Musique
Jay Buchanan – Changes
Publié
03/07/2026Par
La Rédaction
Le chanteur de Rival Sons Jay Buchanan dévoile « Changes, » son émouvante reprise de Black Sabbath, en version studio.
Découvrez la version studio de « Changes » de Black Sabbath par Jay Buchanan via le player ci-dessous :
L’idée de cette reprise vient initialement d’une session qu’à donnée le chanteur de Rival Sons à Rolling Stone France.. En plus d’être disponible sur toutes les plateformes, cette reprise sera disponible en format physique dans une version 45-tours limitée à 300 exemplaires, uniquement vendu à Fingerprints Records, à Long Beach (Californie).
« Les paroles du refrain de ce morceau, juste quatre petits mots, ont tellement de sens pour moi » explique Jay Buchanan dans un communiqué. « Je me suis définitivement attaché à Ozzy il y a une dizaine d’années et l’homme que j’ai vu est celui qui, contre toute attente, a gagné. Cet homme nous a quitté l’année dernière avec une victoire. Je voulais reprendre ce morceau dans ce contexte, montrant un héros qui a pu vieillir, qui a vu ses petits-enfants et ses derniers couchers de soleil acclamé par le monde entier lorsque nous l’avons vu à Villa Park l’année dernière. »
Jay Buchanan a pris le temps cette année de s’écarter temporairement de son groupe avec son album solo intitulé Weapons of Beauty. « J’aimerais que ce disque touche les gens, mais je n’ai aucun contrôle là-dessus » explique-t-il à la rédaction. « Depuis sa sortie, j’ai la sensation d’évoluer dans un sas, un espace sans écho. Et quand je l’ai écouté sur mon téléphone, c’était encore plus étrange. J’ai eu l’impression de le découvrir comme un inconnu. J’étais spectateur plutôt qu’auteur — et, bizarrement, c’était agréable. »
Weapons of Beauty est disponible
Voici la tracklist :
- Caroline
- High And Lonesome
- True Black
- Tumbleweeds
- Shower of Roses
- Deep Swimming
- Sway
- The Great Divide
- Dance Me to the End of Love
- Weapons of Beauty
Mathieu David
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Pour son cinquième album en cinq ans, Zach Bryan signe un disque remarquable de densité et contemplatif, malgré des arrangements sobres. Et au nombre des invités, on y retrouve le héros personnel du songwriter, Bruce Springsteen mais aussi John Mayer et John Moreland.
4 juillet 2024 : sortie de The Great American Bar Scene de Zach Bryan
Avec un tel titre on aurait pu croire à un album de pilier de bar. Mais les seuls barflies, pour reprendre l’expression de Bukowski, sont davantage les héros ce des nouvelles saynètes, très springsteeniennes par ailleurs, ces personnages perdus dans une Amérique trop grande pour eux, entre Nebraska et Ghost Of Tom Joad, et où tous les repères sont désormais effacés. Depuis DeAnn, son tout premier effort sorti en 2019 puis Elisabeth en 2020, Zach Bryan s’est imposé en cinq ans comme un rénovateur de la country/americana doublé d’un songwriter de très haut vol : l’outlaw a depuis signé American Heartbreak en 2022 et le remarquable et très remarqué Zach Bryan en 2023.
The Great American Bar Scene donne l’impression que la vie qu’il chante est toujours celle qu’il vit et qu’il observe, à l’instar de son modèle, l’invité d’honneur de ce nouvel effort, un certain Bruce Springsteen. Dans des villes glauques qui poussent à fuir au plus vite ceux qui sont nés pour courir, les personnages de Bryan se posent beaucoup de questions, sur tout et rien, sur ce qui serait a priori le sens de la vie. On pourrait croire qu’ils passent du bon temps dans les bars. A défaut de quoi ? Le titre à rallonge laisse penser à une fête, une soirée arrosée, mais que l’on ne s’y méprenne pas : ces chansons racontent des histoires de jeunes adultes déjà en proie à des questionnements existentiels et générationnels.
En dix-neuf chapitres et autant d’histoires différentes dont la clef de voute reste l’art et la manière de raconter l’Amérique telle qu’elle est, celle des small towns, des distances infinies au propres comme au figuré lorsqu’on on parle de rapports humains, Bryan transforme mieux que quiconque ses nombreuses influences en un style particulier et reconnaissable, et auquel l’auditeur peut s’identifier, aussi bien personnellement que musicalement. Il parle de sa génération, pas celle d’avant, ni celles des boomers. Mieux, le songwriter passe ainsi de la country à la folk ; de l’indie au heartland rock, entre un Mellencamp moins fielleux et un John Moreland, ici invité, moins fiévreux. Un juke box ambulant pourrait-on croire ? Non, un gars qui a une solide culture rock, des références impeccables et une manière de raconter une histoire novatrice en diable. Si certains pensent qu’il est le pendant masculin de Taylor Swift au niveau songwriting, grand bien leur fasse. Sauf que réussir à associer Kerouac, Bukowski, Bruce ou Dylan, voire Fogerty, et Isbell à cette dernière relève de la gageure.
Mais pourquoi pas…
Belkacem Bahlouli
Zach Bryan est en couverture de notre n°168, disponible via notre boutique en ligne.
Voici la tracklist :
- Lucky Enough (Poem)
- Mechanical Bull
- The Great American Bar Scene
- 28
- American Nights
- Oak Island
- Purple Gas
- Boons
- The Way Back
- Memphis; The Blues
- Like Ida
- Bass Boat
- Better Days
- Towers
- Sandpaper
- Northern Thunder
- Funny Man
- Pink Skies
- Bathwater
Grands Formats Musique
Charli XCX : « Je n’ai pas de hobbies. C’est ça, ma vie »
« Brat » a fait de Charli XCX un phénomène culturel, mais elle refuse de se répéter. Entretien fleuve, vulnérable et piquant, sur l’après-« Brat », sa santé mentale et son album « Music, Fashion, Film ».
Publié
03/07/2026Par
La Rédaction
« Brat » a fait d’elle un phénomène culturel, mais elle refuse de se répéter. Dans un entretien à fleur de peau, hilarant et parfois piquant, la superstar britannique se livre sur l’après-« Brat », sa santé mentale et les raisons pour lesquelles son audacieux nouvel album n’est pas un disque « rock ».
Charli XCX croit aux fantômes, ce qui explique qu’elle préfère garder ses distances avec les endroits où ils pourraient se rassembler. Pas évident, en cet après-midi de mi-mai, alors que nous nous tenons sur les quelque 22 hectares de pelouse qui composent le cimetière de Hollywood Forever, où Charli a proposé de tourner cette interview. Quelque 95 000 âmes y reposent, dont celles de Judy Garland, Cecil B. DeMille et Dee Dee Ramone, mais Charli n’a pas l’intention de sortir une planche Ouija. De fait, la pop star de 33 ans soupçonne qu’il est peut-être trop tard. « On est probablement possédées, maintenant », lance-t-elle de son accent britannique nonchalant, scrutant l’horizon derrière ses lunettes noires enveloppantes, sa signature.
Nous sommes dans une zone de Hollywood Forever baptisée le Garden of Legends, qui surplombe un lac paisible orné de saules pleureurs, de palmiers et de mausolées imposants. Elle porte un ensemble Levi’s en denim sur mesure — un jean taille basse et une veste zippée effilochée. Le ciel est gris et couvert, parfait pour une promenade entre les pierres tombales. (À proprement parler, Charli n’a pas besoin de ses lunettes.)
C’est la première fois que Charli déambule parmi les tombes, mais elle avait découvert le lieu — qui accueille régulièrement projections, concerts et même cours de yoga — dès 2021, lorsqu’elle s’était produite au Masonic Lodge du site pendant la tournée de son classique culte de l’époque de la pandémie, How I’m Feeling Now. La mort nous entoure, mais il y a aussi des signes de vie : des paons arpentent les lieux, déployant leurs plumes près du corbillard Rolls-Royce de 1962 du cimetière, tandis que tortues, canards et chats errants vaquent à leurs occupations. « Cette bande-là », dit Charli en désignant un groupe de canards qui traversent la pelouse en valsant. « J’adore le bruit qu’ils font. Trop mignon ! »

© GUS VAN SANT pour Rolling Stone
Quatre jours plus tôt, Charli a sorti « Rock Music », premier avant-goût de son album à venir, « Music, Fashion, Film », prévu pour le 24 juillet. Le morceau marquait un virage remarquable par rapport à « Brat », son chef-d’œuvre dance-pop de 2024 — un brusque coup de volant qui a donné le tournis à tout Internet, Charli déclarant : « Le dancefloor est mort. » Elle chantait en Auto-Tune fragmenté sur une guitare électrique saturée, mais le message était clair : « Maintenant on fait du rockkkkkkkkkkk. »
La réaction à « Rock Music » a été bruyante, et mitigée. Certains fans ont adoré le pas de côté ; d’autres étaient convaincus que Charli se moquait des clichés du classic rock (elle chante qu’elle saute de la scène et balance une télé par la fenêtre dans le clip). « Très drôle, ta blague, Charli », a posté un fan. « Maintenant, où est le vrai premier single ? » Courtney Love l’a admirativement qualifiée de troll ; Madonna a subtilement légendé une photo : « Si ton dancefloor te semble mort / C’est peut-être que tu mets la mauvaise musique. » (On revient sur cette histoire de dancefloor, et sur tout ce truc « rock », dans un instant.)
La nature provocatrice du morceau — et le fait qu’il s’agisse d’un écart volontaire avec « Brat » — relève du pur manuel xcx. « Tous mes albums fonctionnent par opposés, dit Charli. Ils se repoussent les uns les autres, et c’est ça qui les relie. » Elle aurait pu faire « Brat 2 », mais ç’aurait été d’un ennui mortel — et tellement pas « Brat ». « Je savais, en le faisant, que je ne referais jamais ce disque, dit-elle. Refaire deux fois la même chose ne m’apporte rien créativement parlant. »
Charli fait de la musique depuis le début de son adolescence, ayant coécrit (et figurant sur) le tube d’Icona Pop « I Love It » en 2012 et son propre « Boom Clap », avant d’enchaîner des pépites hyperpop électrisantes comme « Vroom Vroom » et « ILY2 ». Mais il a fallu des années pour que le grand public la rejoigne. « Avant je ne pensais jamais au Billboard / Mais voilà que je me suis remise à y penser / Me demandant si je crois mériter le succès commercial », chantait-elle sur l’hypnotique « Rewind », extrait de « Brat ». Et c’est exactement ce qu’elle a obtenu.
