<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom" xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/" xmlns:media="http://search.yahoo.com/mrss/" version="2.0"><channel><title><![CDATA[L'Express.fr]]></title><link>https://www.lexpress.fr</link><atom:link href="https://www.lexpress.fr/arc/outboundfeeds/rss/culture.xml" rel="self" type="application/rss+xml"/><description><![CDATA[Grâce aux fils RSS de LExpress.fr, vous pouvez recevoir les dernières informations publiées sur le site en temps réel ou les dernières notes des blogs de nos journalistes.]]></description><lastBuildDate>Sat, 18 Jul 2026 01:48:02 +0000</lastBuildDate><language>fr</language><category>Culture</category><copyright>Lexpress.fr</copyright><ttl>1</ttl><sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod><sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency><image><url>https://static.lexpress.fr/upload/images/logo/logo_cartouche_rouge_outbounds_1000x1000.jpg</url><title>L'Express.fr</title><link>https://www.lexpress.fr</link></image><item><title><![CDATA["J’écris encore plus depuis que je suis malade" : les confidences de Philippe Besson]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/jecris-encore-plus-depuis-que-je-suis-malade-les-confidences-de-philippe-besson-6OFZUWX2GZGUVECCWAMOAVLPDE/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/jecris-encore-plus-depuis-que-je-suis-malade-les-confidences-de-philippe-besson-6OFZUWX2GZGUVECCWAMOAVLPDE/</guid><dc:creator><![CDATA[Louis-Henri de La Rochefoucauld]]></dc:creator><description></description><pubDate>Fri, 17 Jul 2026 06:30:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>De Delphine de Vigan à Guillaume Musso, de nombreux auteurs abonnés aux best-sellers ont connu cette année une forte baisse par rapport à leurs chiffres habituels. Dans <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/trop-de-livres-pas-assez-de-lecteurs-autopsie-dune-crise-TTY75XANBRCTXPJA7VIN4E5KIM/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/trop-de-livres-pas-assez-de-lecteurs-autopsie-dune-crise-TTY75XANBRCTXPJA7VIN4E5KIM/">ce contexte de crise</a>, Philippe Besson a tiré les marrons du feu. Avec déjà 100 000 exemplaires vendus, <i>Une pension en Italie</i> est en passe de devenir son plus gros succès – d’autant qu’il sera porté tout l’été par le prix Relay des voyageurs lecteurs qu’il vient de décrocher. Le livre est un hommage à <i>Avec vue sur l’Arno</i>, le chef-d’œuvre d’E. M. Forster : un père de famille emmène sa famille en vacances en Toscane en 1964. Là-bas, il est rattrapé par son homosexualité refoulée. Osera-t-il enfin sortir du placard, quitte à tout perdre ? C’est l’enjeu de ce roman à la fois rétro dans son décor et intemporel dans ses questionnements. </p><p>Dans le café parisien où on interviewe Philippe Besson (qui vit désormais à Bordeaux), il est encore sur un nuage : "Un succès ne s’explique pas : ça reste mystérieux par essence. La thématique du secret de famille intéresse – mais ces livres-là sont légion. La promesse italienne et la couverture très réussie de Mathieu Persan ont dû jouer, dans notre époque anxiogène et pleine de grisaille. Le fond a plu, aussi, si j’en crois ce que me disent les lecteurs : c’est un livre sur des gens que la honte ou le déni réduisaient au silence, jusqu’à ce que l’un d’entre eux se débarrasse du poids des normes. Avoir le courage d’être soi, savoir saisir les moments de bifurcation, avec les dommages collatéraux que ça entraîne, voilà de quoi parle <i>Une pension en Italie</i>. Enfin j’ai fait une quarantaine de rencontres en librairie. Les libraires m’ont inventé et m’ont toujours défendu – je leur en suis reconnaissant."</p><p>Déjà un quart de siècle que ça dure : Philippe Besson s’est révélé en 2001 avec <i>En l’absence des hommes</i>. Pour fêter ses vingt-cinq ans de carrière, il publiera en septembre <i>La Première phrase du premier livre</i>, un très beau récit autobiographique où il revient sur son enfance et sa jeunesse, jusqu’à ses débuts littéraires. On sait que l’écrivain a été malade d’un cancer – il est encore en rémission. Ceci explique-t-il le côté élégiaque de la première partie, quand il évoque son père instituteur à Lamérac (Charente), qui fait presque penser à Pagnol ? "Le cancer a été le déclic de l’écriture de ce livre : j’ai été confronté à l’hypothèse de ma mort à échéance rapprochée. La maladie au fond est supportable, mais les traitements sont horribles. L’écriture contrarie la maladie, c’est une pulsion de survie. J’écris encore plus depuis que je suis malade. Si ça s’arrêtait, qu’est-ce qui subsisterait de cette vie-là ? Qu’est-ce qui surnagerait ? Ce livre au départ n’était qu’une suite de notes où je voulais figer des instants, mettre en miroir la mémoire intime et la mémoire collective, les souvenirs personnels et les souvenirs partagés. On est le produit de son milieu et de son éducation, mais aussi de son époque. Mon éditeur, <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/la-vie-chaotique-de-tristan-egolf-entre-punk-rock-suicide-et-patrick-modiano-Y725KZLOFZAOBBUZCO5EUYLWEM/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/la-vie-chaotique-de-tristan-egolf-entre-punk-rock-suicide-et-patrick-modiano-Y725KZLOFZAOBBUZCO5EUYLWEM/">Adrien Bosc</a>, dit que c’est l’autobiographie d’une génération. Je parle de la mort de Claude François, de <i>Radioscopie</i> de Jacques Chancel ou du sida, qui a beaucoup compté…"</p><p>Sans aucune pose, Philippe Besson rend aussi bien hommage à Sophie Marceau dans <i>La Boum</i> qu’à David Bowie dans <i>Furyo</i>. Il fait aussi l’éloge de celui qui fut l’idole de son adolescence (il avait des posters de lui dans sa chambre), un certain <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/pourquoi-jean-jacques-goldman-va-etre-la-star-de-la-rentree-TJZ6AXZAEBA7FHDQDZ7ER43UDQ/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/pourquoi-jean-jacques-goldman-va-etre-la-star-de-la-rentree-TJZ6AXZAEBA7FHDQDZ7ER43UDQ/">Jean-Jacques Goldman</a> : "Son premier album est sorti en 1981, il a donc surgi au moment de mes 14 ans. C’était lui. Il soutenait les mêmes valeurs que mon père (la discipline, l’humanisme, l’émancipation), et j’aimais ses textes. Mes ébauches d’écriture d’alors étaient des pastiches de ses chansons. Je l’écoute toujours." Au cours de l’entretien, il nous dira avoir écouté les Pet Shop Boys pendant tout son trajet de train du matin, mais préférer Jimmy Somerville : "Je l’ai croisé une fois à Brighton, sans oser lui parler. Les Pet Shop Boys sont plus mélancoliques. Jimmy a un côté malicieux, joyeux, déluré. Dès le clip de <i>Smalltown Boy</i> de Bronski Beat, je l’ai adoré. C’est mon Hervé Guibert côté pop."</p><p>Guibert, parlons-en ! Dans <i>La Première phrase du premier livre</i>, sur le plan de la littérature l’ayant formé, Philippe Besson cite beaucoup d’Américains (<i>La Maison du bout du monde</i> de Michael Cunningham, <i>Le Langage perdu des grues</i> de David Leavitt, <i>La Tendresse sur la peau</i> d’Edmund White, <i>Le Garçon enterré ce matin</i> de Joseph Hansen). Quid des Français ? "J’ai une passion pour Dominique Fernandez (<i>L’Etoile rose</i>, <i>La Course à l’abîme</i>), et <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/yves-navarre-retour-sur-la-vie-chaotique-du-dernier-ecrivain-maudit-CJ3ZKLYTCVC6JLINBBVYY47JZA/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/yves-navarre-retour-sur-la-vie-chaotique-du-dernier-ecrivain-maudit-CJ3ZKLYTCVC6JLINBBVYY47JZA/">Yves Navarre</a> ou Matthieu Galey ont pavé le chemin, mais Hervé Guibert a tout écrasé dans mon panthéon personnel. J’ai lu son œuvre très jeune, vers 16-17 ans : j’avais l’impression qu’il écrivait mon histoire, ma propre intimité. J’ai adoré son écriture blanche, presque neutre, qui lui permet de dire des horreurs, il y a un hiatus entre l’apparente simplicité du style et la violence du propos. Il a été considérable et il a disparu – c’est sidérant… »</p><p>Que pensait-il de <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/guillaume-dustan-lange-noir-des-annees-sida-vu-par-christophe-beaux-NSBURT7GAZA75MACME7O23JNCE/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/guillaume-dustan-lange-noir-des-annees-sida-vu-par-christophe-beaux-NSBURT7GAZA75MACME7O23JNCE/">Guillaume Dustan</a>, qui avait quasiment son âge et était au faîte de sa gloire médiatique en 2001, quand lui-même se lançait ? "Je m’abstiendrai de tout jugement, mais c’était trop de spectacle à mes yeux. Son rapport avec la mort, le danger et la transgression n’étaient pas pour moi. Quand j’ai milité dans une association de lutte contre le sida, je suis allé à Aides, pas à Act Up : il y avait presque deux clans. J’étais dans une logique de négociation, quand Act Up prenait le parti d’un antagonisme très violent." </p><p>On sent à l’écouter que la blessure ne se refermera jamais : "Quand je retrouve une photo où je suis avec dix amis, huit sont morts. Les gens mouraient par centaines, par milliers, nous avons vécu une extermination. Ils sont partis les uns derrière les autres, à une vitesse foudroyante, avec les lésions sur le corps, la maigreur, les yeux exorbités… Il faut se rappeler la passivité des pouvoirs publics. Les Noirs, les drogués, les pédés : c’était le combo parfait pour ceux qui nous haïssaient ! Nous étions confrontés à une inertie, une résignation, voire une hostilité. Et puis les premiers protocoles étaient insupportables…"</p><p><i>La Première phrase du premier livre </i>est un récit souvent politique, Philippe Besson décortiquant la gauche dont il vient et à laquelle il dit être resté fidèle, malgré son amitié pour Emmanuel Macron, auquel il avait consacré un livre en 2017, intitulé <i>Un personnage de roman</i>. L’écrivain se souvient que, au début de l’épidémie, Jean-Marie Le Pen comparait les malades du sida à des "lépreux" et que le FN proposait d’ouvrir des "sidatoriums" pour les enfermer. Comment analyse-t-il le fait que la communauté homosexuelle vote désormais en partie pour le RN ? "C’est très surprenant pour les gens de ma génération, car Le Pen père était notre ennemi. Mais beaucoup considèrent que son parti n’a plus rien contre les gays dans son programme, aussi votent-ils comme le reste du pays, à 35 % RN. Marine Le Pen est rassurante pour certains gays. De Sébastien Chenu à Jean-Philippe Tanguy, sa garde prétorienne est composée d’homosexuels. C’est une femme autoritaire, ce qui fabrique une icône. Marine Le Pen, c’est Dalida ou Mylène Farmer qui fait de la politique".</p><p><i>Une pension en Italie </i>par Philippe Besson. Julliard, 240 p., 21 €.</p><p><i>La Première phrase du premier livre </i>par Philippe Besson. Julliard, 239 p., 21 €. A paraître le 3 septembre.</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/74VYJZZWNVG4ZI3ZGFJG4ZEA5A.jpg?auth=08aa69eb900206debdad72268aab3065616e3021f7ecb142d34539286999af25&amp;smart=true&amp;width=5008&amp;height=3343" type="image/jpeg" height="3343" width="5008"><media:description type="plain"><![CDATA[Philippe Besson fut l'écrivain en vue de la première partie de l'année avec le succès de son roman "Une pension en Italie" - et il sera déjà de retour en septembre avec une autobiographie générationnelle. ]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">Astrid di Crollalanza</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Six-Seven, le vide devient viral, par Christophe Donner]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/six-seven-le-vide-devient-viral-par-christophe-donner-7JD24FRWIRDW5PKLSRD7CI6I5U/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/six-seven-le-vide-devient-viral-par-christophe-donner-7JD24FRWIRDW5PKLSRD7CI6I5U/</guid><dc:creator><![CDATA[Christophe Donner]]></dc:creator><description></description><pubDate>Wed, 15 Jul 2026 04:15:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Ça y est, ça recommence : "Un spectre hante l’Europe", mais ce n’est pas le communisme de Karl Marx, et ça n’est pas seulement l’Europe, mais le monde entier. L’affaire Six-Seven bat son plein. Roue de secours des chroniqueurs de juillet, terrassés par la chaleur, à commencer par votre serviteur accablé par <i>La Chaleur</i>, le film de <a href="https://www.lexpress.fr/culture/linconnu-de-la-grande-arche-pas-dnouvel-bonne-nouvelle-ZURSSLWG4ZAMVH4ZPUE2MNTDJM/" target="_blank" rel="noreferrer" title="https://www.lexpress.fr/culture/linconnu-de-la-grande-arche-pas-dnouvel-bonne-nouvelle-ZURSSLWG4ZAMVH4ZPUE2MNTDJM/">Stéphane Demoustier</a>, réalisateur de l’excellent <i>Inconnu de la Grande arche</i>, sorti l’année dernière.</p><p>Il y a des producteurs qui savent prendre des risques : investir dans un film dont le héros, en l’occurrence Marouane (Hadrien Hussein), est un ado sans charme, plus mou que taciturne, plus bête que ses pieds, et surtout pas drôle du tout, ça n’est plus un pari risqué, c’est une partie de roulette russe avec un barillet intégralement chargé. Ils n’avaient pas besoin d’en rajouter en affublant leur anti-héros d’un sac-banane, ben si, et Marouane, cette banane, pendant toute la durée du film. Il faut dire que c’est l’arme du crime.</p><p>Pas vraiment attiré par les filles du camping, Marouane ne l’est pas non plus par les garçons. Ce n’est pas pour cette raison qu’il bouscule Oscar (Noé Houssard), l’ado populaire du camping, un peu voyou mais piètre bagarreur : en essayant d’arracher le sac-banane de Marouane pour lui piquer ses préservatifs, le bel Oscar bascule dans le vide et se tue. Pas fute-fute, Marouane dissimule le corps sous le sable de la plage (il n’est pas au courant pour les marées ?) </p><p>Après ce coup de malchance, Marouane continue de faire la même gueule, tête baissée, les mêmes réponses laconiques et renfrognements sibyllins. Que ce soit en compagnie de Giulia (Martina La Manna), sa petite amie putative avec laquelle il prend un inévitable râteau (c’est drôle ?), que ce soit avec ses parents (exaspérants de tolérance), que ce soit avec la police à la recherche de l’Oscar disparu. Heureusement, il y a Noé (Tristan Richard) qui exhibe son obésité assumée avec une grâce qui le rend fabuleusement plus sexy que Marouane son idole.</p><p>Ce n’est pas qu’Hadrien Hussein soit mauvais acteur, il se relèvera de ce coup de <i>Chaleur</i>. Stéphane Demoustier aussi s’en remettra, s’il comprend que le succès de son film précédent, il le devait à tout ce qui manque dans celui-ci : une histoire crédible, un héros digne de ce nom, avec plus d’énergie et de chaleur humaine.</p><h3>Le vide de l’abrutissement numérique</h3><p>Je ne saurais trop lui conseiller cette histoire vraie portée par un héros comme on les aime. Jemille Marrail Edwards, dit Skrilla, né en 1999, à Philadelphie (Pennsylvanie) est trafiquant de drogue à douze ans, rappeur professionnel à 19 ans, il intitule son premier single <i>Green</i> S<i>nake</i>. Six ans plus tard, en 2024, il compose <i>Doot</i> <i>Doot</i> <i>(67)</i>, où il est question de flingue, de la Maison Margiela et de l’autoroute 67. La rapposphère se perd en conjectures sur la signification de ce <i>Six-Seven</i>, jusqu’à ce que, le 31 mars 2025, dans les tribunes d’un stade, un ado hystérisé par la victoire de son équipe, Maverick Trevillian, se plante devant la caméra, les coudes fléchis, les deux mains en supination se levant et s’abaissant alternativement en criant "Six Seven !". Rien de sexuel dans ce geste aussi dénué de sens que ces deux chiffres qu’il répète à l’envi. C’est le vide de l’abrutissement numérique, nommé aussi <i>brainrot</i> (pourriture cérébrale). La vidéo devient virale, elle compte aujourd’hui 1,6 million de vues sur YouTube, et 43 milliards sur TikTok. La maman de Maverick a monté son petit commerce de droits dérivés en ligne. </p><p>Quatre mois après la publication de cette vidéo, en août 2025, Skrilla est victime d’une fusillade à la sortie de son studio d’enregistrement. Une balle l’atteint au cou, il s’en tire de justesse. Par miracle, disent certains. Ça tombe bien, Skrilla est un adepte pratiquant de la Santeria, une religion africo-cubaine. Le lien de cause à effet est inévitable, il va peut-être sauver la planète, puisque le pape l’a adopté. C’est qu’il en a vu d’autres, <a href="https://www.lexpress.fr/societe/religion/leon-xiv-en-algerie-aucune-civilisation-ne-peut-durer-si-elle-se-prend-elle-meme-pour-une-fin-6OZBN7YLJRFUDDBNRNKF5WDQKE/" target="_blank" rel="noreferrer" title="https://www.lexpress.fr/societe/religion/leon-xiv-en-algerie-aucune-civilisation-ne-peut-durer-si-elle-se-prend-elle-meme-pour-une-fin-6OZBN7YLJRFUDDBNRNKF5WDQKE/">Léon XIV</a>, avec la transsubstantiation, la virginité de Marie et le baiser aux lépreux. Le <i>Six-Seven </i>pourrait bien obliger nos chefs de guerres, au bord de la crise nucléaire, à arrêter les frais.</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/B6FSDDOZANF6TOW37DQE5CNKMA.jpg?auth=3690d3fa1f047b3a4261e6a14f1ecfce15416abfee4a4f2768029bf439f92659&amp;smart=true&amp;width=1600&amp;height=1067" type="image/jpeg" height="1067" width="1600"><media:description type="plain"><![CDATA[Le film "La Chaleur" est sorti en salles, le 8 juillet 2026.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">Copyright Petit Film</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[A l'ère du GPS, les Français nostalgiques de la carte routière ]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/a-lere-du-gps-les-francais-nostalgiques-de-la-carte-routiere-G5VPT3DSM5D2NIR2SSLQRET3IU/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/a-lere-du-gps-les-francais-nostalgiques-de-la-carte-routiere-G5VPT3DSM5D2NIR2SSLQRET3IU/</guid><dc:creator><![CDATA[Sébastien Le Fol]]></dc:creator><description></description><pubDate>Tue, 14 Jul 2026 08:00:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Qu’a-t-on créé de plus beau que la carte routière Michelin au 200 000<sup>e</sup> avec son pliage en accordéon ? Forêts en aplat vert, cours d’eau en bleu, routes principales en rouge, secondaires, locales en blanc… Les cartographes, ces artistes, ont tracé nos envies d’évasion. S’y plonger, c'est ouvrir la boîte aux souvenirs : un pique-nique, une halte dans une auberge… Et même des disputes conjugales. Le "Mais bon sang, tu ne sais pas lire une carte ?" paternel résonne encore dans certaines oreilles.</p><p>"Pour les Français, c’est le conservatoire géographique d’une longue histoire", résume joliment le journaliste Jean-Claude Raspiengeas qui consacre à ces trésors de connaissance un livre aussi érudit que sentimental : "La France à la carte". Si vous ne jurez que par le GPS, passez votre chemin. "L’écran ne dévoile le pur présent du trajet", résume-t-il. A l’ère du "mapping" et de la géolocalisation, l’automobiliste a "abdiqué le pouvoir de son imaginaire". Il n’a plus qu’une obsession : aller le plus vite possible d’un point à un autre. L'usage de la route devient purement utilitaire. Se perdre est un art que les cartes permettaient de cultiver.</p><p>Ce sont ceux qui les conçoivent qui en parlent le mieux. "Devant une d’elles, je ne vois pas juste une information", confie Philippe Sablayrolles, directeur de la cartographie chez Michelin. Le liseré vert qui signale les routes pittoresques le fascine. Il s’est battu pour que l’application Michelin les conserve. "Les distinguer, regarder leur tracé, suivre leur sinuosité, dit ce poète qui s’ignore, c’est déjà imaginer des promesses de balade, de beauté, de reliefs, de points de vue".