messages sur le réseau télégraphique, chaque dépêche était précédée d’un signal de service indiquant sa priorité et son sens de transmission. Les dépêches acheminées depuis Paris vers les provinces étaient annoncées par les signaux de grande urgence ou de grande activité, tandis que celles destinées à Paris étaient précédées des signaux de petite urgence ou de petite activité. Ces signaux établissaient un ordre de priorité entre les transmissions. Ainsi, une dépêche marquée petite urgence était prioritaire sur une dépêche portant le signal grande activité, mais demeurait subordonnée à une dépêche signalée par la grande urgence. Lorsqu’en un point de la ligne deux dépêches se croisaient, les stationnaires se conformaient à cette hiérarchie pour déterminer laquelle devait être transmise en premier. Si un agent était en train de transmettre une dépêche de priorité inférieure et qu’il recevait simultanément une dépêche plus prioritaire venant en sens inverse, il interrompait temporairement sa transmission afin de laisser passer cette dernière. Une fois la dépêche prioritaire entièrement transmise, la communication interrompue reprenait à partir du signal où elle avait été suspendue. Ce mécanisme permettait d’assurer l'acheminement rapide des messages les plus importants tout en maintenant la continuité du trafic télégraphique.
  25. Les interruptions de transmission dues au brouillard étaient fréquentes sur le réseau télégraphique . Lorsqu’un poste cessait d’apercevoir la station voisine, son agent affichait un signal spécial appelé brumaire. Ce signal était transmis en sens inverse de la circulation de la dépêche et accompagné d’un indicatif précisant le poste devenu invisible. L'ensemble de la ligne interrompait alors la transmission du message en cours pour relayer l’information sur l'incident. Dès que les conditions de visibilité redevenaient suffisantes, le poste à l’origine de l'interruption retirait le signal brumaire et la transmission de la dépêche pouvait reprendre à l’endroit où elle avait été suspendue. Afin de maintenir la vigilance des agents pendant la durée de l'arrêt et de s’assurer de leur présence effective à leur poste, un procédé appelé rattaque était appliqué périodiquement. La rattaque consistait, pour les postes situés aux extrémités de la section interrompue, à répéter à intervalles réguliers le dernier signal transmis avant l'interruption, généralement toutes les quatre ou cinq minutes. Chaque station relayait alors ce signal jusqu'au poste suivant. Lorsque cette répétition parvenait au dernier poste concerné, celui-ci réémettait le signal brumaire, indiquant que l’obstacle à la transmission persistait. Ce mécanisme permettait à la fois de maintenir les agents en alerte et d’assurer la reprise rapide du service dès la disparition du brouillard.
  26. Lorsqu’un stationnaire ne reproduisait pas le signal présenté par la station voisine, celle-ci émettait un signal de service appelé absence, suivi de l indicatif du poste concerné. Ce signal permettait de signaler immédiatement une défaillance dans la chaîne de transmission et d’en identifier l’origine. Ces absences étaient constatées sur les procès-verbaux et punies sévèrement.
  27. Le règlement du télégraphe optique prévoyait plusieurs signaux de service destinés à signaler les incidents techniques et à faciliter l’exploitation du réseau. Parmi eux figurait le petit dérangement, employé pour indiquer une panne mineure pouvant être réparée directement par le stationnaire, comme la rupture d’une corde. Le grand dérangement signalait au contraire une avarie plus importante nécessitant l’intervention d’un inspecteur. Dans les deux cas, le signal était suivi de l'indicatif du poste concerné afin de localiser précisément l'incident. D'autres signaux réglementaires complétaient ce dispositif. Le signal erreur d'agent permettait d'annuler le signal précédemment transmis, tandis que le signal attente avertissait les agents qu’ils devaient se tenir prêts à recevoir ou à reprendre une transmission. Cet ensemble de signaux de service contribuait à la coordination des stations et au bon fonctionnement du réseau télégraphique.
  28. Le trafic sur les lignes télégraphiques n'était pas continu et demeurait parfois très réduit, certaines lignes ne transmettant que deux ou trois dépêches par jour. Afin d’éviter que les stationnaires ne restent constamment en observation à leur lunette, l’administration avait institué des signaux spéciaux accordant des périodes de congé de durée variable, généralement d’un quart d'heure, d'une demi-heure ou d'une heure. Lorsque l’un de ces congés était accordé, l'agent plaçait son appareil dans la position dite de fermé vertical et pouvait momentanément quitter son poste. À l'expiration du délai, les stations situées aux extrémités de la section concernée relevaient le congé en émettant les signaux de grande activité et de petite activité. Cette procédure permettait de vérifier l'état de la ligne et la présence des agents avant d'accorder, le cas échéant, un nouveau congé en l'absence de dépêches à transmettre. Afin de maintenir l’entraînement des stationnaires sur les lignes peu fréquentées, l’administration organisait également des transmissions d’exercice. Ces dépêches d'entraînement, précédées des signaux de grande activité ou de petite activité, étaient traitées comme des communications ordinaires, tout en restant subordonnées aux dépêches officielles signalées par la grande urgence ou la petite urgence, qui conservaient la priorité absolue.
  29. 1 2 Alexis Belloc, La télégraphie historique : depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, Firmin-Didot (Paris), 1894, p. 198.
  30. 1. mise en place du signal dans la position inclinée ; 2. passage à la position finale constituant le signal ; 3. repliement des indicateurs pour marquer la fin du signal.
  31. Ignace Chappe, dans Histoire de la télégraphie. Ch. Richelet (Le Mans), 1840. Voir en ligne
  32. L'élément central particulièrement lourd de l’appareil. Pour compenser sa suppression dans la formation des signaux, un indicateur supplémentaire fut installé au centre du régulateur et chargé de transmettre la partie du code auparavant exprimée par les mouvements de celui-ci. Cette modification visait à simplifier la manœuvre de l’appareil et à accélérer les opérations de transmission.
  33. « Le « piratage » du réseau Chappe, ancêtre des cyber-attaques modernes - Déjà-vu », sur blog.francetvinfo.fr, (consulté le ).
  34. L’exposé des motifs soulignait que ce mode de communication, s’il était utilisé sans contrôle, pouvait présenter des risques pour l’ordre public et la sécurité de l’État. Le gouvernement estimait également que les coûts élevés d’exploitation et la capacité limitée des lignes favoriseraient la constitution de monopoles privés et créeraient des inégalités entre les usagers, certaines dépêches pouvant produire leurs effets avant l’arrivée des suivantes.
  35. Elle prévoyait des peines d’emprisonnement et d’amende pour toute transmission non autorisée effectuée au moyen d’appareils télégraphiques ou de tout autre procédé équivalent, ainsi que la destruction des installations utilisées illégalement.
  36. Ancien fonctionnaire des services télégraphiques.
  37. Voir en ligne
  38. Dictionnaire abréviatif chiffré Voir en ligne

Liens externes

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Articles connexes

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