De « Brat » à phénomène culturel
« Brat » a dominé les charts et les classements de fin d’année de la critique, mais surtout, il a fait d’elle un phénomène culturel. Il a infiltré les saisons (le « Brat Summer »), les dictionnaires (Collins a élu « brat » mot de l’année) et même la politique (la campagne présidentielle de Kamala Harris en 2024). Le vert citron électrique de la pochette a essaimé dans la mode et la culture meme, tandis que « brat » ne désignait plus des gamins pleurnichards réclamant une glace, mais des adultes sûrs d’eux, sans complexe, dont les défauts ne les rendaient que plus beaux et chics. « J’ai adoré la façon dont elle a construit ce personnage, dit son amie Emily Ratajkowski. C’est une femme qui envisage la maternité tout en sniffant de la coke et en dansant sur les tables. C’est du génie. »

© GUS VAN SANT pour Rolling Stone US
« Brat » a inspiré des sketches du « Saturday Night Live », avant que Charli n’y assure la double casquette d’animatrice et d’invitée musicale. Elle a aussi mené une tournée des arènes et sorti le superbe album de remix « Brat and It’s Completely Different but Also Still Brat », avec des collaborations d’artistes comme Billie Eilish et Lorde. Et, oui, huit nominations aux Grammy (et trois victoires) ont suivi.
Charli a couronné la révolution « Brat » avec « The Moment », un mockumentaire de 2026 sur cette période, qui n’est qu’une des nombreuses lignes de sa filmographie naissante, aux côtés de projets à venir comme « The Gallerist » de Cathy Yan et un film encore sans titre avec le réalisateur d’horreur japonais Takashi Miike. Plus tôt cette année, elle a aussi sorti la bande originale de « Wuthering Heights », le drame d’époque sensuel d’Emerald Fennell avec Jacob Elordi et Margot Robbie.
Elle n’imagine pas s’éloigner longtemps de son travail. « Je n’ai pas de putain de hobbies, dit-elle. C’est ça, ma vie. C’est chaque fibre de mon être. » Ou, comme le formule son collaborateur et producteur A. G. Cook : « Je peux être un bourreau de travail. Mais Charli m’a surclassé à tous les niveaux. »
« Le caractère inattendu du prochain album, et le fait de le tirer dans une direction complètement différente, montre à quel point elle ne s’inquiète pas de rester populaire, dit Ratajkowski. Elle s’inquiète de rester intéressante. »
Charli le dirait sans doute autrement. « Je ne ressens pas vraiment le besoin d’expliquer mes intentions derrière quoi que ce soit, me confie-t-elle. Mais je dirai juste que je trouve que les choses peuvent être sincères et drôles en même temps, sans avoir à vivre exclusivement séparées. C’est ce que je ressens vis-à-vis d’une grande partie de mon travail, et si les gens interprètent ça comme du trolling, eh bien, très bien. »
Et pourtant, malgré son air de « je-m’en-foutiste », Charli, en réalité, s’en soucie. Au fil de plusieurs heures passées avec moi à New York et à Los Angeles, elle se montrera vulnérable, piquante, les larmes aux yeux et sacrément drôle. Elle se confiera longuement sur sa santé mentale et sur la bataille intérieure entre l’importance qu’elle accorde — ou non — à la perception du public. « Le brouhaha autour de mois est assourdissant, et parfois ça peut être très écrasant », dit-elle.
« Les choses peuvent être sincères et drôles en même temps, sans avoir à vivre exclusivement séparées. »
C’est aussi pour cela, dit-elle, qu’elle en a fini avec la promo. « Ce sera probablement ma dernière interview au long format avec un journaliste avant un moment, me dit-elle à un moment. Vous êtes arrivée juste à la fin. »
Entre les tombes de Hollywood Forever
Charli a en tête « La Rose de fer », thriller gothique de 1973. Réalisé par Jean Rollin, le film tourne autour d’un premier rendez-vous qui vire au cauchemar quand le couple se perd dans un cimetière tentaculaire. C’est onirique et beau (à l’exception d’une scène glaçante avec un clown), avec une palette de couleurs éclatante, très seventies et un rythme qui installe sourdement la tension. « Il y a quelque chose d’assez romantique et étrange quand on arrive dans un cimetière, dit-elle. C’est comme entrer dans une autre dimension. »
En traversant le Garden of Legends du cimetière, nous passons devant des tombes que Charli avait sur sa liste : Janet Gaynor, la star du muet, première femme à remporter l’Oscar de la meilleure actrice ; Jayne Mansfield, en réalité enterrée en Pennsylvanie mais qui a quand même une stèle ici ; et le cinéaste culte David Lynch, mort l’an dernier. En passant devant l’épitaphe de Lynch — « Night blooming jasmine » (jasmin nocturne), d’après sa propre citation sur sa fleur préférée et son amour nostalgique de Los Angeles —, elle sort son téléphone et me montre son fond d’écran : un photogramme en noir et blanc de son film « Lost Highway » (1997).
« C’est assez fou d’avoir un cimetière qui abrite ces personnages historiques, dit-elle. Je ne sais pas trop ce que je crois concernant l’au-delà. Je pense qu’une fois parti, ton expérience dans le monde est terminée. Alors c’est amusant de penser à des gens connus enterrés ici. Parce que dans la mort, tout le monde est vraiment pareil, non ? Ce que je trouve plutôt cool. »
« Cool », c’est un mot que Charli emploie — et auquel elle réfléchit — beaucoup. Elle a même écrit un essai sur Substack explorant ce concept et méditant sur sa disparition. Charli chronique aussi des films sur Letterboxd ; ses billets vont de la critique affûtée (« L’Avventura » de Michelangelo Antonioni : « Spectaculaire et envoûtant, avec des plans de paysage à tomber ») aux saillies hilarantes (« Invisible Man » : « Omg ma belle il est littéralement juste là »). Son Letterboxd donne aussi un aperçu de ce que mate son mari, George Daniel, le batteur du 1975 (il a récemment vu « Mean Girls » pour la première fois et a adoré).
« Je ne suis vraiment pas snob côté cinéma, dit Charli. Mes goûts partent dans tous les sens. Mon week-end de rêve, c’est me lever tard et enchaîner quatre films à la suite, en commandant à manger. C’est comme s’évader dans un autre monde. » Elle a aussi une carrière d’actrice en plein essor, dont une prestation récente et saluée dans « Erupcja » de Pete Ohs, où elle incarne une touriste à Varsovie qui plaque son petit ami pour un ami d’enfance après avoir craint qu’il ne la demande en mariage. « Je suis avide d’apprendre et de vivre une grande variété d’expériences sur un plateau, dit-elle. Je veux tout absorber comme une éponge. »

© GUS VAN SANT pour Rolling Stone US
Elle chante d’ailleurs le métier d’actrice sur le nouvel album, dont un morceau vertigineux où elle affirme ne pas être gênée « même si je suis nulle ». Et pourtant, revoilà cette bataille intérieure xcx, ce tiraillement entre s’en soucier et pas du tout, qu’elle affronte sur une instru glitchée : « Suis-je vraiment conne d’essayer d’être une fille à l’écran à l’approche de mes 34 ans ? »
« Brat » avait été salué pour ses paroles à hauteur de conversation et son extrême vulnérabilité, et elle creuse encore plus profond ici. « Ce qui m’intéresse dans tout le disque, c’est que Charli a quand même réussi à se regarder de cette façon littéraire et à atteindre ces perspectives brutales qui fonctionnent vraiment avec la musique, dit Cook. Il y a des points communs avec les perspectives de « Brat », mais en encore plus introspectif. Genre : « Ah, tu trouvais ‘Brat’ façon journal intime ? Là, c’est un autre extrême. » »
Une suite à « Brat » n’était pas quelque chose que Charli comptait créer aussi vite. « J’étais vraiment, vraiment prête à me tirer, à faire une pause et à ne pas faire de musique, dit-elle. Je me sentais vidée sur le plan créatif, pas inspirée pour écrire quoi que ce soit de neuf. Puis, soudain, l’inspiration est venue. » Elle parle d’octobre 2025, quand Cook a suggéré d’enregistrer pendant qu’ils étaient à Paris pour la Fashion Week. « Je savais qu’en étant thématiquement à la Fashion Week, elle pourrait jouer en Method acting tout le truc ‘Charli va enregistrer un album à Paris pendant la Fashion Week’, dit-il. Je savais que ça ferait ressortir sa personnalité. » Charli adore travailler dans une fenêtre de temps serrée. « Une partie de la musique que je préfère, parmi tout ce que j’ai fait dans ma vie, a toujours été créée dans ces périodes intermédiaires assez chaotiques et frénétiques, où l’on est concentrés », note-t-elle.
Enregistrer avec Cook et leur collaborateur Finn Keane à Paris est devenu le thème de l’album : plus que tout, Charli veut juste faire de la musique avec ses amis. Elle consacre une chanson entière à Cook, avec des vers comme « Je me sens tellement privilégiée, rien que de te connaître » et « Je pleurerais si tu mourais ». Les deux travaillent ensemble depuis 2015, et décrivent tous deux leur lien comme intrinsèque ; les conversations sur la musique sont la plupart du temps inutiles. (Cook note qu’ils partagent tous deux une « énergie d’enfant unique ».) « Il y a un cliché un peu L.A. du parolier-producteur pop en psychologue de comptoir. Genre : « Allons dans ta psyché, dans ton âme », dit Cook. Nous, on arrive à cet endroit presque sans en parler. » Comme le dit Charli : « On se communique notre amitié quand on crée des choses. »
« Les gens pensent déjà que je suis une garce, alors… J’en ai vraiment fait la paix. »
Cook trouvait la chanson qui lui est dédiée « très douce », mais il avait aussi le sentiment qu’elle détonnait sur « Music, Fashion, Film », avouant être surpris que Charli l’ait gardée sur l’album. Heureusement qu’elle l’a fait, car c’est un sommet, porté par l’écriture en flux de conscience de Charli et la guitare hachée de Cook, avec un changement de tempo halluciné pour faire bonne mesure.