</p><p>Dans les années 1990, Michelin vendait encore vingt millions d’exemplaires par an. Aujourd’hui, la marque en écoule un peu plus d’un million. Les ventes avaient pourtant redécollé après la pandémie de Covid. Mais dans les stations-service, ces "couteaux suisse du voyage" ont été remplacés par les chargeurs de téléphone. </p><p>Comme il déplierait une carte, Raspiengeas explore cette mythologie française. Il noue le présent avec le passé, la géographie avec l’Histoire. Au commencement fut le pneu. Capitale : Clermont-Ferrand, Auvergne. Figures de proue : Edouard et André Michelin. Leurs pneumatiques équipent d’abord les vélocipèdes et autres biclous. Du vélo, ils passent à la voiture.</p><p>Anciens étudiants aux Beaux-Arts, les Michelin éditent leur première carte routière avec le fameux pliage en accordéon : Clermont-Ferrand et ses environs. L’échelle choisie est le 1/200 000 (1 cm=2 km). En trois ans, le pays est couvert. "La carte routière a révélé aux Français le pays qu’ils connaissaient le moins : le leur", dira André Michelin. Pour vendre leurs pneus, les Michelin ont besoin que se développe le tourisme automobile. Ils incitent donc l’Etat à entretenir les routes. En 1912, ils lancent une pétition nationale pour leur numérotage. 30 000 communes reçoivent gratuitement de leur part un panneau d’entrée de ville mentionnant son nom, le numéro de la route la desservant, et un mot d’ordre de prudence. Il en sera ainsi jusqu’en 1946 : l’Etat reprendra alors la main.</p><p>La carte routière produite par l’entreprise familiale du Puy-de-Dôme ne constitue pas seulement le "fil d’ariane" des automobilistes. Les armées y puisent de précieux renseignements. Avant de lancer leur offensive de 1940, les nazis ont minutieusement étudié les cartes départementales au 1/200 000 et la carte de France au 1/100 000. Dans leur paquetage, ils ont glissé le Guide Michelin, paru en 1939, et ses précieux plans de villes. Cinq ans plus tard, les alliés feront de même pour préparer le <i>D-Day</i>. Si les cartes Michelin sont fiables, c’est que leur réalisation s’appuie sur les informations remontées du terrain et l’expertise des ingénieurs des travaux publics. </p><p>Auteur d’un précédent livre sur les routiers, Jean-Claude Raspiengeas s’est rendu compte qu’ils avaient toujours des plans sur papier à portée de main alors qu’ils sont équipés de GPS. Déconnectant le sien, il emprunte quelques routes mythiques en suivant le tracé des cartographes : Nationale 7, Route Napoléon… Il se reconnecte ainsi à la rose des vents. </p><p>Son essai sera l’un des derniers publiés par Olivier Frébourg aux Editions des Equateurs, maison qu’il a créée en 2003, rachetée par Humensis puis par Albin Michel. Inspiré par un poème de Blaise Cendrars, son catalogue est une invitation au voyage : Sylvain Tesson, Jean-Paul Kauffmann, la collection "Un été avec" … L'écrivain de Marine Frébourg prendra à l'automne la barre du Mercure de France, maison du groupe Madrigall (Gallimard). Il sait aussi bien lire les cartes Michelin. On lui souhaite bonne route.</p><p><i>"La France à la carte", </i>de Jean-Claude Raspiengeas, Editions des Equateurs, 22 euros.</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/A7MHD5EXUJE7JBPY64QUIR6DSU.jpg?auth=db954d510cccd892b0cee0be79dc268c6323d9388e0128cc4ad8bd65db4fd1de&amp;smart=true&amp;width=5184&amp;height=3456" type="image/jpeg" height="3456" width="5184"><media:description type="plain"><![CDATA["Pour les Français, c’est le conservatoire géographique d’une longue histoire", résume joliment le journaliste Jean-Claude Raspiengeas qui consacre à ces trésors de connaissance un livre aussi érudit que sentimental.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">PHOTOPQR/L'EST REPUBLICAIN/MAXPP</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Le poche de l’été : Luc Dagognet, ou les mystères de Scarborough   ]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/le-poche-de-lete-luc-dagognet-ou-les-mysteres-de-scarborough-C2BUDK5MQJA6RDJDMQ3LGRWBRA/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/le-poche-de-lete-luc-dagognet-ou-les-mysteres-de-scarborough-C2BUDK5MQJA6RDJDMQ3LGRWBRA/</guid><dc:creator><![CDATA[Louis-Henri de La Rochefoucauld]]></dc:creator><description></description><pubDate>Mon, 13 Jul 2026 08:00:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Comment avions-nous pu passer à côté de cette curiosité ? Sorti l’année dernière dans la petite maison d’édition Do, réédité en poche récemment, <i>Scarborough</i> bénéficie d’un excellent bouche-à-oreille chez les libraires les plus éclairés. Si vous ne deviez lire qu’un <a href="https://www.lexpress.fr/culture/margaret-atwood-eric-fouassier-robert-littel-les-livres-de-poche-a-ne-pas-manquer_2176066.html" target="_blank" rel="noreferrer" title="https://www.lexpress.fr/culture/margaret-atwood-eric-fouassier-robert-littel-les-livres-de-poche-a-ne-pas-manquer_2176066.html">poche</a> pendant vos vacances, laissez-vous tenter par ce roman au charme vintage.</p><h3>Pour les anglophiles</h3><p>Le héros est un sympathique professeur d’anglais vivant à Rueil qui bascule du jour au lendemain dans un monde <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/100e-anniversaire-de-la-mort-de-kafka-les-ouvrages-a-lire-ou-relire-SWTEARPCRRFSLGSAKZAO5QRJUQ/" target="_blank" rel="noreferrer" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/100e-anniversaire-de-la-mort-de-kafka-les-ouvrages-a-lire-ou-relire-SWTEARPCRRFSLGSAKZAO5QRJUQ/">kafkaïen</a>. Qui est ce nouvel élève apparu un matin au fond de la classe, William Montrose, qui prétend être là depuis le début de l’année scolaire ? Faut-il croire les journaux, qui rapportent que <a href="https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/sardou-goldman-ce-qui-lie-et-differencie-deux-titans-de-la-chanson-populaire-3E2UF34VF5EARMHBXVRMGNIIEY/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/sardou-goldman-ce-qui-lie-et-differencie-deux-titans-de-la-chanson-populaire-3E2UF34VF5EARMHBXVRMGNIIEY/">Michel Sardou</a> a été sauvagement assassiné (on lui a arraché la langue) ? Déboussolé, notre homme écoute en boucle <i>Scarborough Fair</i> (la chanson traditionnelle qui fut magnifiquement reprise par <a href="https://www.lexpress.fr/culture/musique/simon-garfunkel-l-histoire-d-un-album-de-legende_977550.html" target="_blank" rel="noreferrer" title="https://www.lexpress.fr/culture/musique/simon-garfunkel-l-histoire-d-un-album-de-legende_977550.html">Simon &amp; Garfunkel</a>) et y voit un signe : c’est dans la ville de Scarborough qu’il trouvera une réponse à ses angoisses et délires. Ni une ni deux, il pose un arrêt-maladie et file en Albion.</p><p>Entre virées au pub (le grisant Leeds Arms) et découverte de la St Mary’s Church (à côté de laquelle est enterrée Anne Brontë), notre prof hanté mène l’enquête et flirte avec une Anglaise... Que Luc Dagognet, écrivain poétique et intranquille, soit désormais publié en poche chez Christian Bourgois, éditeur historique de <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/alcool-doubles-fictifs-et-solitude-fernando-pessoa-la-vraie-vie-du-franz-kafka-portugais-XFVG64CRHFFX7JCMBZHXQPBHTM/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/alcool-doubles-fictifs-et-solitude-fernando-pessoa-la-vraie-vie-du-franz-kafka-portugais-XFVG64CRHFFX7JCMBZHXQPBHTM/">Fernando Pessoa</a>, est finalement assez logique – ils ont sur le plan littéraire un air de famille. A quand des péripéties ésotériques à Lisbonne ?</p><p><i>Scarborough </i>par Luc Dagognet. Satellites/Christian Bourgois, 204 p., 9,80 €. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/3N6QGOLPMVAOLIGZYKUA4MR6O4.jpg?auth=8652fdb730f98a11803342971a3e8f8887f770bda889d8caa783a5ffe115776d&amp;smart=true&amp;width=2717&amp;height=2717" type="image/jpeg" height="2717" width="2717"><media:description type="plain"><![CDATA[Luc Dagognet signe avec "Scarborough" un roman envoûtant qui plaira aux anglophiles. ]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">Audrey Sekel</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Trop de livres, pas assez de lecteurs : autopsie d’une crise]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/trop-de-livres-pas-assez-de-lecteurs-autopsie-dune-crise-TTY75XANBRCTXPJA7VIN4E5KIM/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/trop-de-livres-pas-assez-de-lecteurs-autopsie-dune-crise-TTY75XANBRCTXPJA7VIN4E5KIM/</guid><dc:creator><![CDATA[Louis-Henri de La Rochefoucauld]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sun, 12 Jul 2026 10:00:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Depuis le début de l’année, les mauvaises nouvelles s’enchaînent à la pelle. En avril, le groupe Gibert (16 librairies en France) demandait son placement en redressement judiciaire. Fin juin, le groupe Nosoli annonçait la fermeture de sept enseignes Furet du Nord et quatre Decitre – ce qui va entraîner une centaine de licenciements de Roubaix à Lyon en passant par Reims. Début juillet, enfin, on apprenait la liquidation judiciaire de Sauramps, qui était jusque-là "la" librairie de Montpellier, une institution locale – comme Mollat à Bordeaux ou Kléber à Strasbourg. </p><p>"Le monde du livre est-il au bord de la faillite ?" C’est la question que Guillaume Erner a posé à ses invités, le 3 juin, dans <i>Les Matins de France Culture</i>. Etaient présents autour de la table Philippe Robinet (le patron de <a href="https://www.lexpress.fr/culture/calmann-levy-du-xixe-au-xxie-siecle-de-baudelaire-et-flaubert-a-pierre-lemaitre_2146734.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/calmann-levy-du-xixe-au-xxie-siecle-de-baudelaire-et-flaubert-a-pierre-lemaitre_2146734.html">Calmann-Lévy</a>) et Antoine Gallimard (qui est propriétaire du groupe d’édition Madrigall, mais aussi d’une dizaine de librairies et de la société de distribution la Sodis). En guise de préambule, le petit-fils de Gaston Gallimard a donné un avis tranché sur la situation : "Il y a toujours eu des boîtes qui déposent le bilan… Ce sont des erreurs de gestion." Une vision des choses qui a fait sortir de ses gonds Alexandra Charroin-Spangenberg, co-gérante de la librairie de Paris à Saint-Etienne et présidente du Syndicat de la librairie française (SLF) :"La librairie française est aujourd’hui dans une grande détresse économique. Le modèle ne fonctionne plus. Ce qui est terrible pour nous, c’est qu’on entend beaucoup de condescendance et de mépris de la part de gens qui devraient être nos alliés, dont on attend de la solidarité et de l’entraide. Parce qu’aujourd’hui c’est assez mathématique, c’est simple : les prix des livres n’ont quasiment pas augmenté avec l’inflation, et ce depuis les vingt dernières années. Les remises commerciales qui nous sont accordées par les éditeurs n’ont pas évolué. Or nos charges explosent avec l’inflation : les salaires ont beaucoup augmenté, les loyers ont beaucoup augmenté, le transport qui est à notre charge augmente énormément… Qu’on soit bons ou mauvais dans notre gestion n’y change rien, on est dans une grande difficulté." Et de préciser qu’en fin d’année, quand elle a payé toutes ses charges, il lui reste moins de 1 % de rentabilité de son chiffre d’affaires – soit moins de 5 000 euros pour 500 000 euros de chiffre d’affaires. Réponse d’Antoine Gallimard ? "Je ne suis pas d’accord avec vous, Madame."</p><p>Alors que le SLF pointe un "effet ciseau" (des libraires étranglés entre la baisse de leurs0 résultats et la hausse des charges), les auteurs regardent ailleurs : ils aimeraient que les contrats d’édition soient revus à leur avantage. Pris en sandwich, les éditeurs défendent leurs intérêts. Sur France Culture, tout le monde était d’accord sur les vertus de la loi sur le prix unique du livre (votée en 1981). Que le milieu soit nostalgique de Jack Lang n’est pas signe qu’il aille de l’avant… Le 25 juin, le président du Syndicat national de l’édition (SNE), <a href="https://www.lexpress.fr/economie/vincent-montagne-geant-discret-de-l-edition_1331036.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/economie/vincent-montagne-geant-discret-de-l-edition_1331036.html">Vincent Montagne</a> (par ailleurs PDG de Média-Participations), a livré son rapport annuel. Dans son éditorial, lui aussi loue la loi Lang, tout en s’inquiétant de la hausse du marché de l’occasion, du temps que nous passons derrière les écrans et de notre "souveraineté culturelle" face à "l’émergence des IA génératives et au poids grandissant des GAFAM dans nos vies". Après cet état des lieux quasi apocalyptique, l’analyse des chiffres s’avère surprenante dans le bon sens : avec un chiffre d’affaires de 2,9 milliards d’euros en 2025, pour 419,6 millions d’exemplaires vendus, le secteur de l’édition a subi une baisse de 0,6 % en valeur, et de 1,5 % en volume. </p><p>Quand on regarde plus en détail ce bilan d’une vingtaine de pages, on s’aperçoit que, après une éclaircie post-Covid en 2021, l’édition française est revenue grosso modo à ses chiffres de 2019. Scoop : la littérature est en hausse de 4,7 % (certes boostée par <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/la-femme-de-menage-de-freida-mcfadden-les-recettes-de-ce-phenomene-litteraire-L3V7DKHGWJDRFEMU3HORNCBUX4/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/la-femme-de-menage-de-freida-mcfadden-les-recettes-de-ce-phenomene-litteraire-L3V7DKHGWJDRFEMU3HORNCBUX4/">Freida McFadden</a>). On remarque que le format poche a lui aussi légèrement progressé, malgré la chute du manga (qui était présenté il y a peu comme le nouvel eldorado éditorial). Le livre numérique ne représente toujours que 10 % du chiffre d’affaires de l’édition, preuve d’un attachement au papier. On constate hélas que nos cessions à l’étranger ont reculé de plus de 5 %, ce qui n’est pas rassurant sur notre rayonnement à l’international – c’est en italien (12 % de nos traductions), en espagnol (10 %) et en chinois (9 %) que nos auteurs sont les plus diffusés, la langue anglaise représentant une part équivalente à celle du néerlandais (7 %)… </p><p>Cela ne répond pas à <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/leboncoin-vinted-momox-panique-dans-ledition-face-a-lexplosion-de-loccasion-MJSAWDFKZ5HFTAYA5JY5EFBN2I/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/leboncoin-vinted-momox-panique-dans-ledition-face-a-lexplosion-de-loccasion-MJSAWDFKZ5HFTAYA5JY5EFBN2I/">la problématique de la seconde main</a>. Sur France Culture, Antoine Gallimard déclarait :<i> "</i>Le marché de l’occasion, c’est très bien quand c’est familial (sur les quais, sur les berges…). Quand ça devient une industrie, et c’est le cas aujourd’hui où ça représente entre 8 % et 12 % du marché, avec notamment Amazon, c’est dangereux. On enlève beaucoup de marge à la filière de l’édition et de la librairie." Comment couper court à ce phénomène en phase avec notre époque soucieuse d’écologie et d’économies ? On sait que, contrairement à une idée reçue, ce sont paradoxalement les catégories socioprofessionnelles supérieures qui achètent le plus de livres d’occasion. Une taxe serait à inventer pour que les éditeurs et les auteurs (déjà pillés par les IA) puissent toucher des droits sur leur production et leur création. Définitivement pas venu sur France Culture pour faire de la démagogie, Antoine Gallimard ciblait à nouveau les libraires (qu’il faudrait selon lui mieux former), mais aussi l’Education nationale (qui devrait mieux répondre au déclin de la lecture chez les jeunes) et les écrivains (dont on attend de meilleurs romans et essais). Une baisse drastique du nombre de titres est un chantier auquel il faudra aussi s’attaquer. En 2025, 36 119 nouveautés ont été publiées en France – soit près de 100 par jour ! Beaucoup moins de livres, mieux édités et mieux défendus dans les médias et les librairies, cela aurait des effets bénéfiques – mais cela créerait de la casse chez les auteurs refusés et dans les maisons d’édition, alors contraintes de réduire leurs effectifs…</p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/XGEV3LNJQJGTLJSCYRTELW4FEE.png?auth=5f65ec7ba4a45bb57b103f249786229b009dde737d1ec3edbbeb1fd7d1beffe6&smart=true&width=2876&height=2875" alt="Trop de livres, pas assez de lecteurs : autopsie d’une crise" height="2875" width="2876"/><figcaption>Trop de livres, pas assez de lecteurs : autopsie d’une crise</figcaption></figure><h4>Le luxe peut-il voler au secours de la littérature ?</h4><p>A l’ère d’Instagram et des photos de bibliothèques, les éditeurs devront faire des efforts de graphisme. Lorsque nous l’avions interviewé, <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/david-shelley-nous-ne-pouvons-plus-nous-restreindre-aux-seuls-livres-A7SKJWKF2FEAJN6UY25TFMXEUU/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/david-shelley-nous-ne-pouvons-plus-nous-restreindre-aux-seuls-livres-A7SKJWKF2FEAJN6UY25TFMXEUU/">David Shelley</a> (CEO d’Hachette UK et USA) nous avait expliqué que la nouvelle génération de lecteurs est bien plus sensible que la précédente au côté esthétique de l’objet livre. Si Dostoïveski pensait que la beauté sauvera le monde, le luxe peut-il voler au secours de la littérature ? Depuis un an, sous la houlette de son directeur artistique Jonathan Anderson, Dior propose une collection de t-shirts et de sacs de courses reproduisant en VO les couvertures originales de classiques de la littérature française et étrangère – dont <i>Les Liaisons dangereuses</i>, <i>Pride and Prejudice</i>, <i>Bonjour tristesse, Il Gattopardo, A Clockwork Orange </i>ou<i> In Cold Blood. </i>Le grand format coûte plus de 3 000 euros – chez Dior, pour le coup, le prix des cabas a suivi, et même anticipé, la courbe de l’inflation. Ne reste plus qu’à remplir ces sacs de livres achetés en librairie… </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/CHA3FDNH5ND7FE6XTCAVM24LJE.jpg?auth=67c83e03e0e88f0504e814a879c7f40496fd14f0107666a33ae715e81f6b5a27&amp;smart=true&amp;width=3000&amp;height=2000" type="image/jpeg" height="2000" width="3000"><media:description type="plain"><![CDATA[La librairie Sauramps à Montpellier, le 9 janvier 2026.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">PHOTOPQR/LE MIDI LIBRE/MAXPPP</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Rencontres d'Arles 2026 : William Klein contre le spectacle du monde]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/art/rencontres-darles-2026-william-klein-contre-le-spectacle-du-monde-OQH25J7ARZGLRITJSQONXIKN4Y/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/art/rencontres-darles-2026-william-klein-contre-le-spectacle-du-monde-OQH25J7ARZGLRITJSQONXIKN4Y/</guid><dc:creator><![CDATA[Letizia Dannery]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sun, 12 Jul 2026 08:30:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Des enfants qui défient l'objectif dans les rues de la Grosse Pomme, des foules compactes happées par les enseignes lumineuses, des mannequins transformés en créatures insolentes. Chez William Klein, le monde n'est jamais sage, jamais ordonné, jamais à distance. Tout déborde du cadre. Tout bouscule le regard. A l'occasion du centenaire de sa naissance, les Rencontres d'Arles lui consacrent une rétrospective à l’intitulé ironique – <i>This Way to Heaven</i> ("Par ici le paradis") –, qui révèle toute la force critique d'une œuvre restée d'une étonnante modernité.