Quand je dis à Charli que ça me rappelle sonorement les Strokes, elle me fixe d’un air vide.
« Cool », dit-elle, sans rien ajouter.
« Ce n’est pas un disque rock »
Il faut souligner que Charli ne considère pas « Music, Fashion, Film » comme un disque rock, alors même que le premier morceau qu’elle en a tiré s’appelle « Rock Music » et qu’un portrait paru ce printemps décrit l’album comme une « réinvention rock ». Comparaisons avec les Strokes mises à part, elle a contesté mon idée d’un lien entre cet album et Thy Slaughter, le pseudo-groupe de Cook et Keane, dont elle avait posé la voix sur le banger « Heavy » en 2023. « Évidemment, je sais qu’il y a eu beaucoup de discussions autour du fait que je ferais un album rock, ce que je n’ai jamais dit, explique-t-elle. Mais pour être honnête, je n’ai jamais pensé le genre de manière binaire. Je trouve ça très vieille école. Je ne sais même pas quel est le genre. C’est juste moi, A. G. Cook et Finn Keane, qui faisons notre truc. »
Elle aimerait aussi tirer au clair cette réplique très débattue — vous savez, celle où elle dit RIP au dancefloor. « Cette parole parle vraiment de ma relation à ‘Brat’, et de mon expérience personnelle avec cet album, dit-elle. Mon mari dirige un label de dance music. Il y a eu une avalanche d’incroyables disques dance/électro ces derniers temps, que ce soit Slayyyter, Underscores ou PinkPantheress. La dance music se porte à merveille. »
Charli cite deux autres chanteuses qu’elle adore : Zara Larsson et Raye. « Il y a beaucoup d’artistes qui font des choses depuis longtemps et qui vivent leur moment maintenant, dit-elle. Comme Zara. Je suis tellement heureuse pour elle. Et quelqu’un que je soutiens à fond, c’est Raye. » Charli et Raye sont amies depuis dix ans, Charli ayant coécrit et réalisé le clip de « I, U, Us » de Raye. « Il y a eu une période de nos vies où on était beaucoup ensemble, dit Charli. Et son parcours, devenir une artiste indépendante et faire son truc, c’est vraiment cool. »

© GUS VAN SANT pour Rolling Stone US
Peu après la sortie de « Brat », Charli avait déjà autre chose en tête. « J’ai un peu envie de faire un disque à la Lou Reed, pour être honnête, confiait-elle à Billboard en 2024. Ce serait clairement un sacré pari. » Avec leur rapport changeant aux interviews et leurs choix de carrière peu orthodoxes, on pourrait dire qu’il est une sorte de parrain spirituel. (Charli a récemment posté en story Instagram « Metal Machine Music », l’exploration bruitiste avant-gardiste de Reed en 1975 — l’un des albums les plus rapportés en magasin de l’histoire.)
Charli est de longue date fan du défunt Reed et du Velvet Underground (sa critique Letterboxd du documentaire de Todd Haynes sur les Velvet, en 2021 : « Foutoir, sexe, intelligence, super chansons, drogue, crasse, le désir de plus, lunettes de soleil 24h/24, détester L.A. et parfois vraiment se détester les uns les autres »). Elle a baptisé son chien recueilli d’après la chanteuse Nico, et a récemment fait figurer John Cale, cofondateur des Velvet, sur la BO de « Wuthering Heights », pour l’envoûtant effondrement gothique qu’est « House ». « Je me sens vraiment honorée de le connaître, dit-elle de Cale. C’est genre : « Putain, quoi ? » » Comme nous le confie Cale : « Sa générosité envers mon histoire et mon travail actuel me fait rougir. Son sens de la découverte en musique et au cinéma n’a aucune limite. »
Cale figure sur la pochette de l’album, représentant la musique (aux côtés de Marc Jacobs pour la mode et Martin Scorsese pour le cinéma). « Je n’avais jamais rencontré ni l’un ni l’autre avant le shooting, dit Cale des deux poids lourds avec qui il pose. Elle m’a dit qu’elle avait une idée à me soumettre. L’instant d’après, j’étais dans un avion. Et je me suis retrouvé dans une cuisine quelconque. »
Mais si vous pensiez que le Velvet était une référence sonore sur « Music, Fashion, Film », détrompez-vous. « Pour être honnête, quand je fais de la musique, je pense moins aux autres musiques comme point de référence. Je me coupe du reste, et on s’évade juste dans notre propre monde. J’ai longuement parlé de mon amour pour Lou Reed, John Cale et le Velvet Underground. Mais est-ce que je dirais que le disque ressemble à ça ? Non. »
New York, Met Gala et grand huit émotionnel
Deux semaines avant notre virée à Los Angeles, je retrouve Charli dans l’ancien quartier de Reed, le Lower East Side de New York. Nous déjeunons au Corner Bar, près de son appartement et de celui de Daniel (elle partage son temps entre là, Los Angeles et Londres). Nous nous installons dans un salon privé tendu de moquette bleu roi, de papier peint bleu roi et de nappes bleu roi. Charli porte un blazer noir sur un débardeur rayé transparent, un soutien-gorge en dentelle noire qui dépasse. Elle commande un thé citron-gingembre et pose ses lunettes.
Charli habite le même immeuble que son ami et collaborateur de longue date Rostam Batmanglij, qui lui a tuyauté un appartement voisin du sien. Elle compare le cofondateur et producteur de Vampire Weekend à un frère, et ils sont devenus des oreilles l’un pour l’autre. Rostam a vu le clip de « Rock Music » la veille de sa sortie, le décrivant comme l’une de ses chansons préférées de Charli à ce jour, pendant qu’il lui montrait le clip d’un titre de son excellent nouvel album, « American Stories ». « Elle m’a dit : ‘Je n’ai aucune remarque’, se souvient Rostam. Quand Charli n’a aucune remarque, c’est que tu sais que c’est terminé. »
« Je réécoute beaucoup mes disques, ce qui fait sans doute de moi une narcissique maléfique. »
Dans deux jours, Charli assistera à son quatrième Met Gala. Elle collabore avec YSL depuis l’an dernier, devenue la muse du directeur artistique Anthony Vaccarello, et portera une robe qu’il a dessinée en clin d’œil à Vincent van Gogh. À l’approche de l’événement, elle tente d’être sur son meilleur comportement. Elle me raconte le Met Gala 2024, quand elle avait traîné avec Harrison Patrick Smith, alias The Dare, la veille de l’essayage de sa robe. Ce qui devait être une projection de « Challengers » de Luca Guadagnino a viré à la nuit blanche, et le lendemain matin fut brutal. « Je crois que j’avais dormi genre deux heures, dit-elle. J’étais clairement encore un peu cassée. » Pour garder cette semaine de Met Gala tranquille, elle a passé une soirée plutôt cool la veille. Elle a dîné avec son ami, le musicien Troye Sivan, et a résisté à la tentation de sortir : « J’ai mangé de l’espadon et je suis allée me coucher. »
« On prend des burgers ? » demande Charli. Quand j’accepte, elle se lève aussitôt, prend les choses en main et va passer commande directement auprès de notre serveuse. Elle se rassoit, et l’on replonge tête baissée dans le nouvel album. J’évoque le morceau de clôture, le propulsif « No One Lasts Forever », que Charli a écrit en temps réel en repensant à une soirée parisienne. Les paroles (« Tout le monde pense que j’ai un problème / Puisque tout le monde connaît mon nom / Que je suis irresponsable et grossière / Que je vais me mettre la drogue dans les veines ») semblent renvoyer à la façon dont Internet a perçu Charli quand elle a explosé avec « Brat ».
Je l’interroge sur le titre de la chanson, et sur l’éventuel rapport avec la nature éphémère de la vie. Mais alors qu’elle prend un instant pour répondre, je comprends que ça ne se passe pas au mieux.
« Ce n’est probablement pas très utile pour cette interview, dit-elle. Et je ne veux vraiment pas vous rembarrer ni rien. Ce n’est pas moi qui fais ma garce… Je n’ai juste pas tellement envie de parler du sens derrière mes chansons. »
Je lui dis qu’elle n’a pas besoin de préambule, et que je ne la trouve pas garce. « On ne sait jamais comment ça va rendre à l’écrit, dit-elle. Honnêtement, je ne disais pas ça pour en faire un drame. C’est juste ce que je ressens. Les gens pensent déjà que je suis une garce, alors… J’en ai vraiment fait la paix. C’est cool, et ce n’est pas du drama ni rien. C’est juste moi qui essaie de faire ce qui est bon pour moi, parce que c’est arrivé à un point où mon anxiété m’affectait physiquement, et je ne peux pas avancer dans la vie comme ça. »
Apaiser cette anxiété est passé, en partie, par une réduction du café (qu’elle prend noir, souvent glacé) et par la planification d’une prochaine tournée moins éprouvante physiquement. Charli dit entretenir une « relation compliquée » avec la scène, et la tournée « Brat » l’a épuisée, elle qui se « roulait souvent par terre ». Elle a subi des lésions nerveuses au cou à cause de cette tournée — elle le chante sur « Rock Music » — et s’est bloqué le dos en tournant le clip du morceau.

© GUS VAN SANT pour Rolling Stone US
Je demande à Charli comment les réseaux sociaux affectent son anxiété, et à quelle fréquence elle y est. Entre nos conversations sur chaque côte, j’avais remarqué qu’elle postait de plus en plus, que ce soit pour répondre au retour de bâton sur « Rock Music » ou aux spéculations sur le titre de l’album alimentées par ses fans (qu’on appelle les Angels). « J’ai en fait été beaucoup plus hors ligne, dit-elle. Je ne regarde plus autant. C’est juste mieux pour mon cerveau. Je sais que les gens ne me croiront sans doute pas, parce que je suis intrinsèquement, du moins par le passé, une artiste très connectée. Mais récemment, j’ai vraiment lutté avec ma santé mentale, au point que, pour être franche, je traverse la pire période de ma vie sur le plan mental. »
Elle dit « croire énormément aux bienfaits » de la thérapie, même si elle doit s’astreindre à y aller plus régulièrement. Ce qui l’ancre le plus, c’est de passer du temps avec Daniel, idéalement dans une ville où elle peut rester assez longtemps pour avoir un peu de constance, et de créer avec ses amis.
Charli aspire aussi à des conversations plus directes avec ses fans, ce qu’elle fait via des événements sur invitation, où elle peut rencontrer ses auditeurs et donner des conseils sur la création artistique (elle en organise un après notre déjeuner new-yorkais, et un autre à Londres fin mai). Elle souligne que si « Brat » était « très conversationnel et vulnérable », la campagne marketing — comme le gigantesque mur vert citron à Brooklyn — était massive. « Les choses ont changé désormais, dit-elle. Ça m’intéresse de rendre les choses vraiment intimes entre moi et mon public, de m’asseoir en tête-à-tête avec une personne et d’avoir une conversation. »
Cette priorité fait partie de la nouvelle ère de Charli, d’une nouvelle façon de hiérarchiser son temps. « Je suis dans cet état d’esprit, en ce moment, où ma vie finira, comme toutes nos vies, dit-elle. Je veux vivre ma vie exactement comme je l’entends, parce que je n’ai pas droit à une deuxième prise. »
Le shooting avec Gus Van Sant
La veille de Hollywood Forever, je retrouve Charli à son shooting de couverture pour Rolling Stone avec Gus Van Sant. Charli voulait un réalisateur de cinéma pour le travail, en espérant spécifiquement des photos intimes en noir et blanc. Encore un virage net par rapport à son ère « Brat » et à ses récentes séries glossy haute couture. « Il s’agit moins de se cacher derrière les cheveux, le maquillage, le vent et le drame, dit-elle. Comprenez-moi bien, j’adore aussi ce genre de shootings. Mais avec [Van Sant], je voulais vraiment faire quelque chose d’honnête. »
« Je veux vivre ma vie exactement comme je l’entends, parce que je n’ai pas droit à une deuxième prise. »
Les deux bergers australiens de Van Sant, Leo et Burroughs, arpentent joyeusement sa propriété des Hollywood Hills, dont l’arrière-cour domine le panneau Hollywood et l’observatoire Griffith. Le plan de travail de la cuisine accueille quatre paquets de Parliaments — la marque de cigarettes de Charli —, trois citrons et un immense bouquet offert par Steve Lacy, qui a récemment travaillé avec Van Sant. Les affaires de Charli sont éparpillées dans sa chambre : une coiffeuse, un portant de ses tenues noires et de ses talons, et plusieurs plateaux de bijoux argentés.
En Asics violettes, jean et T-shirt noir uni, Van Sant photographie Charli dans toute la maison, de son garage à sa baignoire vide. « Désolée, ma boucle raye tes carreaux », lui dit-elle, vêtue d’un soutien-gorge en cuir noir et d’un short assorti. Van Sant continue de mitrailler avec son Leica, lui adresse son sourire calme et bienveillant, et lui dit de ne pas s’en faire.
Charli et Van Sant ont un ami commun, Matt Copson, qui a adapté en opéra le film de 2005 inspiré de Kurt Cobain, « Last Days », de Van Sant. Les deux s’étaient parlé au téléphone il n’y a pas longtemps, mais ne se sont rencontrés qu’aujourd’hui. Tous deux ont une formation en école d’art — Charli a brièvement fréquenté la Slade School of Fine Art de Londres, où elle a rencontré Copson, tandis que Van Sant est passé par la Rhode Island School of Design — et chacun s’est essayé à la peinture. « On fuyait tous les deux le monde de la peinture, me dit Van Sant après le shooting. Elle peignait, et elle s’est mise à faire des pièces plus performatives. Et dans mon cas, je me suis frayé un chemin vers le département cinéma. »
Des traces du travail de Van Sant se trouvent partout dans la maison — la BO de son film de 1989 « Drugstore Cowboy », avec un jeune Matt Dillon, une photo de lui avec Dillon sur un mur, et un livre photo Gucci de 2021 reprenant certaines de ses images. Van Sant fait des portraits depuis des décennies ; il se retrouvait souvent à shooter au Polaroid les acteurs qu’il rencontrait pour des rôles. « On avait besoin d’une trace, parce qu’en 1994, il n’y avait pas d’Internet », dit-il.
Passer du temps chez Van Sant était exactement ce dont Charli avait besoin. « L’énergie de Gus est si calme », dit-elle. Le calme, c’est précisément ce dont Charli a le plus besoin, et elle fait de son mieux pour l’atteindre. « Tu sais ce que j’ai vraiment envie de faire, là, tellement ? dit-elle. J’ai vraiment envie d’aller en Suède l’été. Chaque fois que j’y vais, je ressens ce sentiment d’ancrage. Beaucoup de Scandinaves que je connais ont un rapport très rafraîchissant à la vie et à l’existence. »
Je lui demande si elle aime les spas.
« Meuf, tu plaisantes? dit-elle. Evidemment ! »

© GUS VAN SANT pour Rolling Stone US
De Charlotte Aitchison à Charli xcx
Le lendemain, à Hollywood Forever, nous nous tenons dans la Masonic Lodge à la lumière tamisée. Charli retire ses lunettes et balaie du regard la salle douillette, ouverte en 1927 et accueillant des concerts depuis 2008. Il y a des rideaux écarlates, des rangées et des rangées de chaises vides qui dégagent un côté « Shining », et de grandes poutres en bois au plafond. « Je ne maîtrise pas trop toutes les subtilités de cette architecture, dit-elle. Mais c’est plutôt extrême, non ? »
Charli est arrivée à Los Angeles vers 2009. Pas d’arrivée spectaculaire — « je n’ai pas le souvenir façon Miley Cyrus ‘descendue de l’avion à LAX’ », dit-elle en citant « Party in the U.S.A. » — mais elle se souvient de certains détails. Elle a mangé du frozen yogurt pour la première fois, et fréquenté des house parties qu’elle compare au film « Swingers » de 1996. Elle ne conduisait pas, mais se faisait souvent déposer par le producteur Ariel Rechtshaid (qui a aussi travaillé avec Haim et Vampire Weekend). Elle logeait au Grafton sur Sunset, aujourd’hui fermé, et se rappelle s’être assise au bord de la piscine de l’hôtel à minuit, à manger du In-N-Out. Elle était plutôt seule, à 8 000 kilomètres de chez elle, mais sa carrière ne faisait que commencer.
Charli est née Charlotte Emma Aitchison le 2 août 1992 dans l’Essex, fille de Jon, entrepreneur indépendant, et de Shameera, hôtesse de l’air et infirmière indienne gujarati. (Elle évoque ses origines sur « SS26 », morceau de « Music, Fashion, Film », en détournant malicieusement le jargon du marketing d’entreprise : « Mon héritage pourrait bien me donner mon USP », chante-t-elle, comme dans « unique selling point ».) Elle a commencé à écrire des chansons adolescente, si déterminée qu’elle disait déjà à Jon, à seulement 14 ans, que sa carrière « ne décollait pas». Ses parents l’ont soutenue dès le début, finançant son premier album — judicieusement intitulé « 14 » — et l’escortant à des raves à Londres (Charli les a remboursés de l’album dès qu’elle a été signée). Elle a commencé à poster des chansons sur MySpace sous le nom de Charli xcx, tiré de son pseudo MSN Messenger, et a tapé dans l’œil d’un A&R d’Atlantic en 2008. Elle a signé deux ans plus tard.
En travaillant avec Rechtshaid, Charli a sorti son premier album sur major, « True Romance », en 2013 (l’incandescente ouverture synth-pop « Nuclear Seasons » contient un vers étrangement familier : « Personne ne vit éternellement »). « Sucker » a suivi, en 2014, avec l’hymne sucré « Boom Clap », sa première entrée dans le Billboard Hot 100 en tant qu’artiste principale. « Avant ‘Brat’, j’étais la fille qui chantait ‘Boom Clap’ pour des gens qui ne me connaissaient pas vraiment, dit-elle. Et maintenant, pour les gens qui me connaissent juste par ‘Brat’, je suis la fille qui fume, porte des lunettes de soleil et aime la couleur verte. » Peu d’artistes savent parler de leur discographie comme Charli, qui a des intuitions affûtées sur chaque époque. Elle réécoute souvent ses albums, geste rare chez un musicien, dernièrement « True Romance » et l’EP « Pop 2 » de 2017. « Je réécoute beaucoup mes disques, ce qui fait sans doute de moi une narcissique maléfique », plaisante-t-elle.