</p><p>Né à New York en 1926 dans une famille d'immigrés juifs hongrois, le photographe grandit dans l'effervescence de la métropole américaine. Après la Seconde Guerre mondiale, il prend pourtant ses distances avec son pays natal, optant en 1947 pour la France, où il s'installe durablement. Paris devient son refuge, son atelier, sa base arrière. Il y passera l'essentiel de sa vie avant de s'y éteindre en 2022 à l'âge de 96 ans. Entre temps, William Klein aura profondément transformé le langage véhiculé par la petite boîte noire. </p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/KKQJZ2NK3BBO7IMDWNZSQ5S7O4.jpg?auth=096206d76f020c9162ea7b16cb022cda4d925e2ec00cdfa019ff1433049bd495&smart=true&width=850&height=567" alt="Collage pour le film "Mister Freedom", vers 1967." height="567" width="850"/><figcaption>Collage pour le film "Mister Freedom", vers 1967.</figcaption></figure><p>Dès les années 1950, il rompt avec les conventions esthétiques de son temps par des cadrages audacieux, des flous assumés, des mouvements saisis sur le vif, des contrastes violents. Mais derrière cette révolution formelle se cache un regard profondément critique sur les mécanismes du pouvoir, de la consommation et des mass médias pour montrer les rouages d’un monde saturé de représentations. C’est cette dimension politique que la commissaire Raphaëlle Stopin met ici en lumière.</p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/ZND62E2SN5AFRAKNSQRPMIQCEQ.jpg?auth=6b4ee77901303564b31ad65d0d01d096adcb0693ac6de3f7bb207b6aec08cf7a&smart=true&width=3269&height=4724" alt=""Wings of The Hawk", 42e rue, New York, 1955." height="4724" width="3269"/><figcaption>"Wings of The Hawk", 42e rue, New York, 1955.</figcaption></figure><p>Le parcours revient notamment sur son retour aux Etats-Unis en 1954, lorsqu’il réalise son fameux portrait de New York. Loin des visions idéalisées de l’<i>American dream</i>, Klein y pointe la célébration du dieu dollar, la frénésie consumériste, l’omniprésence de la publicité. Cette réflexion se prolonge dans ses films emblématiques des années 1960, où apparaissent des personnages aussi différents que Mohamed Ali, Polly Maggoo ou le super-héros satirique Mister Freedom. Tous incarnent, à leur manière, les contradictions d’une Amérique fascinée par sa propre mise en scène. Aujourd’hui, plus de vingt ans après avoir cessé de photographier et quatre ans après sa mort, cet observateur aussi lucide qu’irrévérencieux fait figure de visionnaire avec un corpus qui reste, à l’ère des réseaux sociaux, de la circulation instantanée des images, un précieux antidote à la fascination aveugle. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/5L6ECLTN7ZDL3A5APBYOZQ3UAM.jpg?auth=6070784d3e6be139aeeeebc2998a2cce1d62affb182da7b8e0a79f858950cfd6&amp;smart=true&amp;width=2808&amp;height=1516" type="image/jpeg" height="1516" width="2808"><media:description type="plain"><![CDATA["Ali vient de mettre Foreman K.O., Kinshasa, Zaïre", 1974.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">© Avec l’aimable autorisation du Studio William Klein et du William Klein Estate</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[La Casa de papel : comment Netflix a braqué le monde avec une série ratée]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/la-casa-de-papel-comment-netflix-a-braque-le-monde-avec-une-serie-ratee-OCCMBS4X3NFJ5JM5V7OULIVPFI/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/la-casa-de-papel-comment-netflix-a-braque-le-monde-avec-une-serie-ratee-OCCMBS4X3NFJ5JM5V7OULIVPFI/</guid><dc:creator><![CDATA[Anne Rosencher]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sat, 11 Jul 2026 09:45:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>"<i>Inspecteur Derrick", "Borgen", "Zora la rousse", "La Casa de papel"… Ces séries cultes ont fait un tabac tout en nous faisant mieux connaître la vie (et les névroses) de nos voisins. Cet été, L’Express vous raconte comment la fiction cathodique a, autant que le marché commun ou la monnaie unique, contribué à la construction européenne.</i></p><p><a href="https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/derrick-linspecteur-qui-raconte-le-mieux-les-nevroses-de-lallemagne-DKX7HGC3VRB6XLBHCEITNKJWJU/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/derrick-linspecteur-qui-raconte-le-mieux-les-nevroses-de-lallemagne-DKX7HGC3VRB6XLBHCEITNKJWJU/"><i>&gt;</i></a><i> </i><a href="https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/derrick-linspecteur-qui-raconte-le-mieux-les-nevroses-de-lallemagne-DKX7HGC3VRB6XLBHCEITNKJWJU/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/derrick-linspecteur-qui-raconte-le-mieux-les-nevroses-de-lallemagne-DKX7HGC3VRB6XLBHCEITNKJWJU/"><i>Retrouvez ici l'épisode 1, consacré à Derrick, l'inspecteur qui raconte le mieux les névroses de l'Allemagne</i></a></p><p>La première fois que les Espagnols virent <a href="https://www.lexpress.fr/culture/a-la-tele-cette-semaine-tu-enfanteras-dans-la-douleur-la-casa-de-papel_2088885.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/a-la-tele-cette-semaine-tu-enfanteras-dans-la-douleur-la-casa-de-papel_2088885.html"><i>La Casa de papel</i></a>, ils la trouvèrent franchement nulle. On le sait peu, mais le programme emblématique de la dernière décennie a d'abord été un semi-échec. Diffusée sur la chaîne Antena 3 au printemps 2017, l'épopée de cette bande de braqueurs retranchés dans la Fabrique nationale de la monnaie démarre bien en audience, puis perd ses téléspectateurs. Netflix en rachète les droits mondiaux fin 2017, remanie les quinze épisodes initiaux en vingt-deux, et les dépose sans la moindre promotion dans son catalogue, "ce tiroir à chaussettes que l’on n'ouvre jamais et dont seul l'algorithme peut vous sauver", résumera le créateur de la série, Alex Pina. </p><h2>Sauvée par l'algorithme </h2><p>Et quelques mois plus tard, voilà, donc, la série sauvée par "l’algo". L’engouement prend, d’abord, dans quelques pays épars. En France par exemple : en 2018<i>, La Casa de papel</i> représente jusqu'à 14 % de la consommation totale de Netflix à son pic ! Au fil des saisons, le succès de cette bande de voleurs portant tous une combinaison rouge et un masque de Salvador Dali, devient mondial. La saison 3, lancée en juillet 2019, est vue par 34 millions de foyers en une semaine. La saison 4, en avril 2020 - confinement aidant - séduit 65 millions de foyers en un mois : record de la série non anglophone la plus regardée de la plateforme. </p><p>Et le braquage continue de payer bien après le générique de fin, les derniers pointages faisant état de plus de 100 millions d'heures avalées sur le seul premier semestre 2025. L'espagnol, langue jadis cantonnée à l'Ibérie et aux telenovelas latino-américaines, pèse désormais plus de 7 % de tout le non-anglophone visionné sur Netflix.</p><p>Disons-le sans détour : ce triomphe n'a pas grand-chose à voir avec la qualité. Ralentis grandiloquents, invraisemblances en cascade, romances impossibles, gloubi-boulga politique digne d’une AG lycéenne - la critique a parlé d'un « chef-d'œuvre du nanar éminemment regardable ». On y dévalise la Banque d'Espagne comme on sanglote dans <i>Amour, Gloire et Beauté</i> : même solennité, même mépris souverain de la vraisemblance. <i>La Casa de papel</i> n’est pas qu’un braquage de banque centrale, c’est aussi un attentat à la finesse, mais quelque chose dans le rythme, la narration, les jurons étincelants de la langue espagnole, scotche des millions de spectateurs à leur canapé. </p><h2>Référence planétaire de la révolte</h2><p>Et l’influence déborde l’écran. Le succès de la série remet à la mode <i>Bella Ciao</i>, chant des partisans italiens contre le fascisme, car il est un chant récurrent entonné par ces ibères Robins des Bois. Les spectateurs du monde entier apprennent à jurer comme des charretiers andalous – les principales saillies dont nous vous laisserons chercher ou deviner la traduction sont <i>joder</i>, <i>hijo de puta</i>, <i>gilipollas</i> et <i>cabron. </i>La façade de la banque centrale dans la série (en réalité, un institut de recherche) attire les selfies des touristes ; et partout s’exporte le masque de Salvador Dali, érigé en icône anticapitaliste… Une série médiocre devenue grammaire planétaire de la révolte, qui contribue à installer l’Espagne comme pointe avancée du Sud global en Europe. Les amateurs de paradoxe apprécieront : c’est une plateforme américaine, facturée par abonnement, qui fait de cet hymne anticapitaliste la bande-son des non-alignés, de Beyrouth à Valparaiso.</p><p>En tout cas, pour l'Espagne, le butin est bien réel. Longtemps réduit au soleil et à la sangria dans l'imaginaire global, le pays se découvre exportateur de fictions désirables. Dès 2019, Netflix inaugure à Tres Cantos, au nord de Madrid, ses premiers studios hors des Etats-Unis - 22&nbsp;000 m² aujourd'hui, plus de 10 000 emplois générés, quarante sociétés locales embarquées. En mars 2021, Madrid débloque 1,6 milliard d'euros pour son audiovisuel ; en juillet de la même année, Pedro Sanchez (déjà Premier ministre) s'envole vanter à Los Angeles, incitations fiscales sous le bras, "le Hollywood de l'Europe". Dans le sillage de <i>La Casa</i> : les séries à succès <i>Elite</i>, <i>Society of the Snow</i>, <i>Berlin</i> (spin-off de la <i>Casa de papel</i>), et une industrie entière tirée vers le haut. Voilà le vrai braquage réussi.</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/GIJ4EYD53BFHBD5QDFBOLCYCVM.jpg?auth=0018ea2e7ea8fb2fbb516e3d541934821d1cfe931f96f5e901be543569437578&amp;smart=true&amp;width=1600&amp;height=900" type="image/jpeg" height="900" width="1600"><media:description type="plain"><![CDATA[La saison 3 de La casa de papel, lancée en juillet 2019, est vue par 34 millions de foyers en une semaine.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">Netflix</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Christian Lacroix : dans les marges d'un dessinateur compulsif]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/art/christian-lacroix-dans-les-marges-dun-dessinateur-compulsif-PTM5PKW3SVEBLDPGQGDMMZLJSQ/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/art/christian-lacroix-dans-les-marges-dun-dessinateur-compulsif-PTM5PKW3SVEBLDPGQGDMMZLJSQ/</guid><dc:creator><![CDATA[Letizia Dannery]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sat, 11 Jul 2026 08:30:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Tout commence sur un coin de table, au cours d'une conversation téléphonique. Une enveloppe oubliée, un carnet froissé, un programme de spectacle, un post-it sauvé de la corbeille. Là où d'autres ne voient qu'un morceau de papier, Christian Lacroix aperçoit un territoire à conquérir. Depuis plus de soixante ans, il dessine partout, tout le temps, comme on respire. Bien avant les collections de mode qui l’ont rendu célèbre à partir des années 1980, il y a ce geste : une ligne qui cherche sa forme, une silhouette qui apparaît, un visage qui surgit au détour d'un "gribouillage", comme il appelle sa production graphique. </p><p>"Enfant, je parlais peu, tout passait par le crayon", nous raconte-t-il, lové dans un fauteuil, à l’étage du Musée Réattu d'Arles qui consacre une exposition à cette facette méconnue de son parcours. Au début des années 1960, le petit Arlésien, né six ans après la fin de la guerre, nourrit une fascination pour le passé. Un jour, il découvre dans le grenier de ses grands-parents la collection reliée de la mode illustrée de 1860, alors que sur les écrans sort <i>Le Guépard</i> de Visconti. "Je me suis dit que c’était ça que je voulais faire : reconstituer non seulement les costumes mais aussi les décors d’une époque". "Vous êtes fait pour le théâtre", assurera d’ailleurs Karl Lagerfeld au jeune homme venu lui présenter ses croquis.</p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/B3UWZGEMMNFGNIYTJS3KUHFUDU.jpg?auth=a6a56febcde6395493b4e4d0e0317c3296a10dbd842cb5c8a7281260b3b65463&smart=true&width=2430&height=1870" alt=""Croquis de mode", 1977-1978, crayon et gouache sur papier." height="1870" width="2430"/><figcaption>"Croquis de mode", 1977-1978, crayon et gouache sur papier.</figcaption></figure><p>Cahiers d'écolier, esquisses de vêtements, études pour l’opéra ou le ballet, illustrations de livres ou de magazines aux techniques diverses, du crayon au collage, en passant par le feutre, l’encre, la gouache, l’acrylique ou la palette graphique : les centaines d’œuvres réunies ici, parmi lesquelles des feuilles inédites conservées par l’association Archives et Patrimoine Monsieur Christian Lacroix, racontent une pratique quotidienne qui relèvent d'un besoin vital de fixer les images qui habitent le créateur. A la fois journal de bord, laboratoire d’idées et autobiographie en fragments, ses dessins ressemblent aux pages d’un diariste, à des rêveries visuelles où se mêlent références artistiques, mémoire personnelle et inventions spontanées. "C’est le trait, instinctif, qui décide de tout, de la forme globale, le détail vient ensuite pour structurer", revendique-t-il. On y retrouve, omniprésent, l'attachement viscéral à la ville natale, à travers les Arlésiennes, les fêtes provençales, la Camargue, les taureaux, les couleurs du Sud, les souvenirs familiaux revenant comme des "totems" obsessionnels. </p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/EFSVILSIFRH6LAFM4JIN4PNEK4.jpg?auth=66eb25055af87daa767e0b054623f135212785fbab035058019c551028dd2b19&smart=true&width=1420&height=1892" alt=""Autoportrait", vers 2020, dessin à la palette graphique." height="1892" width="1420"/><figcaption>"Autoportrait", vers 2020, dessin à la palette graphique.</figcaption></figure><p>Après avoir célébré le couturier puis le scénographe, le musée Réattu, qui entretient depuis longtemps un dialogue privilégié avec lui, et même avant puisque c’est entre ces murs qu’à 6 ans, le jeune Christian voit sa première exposition (dédiée à Picasso), revient donc aux sources : le dessin comme impulsion originelle. Le troisième volet, en quelque sorte, de ce qui forme une trilogie aux allures de rétrospective très fouillée, à laquelle on pourrait ajouter un quatrième tome : le Lacroix collectionneur de photographies abordé en parallèle. <i>Dessins. Gribouillages &amp; Graffitis</i> rappelle ainsi la puissance d'une simple ligne tracée sur le papier, hésitante parfois, exubérante souvent, mais toujours vivante. Et c'est peut-être là que réside le véritable luxe selon Christian Lacroix : garder intacte la capacité d'émerveillement qui le pousse encore aujourd’hui à griffonner dans les marges. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/LQ44JLS5IZEVPIAGSC4JHJUU7Y.jpg?auth=64b3801b9dbc4fe7a0aea3ced8cb8d2a10998eee34512e34423154ca27853c86&amp;smart=true&amp;width=2606&amp;height=1294" type="image/jpeg" height="1294" width="2606"><media:description type="plain"><![CDATA[Vue de l'exposition "Christian Lacroix. Dessins, gribouillages & graffitis" au musée Réattu Arles (jusqu'au 4 octobre 2026).]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">© L. D. / DR</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Ventes de livres : Freida McFadden devrait être la femme de l’été]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/ventes-de-livres-freida-mcfadden-devrait-etre-la-femme-de-lete-STYOVUMDONH3FDXGGDRX3UORV4/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/ventes-de-livres-freida-mcfadden-devrait-etre-la-femme-de-lete-STYOVUMDONH3FDXGGDRX3UORV4/</guid><dc:creator><![CDATA[Louis-Henri de La Rochefoucauld]]></dc:creator><description></description><pubDate>Fri, 10 Jul 2026 14:11:51 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Si elle cartonne avec <i>L’Intruse</i> (City), cela fait un moment que <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/la-femme-de-menage-de-freida-mcfadden-les-recettes-de-ce-phenomene-litteraire-L3V7DKHGWJDRFEMU3HORNCBUX4/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/la-femme-de-menage-de-freida-mcfadden-les-recettes-de-ce-phenomene-litteraire-L3V7DKHGWJDRFEMU3HORNCBUX4/">la mystérieuse graphomane américaine</a> n’est plus une invitée-surprise dans notre classement des best-sellers.<sup> </sup>Première avec <i>L’Intruse</i> (bientôt 200 000 exemplaires vendus depuis sa sortie en mai), Freida McFadden est également 12<sup>e</sup> avec <i>La Locataire</i> (plus de 300 000 exemplaires depuis sa parution en janvier). Son troisième roman de 2026, <i>Le Dîner</i>, publié le 1<sup>er</sup> juillet, s’est écoulé à près de 100 000 exemplaires en une seule semaine ! Et on attend déjà <i>Chère Debbie</i>, annoncé pour octobre prochain… </p><p>Verra-t-on autre chose que du McFadden sur les plages cet été ? Il devrait y avoir ici et là des lecteurs de Sarah Rivens, Virginie Grimaldi et Fred Vargas, qui marchent toujours aussi bien avec le premier tome de <i>Swan</i> (HLAB), <i>D’autres printemps</i> (Flammarion) et <i>Une unique lueur</i> (Flammarion aussi). Notons à la 5<sup>e</sup> place <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/heated-rivalry-rachel-reid-la-romanciere-derriere-la-serie-phenomene-VYH2DRK7VVFE5CAASPZP3GHHZE/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/heated-rivalry-rachel-reid-la-romanciere-derriere-la-serie-phenomene-VYH2DRK7VVFE5CAASPZP3GHHZE/">Rachel Reid</a> et <i>Heated Rivalry</i> (Chatterley), dont nous vous avions longuement parlé il y a deux mois. <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/franck-thilliez-au-nord-cetaient-les-frissons-LXVW57GJ6ZFGHJNHIFJKJ5SNYQ/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/franck-thilliez-au-nord-cetaient-les-frissons-LXVW57GJ6ZFGHJNHIFJKJ5SNYQ/">Franck Thilliez</a> se maintient bien en 8<sup>e</sup> position avec <i>L’Autre moi</i> (Fleuve). Pour les jours de pluie ou de grisaille, nous conseillons toujours le superbe récit autobiographique de <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/clement-prix-goncourt-du-premier-roman-linceste-selon-romain-lemire-J4VPPC5ICRHKDHQ2G3MKYZWZ5Q/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/clement-prix-goncourt-du-premier-roman-linceste-selon-romain-lemire-J4VPPC5ICRHKDHQ2G3MKYZWZ5Q/">Romain Lemire</a>, 17<sup>e</sup> avec <i>Clément </i>(Le Cherche Midi). 28<sup>e</sup> avec <i>Une pension en Italie</i> (Julliard), Philippe Besson n’apparaît pas dans notre tableau cette semaine – mais il vient de recevoir le prix Relay des voyageurs lecteurs, et devrait remonter et conforter encore plus son incroyable succès (dans un marché en crise, il a dépassé les 100 000 exemplaires). </p><p>Du côté des essais, l’offre est variée. Le pape Léon XIV est toujours en haut du podium avec <i>Magnifique humanité</i> (qui sort simultanément chez différent éditeurs), <a href="https://www.lexpress.fr/monde/desinformation-guerre-emploi-les-mises-en-garde-du-pape-leon-xiv-sur-lintelligence-artificielle-VQOTKIM7GBFFTKNGIFKRPQV3NQ/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/monde/desinformation-guerre-emploi-les-mises-en-garde-du-pape-leon-xiv-sur-lintelligence-artificielle-VQOTKIM7GBFFTKNGIFKRPQV3NQ/">son encyclique engagée contre l’intelligence artificielle</a>. Pour ceux que rebuteraient la pensée pontificale, pas de panique. Sont 2<sup>e</sup> et 3<sup>e</sup> Siri Hustvedt avec <i>Ghost Stories</i> (Gallimard) et Boualem Sansal avec <i>La Légende</i> (Grasset).</p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/GVCOHJ5UVNF3BCNYMZDVSRRJPA.jpg?auth=d0cde45f23f747034a2fc236e0d5d34759f47ffc760afc2a1ff588cc5da535f0&smart=true&width=1056&height=2431" alt="" height="2431" width="1056"/></figure><p>Les grands-parents pourront se détendre et se rasséréner en lisant <i>L’Age expérimental</i> (Gallimard) d’Erri De Luca et Ines de la Fressange, quand leurs enfants trentenaires, smartphone à la main, jetteront un œil distrait au premier livre de Guillaume Pley, <i>Legend. Les Coulisses et secrets de l’émission numéro 1 en France</i> (Hors Cadre). </p><p>Existe-t-il encore des lecteurs qui ne se sont pas penchés sur <i>Et la joie de vivre</i> (Flammarion) <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/ventes-de-livres-gisele-pelicot-sera-t-elle-levenement-editorial-de-lannee-XLM3NOH5YFDMVBLF5B7YTO7QBQ/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/ventes-de-livres-gisele-pelicot-sera-t-elle-levenement-editorial-de-lannee-XLM3NOH5YFDMVBLF5B7YTO7QBQ/">de Gisèle Pelicot</a>, 12<sup>e</sup> cette semaine ? L’omniprésente maison Gallimard place encore d’autres titres : feu Charlie Dalin est 13<sup>e</sup> avec <i>La Force du destin</i>, Patti Smith 16<sup>e</sup> avec <i>Le Pain des anges</i> et Leïla Slimani 17<sup>e</sup> avec <i>Assaut contre la frontière</i>. </p><p>Par manque de place nous n’avons jamais pu parler de Maria Pourchet, 19<sup>e</sup> avec <i>Un été avec Romain Gary</i> (Equateurs/France Inter), lecture enlevée qui permet de bronzer intelligemment en redécouvrant le seul écrivain à avoir été salué deux fois par le prix Goncourt. Là-dessus, il sera l’heure d’aller se coucher. Tout en bas de notre tableau, en 20<sup>e</sup> position, Fabien Olicard vous propose ses recettes dans <i>Bien dormir, c’est possible, même pour vous</i> (First). Bonnes vacances (et bonnes nuits) !</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/42YP62JTINFAZEBHQZSABXXOMQ.JPG?auth=8375a3c51803d4a34bdf09ed3597e0fb404a73b6c8a8b67898abb81b19113468&amp;smart=true&amp;width=4714&amp;height=6500" type="image/jpeg" height="6500" width="4714"><media:description type="plain"><![CDATA[Freida McFadden assiste au gala TIME100, organisé à l'occasion de la publication de la liste annuelle du magazine des 100 personnalités les plus influentes au monde, à New York, aux États-Unis, le 23 avril 2026.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">REUTERS</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Dans les coulisses de la tribune "Zapper Bolloré" à Cannes : communication, coups de pression et divisions]]></title><link>https://www.lexpress.fr/societe/dans-les-coulisses-de-la-tribune-zapper-bollore-a-cannes-communication-coups-de-pression-et-3AK5HO3M4BB3NM6TOE54DIA2ZM/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/societe/dans-les-coulisses-de-la-tribune-zapper-bollore-a-cannes-communication-coups-de-pression-et-3AK5HO3M4BB3NM6TOE54DIA2ZM/</guid><dc:creator><![CDATA[Céline Delbecque]]></dc:creator><description></description><pubDate>Thu, 09 Jul 2026 15:00:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>La réponse était attendue depuis plusieurs jours ; elle s’est faite cinglante. Le 17 mai dernier, dans l’ambiance pesante d’un festival de Cannes plus politisé que jamais, Canal+ reçoit sur la Croisette une série d’invités très influents pour son traditionnel brunch des producteurs. Au micro, Maxime Saada, président du directoire du groupe, se dit "fatigué d’avoir à répéter que Canal+ soutient l’ensemble du cinéma et sa diversité". "Si certains en viennent à qualifier Canal+ de crypto-fasciste, alors je ne peux pas accepter de collaborer avec eux, la limite est là", poursuit-il, évoquant les signataires d’une tribune publiée quelques jours plus tôt par <a href="https://www.liberation.fr/culture/depardon-binoche-haenel-600-professionnels-du-cinema-denoncent-lemprise-de-bollore-sur-le-septieme-art-20260511_FZW7WRBEXNDPVK5MAUTSFF6EHE/" target="_self" rel="" title="https://www.liberation.fr/culture/depardon-binoche-haenel-600-professionnels-du-cinema-denoncent-lemprise-de-bollore-sur-le-septieme-art-20260511_FZW7WRBEXNDPVK5MAUTSFF6EHE/"><i>Libération</i></a>.</p><p>Le 11 mai, veille de l’ouverture du 79e festival de Cannes, ce texte paraphé par 600 professionnels du cinéma dénonçait "l’emprise de [Vincent] Bolloré sur le septième art". Rassemblés au sein d’un collectif baptisé "Zapper Bolloré", ses auteurs alertent alors sur "la stratégie d’expansion" de l’homme d’affaires dans l’industrie cinématographique - le groupe Bolloré étant le premier actionnaire du groupe Canal+, lui-même premier financeur du cinéma français, qui a acquis 34 % du capital d’UGC en 2025 et récemment fait savoir qu'il voulait en<a href="https://www.canalplusgroup.com/fr/press/press-179?utm" rel=""> "prendre le contrôle"</a> d'ici 2028. </p><p>"Bolloré sera en position de contrôler la totalité de la chaîne de fabrication des films, de leur financement à leur diffusion sur petit et grand écran", s’inquiètent ainsi les signataires, portés par de grands noms comme Juliette Binoche, Raymond Depardon ou Adèle Haenel. Qui dénoncent du même coup le risque "d’uniformisation des films" et une "prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif".</p><h2>Plusieurs camps distincts</h2><p>Le mystère plane sur la genèse du texte - interrogée sur la question, une actrice signataire indique à L’Express que "des conversations avaient déjà lieu" sur le sujet "depuis <a href="https://www.lexpress.fr/france/info-lexpress-le-pdg-des-editions-grasset-olivier-nora-licencie-par-vincent-bollore-ZKB6XIH22RFGRESEMJJDYN6OKM/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/france/info-lexpress-le-pdg-des-editions-grasset-olivier-nora-licencie-par-vincent-bollore-ZKB6XIH22RFGRESEMJJDYN6OKM/">le licenciement d’Olivier Nora</a> [patron des éditions Grasset, NDLR], mi-avril". La tribune dans sa forme finale ne serait en revanche apparue qu’une semaine avant le festival de Cannes, partagée de professionnels en professionnels par mail ou boucles WhatsApp. Les signatures se récoltent vite ; après publication, le nombre de pétitionnaires jette un froid sur la Croisette. Une étrange ambiance s’empare alors du Palais des Festivals, où un silence de mort puis des huées sont entendus lorsque le logo de Canal+ apparaît à l'écran au début de certaines projections. "C’était déjà tendu, mais quand Maxime Saada a prononcé cette fameuse phrase, on a tous compris que l'effet allait être décuplé", raconte Marie Masmonteil, présidente du bureau long-métrage du Syndicat des producteurs indépendant (SPI). </p><p>Les observateurs interrogés par L’Express témoignent de plusieurs camps distincts dans l’arène politique qu’est devenue en quelques jours le festival. "Ceux qui ont préféré ne pas se mouiller, ceux qui ont tenté d’apaiser les choses avec Canal, et ceux qui se sont indignés de la réaction de Saada, y voyant une confirmation inquiétante des craintes exposées dans la tribune", résume Nicolas Yassinki, délégué général du Syndicat de professionnels SPIAC-CGT. Dans les 24 heures qui suivent la déclaration de Canal+, plus de 600 nouvelles signatures sont enregistrées - leur nombre continue de monter depuis, rassemblant le 3 juillet plus de 4700 professionnels, syndicats et associations. </p><p>Pour de nombreux pétitionnaires, il s'agit là d'un sursaut politique à l'aube de l'élection présidentielle 2027.<b> </b>"On sent que l’étau se resserre. Le milieu de la culture a son mot à dire pour ne pas subir la montée de l’extrême droite", fait valoir une signataire, membre de l’Association des Acteur.ices (ADA). D'autant que le bras de fer avec Canal+ risque de durer. Lors d'une assemblée générale du groupe, le 29 mai, Maxime Saada a affiné sa position, indiquant que les dossiers concernant de futurs projets seront "comme toujours étudiés au cas par cas en comité de cinéma", avec "une nouvelle dimension" néanmoins : celle de "la considération portée par les porteurs de projet vis-à-vis de Canal+". "Est-ce que ces personnes ont porté préjudice à Canal+ ou non ?", interroge-t-il.</p><h2>Timing mal choisi</h2><p>Le débat monte alors au sein de certaines organisations représentatives du secteur. Le 24 juin, la très influente Société des réalisatrices et réalisateurs de films (SRF), qui regroupe plus de 500 adhérents, indique qu’elle ne paraphera pas le document - un vote auprès de ses membres l’ayant emporté pour le non à 140 voix contre 109. "Nous sommes solidaires des inquiétudes légitimes que la tribune soulève. Mais nous avons politiquement et stratégiquement plus de force et de puissance à s’opposer à ces risques par un travail de fond, plutôt que par une pétition qui a un mois et demi et dont le moment politique est passé", précise à L’Express Sylvain Desclous, réalisateur et co-président de la SRF.</p><p>Des voix s'élèvent aussi au sein du SPI, qui choisit finalement de ne pas signer. "Nous trouvions que la tribune était inappropriée, notamment parce qu’il n’y a pas beaucoup de critiques à faire sur l’implication concrète de Bolloré dans le choix des films produits", précise Marie Masmonteil. Le calendrier lui semble mal choisi, alors même que les principales associations de producteurs prévoient de renégocier avec Canal+ pour obtenir des financements plus élevés du groupe. Le 21 mai 2026,<b> </b>son syndicat accouche d’un communiqué regrettant "profondément les propos tenus par Maxime Saada à Cannes", mais rappelant "le rôle fondamental" de Canal+ dans "le financement de la création, y compris dans sa dimension la plus diverse".</p><p>Dans cette séquence particulièrement sensible, la bataille de la communication devient sans doute la plus difficile à mener. "Certains agents m’ont appelé pour savoir ce qu’il fallait dire", confie un producteur. Il admet avoir lui-même conseillé à l’un de ses confrères de se préparer à d'éventuelles questions politiques durant la conférence de presse de son film, programmée peu après l’annonce de Saada. D’autres auraient fait appel à des professionnels : fondateur de l’agence LaFrenchCom, Florian Silnicki assure à L’Express avoir reçu durant le festival "une dizaine d’appels d’artistes, de réalisateurs inquiets ou de boites de production qui se demandaient comment gérer la pression médiatique". "Alors que les prises de parole pouvaient devenir virales en cinq minutes, le moindre faux pas peut coûter cher", commente l’expert en communication de crise. </p><p>Les acteurs Gilles Lellouche et Niels Schneider en ont fait les frais. L’un pour avoir indiqué "ne pas avoir de réponse" à la question, posée par le média de gauche radicale <i>Paroles d’honneur</i>, de savoir s’il était "primordial, pour ne pas trahir la mémoire de Jean Moulin, de combattre le Rassemblement national" (RN) et si "La France insoumise (LFI) en était le meilleur rempart". L’autre après qu’une de ses attachées de presse a exigé de deux journalistes de France 24 qu’ils restituent l’enregistrement d’une interview, dans laquelle il lui était demandé de réagir à la tribune.</p><p>À moins d’un an de l’élection présidentielle, la polémique ne risque pas de s’éteindre. Le 4 juin dernier, LFI invitait plusieurs signataires du collectif "Zapper Bolloré" à l’Assemblée nationale, afin de "discuter des manières de se battre contre l’extrême droite" et de "réfléchir à des alternatives concernant le financement du cinéma français et la dépendance de ce dernier à Canal+", raconte la députée LFI Sarah Legrain, à l’initiative du rendez-vous. Selon les informations de L’Express, quatre organisations de producteurs se sont par ailleurs rapprochées du communicant Gaspard Gantzer depuis le mois de septembre, afin d’organiser régulièrement des rencontres avec des candidats pour "mener un travail de réflexion et d’influence dans le cadre de l’élection à venir". </p><p>La Ligue des droits de l'Homme (LDH) et la CGT spectacle, toutes deux ancrées à gauche, sont de leur côté à l'initiative d'une assignation civile en justice envoyée au tribunal judiciaire de Nanterre à l’encontre de Canal+. "Cela repose sur plusieurs fondements : la question de la discrimination syndicale et politique, et l’entrave à la liberté d’expression et d’entreprise", fait savoir l’avocat Arié Alimi, vice-président de la LDH. Selon lui, la discrimination de Canal+ serait "déjà consommée". "Nous avons des remontées syndicales et professionnelles de personnes évincées de projets en cours depuis leur signature. Pas directement par Canal+, mais plutôt par des boites de production qui dépendent fortement de Canal", assure-t-il. La bataille culturelle devrait également avoir lieu devant les tribunaux.</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/VFWOX7VWNFAAHA3SHUW6IGUNGE.jpg?auth=d951477203f607a8c488e3fdc54007a05764388562deb658c65e43cfd31be6fa&amp;smart=true&amp;width=3500&amp;height=2702" type="image/jpeg" height="2702" width="3500"><media:description type="plain"><![CDATA[Juliette Binoche au festival de Cannes, le 19 mai 2026. L'actrice fait partie des signataires de la tribune "Zapper Bolloré".]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">UPI/MAXPPP</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[De la prison au palace : "Privilèges" ou le choc social en vitrine, par Christophe Donner]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/de-la-prison-au-palace-privileges-ou-le-choc-social-en-vitrine-par-christophe-donner-NJIPM7SLCZGV3MVJNRZVNFBVAQ/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/de-la-prison-au-palace-privileges-ou-le-choc-social-en-vitrine-par-christophe-donner-NJIPM7SLCZGV3MVJNRZVNFBVAQ/</guid><dc:creator><![CDATA[Christophe Donner]]></dc:creator><description></description><pubDate>Wed, 08 Jul 2026 04:15:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Malgré mes déboires avec HBO et <a href="https://www.lexpress.fr/culture/la-danse-des-renards-antidote-parfait-a-la-serie-grotesque-heated-rivalry-RD2EAIY4ZJFEDJIWFNLTN4YWNU/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/la-danse-des-renards-antidote-parfait-a-la-serie-grotesque-heated-rivalry-RD2EAIY4ZJFEDJIWFNLTN4YWNU/">sa calamiteuse série</a> à gros succès, <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/heated-rivalry-rachel-reid-la-romanciere-derriere-la-serie-phenomene-VYH2DRK7VVFE5CAASPZP3GHHZE/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/heated-rivalry-rachel-reid-la-romanciere-derriere-la-serie-phenomene-VYH2DRK7VVFE5CAASPZP3GHHZE/"><i>Heated Rivalry</i></a>, je me suis encore laissé influencer par les dithyrambes parus dans la presse sérieuse, mais décidément complaisante, pour une autre série gay-friendly, <i>Proud.</i> C’est l’histoire d’un jeune modèle super sexy qui, à la suite du décès de la sœur, se retrouve avec le bébé de celle-ci sur les bras. Un gros mélo, en fait, et à peine plus supportable que les amours contrariées de nos deux tourtereaux à la crosse succès-foule. Avant de me désabonner de nouveau, je voulais savoir comment le papa-proud allait s’en tirer. Je me suis alors rendu compte que la série était servie au compte-goutte : un épisode par quinzaine. Sans doute pour décourager les petits malins comme moi de se désabonner après avoir avalé les dernières nouveautés de la plateforme en <i>speed watching</i>. Bien joué : je reste. </p><p>En attendant la fin de l’été pour savoir si le papa gay s’en tire en inscrivant son fardeau vagissant dans une agence de bébés mannequins, je me suis promené sur la plateforme et je me suis laissé tenter par le parfum de <i>Privilèges</i>, série française de Marie Monge et Vladimir de Fontenay qui se passe dans un palace parisien… et dans une prison de la région parisienne. </p><p>Qu’est-ce que les extrêmes nous apprennent sur notre petite vie moyenne, raisonnablement marconienne ? C’est à cette question enthousiasmante que ne répond aucun des six épisodes de <i>Privilèges</i>. Ils ne sont là que pour nous divertir, et dans le genre, ils sont impeccables. Quand la qualité oblitère le sens, et le talent étouffe le message, c’est beaucoup mieux que de laisser le moralisme envahir le récit.</p><h3>Une détenue entre deux mondes</h3><p>Adèle (Manon Bresch) est en prison. Elle a fait un truc qu’il ne fallait pas, c’est clair, mais depuis six mois qu’elle est au trou, elle a fait preuve de sa volonté de ne pas recommencer. Ça n’empêche pas la juge d’application des peines de lui annoncer qu’elle n’a trouvé aucun employeur qui accepte de la prendre à l’essai (il s’agirait d’aller travailler en entreprise la journée et retourner en prison dormir). </p><p>– Vous ne connaissez pas quelqu’un, parmi vos amis, qui pourrait vous aider à trouver un emploi, lui demande la juge. - Vous m’avez demandé de rompre avec mes amis, j’ai rompu. - J’hésite à vous envoyer sur un programme de réinsertion, un peu particulier. - N’hésitez pas, je prends ! - Ça n’a jamais marché. - On parie ? </p><p>Voilà comment Adèle se retrouve bagagiste au Citadel, un palace en bas des Champs-Élysées dirigé par Edouard Balzain (Melvil Poupaud). La vie d’une jeune délinquante entre deux feux, de la misère carcérale au supra luxe. Originalité extrême de cette situation dont les scénaristes semblent ne pas avoir voulu, ou pas avoir pu utiliser tous les ressorts. La crédibilité serait-elle une forme de censure ? </p><p>La nuit : les odeurs de canicule pestilentielle, la folie des hurlements, le dégoût, la saleté, la menace permanente des agressions, et la tentation de mourir retenue par les rêves de vengeance. Le jour : la fraîcheur des brumisateurs à la fleur de jasmin, les musiques dans les ascenseurs à moquette, les couloirs aux vitrines scintillantes de rivière (diamants et rubis), la vue sur Tout-Paris, les cadeaux de bienvenus de la direction, et la tentation de tout piquer retenue par l’idée d’épouser un de ces héritiers de passage. </p><p>En quoi le passage d’un monde à l’autre attise l’atrocité physique et morale de ces antinomies, on ne s’y attarde pas, tant mieux. C’est en filigrane que la série procède à une véritable coupe géologique des strates sociales, d’une corruption à l’autre, d’une immoralité à l’autre.</p><h3>Deux êtres que tout oppose</h3><p>Le croyez-vous, Manon donnerait tout, et son corps, pour ne pas retourner dormir en taule. N’empêche qu’on aime beaucoup cette scène où, prise dans les clichés du genre, Manon croit pouvoir devancer le viol, mais se fait rembarrer par le tendre Yan (Sandor Funtek) qui lui rappelle que la douceur est possible dans ce monde de brutes. </p><p>Manon n’est pas plus sympathique qu’Edouard. Réciproquement fascinés par ce que l’autre a été et voudrait devenir, ils sont faits l’un pour l’autre et se détester sans entrave. On espère que la saison 2 offrira à leur destin de nouvelles péripéties scandaleuses. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/Z336CIWX7ND5XIKXJQWMYPUV2A.jpg?auth=505b5950634f713ea5edeea9f9b5d9a881d01aae5ee8edbcf74b7dd40470377c&amp;smart=true&amp;width=1600&amp;height=1067" type="image/jpeg" height="1067" width="1600"><media:description type="plain"><![CDATA[Privilèges : Manon Bresch, Melvil Poupaud.