© GUS VAN SANT pour Rolling Stone US
L’EP « Vroom Vroom », en 2016, fut un moment monumental pour la carrière de Charli, marquant sa première collaboration avec Sophie, la défunte productrice écossaise. L’EP — et surtout son grisant morceau-titre — est aujourd’hui crédité d’avoir contribué à inventer le genre hyperpop, mais il avait divisé à sa sortie. « Son label trouvait ça épouvantable, un désastre total, et ne comprenait pas que c’était la même artiste qui avait fait ‘Fancy’ et ‘Boom Clap’, dit Cook, qu’elle a rencontré et avec qui elle a commencé à travailler à cette époque. J’ai vraiment été appelé pour me battre à ses côtés, pour ce nouveau style de musique et d’art dans lequel elle se lançait. »
Charli allait collaborer avec Sophie jusqu’à la mort de cette dernière, dans un accident, en 2021, et elle commence à pleurer en parlant de son amie. « J’ai perdu quelqu’un qui a complètement changé ma vie, et il y a beaucoup d’émotions à dénouer là-dedans, d’autant que cette personne était tellement liée à ma vie créative, de façon très positive, mais aussi parfois difficile, dit-elle. Pouvoir exprimer ces émotions à travers mon travail a été vraiment cathartique pour moi. »
Nous sommes désormais sur le toit du Gower Mausoleum de Hollywood Forever, cinq étages et trente mètres de haut, avec ses passages de béton à ciel ouvert et ses parcelles de verdure allant des succulentes aux oliviers. Les paons continuent de crier au loin, tandis que Charli s’appuie à la rambarde et contemple intensément la skyline de Los Angeles. « Le deuil est une drôle de chose pour quiconque le traverse, dit-elle. Non ? »
Le récent Met Gala s’est avéré, finalement, une très longue nuit pour Charli. Ce n’était évidemment pas le plan, mais enfin, c’est Charli xcx — vous l’imaginez vraiment au lit à 22 heures ? Et si c’est pénible de gérer une gueule de bois le lendemain, elle sait y faire. « Je laisse juste passer, me dit-elle, durant notre dernière heure ensemble. Les choses se passent mieux quand on peut être bête, quand on entre dans cet état de délire. Faut juste maintenir les vibes joyeuses. Genre, peut-être un mimosa. »
Je demande à Charli comment elle va depuis notre conversation new-yorkaise sur sa santé mentale. Elle dit avoir parlé à son ami Matty Healy, du 1975 (« Il a été… utile à sa façon », dit-elle), mais elle peine encore à composer avec le brouhaha en ligne. « Je trouve ça dur de… je ne sais pas, dit-elle. Mes émotions sont très, très instables en ce moment, je serai honnête. Vous avez été géniale. Vous avez été vraiment gentille et tellement respectueuse. Ça m’émeut, en fait. »
Les lunettes sont sur son nez, mais j’entends sa voix se briser. « Je ne me sens pas toujours en sécurité à faire ce genre de choses, mais vous m’avez fait me sentir plutôt en sécurité », dit-elle.
Charli ignore de quoi sera fait l’avenir, mais en attendant, elle va faire de la musique avec ses amis. Elle s’apprête à s’envoler pour Paris, où elle tournera le clip sur le thème de la mode de « SS26 ». « Brat » a chamboulé sa vie, mais il lui reste beaucoup à créer. « C’est drôle, la façon dont le succès peut t’enfermer, mais j’ai connu un éventail si large de réussites et d’échecs, dit-elle. Pour ceux qui me connaissaient avant ‘Brat’, ils connaissent les hauts et les bas de mon processus, et je comprends les hauts et les bas de la pop et de la culture pop. Alors je me sens donc libre d’inventer la suite. »
Au moment de quitter le cimetière pour embarquer dans son avion, elle me serre dans ses bras pour me dire au revoir.
« Merci d’avoir été si cool. »
Crédits production & stylisme
Stylisme : CHRIS HORAN pour The Wall Group. Coiffure : MATT BENNS pour TOTAL WORLD MANAGEMENT (WAVYTALK). Maquillage : LILLY KEYS chez A-FRAME (YSL BEAUTY). Production : BRANDON ZAGHA. Directeur lumière : DAVID KATZINGER. Assistant photo : MIKE STEINPICHLER. Assistant photo 8×10 : KEVIN MCHUGH. Assistantes stylisme : ANGELINA VITA ARENA, SANAM CELINE, JARED BENEDICT, ISABELLE LANGE. Assistant coiffure : AUSTIN WEBER. DP vidéo : GRANT BELL. Cadreurs : ZOE LUBECK, CONNER BELL. 1er assistant caméra : MELISSA BALTIERRA. Ingénieur du son : PAUL CORNETT. Chef électro : LENNA LEE. Assistant de production : MYKEL AGUIRRE.
Par Angie Martoccio
Photographies par Gus Van Sant.
Traduit par la rédaction.
Grands Formats Musique
Bad Bunny : « Quel est l’intérêt d’être ici ? Montrer au monde qui je suis »
Bad Bunny s’apprête à monter sur la scène du Stade de France pour 2 soirées exceptionnelles. L’artiste s’était longuement confié à Rolling Stone en 2025. Retour sur une rencontre unique
Publié
03/07/2026Par
La Rédaction
Bad Bunny, l’artiste latino le plus écouté de la planète s’est livré en 2025 à Rolling Stone comme rarement : son album Debí Tirar Más Fotos, son enfance à Porto Rico, la salsa, le cinéma, le catch et le combat pour son île.
Quand on est Bad Bunny, prendre l’ascenseur relève de la manœuvre délicate. À chaque « ding », on risque d’être reconnu — et lorsqu’on est l’artiste latino le plus écouté de la planète, la probabilité de tomber sur un fan, du plus acharné au simple touriste de passage, est élevée. Ce n’est pas que ça le dérange ; ça complique juste un peu le trajet du point A au point B.
D’où cette scène, un matin glacial à New York, deux jours après Noël : Bad Bunny fait face au mur d’un ascenseur qui grimpe vers les bureaux de Rolling Stone. Vêtu d’un survêtement gris acier des pieds à la tête, il a serré les cordons de sa capuche si fort qu’on n’aperçoit qu’une mince bande de son front — davantage créature du Labyrinthe de Pan que superstar mondiale. La vision de son équipe d’environ sept personnes entourant une silhouette silencieuse d’un mètre quatre-vingts, dos à tout le monde, est presque comique. Mais la montée se fait sans encombre.
Dix étages plus haut, la capuche tombe : apparaît Benito Antonio Martínez Ocasio, barbu, les cheveux un peu allongés, sautillant, feuilletant les derniers numéros du magazine. Devant l’édition d’octobre 2024 avec Chappell Roan, il raconte qu’une coiffeuse, sur un tournage, lui a récemment fait découvrir la révélation pop. « Elle a un côté Lady Gaga, Lana, Sia », dit-il. « Elle est cool. » Devant le numéro de janvier 2025 avec Chris Martin de Coldplay, il plaisante : « J’ai toujours dit qu’il me faisait penser à un dauphin, et cette couverture dans l’eau confirme que Rolling Stone et moi sommes connectés. »
Il ne veut aucun des deux numéros où figure son propre visage. (Sa première couverture de Rolling Stone remonte à juin 2020 ; la deuxième, trois ans plus tard.) Les exemplaires qu’il réclame, ce sont plutôt celui de Megan Thee Stallion, à l’été 2022, ou un vieux numéro avec Shakira période années 1990.
Réputé plutôt avare de mots en interview, Bad Bunny est aujourd’hui à bloc, débordant d’anecdotes. En partie parce que l’année a été chargée : films, activisme, déménagements d’un bout à l’autre du pays. Surtout, depuis quelques mois, il couve un nouvel album, Debí Tirar Más Fotos, une œuvre bouleversante dont il est plus fier que de tous les tubes multiplatine qui l’ont précédée.
Il y a là un sentiment plus profond, comme si cet album l’avait rapproché de ce qu’il veut vraiment faire. C’est un aboutissement de sons et d’idées ancrés dans les traditions folk et populaires de Porto Rico, du reste des Caraïbes et de la diaspora. Il y a de la salsa, de la bomba, du trío — autant de fragments d’enfance qu’il a emportés avec lui, de l’ado qui remplissait des sacs de courses et postait ses morceaux sur SoundCloud jusqu’à la superstar mondiale. Il vibre de joie en évoquant tout ce que cette musique lui a appris.
« J’ai adoré ça, mais en même temps, c’est passé tellement vite », dit-il. « C’est pour ça que je crois que je vais continuer à enregistrer des chansons — je ne suis pas obligé de les sortir. Mais partager des idées, voir des gamins jouer et prendre du plaisir avec la musique, c’était si beau que je le ferais tous les jours. J’irais en studio chaque jour pour faire une nouvelle chanson. »
La dernière fois qu’on s’est parlé, tu vivais à Los Angeles. Alors, entre les deux : New York ou L.A. ?
Porto Rico.
S’il fallait vraiment choisir…
J’aime New York parce que c’est plus près de chez moi. L.A. paraît très loin. Parfois c’est bien, parce qu’on a envie de déconnecter, et à L.A. on a l’impression d’être parti dans une autre galaxie. Mais s’il fallait choisir, si on me disait « tu dois vivre dans l’une des deux », je resterais ici. Cela dit, L.A. a davantage de culture mexicaine. Je me suis mis aux tacos birria, les meilleurs. À Porto Rico, on a déniché un super endroit à tacos birria tenu par une famille mexicaine et portoricaine élevée à Dallas.
Ton album s’appelle Debí Tirar Más Fotos [« J’aurais dû prendre plus de photos »]. D’où vient ce titre ?
Ça vient du fait que je déteste les photos [rires]. J’ai commencé à traîner cette réputation de ne pas aimer les photos, parce que parfois je n’ai pas envie de poser avec un fan quand j’ai envie de créer un autre genre de moment. Et je me suis fait cette réflexion : « Peut-être que je suis tellement habitué aux photos avec les fans que ce n’est pas un moment aussi spécial pour moi que pour la personne qui vient de me croiser et qui veut garder ce souvenir… »
Mais ça a surtout à voir avec ces moments que je vis, que je savoure, sans prendre la moindre photo. J’ai une bonne mémoire, mais je sais qu’un jour, je ne me souviendrai plus de moments vraiment incroyables. Le titre dit beaucoup ce regret de ne pas avoir saisi certains instants. C’est l’idée : profiter de l’instant quand je le peux et donner de la valeur aux souvenirs.
Les photos capturent l’histoire. Aujourd’hui, les gens photographient n’importe quoi, mais avant, les photos étaient tellement précieuses. Ma mère en prenait tout le temps. Pour un anniversaire ou un événement, tu prenais deux photos et tu les gardais pour la tante de 90 ans ou pour quand Untel passait avec son nouveau-né. Elles servaient à quelque chose de spécial. Quand tu les faisais développer, c’était un événement. Toute la famille s’asseyait, on se les passait en disant : « Waouh, regarde ça ! » Il s’agissait de revivre ces moments. En grandissant, ça m’énervait tellement quand Mami prenait des photos, parce qu’elle était dingue de ça, et aujourd’hui c’est l’inverse. Je me dis : « Mince, j’aurais aimé avoir une photo de ça. » C’est toute cette nostalgie, cette envie de valoriser ces moments et d’être reconnaissant, au-delà des photos. L’album est aussi une réflexion sur le fait que, quand on est loin, on apprécie davantage les choses et on les comprend mieux.