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">Copyright Caroline Dubois</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Les séries qui ont fait l'Europe - Notre série d'été]]></title><link>https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/les-series-qui-ont-fait-leurope-notre-serie-dete-IQLKN6UVJFCBDNKNYBJXKQA3IE/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/les-series-qui-ont-fait-leurope-notre-serie-dete-IQLKN6UVJFCBDNKNYBJXKQA3IE/</guid><description></description><pubDate>Tue, 07 Jul 2026 07:17:54 +0000</pubDate><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/53VGENNKJJCZ3LPIAOQR5G342U.png?auth=bfb7536df4ca3b60348ff9f9791508f577ba7a0d72a352708a40ed26e8632d9d&amp;smart=true&amp;width=1920&amp;height=1080" type="image/png" height="1080" width="1920"><media:description type="plain"><![CDATA[Les séries qui ont fait l'Europe est une série d'été en cinq épisodes.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">Derrick @ MTVA Casa de Papel @ Netflix Zora la rousse @ Schweizer Fernsehen  Borgen @ Mike Kollöffel / DR Fiktion / Arte Sous le Soleil @ TF1</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Kathryn Stockett, le retour : bienvenue au "Calamity club"  ]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/kathryn-stockett-bienvenue-au-calamity-club-4FZXO2NT6VBOJNRO2OKAVNNXMU/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/kathryn-stockett-bienvenue-au-calamity-club-4FZXO2NT6VBOJNRO2OKAVNNXMU/</guid><dc:creator><![CDATA[Louis-Henri de La Rochefoucauld]]></dc:creator><description></description><pubDate>Mon, 06 Jul 2026 07:00:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Ce fut la success-story éditoriale de 2009. Kathryn Stockett, jeune inconnue dont le manuscrit avait été refusé par une quarantaine d’agents littéraires, signe enfin un contrat. Bonne pioche : <i>La Couleur des sentiments</i> (<i>The Help</i> en VO), se vend à 15 millions d’exemplaires dans le monde, dont 1,3 million en France, avant d’être adapté au cinéma avec Viola Davis, Emma Stone, Jessica Chastain et Octavia Spencer dans les rôles principaux. La suite serait-elle un long fleuve tranquille ? Au contraire : bloquée selon ses termes par une "énorme pression", Kathryn Stockett a disparu une quinzaine d’années. Avec <i>Le Calamity club</i>, elle signe enfin son deuxième livre. </p><p>Les fans de <i>La Couleur des sentiments</i> ne seront pas dépaysés : la romancière nous emmène à nouveau au Mississipi, cette fois-ci en 1933. Meg, 11 ans, vit un enfer dans un terrible orphelinat. Birdie doit sauver sa famille de la ruine. Charlie, quant à elle, a été enfermée dans un asile. Leurs routes vont se croiser. Cet ample mille-feuille romanesque de plus de 600 pages a tout pour plaire, traitant d’injustice, de sororité et de santé mentale. On sait par ailleurs que construire une intrigue autour de trois personnages féminins est fédérateur en librairie, notamment chez nous (qu’on pense à <i>Trois femmes puissantes</i> de Marie NDiaye, à <i>La Tresse</i> de Laetitia Colombani ou à <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/les-dix-vedettes-de-la-rentree-litteraire-ce-quil-faut-lire-absolument-ou-eviter-3VZH4PZJVJEN7FMU2SWXNBKX3A/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/les-dix-vedettes-de-la-rentree-litteraire-ce-quil-faut-lire-absolument-ou-eviter-3VZH4PZJVJEN7FMU2SWXNBKX3A/"><i>La Nuit au cœur</i></a><i> </i>de Nathacha Appanah). Kathryn Stockett a une qualité en plus : beaucoup d’humour. Cela donne à ce pavé la fluidité des meilleurs page-turners.</p><p><i>Le Calamity club </i>par Kathryn Stockett. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Laura Satz. Robert Laffont, 662 p., 24,90 €. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/Y6PG6ZOXJZA2FDF3KLWIOXRGUM.jpg?auth=4c9025ee5fab19945eb929b921908cb7c34c4d0a9d1fea69b3ea1d9fb58d2bd1&amp;smart=true&amp;width=3941&amp;height=5542" type="image/jpeg" height="5542" width="3941"><media:description type="plain"><![CDATA[Kathryn Stockett est enfin de retour avec "Le Calamity club". Peut-elle rééditer le succès fou de "La Couleur des sentiments" ?]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">Taylor Cooley/Robert Laffont</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Un week-end dans le Finistère : les sortilèges de Daoulas]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/un-week-end-dans-le-finistere-les-sortileges-de-daoulas-V23X5GYIY5DXZKLMVRSH73H6RY/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/un-week-end-dans-le-finistere-les-sortileges-de-daoulas-V23X5GYIY5DXZKLMVRSH73H6RY/</guid><dc:creator><![CDATA[Letizia Dannery]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sun, 05 Jul 2026 08:00:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Entre pierres médiévales, carré de plantes mortelles et rires d’écoliers en fond sonore, l’abbaye de Daoulas cultive l’art du contraste. Ce joyau patrimonial, niché dans un bourg au fond de la rade de Brest, est aussi un lieu de vie, de transmission et de découverte, où près de neuf siècles d’histoire dialoguent avec le présent. Fondé au XIIe siècle par les chanoines réguliers de Saint-Augustin, le site conserve quelques éléments remarquables : son église associe les lignes épurées de l’art roman à des remaniements gothiques réalisés au fil du temps et son cloître, l’un des mieux conservés en Bretagne, offre un précieux témoignage de l’organisation des communautés conventuelles du Moyen Age. A quelques pas, la fontaine et l’oratoire du XVIe siècle rappellent le rayonnement dont bénéficia l’établissement à la Renaissance.</p><p>Sous la conduite de Pierre Nedelec, adjoint de direction de l'Abbaye, on apprend que, vendu comme bien national au cours de la Révolution, celui-ci a changé plusieurs fois d’usage avant d’être transformé en demeure bourgeoise au XIXe siècle, puis acquis, dans les années 1950, par une congrégation franciscaine, dont les sœurs dispensaient leurs savoirs auprès des têtes blondes du village. Lorsque le département du Finistère rachète le domaine en 1984, une clause originale accompagne la transaction : l’école maternelle et primaire installée dans l’enceinte doit être conservée. </p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/U6EUH42SHJGU5JRFV5VXFF3HNM.jpg?auth=c172e5c5c8e70d412e0f47f929170c2c45bb39a949ee7080f7dfe49f700f1df4&smart=true&width=1534&height=1536" alt="Ici, près de neuf siècles d'histoire dialoguent avec le présent." height="1536" width="1534"/><figcaption>Ici, près de neuf siècles d'histoire dialoguent avec le présent.</figcaption></figure><p>Aujourd’hui encore, les voix des gamins résonnent à proximité des vestiges médiévaux, faisant de Daoulas un ensemble habité au sens propre, qui doit également sa renommée à ses jardins "aux mille vertus", dédiés aux essences médicinales et aromatiques, héritiers des pratiques monacales d’antan. Y figure notamment un carré de "plantes poisons", où poussent aconit, belladone, datura, cigüe et colchique. Ces espèces toxiques, mais longtemps utilisées dans l’art de guérir, nourrissent aussi un imaginaire renvoyant aux "dames des simples", à la magie et aux procès en sorcellerie. </p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/QEAF4H4D3NCPJLW44HYL5USPJQ.jpg?auth=ee4c364e9fb41fbe091ca75273d90ffa0028414f80565abca82108784d0ba26a&smart=true&width=1826&height=1368" alt=""La sorcellerie à Salem Village", in William A. Crafts, "Pioneers in the Settlement of America: From Florida 1510 to California in 1849"." height="1368" width="1826"/><figcaption>"La sorcellerie à Salem Village", in William A. Crafts, "Pioneers in the Settlement of America: From Florida 1510 to California in 1849".</figcaption></figure><p>Le lien est tout trouvé avec l’exposition estivale de l’abbaye, dont la programmation s'articule autour des sociétés, des croyances et des représentations du monde. Riche en pièces rares prêtées par 45 institutions, dont le Louvre et le Quai Branly, <i>Ma Sorcière mal nommée</i> explore ainsi, sous le commissariat d’Edith Joseph et de Pierre Tchekhoff, les multiples visages de la jeteuse de sorts, tour à tour guérisseuse, savante, marginale et figure d’émancipation.</p><p><i>A la recherche d’une destination pour votre prochaine escapade culturelle en Europe ? L’Express vous propose sa&nbsp;sélection&nbsp;des villes françaises et européennes à (re)découvrir. Expositions, lieux insolites, conseils pratiques…&nbsp;Les journalistes de la rédaction vous aident à préparer votre visite. Toutes les informations sont à retrouver sur la&nbsp;carte interactive</i> ci-dessus.</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/6WMZHIEBFJBXRCN7QGHJL7K6KU.jpg?auth=09f10bd439ec888aacc6cab5db191c082f2a44d89e07b879bd474584a3cc741e&amp;smart=true&amp;width=2764&amp;height=1322" type="image/jpeg" height="1322" width="2764"><media:description type="plain"><![CDATA[L'exposition "Ma sorcière mal nommée" est visible à l'abbaye de Daoulas jusqu'au 29 novembre 2026.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">© Elodie Henaff / CDP 29 / Abbaye de Daoulas</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Arts : en l’absence d’une nouvelle loi, les faussaires peuvent toujours courir]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/art/arts-en-labsence-dune-nouvelle-loi-les-faussaires-peuvent-toujours-courir-JEM5SM7UPBDHVGR4SHAT6QWBDI/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/art/arts-en-labsence-dune-nouvelle-loi-les-faussaires-peuvent-toujours-courir-JEM5SM7UPBDHVGR4SHAT6QWBDI/</guid><dc:creator><![CDATA[Bruno Cot]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sun, 05 Jul 2026 07:00:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Il y a quelque chose de "pourri en leur royaume" pourrait-on écrire en empruntant la formule au fameux Hamlet de Shakespeare. Se faisant, il s’agit presque là d’une forme de plagiat qui représente pour la littérature ce que les faux sont à l’art, puisqu’il reproduit tout ou partie d’une œuvre sans l’autorisation de son auteur ou de ses descendants.</p><p>Ici, le royaume en question concerne le marché de l’art qui n’a jamais autant été fragilisé par la circulation de faux artistiques – certains experts le chiffrent à 30 % des ventes ! "Or, lorsqu’un faussaire reproduit à l’identique une toile, il ne fait pas que la copier, il dérobe un rêve", alertait récemment Emmanuel Brancaleoni, président de l'Association des Amis du <a href="https://www.lexpress.fr/culture/peinture-le-musee-nicois-marc-chagall-celebre-ses-40-ans_1198137.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/peinture-le-musee-nicois-marc-chagall-celebre-ses-40-ans_1198137.html">Musée national Marc Chagall à Nice</a>, où se tenait le mois dernier un colloque sur le sujet à l’initiative de la société de gestion des droits d'auteur dans le domaine des arts graphiques et plastiques (Adagp) et de l’Office central de lutte contre le trafic des biens culturels (OCBC).</p><h3>La plupart des faux passent sous les radars</h3><p>De prime abord la fraude en matière artistique peut apparaître comme une guerre picrocholine, un marché de niche pour riches qui ne mériterait pas qu’on y porte attention. A cela s’ajoute une difficulté comptable et de définition : "Comme pour de nombreuses activités clandestines, il n’existe pas de chiffres précis afin de mesurer l’ampleur du phénomène", explique Jean-Baptiste Félicité le chef de l’OCBC. Avant de préciser : "Notre service fut créé au sein de la Police judiciaire voici cinquante ans, principalement pour travailler sur les vols de biens culturels. Depuis, ce secteur a été divisé par quatre et on se concentre aujourd’hui sur les faux et les contrefaçons." Côté judiciaire, la machine s’emballe aussi avec l’explosion du nombre d’affaires ces dernières années qui, unanimement, ne représentent qu’une partie infime de cette activité délictueuse. La plupart passent sous les radars et seules sont mises en lumière les plus rocambolesques à l’instar du dossier "Faussaires 40" relaté par L’Express où une bande de malfrats organisés en réseau a arnaqué plus d’une centaine de personnes pour un préjudice financier de 1,2 million d’euros ! Or, jusqu’à maintenant, la justice s’est montrée clémente vis-à-vis des escrocs en matière d’art. "Dans ces affaires, il n’y a pas mort d’homme et les peines de prison restent peu nombreuses", nous confiait alors Elena Velez de la Calle, avocate d’une des parties civiles. De leur côté, les prévenus souvent ne réalisent pas la gravité des faits, les minimisent voire en rigolent comme le relate le documentaire diffusé actuellement <a href="https://www.lexpress.fr/societe/de-chagall-a-cesar-l-art-du-faux-decrypte-par-un-maitre-du-genre_2103843.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/societe/de-chagall-a-cesar-l-art-du-faux-decrypte-par-un-maitre-du-genre_2103843.html">sur Canal +, intitulé <i>Fake You</i></a> narrant avec moult détails l’affaire des "faux César" qui a inondé le marché entre 1999 et 2001, après la mort du célèbre sculpteur. L’un des condamnés résumait non sans légèreté : "On n’a pas de sang sur les mains, seulement de la peinture."</p><p>Pire, d’autres aiment à donner une pseudo-dimension "Robin des bois" à leurs méfaits parce qu’ils ont arnaqué de riches pigeons. Sauf que l’argent n’est pas redistribué et que le marché de l’art suscite l’intérêt d’organisations criminelles car il est très lucratif et apparaît comme un moyen de blanchiment d’argent à l’échelle international. "Dans l’affaire 'Faussaire 40', nous avons décidé de cantonner nos investigations à la France pour aller vite, se souvient Estelle Stamm, l’adjointe au chef de l’OCBC. Mais, même si certains avoirs ont été gelés, nous savons qu’ils ne représentaient que la partie émergée de l’iceberg et que des sommes importantes transitaient dans d’autres pays (Suisse, Luxembourg ou encore Lituanie) via des comptes offshore afin de masquer les bénéficiaires réels des escroqueries."</p><h3>Même l'Etat se fait arnaquer</h3><p>Depuis le début du XXI<sup>e</sup> siècle les fraudes artistiques se sont multipliées à cause de l’explosion du prix des œuvres et de la hausse de la demande avec des acheteurs qui ne sont pas toujours de fins des connaisseurs. Sans oublier l’essor des ventes en ligne et l'intelligence artificielle qui facilitent leur écoulement. A l’arrivée, c’est tout un écosystème qui se trouve lésé : les artistes vivants, les ayants droit, mais aussi les vendeurs – maisons de vents, galeries, antiquaires, etc. -, ainsi que l’Etat, ses institutions et le public français susceptible de contempler des œuvres non authentiques : au mitan des années 2010, un ébéniste et un galeriste ont ainsi réussi à vendre de faux meubles (fauteuils, chaises, bergère) <a href="https://www.lexpress.fr/societe/au-proces-des-faux-meubles-xviiie-lexamen-de-conscience-du-marche-de-lart-SD4JM4IJQZGLPGX3ZAM2K6L4YI/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/societe/au-proces-des-faux-meubles-xviiie-lexamen-de-conscience-du-marche-de-lart-SD4JM4IJQZGLPGX3ZAM2K6L4YI/">au Château de Versailles qui les a classés "Trésor national"</a> avant que les limiers de l’OCBC ne démantèlent la filière. Les condamnés n'ont passé que quelques mois sous les barreaux… A l’heure où il est souvent fait mention de la "souveraineté nationale", la France ne cesse de reculer au classement mondial du marché de l’art. Longtemps première, elle se situe désormais au quatrième rang derrière les Etats-Unis, la Chine et le Royaume-Uni. </p><h3>Une réponse judiciaire anachronique et poussiéreuse</h3><p>"Dans notre pays, la fraude artistique est régie par la loi Bardoux, vieille de plus de 130 ans qui se révèle anachronique et poussiéreuse, explique Tristan Azzi, professeur de droit à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et spécialiste de la propriété intellectuelle. Elle souffre d’un champ d’action limité et d’effets peu dissuasifs." Au point d’être très peu utilisée dans les tribunaux et ce, depuis ses origines. "Le texte s’intéresse aux fausses signatures ou autre signe adopté par l’auteur (initiales, cachet, monogramme, etc.), mais ne porte pas sur la falsification d'autres paramètres essentiels (fausse datation, fausse composition, fausse provenance, fausse destination…), précise Pierre Hutt du cabinet HDA avocats. Mais surtout, il couvre un spectre de domaines artistiques trop restreint : peinture, sculpture, dessin, gravure et musique, liste qui reflète les formes d'expression artistique les plus conventionnelles à la fin du XIXe siècle avec d'ailleurs une référence assez étonnante voire incongrue à la musique. Mais quid du design, de la photographie, du mobilier ancien ou des arts dits 'premiers' ?" Autre point, loin d’être minime : la loi ne concerne pas les œuvres tombées dans le domaine public : "Pour faire simple, tout ce qui renvoie à un auteur décédé avant le milieu du XX<sup>e</sup> siècle n’est pas couvert", ajoute l’avocat qui plaide depuis longtemps pour tout remettre à plat.</p><p>Se pose aussi la question des sanctions bien trop faibles en comparaison de ce qui se fait en matière d’escroquerie : "Le texte prévoit un maximum de deux ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende pour les personnes impliquées soit dans la falsification à proprement parler, soit dans la mise en vente, la mise en circulation ou le recel d'objets falsifiés, précise Marie Alland, qui exerce, elle aussi, au sein du cabinet HDA avocats. En matière d’escroquerie c’est cinq ans et 375 000 euros". Enfin, la loi Bardoux ne dit pas quoi faire des faux saisis. Doivent-ils être confisqués, remis au plaignant ou tout simplement détruits ? Nombre de spécialistes opteraient pour cette dernière solution plutôt radicale et qui permettrait d’être sûr de ne plus les voir remis en circulation. Mais la question reste sensible : "Si l’on retrouvait, par exemple, un faux Veermer, réalisé aussi au XVII<sup>e</sup> siècle mais par un autre atelier que le sien, devrait-on le détruire, glisse un spécialiste du sujet ? Je ne suis pas certain que cette interrogation fasse sourire certains conservateurs <a href="https://www.lexpress.fr/monde/suisse-des-limiers-scientifiques-traquent-les-faux-tableaux_1609201.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/monde/suisse-des-limiers-scientifiques-traquent-les-faux-tableaux_1609201.html">dans de grands musées européens</a>."</p><h3>Les artistes contemporains sont les plus visés</h3><p>Point besoin de revenir cinq siècles en arrière, les affaires de faux touchent davantage les artistes dits "contemporains" - disparus depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les plus imités ? Picasso, Miro, <a href="" rel="" title="">Chagall</a>, Matisse, Giacometti, mais aussi plus près de nous, les icônes du Pop Art et du Street Art, Warhol, Lichtenstein, Basquiat, Haring ou encore Bansky. Sans oublier ceux qui… ne sont pas morts. Au colloque organisé au musée Chagall en juin, le graffeur JonOne témoignait : "Je suis aussi victime de faussaires. Au début je n’y prêtais pas attention mais devant l’ampleur du phénomène il a fallu que je m’y intéresse (…). Cela est très désagréable parce que s’instaure une sorte de méfiance dans les salles de ventes où l’authenticité de mes propres œuvres se trouve remise en question."