Il y a quelques années, tu as coécrit El Playlist de Anoche, un album pour le pianiste et chanteur Tommy Torres. Il a dit un jour que tes morceaux de trap et de reggaeton pourraient facilement se transformer en ballades ou en chansons pop.
Je pense que ma voix et mon phrasé sont une chose que j’essaie de ne pas changer, parce que c’est moi. Je pourrais chanter dans n’importe quel flow, mais je veux que les gens disent : « Ça, c’est Bad Bunny. » Toutes ces chansons faites avec Tommy, j’aurais pu les interpréter, et elles auraient été géniales, mais dans la voix de Tommy, elles sonnent plus classe. C’est aussi une question d’époque. À une autre période, j’aurais pris des cours de chant. Pour les anciens qui vont me critiquer : j’aurais été un grand compositeur — je le dis humblement. Parce que je sais m’adapter à n’importe quelle époque. Il y a une phrase très crue dans « Baile Inolvidable » [sa nouvelle chanson de salsa]. Je sais que les anciens vont dire : « Il a saccagé la salsa ! » Mais si je ne la mets pas, c’est comme si j’imitais quelqu’un. J’aurais pu écrire un truc super poétique — même si, venant de moi, cette phrase sonne poétique [rires]. Peu importe l’époque où je serais né, j’aurais assuré.
Ça faisait quoi, de composer une chanson de salsa ?
Quand je l’écoute, je me dis : « C’est la meilleure chanson que j’aie faite de ma vie. » C’est un rêve devenu réalité, parce que je l’avais en tête depuis si longtemps. Le synthé qu’on entend au début, je l’ai entendu pour la première fois en faisant Un Verano Sin Ti [son album de 2022], et je me suis dit : « Ça, c’est une chanson de salsa. » Mais comme l’album était déjà tellement rempli de choses différentes, je me suis dit : « Je garde ça pour plus tard. » J’ai passé presque toute cette année dessus.
Comment a-t-elle pris forme ?
Je peux te ressortir les mémos vocaux où je chante par-dessus la ligne de synthé en faisant tan, tan tan tan, toutes les parties. Et je me demandais sans arrêt : « Comment je vais concrétiser cette chanson ? Je n’ai jamais fait de salsa. Vers qui me tourner ? » Je ne voulais pas aller voir les mêmes compositeurs, je voulais quelqu’un de nouveau. Et de la manière la plus aléatoire, on a trouvé ce gamin qui commence à travailler comme producteur de reggaeton. Il a 24 ans, mais il sort d’une école de musique, et ce qu’il aime, ce sont les arrangements. On l’a trouvé parce que mon ami Pino a vu une story où il avait transformé en salsa le morceau « Narcotics » de Bryant Myers, juste pour déconner. Les gens l’ont pris comme un mème, genre « ha, ha, ha », mais moi je me suis dit : « Un mème ? Ha, ha, ha ? C’est dingue. C’est meilleur que l’original. » Quand j’ai commencé l’album, je me suis dit : « Invitons ce gamin. » Il était super timide. Il s’appelle Big Jay, parce qu’il est immense.
J’étais ici à New York, et je répétais : « On a les musiciens ? Il faut que je rentre [à Porto Rico] et que je m’y mette, on manque de temps. » Ils m’envoyaient des gens et je faisais : « Lui il est bon, lui je ne suis pas sûr. » Et puis sur TikTok, je tombe sur ce gamin d’environ 14 ans. Il jouait avec un groupe d’enfants, il dansait et jouait des bongos. Je me suis dit : « Purée, on dirait un bébé Roberto Roena ! Trouvez-moi ce gamin. » Et ils me disaient : « On n’arrive pas à le trouver. » J’ai appelé Noah [Assad, son manager], qui m’a dit : « Le mieux, c’est de trouver un directeur musical. On a un type bien. Et je crois que tu m’as envoyé un TikTok d’un gamin. » J’ai fait : « Nooon ! » Il a eu 19 ans pendant qu’on faisait la chanson. Il était chargé de trouver les musiciens, et au final, c’étaient ceux que Big Jay avait aussi recommandés. Ils se connaissaient tous. Et quand on a commencé la chanson, ça a été l’expérience la plus cool. Presque tous viennent de La Escuela Libre de Música de Porto Rico : Julito, celui qui a eu 19 ans ; le tromboniste et le trompettiste ont la vingtaine.
Du pur School of Rock.
Exactement !
Pour toi, c’est quoi le meilleur reggaeton old-school ? Celui vers lequel tu reviens toujours ?
Ces temps-ci, j’écoute beaucoup Hector Y Tito, genre 2002, A la Reconquista. Le reggaeton de 2002-2003, maintenant qu’on sait qu’il a explosé avec « Gasolina » et tout ça, c’est celui que je valorise le plus : The Last Don de Don Omar, Tego Calderón. Mais ce A la Reconquista de Hector Y Tito aussi.
Hector Y Tito ont été un peu oubliés, d’une certaine façon.
Ouais, les décisions qu’on prend dans la vie peuvent avoir un coût. Comme Willie Colón qui a fait des choix fous, et qui a fait une musique de dingue. On ne peut pas lui enlever ça. Mais cette période du reggaeton, 2001, 2002, c’était le point idéal. Ou en tout cas, comme tu dis, c’est là que je reviens. Mais ça dépend aussi de la saison et de mon humeur. Parfois j’ai envie d’écouter des trucs de quand j’étais au lycée, genre 2008, 2010.
Tu explores aussi le cinéma. Tu as joué dans quatre films désormais : Bullet Train, Cassandro, Caught Stealing de Darren Aronofsky, et Happy Gilmore 2, avec Adam Sandler. Comment as-tu vécu ces expériences ?
Génial. J’ai beaucoup bossé — trop, même. J’ai fait une semaine sur Caught Stealing, et dès que j’ai fini, l’autre a commencé, Happy Gilmore. J’ai été sur le plateau pendant 40 jours, puis je suis rentré à Porto Rico. Donc j’ai eu en gros le 24 et le 25 [décembre] de repos.
Ces deux derniers films n’auraient pas pu être plus différents.
[Rires.] Ouais, l’un est ici, et l’autre est là [il pointe dans deux directions opposées]. Mais j’ai adoré ça — j’aime qu’ils soient si différents. Et j’ai hâte qu’ils sortent pour que les gens disent : « Waouh. » Je pense qu’avec les projets à venir, je peux me concentrer davantage sur le fait de faire uniquement des films.
Tu ferais juste acteur, un jour ?
Je le ferais. Je ferai toujours de la musique, mais je passerais du temps à ne faire que des films et à me consacrer au jeu. Vu la façon dont j’ai organisé les choses, quand ces deux films sortiront, les gens diront : « Ouah, ce type joue vraiment. » Parce que ce sont deux films différents, deux rôles différents, deux personnes différentes. Même physiquement : j’ai dû me teindre les cheveux en roux et raser ma barbe pour un film ; pour l’autre, les teindre en noir. Tout est différent. Avec Bullet Train, quand j’apparais, c’est genre : « Oh, voilà Bad Bunny. » C’était : « Bad Bunny est sorti du studio pour passer sur [le film]. »
Tu incarnais davantage un personnage dans Cassandro.
C’est vrai. Là, c’était plus un rôle. Mais peu de gens l’ont vu comme ils ont vu Bullet Train, qui était sur Netflix avec Brad Pitt. J’aimerais que les gens voient Cassandro, parce qu’on voit que c’est vraiment un personnage. Et dans ces deux nouveaux films, c’est pareil : on voit que je travaille et que je joue. Genre : « Purée, c’est un personnage. Ce n’est pas Bad Bunny. »
Qu’est-ce qui te plaît dans le jeu d’acteur ? Comment le vois-tu s’inscrire dans ta carrière ?
J’aime ça depuis que je suis gamin. En fait, ma mère ne savait pas que je tournais ces films, et quand je le lui ai dit, elle était tellement heureuse. Elle m’a dit : « Tu n’as pas idée à quel point ça me rend heureuse d’entendre ça. Quand tu étais petit, même si tu adorais la musique, je ne t’ai jamais imaginé en artiste. Je t’imaginais acteur. Petit, je disais : « Ce garçon sera acteur. » Je n’ai jamais dit : « Ce garçon sera chanteur. » Et te voir faire ces choses me rend si heureuse. » Et j’ai fait : « Waouh, Mami ne m’avait jamais dit ça, qu’elle me voyait plutôt acteur. » Donc c’est quelque chose que j’aime depuis tout petit, même si j’étais assez timide.
Oui, tu as déjà dit que tu étais timide enfant.
Ouais. Petit, je ne pouvais pas explorer ces choses autant. Je ne chantais pas en public. J’ai chanté deux fois à l’école, mais je mourais de peur. Et je n’ai jamais fait beaucoup de spectacles, peut-être quelques trucs à l’église. Je n’ai jamais joué dans une pièce à l’école, rien de tout ça. Mais ça me plaisait. Quand j’étais seul dans ma chambre, je jouais la comédie tout seul. Tout ce que je faisais, j’imaginais toujours que je jouais.
Tu as accroché avec Adam Sandler sur le tournage ?
Pshhh. Ça, c’est mon oncle. Adam Sandler, c’est mon oncle. Regarde [il montre sa messagerie, où Adam Sandler est enregistré sous « Tío Sandler »]. C’est Tío Sandler. Il est super sympa.
Un autre pan de ta carrière, ce sont tes apparitions à la WWE. Tu as commencé en 2021. Tu recommencerais ?
Je veux le refaire une fois de plus. Je veux mettre ma vie en jeu sur le ring. J’ai eu l’impression de ne pas assez tout risquer sur le ring, et je veux le faire. Je veux faire peur à ma mère. Quand ? Je ne sais pas. On reste en contact avec les gens de la WWE, on suit toujours ce qui se passe. Mais quand, je ne sais pas. J’espère avoir un moment pour vraiment me préparer, comme les dernières fois. Et j’adorerais prendre plus de temps pour me préparer physiquement.
Mais mec, comme pour la musique, je fais ça pour progresser et pour faire quelque chose de différent. Parfois je me dis : « Je vais tout arrêter et faire du catch à plein temps. » J’ai l’impression que, dans le catch, j’interviens juste sporadiquement, comme une célébrité. Je vais y aller à plein temps et devenir un heel [un méchant]. Voilà ce que j’adorerais. [Rires.] J’ai toujours été plus fan des méchants que des gentils.
Ça faisait quoi, d’amener le Backlash de la WWE à Porto Rico ?
Que te dire ? C’était beau. On s’est battus jusqu’à réussir à amener la WWE à Porto Rico. Et franchement, je trouve que c’était bien pour eux et pour tout le monde, parce que j’ai vu que l’an dernier le Backlash était en France, et là il part au Mexique. Ils ont vu que ça marchait.
À mesure que tu es devenu plus célèbre, ta vie amoureuse est devenue plus publique. Ça fait quoi de savoir que la moindre chanson sur une rupture va être décortiquée vers par vers pour deviner de qui il s’agit ?
Au bout du compte, je sais que ça va arriver. La vérité, c’est que ça ne me dérange pas. Je sais que ça fait partie du processus. Si je dis quelque chose et que les gens savent que je m’exprime, je sais qu’ils vont chercher des associations. Je trouve ça drôle quand ils se trompent complètement. Je me dis : « Mec, comment tu peux imaginer ça ? » Parfois, il n’y a aucune logique derrière ce qu’ils inventent.
Mais je l’ai toujours dit, et je ne sais pas si c’est juste de le dire, mais je pense qu’il y a une différence entre dédier une chanson [à quelqu’un] et s’être inspiré de quelqu’un. Je peux faire cette chanson inspirée de ce que j’ai vécu, parce que c’est mon expérience et qu’elle m’appartient. Ce que j’ai vécu m’appartient, à moi et à l’autre personne, donc je pense avoir le droit de m’exprimer et de le raconter comme je veux : je peux ajouter quelque chose, retirer quelque chose. Mais si j’écris une chanson sur une situation que j’ai traversée, ça ne veut pas dire que je dédie cette chanson à cette personne. C’est ça, la différence. Les gens peuvent s’y perdre — même la personne concernée peut s’y perdre et se dire : « Oh, cette chanson est pour moi ! » Non, elle n’est pas pour toi. Elle parle de toi, mais elle n’est pas pour toi. Enfin, parfois si [rires].
La célébrité a-t-elle changé ta façon d’écrire ? Tu penses à tout ça quand tu composes ?
Honnêtement, non. Je n’y pense pas trop. Ou plutôt, j’y pense, et ça m’inquiète parfois, mais je ne laisse pas ça m’empêcher d’écrire ce que je veux et d’être honnête avec moi-même et avec les gens dans mes chansons. Je préfère ça à inventer des trucs.
Il y a beaucoup de nostalgie et de tristesse dans ta musique, parfois.
Il y a de la nostalgie et de la tristesse. Les gens vont se plaindre de moi en disant : « Ce type pleure trop ! » [Pour la chanson « Turista »], j’étais à Porto Rico, je suis sorti du bureau et je me suis mis à tourner en rond autour d’Ocean Park. À ce moment-là, j’étais tellement triste. Je pleurais, et j’avais tant de choses en tête.
Pourquoi pleurais-tu ? Que t’était-il arrivé ?
Je me suis fait piquer par un moustique [il sourit]. Je suis passé par la plage, et j’ai vu tous ces touristes prendre des cours de danse, jouer au beach-volley et faire des selfies devant le coucher de soleil, et j’ai fait : « Waouh. » Ça m’a retourné la tête d’être dans ma voiture, si triste, alors que ces gens étaient si proches de moi et si heureux, sans avoir la moindre idée que je passais par là, tout triste. Et ça arrive. En ce moment même [dans cette pièce], il pourrait y avoir quelqu’un de très triste sans qu’on le sache. Mais ça m’a bluffé, et une partie de ce à quoi je pensais, c’était aussi la situation à [Porto Rico]. Je me disais : « Ces gens sont là à regarder ce coucher de soleil incroyable, à prendre de superbes photos, à passer le meilleur moment. » Ils vont repartir en ayant profité du meilleur de Porto Rico, mais sans avoir vraiment vécu ce que les Portoricains vivent chaque jour, les côtés négatifs du pays, les situations que les Portoricains traversent au quotidien. Alors je me suis garé et j’ai commencé à écrire une chanson autour de cette idée : dans ma vie, tu n’as été qu’une touriste. Il y a des gens qui entrent dans ta vie, profitent du meilleur de toi, la belle version des premiers mois, puis s’en vont. Mais ils ne m’ont pas connu en profondeur, mes angoisses, mes peurs, ma tristesse, mes traumatismes.
Tu as acheté des panneaux publicitaires dans tout San Juan pour protester contre le Parti nouveau progressiste (PNP) avant l’élection du gouverneur, en novembre. Tu as aussi pris la parole à un meeting en soutien à Juan Dalmau, candidat indépendantiste d’un tiers parti. Tu as toujours parlé de Porto Rico dans ta musique, mais qu’est-ce qui t’a donné envie d’être plus vocal, surtout avant les élections ?
Je pense que je l’ai toujours fait de manière naturelle. Mais plus je suis en colère, plus je vais crier. J’ai toujours été clair : je suis une vraie personne, et ma musique le reflète. Je suis une vraie personne, un Portoricain de 30 ans, et durant toute ma carrière, quelle que soit ma position, c’est ce que je suis et c’est de ça que parle ma musique. Je fais des chansons sur le chagrin d’amour, sur le perreo et sur les questions sociales, parce que c’est ce que je suis, comme tant d’autres. Ce n’est pas comme si on faisait la fête tous les jours du vendredi au dimanche. Le lundi, il faut aller travailler. Voilà comment je m’exprime. Quand c’est l’heure de faire la fête et de parler de cul et de tout ça, tu le fais. Quand je suis triste en amour, je le dis. Mais quand quelque chose m’énerve… Ça arrive souvent. Mais on ne peut pas se plaindre tout le temps, et notre vie personnelle nous en sort — les relations, ton/ta partenaire, tout ça t’éloigne parfois des questions sociales. Donc c’est comme ça que je fonctionne.
Les élections ont lieu tous les quatre ans, mais ce n’est pas un sujet qu’on aborde uniquement tous les quatre ans. On a toujours élevé la voix quand il le fallait. Je crois que les gens sont surpris que je sois à ce niveau de popularité, dans le mainstream, et que je n’hésite pas une seconde à m’exprimer. Mais c’est ça qui fait de moi un humain. Les gens sont habitués à ce que les artistes deviennent énormes et mainstream sans s’exprimer sur ces sujets, ou, s’ils le font, à en parler de façon très prudente. Mais moi je vais parler, et celui à qui ça ne plaît pas n’a qu’à ne pas m’écouter. Ou tu peux continuer à m’écouter et je peux penser différemment de toi — on vit tous dans le même pays. Et c’est quelque chose que j’ai dit : les politiciens profitent des situations pour diviser les gens, et ça n’a jamais été mon but. Et je n’ai jamais eu peur de m’exprimer, parce que c’est qui je suis, cabrón.
Au meeting de Dalmau, tu as dit que les discours politiques te rendaient plus nerveux que de monter sur scène.
Je suis timide, jusqu’à un certain point. Une fois que je suis à l’aise avec les gens, je suis un fou. Mais au début, je suis toujours timide, et quand il s’agit de parler de ce genre de choses, je deviens super nerveux, surtout si ce n’est pas mon concert. Si c’est mon concert, ma scène, je fais ce que je veux. Mais si je dois aller ailleurs et prendre la parole, c’est vraiment difficile. J’ai même du mal à porter un toast. Je fais [la voix tremblante] : « Bénédictions à tous ! » Alors parler d’une situation aussi personnelle et grave dans un endroit avec autant de monde, en sachant que chaque mot allait rester gravé pour toujours… J’étais super nerveux, mais je me suis aussi senti très bien après l’avoir fait.
Comment gardes-tu espoir ? Les élections à Porto Rico et aux États-Unis n’ont pas tourné comme beaucoup l’espéraient.
Je crois qu’on y est habitués, maintenant. Au fond, dans une élection, il y a quelqu’un qui gagne et quelqu’un qui perd. Ce n’est pas la première fois, ni quelque chose de nouveau. Je pense juste que les gens avaient beaucoup d’espoir cette fois-ci, et c’est pour ça que ça a fait l’effet d’un tel coup. Mais ce n’est pas nouveau pour nous de devoir continuer à avancer, à vivre, à nous battre, à résister et à défendre ce qui est à nous.
Récemment, on m’a demandé quel message je donnerais la veille et le lendemain [des élections], et ce serait le même. La situation ne change pas, mais ça continue de créer de la conscience sociale et de la force.

© Stewart Cook/CBS via Getty Images
Tu as toujours représenté Porto Rico, quelle que soit la scène. Aux Grammy Awards 2023, par exemple, tu avais fait monter des danseurs de bomba et de plena. Ça fait quoi de pouvoir partager ces traditions avec le monde ?
Ça me rend fier et heureux de moi-même. J’adore faire ça. J’adore faire de la musique. J’ai toujours rêvé que les gens écoutent et reconnaissent ma musique, et de pouvoir en vivre. Mais même si je le rêvais au plus profond de moi, je ne m’attendais pas à atteindre un tel niveau. Alors j’ai commencé à me demander : « Et maintenant ? Qu’est-ce que tu continues à faire ? » Je n’essaie jamais de battre un record que j’ai déjà battu, ni de faire mieux que je ne sais quoi. Avec [chaque album], je n’essaie pas de faire mieux que Un Verano Sin Ti ou YHLQMDLG — rien. Je veux créer quelque chose de nouveau. D’autres souvenirs, d’autres disques — quelque chose de différent de ce que j’ai fait avant.