<a href="https://www.lexpress.fr/culture/art/faut-il-se-precipiter-voir-lexposition-dherve-di-rosa-au-mucem-ZDC4RJUBJFD6TIINLJHSL735YU/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/art/faut-il-se-precipiter-voir-lexposition-dherve-di-rosa-au-mucem-ZDC4RJUBJFD6TIINLJHSL735YU/"> Même ressenti pour Hervé di Rosa</a>, une des hérauts du mouvement français de la figuration libre : "Moi, on me demande de faire des certificats sur des œuvres que je n’ai pas créées. Il faut donc légiférer au plus vite afin d’assainir le marché". Et pourtant, si l’urgence semble partagée par l’ensemble des acteurs, les choses traînent en longueur.</p><p>Voilà près de dix ans que des spécialistes, notamment les juristes de l’Institut Art &amp; Droit ont commencé à plancher sur une réforme en profondeur de la loi Bardoux. Ils ont finalement trouvé un écho au Parlement : "Après les avoir rencontrés, j’ai été convaincu de l’obsolescence du texte de 1895, ce qui nous a amenés à formuler une proposition de loi en 2022, se souvient Bernard Fialaire, sénateur du Rhône et membre de la commission de la culture, de l’éducation et de la communication. Puis, nous l’avons amendée début 2023 après l’audition d’une trentaine de personnes pour, je crois, aboutir à un texte ambitieux. Au point d’avoir été adopté par le Sénat à l’unanimité le 16 mars 2023." Globalement cette "petite loi" (provisoire, elle doit encore passer par l’Assemblée nationale) remédie à l’ensemble des lacunes et faiblesses du texte de 1895. "Il permettra, à terme, de combler les failles du dispositif actuel de lutte contre les faux artistiques", se félicite Thierry Maillard, le directeur juridique de la Société des auteurs dans les arts graphiques et plastiques (ADAGP) qui a été entendu par la commission sénatoriale. En détail : extension des domaines artistiques à toutes les catégories d’œuvres d’art, application de l’incrimination pour les celles tombées <a href="https://www.lexpress.fr/podcasts/controlf/le-bon-usage-du-droit-pour-contrer-le-pillage-de-lia-3A2BOBHEGNEMVJ7SPVZUSZEAOQ/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/podcasts/controlf/le-bon-usage-du-droit-pour-contrer-le-pillage-de-lia-3A2BOBHEGNEMVJ7SPVZUSZEAOQ/">dans le domaine public</a>, élargissement du périmètre de la falsification au-delà de la signature, possibilité donnée au juge de faire détruire les faux, alourdissement des peines (portés à cinq ans de prison et 375 000 euros d’amende), avec la possibilité de circonstances aggravantes (complicité, bande organisée jusqu’à 1 million d'euros d’amende) et création d’un registre des faux.</p><h3>Après deux ans d'atermoiements, aux députés de faire leur travail</h3><p>Depuis, ou plutôt en parallèle, le ministère de la Culture a lancé une mission complémentaire sur le sujet via son conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique (CSPLA) qu’ont présidée Pierre Sirinelli et Tristan Azzi. Ce dernier précise : "Notre travail visait à évaluer le texte du sénateur Filaire et éventuellement à l’amender. Ce que nous avons fait tant sur le volet pénal que sur le <a href="https://www.lexpress.fr/culture/art/wolfgang-beltracchi-grand-maitre-du-faux_1238469.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/art/wolfgang-beltracchi-grand-maitre-du-faux_1238469.html">volet civil qui, lui, était inexistant</a>." Sur le premier, les juristes ont proposé de mettre en place des amendes proportionnelles et la possibilité de déclencher des procédures d’exception afin de donner plus de moyens aux enquêteurs. Sur le second, ils se sont inspirés de ce qui se fait en matière de contrefaçons permettant à tous ceux ayant à souffrir d’un préjudice causé par une fraude artistique d’obtenir réparation. Contacté, le ministère de la Culture assure qu’il "soutiendra le projet de loi Fialaire à l'Assemblée nationale et se dit prêt à contribuer à l’enrichir à la lumière des préconisations du CSPLA." Désormais, la balle est dans le camp des députés qui doivent s’emparer des deux textes - la proposition de loi a été déposée le... 23 juillet 2024. A eux d’effectuer leur travail. D’ici là, les faussaires pourront toujours courir.</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/KHR7KHHOFJA5HMJDCTG6YQOEWY.jpg?auth=5a5573dab641d90b53a8ec3960b23f2ee3d1224ae7008f0f0ab47efc93d49e19&amp;smart=true&amp;width=1938&amp;height=1954" type="image/jpeg" height="1954" width="1938"><media:description type="plain"><![CDATA[Andy Warhol, "Marilyn Monroe (1967)", est l'un des artistes les plus copiés.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">© The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Adagp, Paris 2026</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[José Ortega y Gasset : la philosophie est un sport de dandy ]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/jose-ortega-y-gasset-la-philosophie-est-un-sport-de-dandy-4DRBHDJ6BBEMNM25S3AD22PLYU/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/jose-ortega-y-gasset-la-philosophie-est-un-sport-de-dandy-4DRBHDJ6BBEMNM25S3AD22PLYU/</guid><dc:creator><![CDATA[Louis-Henri de La Rochefoucauld]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sun, 05 Jul 2026 06:30:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>José Ortega y Gasset (1883-1955) aurait-il aimé vivre en 2026 ? Rien n’est moins sûr. Il était nostalgique de la Renaissance et, selon lui, nous avions commencé à perdre le sens commun vers 1560. Espagnol de naissance et de culture, mais nourri d’hindouisme et de philosophie allemande, Ortega y Gasset se disait "né sur une rotative", ayant un père journaliste littéraire et un grand-père maternel patron de presse. Lui-même lança plusieurs revues avant de se faire élire député et de vite revenir de la politique, ne pouvant se mêler au régime franquiste. </p><p>Européen convaincu, il dirigea de 1923 à 1936 la <i>Revista de Occidente</i> (qui relayait les tendances philosophiques européennes) et prononça en 1953 à l’université de Berlin sa célèbre conférence <i>Méditation sur l’Europe</i>, à la fois profession de foi européenne et testament intellectuel. Il disait que "la clarté est la courtoisie du penseur" et, toujours tiré à quatre épingles, précisait : "Le souci d’élégance est une dimension essentielle de l’espèce humaine – comme la recherche de la vérité, de la beauté, de la justice." La publication chez Séguier des <i>Tableaux des petites et grandes choses de l’existence</i>, sélection de textes parus entre 1909 et 1928, permet de redécouvrir cet esthète narquois dont l’esprit rappelle tour à tour Italo Svevo, <a href="https://www.lexpress.fr/culture/nabokov-le-grand-virtuose_2143431.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/nabokov-le-grand-virtuose_2143431.html">Vladimir Nabokov</a> ou Witold Gombrowicz.</p><p>C’est devenu un lieu commun de citer <i>La France contre les robots</i> de Georges Bernanos, qui date de 1947. Que la civilisation moderne soit une conspiration contre toute forme de vie intérieure, Ortega y Gasset l’avait compris dès 1927, date à laquelle il écrit : "Car tandis qu’on accumule des connaissances scientifiques, de l’information et d’autres savoirs sur le monde, tandis qu’on perfectionne les techniques permettant de maîtriser la matière, on néglige le développement des autres dimensions de l’être humain, celles qui ne relèvent pas de l’intellect ou de la raison. Le cœur, surtout, part à la dérive, flottant désorienté et terne sur la surface de la vie."</p><p>Dans les <i>Tableaux des petites</i> <i>et grandes choses</i> <i>de l’existence</i>, Ortega y Gasset se fait peintre de la vie moderne à la Baudelaire (lui préfère dire "spectateur"). Il digresse brillamment sur l’Escurial ou le Sphinx de Gizeh, la peinture du Titien, de Poussin ou de Vélasquez, le <i>Paradoxe sur le comédien</i> de Diderot, les romans <i>Don Quichotte</i> ou <i>Adolphe</i>. Voyageant en France pendant l’entre-deux-guerres, il note : "Cette admirable polarisation de la société française, qui en fait un réel microcosme, permet l’étrange phénomène de la coexistence d’un extrême conservatisme et d’un modernisme tout aussi extrême." Il remarque que nos concitoyens sont très attachés à Racine et sont capables de réciter à haute voix du Mallarmé. Sans doute serait-il plus circonspect s’il revenait aujourd’hui, nous trouvant écartelés entre LFI et RN. Entre deux bouffées de cigare, il écrivait : "Etre de gauche ou être de droite, c’est choisir une des innombrables manières qui s’offrent à l’homme d’être un imbécile ; toutes deux, en effet, sont des formes d’hémiplégie morale."</p><p>D’un autre niveau que Manuel Bompard ou Jean-Philippe Tanguy, Ortega y Gasset était attaché à la joie et à la douceur de vivre. Dans un texte savoureux qui ressemble à du Truman Capote sans le côté langue de vipère, des amis emmènent l’écrivain déjeuner au restaurant d’un golf. Il se souvient amusé d’un mot de l’attaché de l’ambassade d’Angleterre, déclarant : "Quelle bonne idée, vraiment, d’avoir construit Madrid à côté d’un golf." Puis il part dans des considérations érudites sur le concept de dharma. Selon l’espiègle espagnol, tout penseur digne de ce nom devrait avoir un "talent poétique". L’école buissonnière vaut mieux que l’université : avec lui, la philosophie prenait des airs de flânerie. </p><p><i>Tableaux des petites et grandes choses de l’existence </i>par José Ortega y Gasset. Traduit de l’espagnol par Valeria Dos Santos. Séguier, 204 p., 21,50 €. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/HMMK2KZFBBCL5DZM5EIZJ4VOIA.tif?auth=5f6964dd4aae933e26faabc9c74a12dc7f1e4390c12f1112ff459379c5fe29f4&amp;smart=true&amp;width=1907&amp;height=2813" type="image/jpeg" height="2813" width="1907"><media:description type="plain"><![CDATA[Aussi élégant au volant que dans ses livres, José Ortega y Gasset incarnait une certaine idée du philosophe honnête homme. ]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">Archivo de José Ortega y Gasset (Fundación Ortega-Marañón)</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Derrick, l'inspecteur qui raconte le mieux les névroses de l'Allemagne]]></title><link>https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/derrick-linspecteur-qui-raconte-le-mieux-les-nevroses-de-lallemagne-DKX7HGC3VRB6XLBHCEITNKJWJU/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/derrick-linspecteur-qui-raconte-le-mieux-les-nevroses-de-lallemagne-DKX7HGC3VRB6XLBHCEITNKJWJU/</guid><dc:creator><![CDATA[Thomas Mahler]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sat, 04 Jul 2026 14:00:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p><i>"Inspecteur Derrick", "Borgen", "Zora la rousse", "La Casa de papel"… Ces séries cultes ont fait un tabac tout en nous faisant mieux connaître la vie (et les névroses) de nos voisins. Cet été, L’Express vous raconte comment la fiction cathodique a, autant que le marché commun ou la monnaie unique, contribué à la construction européenne.</i></p><p>En Allemagne, on n’a pas de pétrole, mais on a un Derrick. Ce flic ne manquant pas de toupet a enquêté sur la chaîne publique ZDF de 1974 à 1998. En France, <a href="https://www.lexpress.fr/culture/horst-tappert-soldat-ss-je-trouvais-derrick-nase-en-fait-il-etait-nazi_1244608.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/horst-tappert-soldat-ss-je-trouvais-derrick-nase-en-fait-il-etait-nazi_1244608.html"><i>Inspecteur Derrick</i></a> s’est fait connaître à partir de 1986, grâce à une Cinq berlusconienne qui devait remplir son quota de productions européennes. Puis il a fait les beaux jours de France 2 et France 3 : à l’heure de la sieste, les parts d’audience pouvaient dépasser les 20 %. En dépit des plus récents et fringants <i>Dark</i>, <i>Babylon Berlin</i> ou <i>Deutschland 83</i>, elle reste sans conteste la série germanique la plus connue à l'international. </p><p>Sordide, le pilote rendait un hommage ironique à l’amitié franco-allemande : la toute première victime, une étudiante dans un internat, se fait trucider par un pervers après avoir vu un "film débile d’Alain Delon". Avec son trench-coat, ses cravates, ses yeux globuleux et son absence totale de charisme, le policier bavarois incarné par Horst Tappert est devenu un archétype, objet d’innombrables parodies (en France, les Nuls l’ont transformé en "inspecteur Merdick"). Ce produit d’exportation "Deutsche Qualität", au même titre que les BMW prisées par l’inspecteur, a imposé dans le monde entier le concept de la série policière allemande, dite "krimi".</p><h2>Nation laborieuse</h2><p>Pour qui veut comprendre les réussites comme les névroses de l’Allemagne de l’Ouest des années 1970-1980, la fiction tournée à Munich et dans ses environs reste un document incontournable. On y découvre un pays terne, dont le chromatisme oscille entre le jaune et le marron. Une nation laborieuse : l’inspecteur et son fidèle adjoint Harry Klein travaillent à toute heure, mélangent plaisir et boulot jusque dans les bars, et quand Derrick part au bout du 281e épisode, ce n’est pas en retraite, mais pour rejoindre Europol à Bruxelles. La RFA est un pays près de ses deutsche marks : le rythme lent et les regards interminables de Derrick, qui contemple le coupable qu’il va bientôt coincer, permettent à la production de limiter les scènes et d’économiser sur le budget. En une vingtaine d’années, le bureau du duo de fins limiers n’a jamais changé. Les principales scènes d’action ? Des démarrages de voiture et des coups de téléphone.</p><p>Alors que le grand rival, le lieutenant Columbo, se concentre sur la bonne société de Los Angeles, son confrère européen enquête dans tous les milieux, des logements sociaux aux villas, des entreprises périphériques aux boîtes de nuit. La série bavaroise, dans le fief de la CSU, véhicule une vision profondément pessimiste et conservatrice de nos congénères. "C'est le triomphe de l'ordre humain sur le crime incurable", analyse son scénariste Herbert Reinecker. Les jolies jeunes femmes y finissent victimes, on y déplore l’affaissement des mœurs après 1968, et la société est perçue comme fondamentalement corrompue. </p><h2>Un passé qui ne passe pas</h2><p>Même le plus grand intellectuel européen de son temps, <a href="https://www.lexpress.fr/politique/fascisme-pourquoi-il-faut-relire-umberto-eco-Z542T535CZBWZLRJ7ZH4M5GWC4/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/politique/fascisme-pourquoi-il-faut-relire-umberto-eco-Z542T535CZBWZLRJ7ZH4M5GWC4/">Umberto Eco</a>, s’est penché sur le phénomène, voyant dans la "médiocrité" du personnage et la banalité des situations la clé de son succès. Pour le sémioticien italien, Derrick comme Columbo, pas vraiment beaux ni athlétiques, seraient ainsi des symboles du déclin des surhommes, accéléré par une télévision qui a consacré "comme modèle d’homme exceptionnel l’homme de tous les jours". Mais si Columbo fait encore des efforts de déduction, Derrick fonctionne avant tout au flair, et laisse le coupable s’écrouler psychologiquement devant lui dès le premier soupçon. </p><p>Enfin, <i>Inspecteur Derrick</i> ne serait pas une grande série sur l’Allemagne de la deuxième moitié du XXe siècle si elle ne reflétait pas ses démons, et un passé qui ne passe pas. Il était de notoriété publique que le scénariste Herbert Reinecker fut dans les années 1930 un fervent propagandiste nazi auprès de la jeunesse, avant de devenir correspondant de guerre au sein des SS. En revanche, Horst Tappert avait lui, toute sa vie, assuré n’avoir été qu’un modeste brancardier dans la Wehrmacht. Quand en 2013, cinq ans après sa disparition, le <i>Frankfurter Allgemeine Zeitung</i> dévoila son engagement dans la Waffen-SS sur le front russe, au sein d’une unité de chars, ce fut donc un drame national. La ZDF cessa immédiatement les rediffusions. Longtemps vu comme un champion de la "banalité du bien", l’acteur a fini par se faire rattraper par la patrouille, tel un vulgaire criminel de la série. "Tja" ("bon, c’est la vie") aurait commenté son alter ego Derrick en VO, peu surpris par cette nouvelle manifestation de la banalité du mal. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/ERKBSWTJQRGJHAMW6GUFFCCBOE.jpg?auth=6bb1172213677bb65de6154dd4ea52a00920fbf8f1dd052ad97d546c642d716d&amp;smart=true&amp;width=2362&amp;height=1595" type="image/jpeg" height="1595" width="2362"><media:description type="plain"><![CDATA[Fritz Wepper et Horst Tappert, le duo dans la série Derrick.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">MTVA</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[La Côte d’Azur : le paradis perdu des écrivains étrangers ?]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/la-cote-dazur-le-paradis-perdu-des-ecrivains-etrangers-6RB3RHIHMFA43IOO3DZLJOYLPM/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/la-cote-dazur-le-paradis-perdu-des-ecrivains-etrangers-6RB3RHIHMFA43IOO3DZLJOYLPM/</guid><dc:creator><![CDATA[Louis-Henri de La Rochefoucauld]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sat, 04 Jul 2026 08:30:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Quand on songe à la Côte d’Azur, des souvenirs de lecture reviennent en mémoire : <i>Vingt-quatre heures de la vie</i> <i>d’une femme</i>, de Stefan Zweig, qui se déroule à Monte-Carlo ; <i>Marée basse</i> de Cyril Connolly, dont l’action est située à Cagnes-sur-Mer ; et surtout l’envoûtant <i>Tendre est la nuit</i>, de Francis Scott Fitzgerald, qui se passe notamment à Antibes. On sait que, pas encore naturalisés français, Guillaume Apollinaire et <a href="https://www.lexpress.fr/culture/romain-gary-emile-ajar-revelations-sur-la-plus-folle-supercherie-litteraire-du-siecle-WW2HIAGY5RG7PKFDFNBRMP2NXU/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/romain-gary-emile-ajar-revelations-sur-la-plus-folle-supercherie-litteraire-du-siecle-WW2HIAGY5RG7PKFDFNBRMP2NXU/">Romain Gary</a> furent lycéens à Nice. Nice où Friedrich Nietzsche passa tous ses hivers de 1883 à 1888, avant de perdre la raison l’année suivante à Turin. Les gens aisés furent plus heureux : <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/livres-mieux-que-la-serie-the-buccaneers-relisez-edith-wharton-2ANRGEN4TRAPFNO5HHIJKGIOCI/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/livres-mieux-que-la-serie-the-buccaneers-relisez-edith-wharton-2ANRGEN4TRAPFNO5HHIJKGIOCI/">Edith Wharton</a> dans son château à Hyères ou William Somerset Maugham dans sa villa à Saint-Jean-Cap-Ferrat. <a href="" rel="" title="">Robert Louis Stevenson</a> et Katherine Mansfield tentèrent de soigner leur tuberculose entre Bandol, Menton et Hyères. Des auteurs de premier ordre moururent dans les parages : <a href="https://www.lexpress.fr/culture/d-h-lawrence-lenfant-de-la-working-class-qui-a-revolutionne-la-litterature-erotique-6GCVMGXOXNBFJHM7JEDVFZGIFE/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/d-h-lawrence-lenfant-de-la-working-class-qui-a-revolutionne-la-litterature-erotique-6GCVMGXOXNBFJHM7JEDVFZGIFE/">D. H. Lawrence</a> et Witold Gombrowicz à Vence, James Baldwin à Saint-Paul-de-Vence. Klaus Mann se suicida à Cannes en 1949 – avant lui, son père, Thomas, avait aimé ses séjours à Sanary. A cette liste non exhaustive de plumes prestigieuses qui sont venues dans le coin où y ont vécu, il faudrait ajouter Agatha Christie, Joseph Conrad, Nicolas Gogol, Graham Greene, Ernest Hemingway, Aldous Huxley, Ernst Jünger, Henry Miller et Anaïs Nin, Vladimir Nabokov, Luigi Pirandello, Georges Simenon, Anton Tchekhov… Tous apparaissent dans <i>Les Ecrivains étrangers à la découverte de la Côte d’Azur</i> de <a href="https://www.lexpress.fr/culture/a-la-recherche-de-la-generation-perdue_2151911.