Alors quoi d’autre ? Quel est l’intérêt d’être ici ? Quel est l’intérêt d’être à ce niveau ? Qu’est-ce que je gagne ? Je vais mourir et c’est tout — je n’emporterai rien avec moi. Donc je crois que c’est ça : montrer au monde qui je suis et ce qu’est ma culture, d’où je viens. Parler un peu de moi pour qu’ils me connaissent un peu plus, et c’est ça : je suis Portoricain. Pouvoir hisser ce genre à un rang élevé, hisser ces artistes à un rang élevé… Ils font de la musique comme je l’ai fait, sans rien attendre, juste pour le pur plaisir et la passion de créer, et pour partager un message avec les autres. À ce stade, c’est ça qui me remplit : pouvoir aider et donner une place à différents rythmes et à des jeunes comme moi.
Tu as déjà dit que tu travailles toujours des années à l’avance et que tes prochains albums sont déjà planifiés. Comment ces projets évoluent-ils une fois que tu t’y mets ?
Oui, ça change. Avec Debí Tirar Más Fotos, j’avais l’idée de départ, mais elle a changé en mieux, selon moi. L’album a pris sa propre personnalité, sa propre énergie, son propre flow. En fait, quand je faisais Nadie Sabe Lo Que Va a Pasar Mañana, je voulais déjà commencer à travailler là-dessus. Je ne veux pas être méchant avec [cet album], mais c’est celui que j’ai le moins apprécié, dans le sens où je me suis mis la pression pour le faire. Quand je suis parti en tournée pour Nadie Sabe Lo Que Va a Pasar Mañana, c’était pareil — je me disais : « Je n’ai pas envie de tourner. J’ai envie de bosser sur un nouvel album. »
Pourquoi as-tu ressenti autant de pression avec Nadie Sabe Lo Que Va a Pasar Mañana ?
Je me la suis mise tout seul dans la tête. Je me disais : « Je veux sortir un album qui ne soit que de la trap et ce type de musique. » Il y a un moment où tu pars dans ces délires : « C’est ça que les gens veulent. » Mais quels gens ? Là, on est assis dans ce bureau, et j’ai l’impression que cet album est tout, que tout ce qui se passe ici est tout. Mais si tu prends Google Maps [il ouvre Google Maps et dézoome jusqu’à voir le monde entier], on n’est rien. Mon album n’est rien, je ne suis rien. Alors, qui diable écoute ? Et c’est quoi, cette pression que je me mets ? On apprend des choses. J’adore cet album, mais j’ai appris où je veux être et où je veux aller. Je vais être là où je suis à l’aise et heureux, là où j’ai l’impression d’apporter quelque chose.

© Michael Loccisano/GA/The Hollywood Reporter via Getty Images
Un Verano Sin Ti a battu une flopée de records. Tu voyais cet album aller aussi loin quand tu le faisais ?
Non, mec. Je pense qu’on fait ces projets en espérant qu’ils marchent et que les gens les aiment. Mais à cette échelle-là, non. Je pensais que ce serait un peu moins [rires]. J’avais une certaine confiance en le faisant — je me souviens que je disais à mon manager, Noah : « Je fais cet album. S’il te plaît, travaille-le bien. » Je ne répète pas les formules. Je peux répéter certaines choses, mais pas une formule entière, non. Donc je savais que je faisais un album riche, du genre à plaire à tout le monde. Je disais : « Profites-en, parce qu’après celui-là, je n’en refais pas un pareil. » Je savais qu’il aurait du succès, mais je ne pensais pas que ça se passerait comme ça.
Et je ne cherchais pas ça non plus. Je voulais créer certains sons, que les gens l’écoutent du début à la fin et que chacun ait sa chanson préférée. Je l’ai toujours dit [à propos d’Un Verano Sin Ti] : il y a une chanson pour chacun. Mais je n’aurais jamais deviné que ça atteindrait ce niveau. Et au final, je suis heureux et fier, parce que c’était ça le but : que les gens l’aiment. Mais maintenant Un Verano Sin Ti est là, et je ne cherche jamais à le surpasser. Mes prochains projets ne consistent pas à atteindre le même niveau ou à le dépasser, non. Il est là et je l’ai fait. C’est le moment de faire d’autres choses, et ça me va.
Tu te vois faire ça jusqu’à être un vieil homme ?
Frérot, oui, du fond du cœur. Parfois je me dis : « Purée, je crois que je vais rester là, à chercher les rythmes que j’aime et ce qui me remplit. » J’ai toujours dit que j’adorais les percussions — batterie, conga, bongos. Il y a un truc en moi qui a toujours aimé ça. Je crois qu’il y a quelque chose dans mon ADN qui m’appelle. Et j’ai adoré faire Debí Tirar Más Fotos. L’album que j’ai le plus aimé faire, de tous, c’est celui-là.
Tu as pris plus de photos, cette fois ?
[Rires.] J’en ai pris quelques-unes.
Par Julyssa Lopez
Traduit par la rédaction.
Musique
Liberty Lights : Michael Canitrot illumine ce soir la Statue de la Liberté
Publié
03/07/2026Par
La Rédaction
Le producteur français Michael Canitrot et son Monumental Tour investissent Liberty Island ce vendredi 3 juillet à 22 h, heure de New York. « Liberty Lights » célèbre les 140 ans de la Statue de la Liberté et les 250 ans des États-Unis.
La Statue de la Liberté va s’illuminer aux couleurs de l’électro française. À l’invitation du Consulat général de France à New York, le Monumental Tour présente « Liberty Lights » sur Liberty Island. En effet, Michael Canitrot a imaginé cette création musicale et visuelle pour le 140e anniversaire du monument. L’événement s’inscrit aussi dans les célébrations du 250e anniversaire de l’indépendance des États-Unis. Rolling Stone en détaillait récemment le programme officiel côté américain.
Liberty Lights, coup d’envoi de « Disney Celebrates America »
Concrètement, la performance sera diffusée le 3 juillet 2026 à 22 h, heure de l’Est. Autrement dit, il sera 4 h du matin à Paris, le 4 juillet. Elle donnera ensuite le coup d’envoi de « Disney Celebrates America ». Cette couverture multiplateforme passera sur ABC, Disney+, ESPN, Hulu, National Geographic, Freeform, FX et ABC News Live. David Muir, figure de « World News Tonight », présentera l’émission en prime time. De plus, elle promet un spectacle lumineux inédit autour de la statue. Au programme également : un survol de Liberty Island par la journaliste Deborah Roberts. Pour l’occasion, elle prendra place à bord d’un avion de la Patrouille de France. Les téléspectateurs français pourront ensuite découvrir la performance le 5 juillet sur France 2. Une émission spéciale y sera consacrée en première partie de soirée.
Whoopi Goldberg et Jean Reno en voix d’ouverture
Pour cette création, Michael Canitrot s’est entouré de Romain Pissenem (High Scream). Ce show director est connu pour ses collaborations avec de grands événements musicaux. Ensemble, ils signent une création lumière sur mesure. Elle répond aux contraintes techniques, patrimoniales et réglementaires propres à Liberty Island. Par ailleurs, deux voix du cinéma ouvrent le spectacle. Ainsi, Whoopi Goldberg porte la version américaine, et Jean Reno la version française. Le tout repose sur une bande-son électronique originale composée par Canitrot. Selon ses concepteurs, l’œuvre rend hommage aux valeurs incarnées par la statue : « la liberté, l’espoir, l’ouverture et le progrès ».
Du Mont-Saint-Michel à Liberty Island
Michael Canitrot développe le Monumental Tour depuis plusieurs années avec Matthieu Gauthier. Le concept transforme des sites patrimoniaux en scènes immersives, entre musique électronique, lumière et architecture. Il s’est notamment déployé au Mont-Saint-Michel, puis à la Tour Eiffel. Le dispositif a aussi accompagné la cérémonie de réouverture de Notre-Dame de Paris. Déjà croisé sur la scène électro hexagonale, le DJ français franchit donc l’Atlantique. Il offre au symbole du lien franco-américain une célébration à sa mesure. Rendez-vous dans la nuit de vendredi à samedi, ou le 5 juillet sur France 2.
La rédaction.
Chaque semaine, l’équipe de Rolling Stone France vous propose sa sélection des meilleurs albums à écouter – Semaine du 3 juillet 2026.
À l’ère du streaming, il n’a jamais été aussi facile d’écouter de nouvelles musiques, mais avec des milliers de nouveaux titres ajoutés chaque jour sur les plateformes de streaming sans compter les sorties physiques dans les bacs, on peut se perdre. Rolling Stone vous propose une sélection des albums sortis ce jour.
Cette semaine, nous avons sélectionné des albums de Deep Purple, Motörhead, Harsh, Madonna, Adrien Gallo et Chris Read.
Deep Purple – SPLAT!
Découvrez SPLAT!, le nouvel album des vétérans britanniques de Deep Purple qui montre une nouvelle dynamique au sein du groupe.
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Motörhead – Kiss of Death (20th anniversary edition)
Kiss of Death, album désormais culte de Motörhead, fête désormais les 20 ans de sa sortie avec une réédition généreuse et réjouissante.
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Chris Read – Miller (Music for Interiors #001)
Avec Miller, le DJ, producteur, curator, digger londonien Chris Read transforme jazz, hip-hop et soul en disque-cocon, entre patine vinyle, grooves feutrés et douceur lounge.
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Harsh – Feels
Le jeune groupe de hard rock français à tendance glam dénommé Harsh se fend d’un nouvel album puissant et pertinent. A découvrir absolument.
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Madonna – Confessions II
21 ans après la sortie de Confessions on a Dancefloor, Madonna réunit les auditeurs d’hier et d’aujourd’hui avec sa suite ravageuse.
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Adrien Gallo – Derniers souvenirs
Adrien Gallo, ancien chanteur des BB Brunes, se fend d’un nouvel EP qui prend la suite de celui de 2025, en gardant sa pertinence.
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La Rédaction
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