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/a-la-recherche-de-la-generation-perdue_2151911.html">Ralph Schor</a>, le livre à mettre dans son sac avant de partir cet été pour Grasse ou Juan-les-Pins</p><p>Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la Riviera n’a pas toujours fait rêver les foules. Quand le célèbre agronome anglais Arthur Young sillonne la région en 1789, il est sceptique face à ce "désert rocheux" : "Quant aux îles d’Hyères et aux belles vues de la côte qui devaient me ravir, ou bien mon informateur a de mauvais yeux ou bien il manque absolument de goût ; les îles, aussi bien que la côte, sont des rochers et des hauteurs misérablement stériles, avec seulement des pins." Les lieux sont alors difficilement accessibles : pour rallier Nice depuis Paris, il faut compter une douzaine de jours de diligence. On risque de surcroît de se faire détrousser par des forçats échappés du bagne de Toulon, lesquels hantent l’Estérel…</p><p>Le Second Empire change la donne. Napoléon fait prolonger la ligne Paris-Lyon-Méditerranée. Le chemin de fer atteint Marseille en 1855, Cagnes-sur-Mer en 1863, Nice en 1864 et Menton en 1869. La III<sup>e</sup> République n’arrête pas le progrès. En 1883 est mis en circulation le Train bleu, "le plus luxueux du monde" selon Agatha Christie. Des wagons-lits raffinés emmènent une clientèle britannique très chic de Calais à Nice. C’est le début d’une histoire brillante. En 1887, le sous-préfet et poète dijonnais Stéphen Liégeard (immortalisé par Léon Daudet dans l’une des <i>Lettres de mon moulin</i>) publie un guide touristique intitulé <i>La Côte d’Azur</i> – néologisme inventé en clin d’œil à la Côte d’Or dont il vient. L’expression s’impose alors que palais et palaces poussent partout. Le tourisme se développe. A Nice, par exemple, on comptait 66 hôtels en 1877, ils seront 180 en 1913. Le roi des Belges Léopold II, propriétaire de la Villa Léopolda à Villefranche-sur-Mer et de la Villa Les Cèdres à Saint-Jean-Cap-Ferrat, déclare que la Riviera est "la section terrestre du paradis". Les phtisiques viennent l’hiver respirer le bon air de ce pays du printemps perpétuel. D’autres préfèrent flamber dans les casinos. Tchekhov le reconnaît en 1898 : "Je suis devenu un zélé client de Monte-Carlo, je ne peux plus penser que par chiffres." Et il ajoute, après avoir fini <i>Les Trois Sœurs</i> : "Si la pièce fait un four, je vais à Monte-Carlo et je me ruine jusqu’à la corde." </p><p>D’autres viendront plus tard brûler la chandelle par les deux bouts. Les Années folles portent bien leur nom. La Côte d’Azur est indissociable de la légende mélancolique de Zelda et Francis Scott Fitzgerald, et de leurs riches amis bostoniens Sara et Gerald Murphy, qui se font construire à Antibes la superbe Villa America. Dans ce décor édénique, ils explorent l’envers du paradis, Fitzgerald se noyant dans l’alcool et Zelda dans ses fragilités psychologiques. La "génération perdue" est largement représentée, avec aussi Gertrude Stein ou Hemingway. Pendant de temps-là, fraîchement auréolé du prix Nobel de littérature 1929, <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/livres-thomas-mann-un-monument-qui-ne-connait-pas-lerosion-du-temps-GWEU3EREVJEJVI5ASG5X5TFQQ4/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/livres-thomas-mann-un-monument-qui-ne-connait-pas-lerosion-du-temps-GWEU3EREVJEJVI5ASG5X5TFQQ4/">Thomas Mann</a> découvre que les bains de mer méditerranéens valent bien les sanatoriums suisses. En 1936, peut-être atteint d’un coup de soleil, il écrit à son frère Heinrich ces mots élégiaques : "On ne peut ressentir pour la France qu’amour et vénération." La Côte d’Azur magique, c’est aussi Somerset Maugham déambulant dans sa splendide villa, La Mauresque, qu’il a achetée en 1926. Chez lui, les tableaux sont signés Manet, Monet, Renoir, Gauguin, Matisse ou Picasso. Winston Churchill peint dans le jardin. Gustave V, le roi de Suède, y prend ses repas au même titre que Rudyard Kipling, Noël Coward, <a href="https://www.lexpress.fr/culture/virginia-woolf-a-vanessa-bell-la-correspondance-de-deux-soeurs-entre-potins-dandysme-et-depression-EI2OJZIQXNB2PHR4VIYZHS5DII/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/virginia-woolf-a-vanessa-bell-la-correspondance-de-deux-soeurs-entre-potins-dandysme-et-depression-EI2OJZIQXNB2PHR4VIYZHS5DII/">Virginia Woolf</a> ou Ian Fleming, chaque invité ayant droit à deux domestiques. A une centaine de kilomètres de là, bien avant Françoise Sagan et Brigitte Bardot, Anaïs Nin découvre Saint-Tropez à l’été 1939, y savourant la vie "à la tahitienne". </p><p>Un auteur moins connu participe au mythe de la Côte d’Azur : David Dodge. Convaincu qu’il peut écrire des livres du niveau de ceux qu’il lit en vacances, cet expert-comptable californien publie <i>La Main au collet</i>. Adapté au cinéma par Alfred Hitchcock en 1955, avec Grace Kelly et Cary Grant dans les rôles principaux, cela donne à voir au monde entier Monte-Carlo, Cannes, Eze, Nice et Saint-Jean-Cap-Ferrat filmés en Technicolor. Est-ce l’acmé du fantasme azuréen ? Déjà les grincheux se plaignent de la démocratisation de leur jardin des Hespérides. Dès 1958, dans <i>Strip-tease</i>, Georges Simenon décrit des palaces cannois jadis élitistes, désormais divisés en appartement pour la location de masse. Dans <i>Le Contemplateur solitaire</i>, Ernst Jünger dresse un parallèle entre les nouveaux touristes (ces "parasites") et les barbares envahissant la Rome antique... </p><p>Reconnaissons que les paragraphes précédents peignent un imaginaire très snob. Quelle place ont eu les penseurs de gauche dans le roman grand bourgeois de la Riviera ? Il est amusant de se souvenir que Karl Marx y prit ses quartiers du 4 mai au 5 juin 1882 (soit juste avant les débuts du Train bleu). Il n’aima guère ce qu’il y vit. Nice à ses yeux ? Un "repaire de l’oisiveté distinguée". Quant à Monaco ? Une "principauté d’opérette" placée sous le joug de Charles III, "tyran absolu pratiquant une politique machiavélique". Au casino, enfin, les joueurs lui semblèrent être "les pensionnaires d’un asile de fous" – Tchekhov appréciera. Terminons sur une note moins déplaisante avec John Dos Passos, l’auteur moderniste de <i>Manhattan Transfer</i>. Soldat durant la Grande Guerre, l’ami d’Hemingway retourne en France plus tard, logé chez les Murphy à Antibes. En 1966, il se souviendra avec nostalgie des étés azuréens de sa jeunesse dans des Mémoires intitulés <i>La Belle Vie</i>. Une expression que de nombreux écrivains étrangers auraient pu reprendre à leur compte. </p><p><i>Les Ecrivains étrangers à la découverte de la Côte d’Azur </i>par Ralph Schor. Perrin, 216 p., 22 €. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/CTRCOR54GVF2FJLINEHTUMNGVA.jpg?auth=43b164c61bdb633f7856100ddb17597aaa89448ba666245f0d80eb125545f9d5&amp;smart=true&amp;width=2048&amp;height=1277" type="image/jpeg" height="1277" width="2048"><media:description type="plain"><![CDATA[L'actuel hôtel Belles Rives, à Juan-les-Pins, où le couple Fitzgerald écrivit une partie de sa légende. ]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">Hôtel Belles Rives</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[A Landerneau, l’usine à rêves du créateur visionnaire Andy Warhol]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/art/a-landerneau-lusine-a-reves-du-createur-visionnaire-andy-wahrol-A6QOQNCHGJHQDOO3KNH25ENISU/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/art/a-landerneau-lusine-a-reves-du-createur-visionnaire-andy-wahrol-A6QOQNCHGJHQDOO3KNH25ENISU/</guid><dc:creator><![CDATA[Letizia Dannery]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sat, 04 Jul 2026 08:00:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Difficile d'imaginer rencontre plus symbolique. A Landerneau, l'œuvre d'Andy Warhol s'expose sur un site qui fut autrefois le premier supermarché Leclerc de France. D'un côté, l'artiste qui a élevé les boîtes de soupe Campbell, les briques de lessive Brillo et les canettes de Coca Cola au rang d'icônes artistiques ; de l'autre, le berceau français de la grande distribution. Comme un clin d'œil de l'histoire, le roi du Pop Art retrouve ici l'univers qui a nourri toute sa réflexion sur l'abondance, les marques et les nouveaux mythes du XXe siècle. </p><p>Aux manettes de l’exposition d’envergure consacrée à l’artiste au Fonds Hélène &amp; Édouard Leclerc pour la culture (FHEL), la commissaire Amber Morgan, directrice des collections et des expositions du Andy Warhol Museum, à Pittsburg – le plus important fonds dédié à l'artiste – se garde bien de réduire le créateur à ces sérigraphies emblématiques. A travers quelque 200 œuvres, dessins, photographies, films et archives, dont certains jamais montrés, elle révèle un créateur plus complexe que la légende, qui a fait de sa propre existence une œuvre. Derrière les couleurs éclatantes et les images dupliquées à l'envi se cache une ambition plus vaste : raconter l'Amérique et ses promesses.</p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/DYEAQEDQHBGT7MO6PBLRFU7L6Q.jpg?auth=2416ed4ad7dc81f45ca80051a0432f4fe9f7d5639b1a7ec5182c25028a6ff6c6&smart=true&width=1434&height=1924" alt="Andy Warhol chez Gristedes, à New York, en 1964." height="1924" width="1434"/><figcaption>Andy Warhol chez Gristedes, à New York, en 1964.</figcaption></figure><p>Ici, c'est donc la trajectoire hors du commun d'un homme lancé à la poursuite du rêve américain qui fait office de fil rouge. Né à Pittsburg, en 1928, dans une famille modeste d'immigrés originaires d'Europe centrale, le jeune Andrew Warhola grandit loin des lumières de New York et de Hollywood. Rien ne le prédestine alors à devenir l'un des artistes majeurs du XXe siècle. Pourtant, son parcours incarne à lui seul l'un des grands récits fondateurs du pays, celui de l'ascension sociale rendue possible par le talent, l'audace et le travail. Mais la promesse a son revers : l'uniformisation des désirs, du règne de l'image et de la marchandisation. Face à ces mutations, le regard d’Andy Warhol oscille constamment entre admiration et distance critique.</p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/KHR7KHHOFJA5HMJDCTG6YQOEWY.jpg?auth=5a5573dab641d90b53a8ec3960b23f2ee3d1224ae7008f0f0ab47efc93d49e19&smart=true&width=1938&height=1954" alt="Andy Warhol, "Marilyn Monroe (Marilyn)", 1967." height="1954" width="1938"/><figcaption>Andy Warhol, "Marilyn Monroe (Marilyn)", 1967.</figcaption></figure><p>Le parcours de l'exposition suit cette trajectoire hors du commun. Avant d'être une star de l'art contemporain, Warhol est un illustrateur publicitaire recherché. Dans le New York des années 1950, il découvre un monde dominé par la réclame, les médias et la diffusion de masse. Il comprend avant beaucoup d'autres que les nouvelles idoles ne sont plus seulement les héros ou les dirigeants politiques, mais aussi les marques, les vedettes de cinéma et les symboles qui envahissent le quotidien – une intuition qui donne naissance au Pop Art. </p><p>Les portraits de Jackie Kennedy, Elvis Presley, Truman Capote ou, bien sûr Marilyn Monroe, dont on commémore cette année le centenaire, accrochés à Landerneau témoignent de la fascination de l’artiste pour la célébrité moderne dans une société qui fabrique ses mythes comme elle fabrique ses biens de consommation. Nombre de ses contemporains, d’ailleurs, s’arrachent bientôt ces figures humaines transformées en produits culturels, pour leur propre compte, le quidam, pour peu qu’il y mette le prix, pouvant ainsi se faire tirer le portrait et dupliquer par Warhol.</p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/GORZEWLRXNB6DOE2GCLNBNHH24.jpg?auth=456f5c005b6627ed0825bfcf741937fc57e701c43daffbcff16ab379b752bab4&smart=true&width=2469&height=3100" alt="Andy Warhol, "Self-Portrait in Drag", 1981." height="3100" width="2469"/><figcaption>Andy Warhol, "Self-Portrait in Drag", 1981.</figcaption></figure><p>Près de quarante ans après sa disparition, son travail conserve une étonnante acuité. On redécouvre un créateur visionnaire qui avait anticipé bien des phénomènes contemporains, de la culture de l’image aux réseaux sociaux, lorsqu’il prophétisait que chacun connaîtrait un jour ses "quinze minutes de célébrité". Dans cette ancienne épicerie devenue lieu de culture, où Warhol semble être chez lui, c’est une plongée saisissante dans les promesses, les illusions et les contradictions de l’<i>American dream</i>. </p><p><i>A la recherche d’une destination pour votre prochaine escapade culturelle en Europe ? L’Express vous propose sa&nbsp;sélection&nbsp;des villes françaises et européennes à (re)découvrir. Expositions, lieux insolites, conseils pratiques…&nbsp;Les journalistes de la rédaction vous aident à préparer votre visite. Toutes les informations sont à retrouver sur la&nbsp;carte interactive ci-dessus.</i></p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/DU44ZXBO7ZEMDJ4TQZTU7P4JFM.jpg?auth=dc5761d1c62d4854180ba14f6c0dbb21d900f3bdc4854d95d1e6c1c77de85f05&amp;smart=true&amp;width=2936&amp;height=1500" type="image/jpeg" height="1500" width="2936"><media:description type="plain"><![CDATA[L'exposition "Warhol à Landerneau" est présentée au Fonds Hélène & Edouard Leclerc pour la culture jusqu'au 24 janvier 2027.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">© The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Adagp, Paris 2026. Photo Nathalie Savale.</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Ventes de livres : qui marche le mieux entre Boualem Sansal et Léon XIV ? ]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/ventes-de-livres-qui-marche-le-mieux-entre-boualem-sansal-et-leon-xiv-6KBB2UDXDZHZVB25LKRRMDEXA4/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/ventes-de-livres-qui-marche-le-mieux-entre-boualem-sansal-et-leon-xiv-6KBB2UDXDZHZVB25LKRRMDEXA4/</guid><dc:creator><![CDATA[Louis-Henri de La Rochefoucauld]]></dc:creator><description></description><pubDate>Fri, 03 Jul 2026 16:05:37 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Un pape peut-il être pop ? On se souvient de la célèbre photo d’Andy Warhol rencontrant à Rome Jean-Paul II, au début du pontificat de ce dernier. Pendant trois décennies, Jean-Paul II réussit à parler à ses contemporains. <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/ventes-de-livres-le-pape-leon-xiv-plus-fort-que-les-best-sellers-UXMF3FPPIFD6VJNZDIIEN67XN4/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/ventes-de-livres-le-pape-leon-xiv-plus-fort-que-les-best-sellers-UXMF3FPPIFD6VJNZDIIEN67XN4/">Léon XIV </a>parviendra-t-il à marquer les esprits ? C’est trop tôt pour le dire, mais l’actualité éditoriale montre qu’il commence bien. Installé au Vatican depuis un an, il vient de publier sa première encyclique, <i>Magnifique humanité</i>. Si on additionne les trois éditions disponibles en français, le pape en est déjà à plus de 40 000 exemplaires vendus. En s’en prenant au danger de l’IA, et malgré les réserves de certains, il a réussi à toucher juste par rapport aux préoccupations actuelles.</p><p>Qu'un pape encore méconnu prenne la tête des ventes d’essais dans une société déchristianisée est une sorte de surprise. Le voir au coude-à-coude avec Boualem Sansal, 2<sup>e</sup> des essais, donne un attelage pour le moins inattendu. Sansal traverse une étrange année. En janvier, acclamé par tous, il était <a href="https://www.lexpress.fr/societe/boualem-sansal-a-lacademie-francaise-les-coulisses-de-son-election-texte-uppercut-facheries-et-ong-4XUBMMALIBHXPPE6FKFI5OROIA/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/societe/boualem-sansal-a-lacademie-francaise-les-coulisses-de-son-election-texte-uppercut-facheries-et-ong-4XUBMMALIBHXPPE6FKFI5OROIA/">royalement élu à l’Académie française</a> – ce fut, en un sens, son dimanche des Rameaux. Puis son transfert chez Hachette et certaines déclarations maladroites de sa part lui ont valu d’être violemment critiqué ici et là – il est entré dans sa Passion. La publication de <i>La Légende</i> (Grasset) a-t-elle marqué sa Résurrection ? Nous n’irons pas jusque-là. Il a essuyé des critiques parfois sévères et son score en librairie est au-dessous des attentes. Actuellement, il talonne Léon XIV avec un peu plus de 35 000 exemplaires. Lequel des deux tirera son épingle du jeu durant l’été ? Rendez-vous à la rentrée pour le décompte final. </p><p>Dans ce match, le troisième homme est une femme. 3<sup>e</sup> des ventes avec 25 000 exemplaires depuis sa parution, Siri Hustvedt touche toujours plus de lecteurs avec <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/ghost-stories-de-siri-hustvedt-le-portrait-du-fantome-paul-auster-7R7WGTNAG5F7RNUHFSA2454A6A/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/ghost-stories-de-siri-hustvedt-le-portrait-du-fantome-paul-auster-7R7WGTNAG5F7RNUHFSA2454A6A/"><i>Ghost Stories</i></a><i> </i>(Gallimard), son récit sur son défunt mari Paul Auster, auquel elle offre la vie éternelle. Derrière elle, on note à la 6<sup>e</sup> place la présence d’Alain Bauer avec <i>La Vérité sur le système Epstein</i> (First) – un sujet pas très catholique, pour ne pas dire un sujet infernal. Plus bas dans le classement, en 18<sup>e</sup> position, Patti Smith nous sauve avec un titre biblique, <i>Le Pain des anges</i> (Gallimard). Alléluia !</p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/PUOM55XHEJA3PEI5CYIZ3EFPOM.jpg?auth=69639ebe429d37c2546e3d2bf86547126d55da3d742ccaf6a9b9b19999a9011d&smart=true&width=449&height=1013" alt="Retrouvez tous les chiffres de l’édition sur www.edistat.com. Réalisé par Edistat, du 22 au 28 juin 2026, à partir de 800 points de vente, librairies, grandes surfaces spécialisées et sites Internet." height="1013" width="449"/><figcaption>Retrouvez tous les chiffres de l’édition sur www.edistat.com. Réalisé par Edistat, du 22 au 28 juin 2026, à partir de 800 points de vente, librairies, grandes surfaces spécialisées et sites Internet.</figcaption></figure><p>Du côté des romans, qui est au paradis des ventes ? Comme on s’y attendait, il s’agit de Sarah Rivens avec le premier tome de sa nouvelle saga, <i>Swan</i> (HLAB) – déjà 40 000 exemplaires, un résultat papal. On se félicite de retrouver à la 16<sup>e</sup> place Romain Lemire et <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/clement-prix-goncourt-du-premier-roman-linceste-selon-romain-lemire-J4VPPC5ICRHKDHQ2G3MKYZWZ5Q/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/clement-prix-goncourt-du-premier-roman-linceste-selon-romain-lemire-J4VPPC5ICRHKDHQ2G3MKYZWZ5Q/"><i>Clément</i></a><i> </i>(Le Cherche Midi), récit poignant (et très intelligent) sur l’inceste dont lui et ses deux frères furent victimes de la part de leur père. Un livre tragique (la souffrance des fils, le suicide du père, la maladie de la sœur, le silence de la mère...), mais qui ouvre sur le pardon – à offrir largement autour de soi. Mieux vaut lire ça que Freida McFadden, à la fois 2<sup>e</sup> avec <i>L’Intruse</i> et 10<sup>e</sup> avec <i>La Locataire</i> (tous les deux chez City). Tous ces titres devraient poursuivre sur leur rythme de croisière en juillet et en août, en attendant que la fumée blanche des nouveautés d’Amélie Nothomb et autres stars automnales ne chamboulent le classement. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/X5F7CDGRZJH6PGQUXTPPGOE7WM.JPG?auth=c81674f5bae455ceabc51f590b27ea7065d3f9082cadbd79d77edfe99598e85a&amp;smart=true&amp;width=3120&amp;height=2080" type="image/jpeg" height="2080" width="3120"><media:description type="plain"><![CDATA[Qui aurait pu prédire que l'encyclique du pape Léon XIV se vendrait mieux que "La Légende" de Boualem Sansal ?]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">REUTERS</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA["MerPeople" sur Netflix : comment adapter la bêtise américaine au génie français]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/merpeople-sur-netflix-comment-adapter-la-betise-americaine-au-genie-francais-ZC7LSK5CPRBKHO35XSYT5T74KY/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/merpeople-sur-netflix-comment-adapter-la-betise-americaine-au-genie-francais-ZC7LSK5CPRBKHO35XSYT5T74KY/</guid><dc:creator><![CDATA[Christophe Donner]]></dc:creator><description></description><pubDate>Wed, 01 Jul 2026 04:15:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Vous ne connaissez pas le <i>mermaiding</i> ? Attention, ça prend de l’ampleur, ou ça va en prendre. Après <i>Miss Mermaid</i>, les petites filles un peu mal dans leur corps pas-comme-il-faut (il y en a), vont vouloir demander une combinaison de sirène à Noël. Et toutes les femmes de 30 balais, échouées sur la mauvaise rive économique et sentimentale (il y en a encore plus) vont vouloir s’en sortir par le <i>mermaiding</i>. Ça vient d’Amérique où, depuis les années 1990, des milliers de femmes enfilent des combinaisons de sirène, souvent dans l’espoir inatteignable de devenir des Miss Mermaid Ohio ou Minnesota. Si vous voulez tout comprendre du phénomène, Netflix diffuse en ce moment une série documentaire en quatre épisodes, <i>MerPeople</i>, qui explique toute cette dinguerie, son commerce fleurissant.</p><p>Le premier témoignage de son arrivée en France date de 2019, avec le documentaire de Pauline Brunner et Marion Verlé,<i> La Sirène de Fécamp</i>, qui raconte l’histoire, ou suivait l’épopée d’Alexia Colibert dans sa quête de la couronne de Miss Mermaid. Ça commence comme ça : "Je me nomme Alexia, je suis grosse et ronde, donc comme personne veut de ma gueule, autant mettre les pieds sous l’eau et la tête avec."</p><p>Six ans plus tard, Brunner et Verlé réalisent une adaptation cinéma, logiquement intitulée <i>Miss Mermaid</i>, où c’est Fanny (Aloïse Sauvage) qui se transforme en sirène. Elle enfile sa grosse et caoutchouteuse combinaison en forme de queue de dauphin, qui lui remonte jusqu’aux aisselles, avec les écailles et tout, et vas-y va, elle se jette dans le grand bassin pour apprendre à nager comme une sirène.</p><p>J’aime quand l’insolite revêt ce caractère insurrectionnel non provocateur (un peu quand même) et intime, à la limite de l’impudeur. Si Fanny a du cran, c’est qu’elle est au bout du rouleau : divorcée, endettée, et un boulot de merde dans une usine de conserverie. Alors pourquoi pas le <i>mermaiding</i>, se dit-elle, et sa collègue en sardinerie, Paupiette (Annie Mercier), à deux doigts de la retraite, la pousse dans ce sens : "Lance-toi, ma fille !"</p><h2>Résister à l'influence de l'Amérique !</h2><p>D’une certaine façon, toutes les fictions sont des adaptations de documentaires, ou devraient l’être : des préfigurations, des brouillons, si on veut, des esquisses, je préfère, en tout cas des matrices chargées de réalités, avant que l’imagination ne s’en mêle et ne s’emmêle dans des circonvolutions à la mords-moi-la-structure-narrative.</p><p>En comparant le documentaire de Pauline Brunner et Marion Verlé à leur fiction, j’aurais pu faire de la philosophie sur le thème du conflit entre la fiction et la réalité, établir des hiérarchies, vilaine manie à laquelle j’ai renoncé : n’ayant pas retrouvé le docu sur le site de France TV, j’ai dû faire appel à mes souvenirs, ce qui n’est pas mal non plus.</p><p>Je me suis souvenu de <i>Maximum Bob, </i>la série de fiction d’Alex Gansa<i> (Homeland),</i> diffusée sur Canal Jimmy en 1999, qui évoquait déjà l’existence d’un concours de sirènes dans l’Amérique profonde. L’épisode n° 4, intitulé <i>Queue de poisson</i>, rendait compte d’une réalité qui devait déjà être bien installée. Il aura à son tour inspiré des gamines dans la débine, les femmes atteintes de bovarisme : avec Hollywood, on ne sait jamais si les personnages sont au bord du suicide ou, comme dans la chanson, ils portent des chemises à fleurs parce qu’ils trouvent ça beau et parce que ça leur plaît, oh yeah !</p><p>Le plus encourageant dans la sortie de notre <i>Miss Mermaid</i>, c’est de découvrir en quoi réside l’adaptation française, comment les réalisatrices ont tordu le cou à leur modèle, résistant à l’influence de l’Amérique. Ça tient essentiellement au personnage de Tintin, interprété par Thomas VDB qui a trouvé l’occasion de plonger le personnage de ses sketchs dans l’eau périlleuse d’une histoire presque vraie. L’humoriste n’est plus assis derrière une table, entouré de ses collègues, lisant son texte comme dans le marc de café. Tintin est un déglingo de première, à bord d’un rafiot de survie à bord duquel il élève des poules et cultive ses radis. Il doit avoir un sacré talent d’acteur pour nous faire croire que ce zadiste, marin en eaux extraterritoriales, va diriger la chorégraphie aquatique de la petite Fanny.</p><p><i>Christophe Donner, écrivain</i></p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/PQN3SKW4LFDQ7O2NPH2SWHWA5Q.png?auth=36c7c715e03c436943bbb151fea71117620c35ecb4217f746332e095e895fe83&amp;smart=true&amp;width=267&amp;height=374" type="image/png" height="374" width="267"><media:description type="plain"><![CDATA[La série documentaire "Merpeople" est diffusée sur Netflix.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">Netflix</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Le platt de Lorraine, deuxième langue parlée au… Brésil !]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/le-platt-de-lorraine-deuxieme-langue-parlee-au-bresil-VINA543IPVGJNF75GW3CBV75ME/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/le-platt-de-lorraine-deuxieme-langue-parlee-au-bresil-VINA543IPVGJNF75GW3CBV75ME/</guid><dc:creator><![CDATA[Michel Feltin-Palas]]></dc:creator><description></description><pubDate>Tue, 30 Jun 2026 04:15:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Que savez-vous du platt ? Je ne ramasserai pas les copies, mais je parierais qu’un certain nombre d’entre vous auraient bien du mal à écrire de nombreuses pages sur le sujet. Et votre malaise s’aggraverait encore si je vous demandais de vous concentrer sur le platt au Brésil. Et pourtant, aussi incroyable que cela puisse paraître, cet idiome d’origine germanique pratiqué notamment dans le département de la Moselle est considéré comme la… deuxième langue la plus parlée aujourd’hui dans ce grand pays d’Amérique du Sud !</p><p><b>ATTENTION : "Sur le bout des langues" ne paraîtra plus dans L’Express</b></p><p>Cette infolettre<b> </b>n'en poursuivra sa route à la rentrée sur un autre support. Celui-ci n’est pas encore défini à ce jour, mais je le ferai connaître à la rentrée via les réseaux sociaux :</p><p><b>-</b><b> </b><a href="https://www.facebook.com/MichelFeltinPalasSurLeBoutDesLangues" target="_self" rel="" title="https://www.facebook.com/MichelFeltinPalasSurLeBoutDesLangues"><b>Ma page Facebook</b></a> </p><p><b>-</b><b> </b><a href="https://www.linkedin.com/in/michel-feltin-palas-461a2124/" target="_self" rel="" title="https://www.linkedin.com/in/michel-feltin-palas-461a2124/"><b>Mon profil LinkedIn</b></a> </p><p><b>-</b><b> </b><a href="https://www.youtube.com/@michelfeltin-palas" target="_self" rel="" title="https://www.youtube.com/@michelfeltin-palas"><b>Ma chaîne YouTube</b></a> </p><p>Vous pourrez également m’écrire à cette adresse : mfeltinlexpress@gmail.com</p><p>Rendez-vous en septembre !</p><p>Pour comprendre cette apparente incongruité, il est nécessaire de revenir deux siècles en arrière. En 1822, le Brésil devient indépendant et coupe les ponts avec le Portugal. Pour réduire l’influence de l’ancienne tutelle et peupler les régions du Sud, le nouvel Empereur Pedro Ier lance une vaste politique d’immigration européenne – et non lusophone. Et comme son épouse, Marie-Léopoldine de Habsbourg-Lorraine (1797-1826), n’est autre que la fille de l’empereur d’Autriche, il s’intéresse en premier lieu aux populations de langue germanique.</p><p>Bientôt, des bureaux de recrutement voient le jour dans les régions considérées. Et on ne lésine pas sur les promesses : transport gratuit pour les passagers ; don de 77 hectares de terre ; exonérations fiscales ; liberté de culte ; octroi de la nationalité brésilienne… Quelque 300 000 personnes acceptent la proposition. Entre une Europe en crise et une Amérique aux allures d’eldorado, pas d’hésitation ! Elles s’apercevront - plus tard – qu’on ne leur a pas tout dit. Il leur faudra défricher les terres promises, affronter les Indiens spoliés, se passer des routes et des chemins de fer annoncés… Mais elles sont désormais sur place et ne peuvent plus rentrer.</p><p>Ces migrants ne parlent évidemment pas portugais, mais une langue germanique, et plus précisément le platt, dans ses différentes variantes (francique luxembourgeois, francique mosellan ou francique rhénan). Une langue pratiquée en France dans l’actuel département de la Moselle et le nord-ouest de l’Alsace, mais aussi en Sarre, en Rhénanie-Palatinat et au Luxembourg.</p><p>Les colons sont abandonnés à eux-mêmes ? L’avantage est qu’ils peuvent s’organiser comme bon leur semble. Alors, ils construisent des écoles - où l’enseignement se déroule en platt ; créent des chorales - où ils chantent en platt ; célèbrent librement leurs cultes - en platt, bien sûr. En deux mots comme en cent : bien que situés à des milliers de kilomètres de leur terre d’origine, ils conservent leur culture vivante et la transmettent à leurs enfants. A cette époque, rares, très rares, sont ceux qui maîtrisent le portugais.</p><p>Cette situation dure plus ou moins jusqu’aux années 1930. La montée du nazisme en Europe modifie alors le regard porté sur cette population trop travailleuse, trop riche, trop protestante et trop germanique pour être tout à fait honnête. Ils ne se mêlent pas de politique et ont depuis longtemps coupé les liens avec leurs régions d’origine ? Peu importe ! Une entreprise d’assimilation est mise en place : l’enseignement, notamment, se déroule désormais exclusivement en portugais. Par prudence, certaines familles vont jusqu’à enterrer dans leurs jardins recettes de cuisine traditionnelle et napperons de dentelle…</p><p>Cette période répressive freine mécaniquement la transmission du platt, mais celui-ci, néanmoins, résiste. D’une part parce qu’il s’agit d’une langue profondément différente du portugais. D’autre part et surtout parce qu’un régime plus tolérant finit par se mettre en place. En 1988, le Brésil fixe même dans sa Constitution un nouveau "devoir" pour l’Etat : la promotion de l’enseignement des langues minoritaires. Si le portugais reste le seul à jouir du statut de langue officielle, cette disposition permet de sortir le platt de la sphère privée dans laquelle il était confiné. Dans les Etats du Rio Grande do Sul, du Paraná et de Santa Catarina, il revient dans les écoles; entre dans les administrations; s'impose dans les télés et les radios; reste parfois nécessaire pour trouver un emploi dans les commerces. "Dans ma région de Santa Maria do Herval, 95 % des gens le parlent au quotidien, soit 600 000 personnes", explique ainsi à nos confrères de <a href="https://www.lalsace.fr/bas-rhin/2017/03/30/au-sud-du-bresil-la-terre-est-platt" target="_self" rel="" title="https://www.lalsace.fr/bas-rhin/2017/03/30/au-sud-du-bresil-la-terre-est-platt"><i>L’Alsace</i></a> Solange Hamester Johann, qui l’enseigne sur place. </p><p>Le résultat est spectaculaire. Aujourd’hui, dix générations après l’arrivée des premiers colons, le nombre de locuteurs du platt est évalué officiellement à 2,5 millions pour la seule province du Rio Grande do Sul. Ce qui en fait la deuxième langue la plus pratiquée dans le pays ! "Un nombre à comparer à celui des locuteurs présents en France, soit environ 190 000 personnes estimant parler bien ou très bien le francique, selon une étude menée en 2024 par la Drac Grand Est", précise Hervé Atamaniuk, directeur du Pôle Culture de Sarreguemines et véritable Christophe Collomb du platt au Brésil, dont il a découvert l’existence il y a peu.</p><p>Paradoxalement, l’avenir de cette langue régionale de France, considérée par l’Unesco comme "vulnérable" chez nous, se situe donc peut-être en Amérique latine. Preuve supplémentaire, s’il en était encore besoin, de l’inefficacité des politiques linguistiques de notre pays.</p><p><i><b>RETROUVEZ DES VIDÉOS CONSACRÉES AU FRANÇAIS ET AUX LANGUES DE FRANCE SUR </b></i><a href="https://www.youtube.com/@michelfeltin-palas" rel=""><i><b>MA CHAÎNE YOUTUBE </b></i></a></p><h3>Du côté de la langue française</h3><p><a href="https://etymologistan.com/2026/06/26/simonne-vidal-et-marc/ " target="_self" rel="" title="https://etymologistan.com/2026/06/26/simonne-vidal-et-marc/ "><b>Simonne Vidal et Marc Bloch: deux noms qui racontent un pan de l’histoire juive de France</b></a></p><p>La femme de Marc Bloch, Simonne Vidal, était également juive tout en portant un nom très répandu dans les zones occitanophones. Logique, quand on connaît l'histoire des "juifs du pape", comme le souligne ici Clément de Lavergne sur son blog Etymologistan.</p><p><a href="https://theconversation.com/comment-lapprentissage-de-la-lecture-transforme-notre-cerveau-80494" target="_self" rel="" title="https://theconversation.com/comment-lapprentissage-de-la-lecture-transforme-notre-cerveau-80494"><b>Comment l’apprentissage de la lecture transforme notre cerveau</b></a></p><p>Parce que la lecture est une activité relativement récente, il a fallu que le cerveau des hommes et des femmes s’adapte à cette nouvelle pratique. Et ce processus est toujours à l’œuvre aujourd’hui, comme l’explique le site <i>The conservation</i>, qui propose des articles de vulgarisation provenant directement de la communauté universitaire.</p><p><a href="https://licorne.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=4394" target="_self" rel="" title="https://licorne.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=4394"><b>Racine aurait employé seulement 4 000 mots</b></a></p><p>Après mon article consacré au nombre de mots de la langue française, j’ai reçu d’un lecteur - que je remercie - cette précision concernant Jean Racine. Celui-ci, aurait utilisé en tout et pour tout dans son œuvre 4 088 mots, selon le professeur Bruyant Freeman, spécialiste du XVIIe siècle, qui a étudié dans les années 1960 l’œuvre du grand tragédien. Un ordre de grandeur confirmé par ce travail plus récent d’une autre universitaire, Bénédicte Louvat.</p><p><a href="https://cafetech.substack.com/p/la-virgule-qui-va-faire-perdre-des" target="_self" rel="" title="https://cafetech.substack.com/p/la-virgule-qui-va-faire-perdre-des"><b>La virgule qui coûte des milliards à Apple</b></a></p><p>C’est une simple virgule dans un document de 66 pages. Mais une virgule qui fait perdre des milliards d’euros à Apple en Europe. La société états-unienne ne peut plus en effet prélever de commissions sur les transactions externes réalisées depuis un iPhone ou un iPad. En cause : une bataille syntaxique à propos de l’interprétation de ce signe de ponctuation.</p><h3>Du côté des autres langues de France</h3><p><a href="https://www.mediabask.eus/eu/info_mbsk/20260617/le-ministre-edouard-geffray-l-affirme-toutes-les-copies-de-mathematiques-sont-corrigees" target="_self" rel="" title="https://www.mediabask.eus/eu/info_mbsk/20260617/le-ministre-edouard-geffray-l-affirme-toutes-les-copies-de-mathematiques-sont-corrigees"><b>Bac : les copies de maths rédigées en basque seront bien corrigées</b></a></p><p>Le ministre de l’Education nationale l’a confirmé sur France info : toutes les copies de mathématiques du bac seront corrigées, y compris celles rédigées en langue basque.</p><p><a href="https://www.radiofrance.fr/francebleu/podcasts/boujou-ichin-normandie/langues-regionales-a-l-ecole-le-normand-toujours-en-quete-de-reconnaissance-1081815" target="_self" rel="" title="https://www.radiofrance.fr/francebleu/podcasts/boujou-ichin-normandie/langues-regionales-a-l-ecole-le-normand-toujours-en-quete-de-reconnaissance-1081815"><b>Le normand toujours en quête de reconnaissance</b></a></p><p>Le normand n’est pas enseigné dans le temps scolaire, à la différence du picard ou du gallo. Des négociations sont cependant en cours pour faire évoluer la situation, comme le souligne dans sa très intéressante chronique d’<i>Ici Normandie</i> le linguiste Stéphane Laîné.</p><p><a href="https://www.fnac.com/a23001367/Philippe-Blanchet-Lunati-Je-suis-provencal-mais-je-me-soigne" target="_self" rel="" title="https://www.fnac.com/a23001367/Philippe-Blanchet-Lunati-Je-suis-provencal-mais-je-me-soigne"><b>"Je suis Provençal, mais je me soigne"</b></a></p><p>Ah, la Provence ! Son soleil, ses cigales, ses champs de lavande… Et si on allait au-delà des clichés ? Et si on découvrait l’identité plurielle des Provençaux, leur histoire contrariée, leur langue aussi magnifique que menacé ? C’est ce à quoi nous invite le sociolinguiste Philippe Blanchet dans cet essai enlevé et profond. </p><p><i>Je suis Provençal, mais je me soigne</i>, par Philippe Blanchet-Lunati. Editions Héliopoles</p><p><a href="https://www.fnac.com/a17820494/Juan-Milhau-Blay-Je-suis-catalan-mais-je-me-soigne" target="_self" rel="" title="https://www.fnac.com/a17820494/Juan-Milhau-Blay-Je-suis-catalan-mais-je-me-soigne"><b>"Je suis Catalan, mais je me soigne"</b></a></p><p>Le succès de la première édition de <i>Je suis catalan mais je me soigne</i> conduit Juan-Milhau-Blay à présenter aujourd’hui une seconde version, enrichie, de son ouvrage, dans laquelle il explore d'autant mieux l'histoire et l'âme de ce territoire coupé en deux par des frontières étatiques depuis le XVIIe siècle. Et qui continue de se battre pour préserver son identité.</p><p><i>Je suis Catalan mais je me soigne</i>, par Juan Milhau-Blay. Editions Héliopoles.</p><h3>Du côté des langues du monde</h3><p><a href="https://www.nouvelobs.com/societe/20260524.OBS115212/cette-langue-familiale-qu-ils-regrettent-de-ne-pas-parler-je-la-vois-comme-un-heritage-a-perpetuer.html" target="_self" rel="" title="https://www.nouvelobs.com/societe/20260524.OBS115212/cette-langue-familiale-qu-ils-regrettent-de-ne-pas-parler-je-la-vois-comme-un-heritage-a-perpetuer.html"><b>Cette langue familiale qu’ils regrettent de ne pas parler</b></a></p><p>De nombreux enfants, souvent issus de l’immigration, ne parlent pas la langue de leur famille. Les raisons sont multiples, qu’il s’agisse d’une politique linguistique défavorable, d’un manque de pratique ou de la crainte de discriminations.</p><h2>A écouter</h2><p><a href="https://www.rtl.fr/culture/culture-generale/langue-francaise-pourquoi-l-addition-est-elle-salee-7900495453" target="_self" rel="" title="https://www.rtl.fr/culture/culture-generale/langue-francaise-pourquoi-l-addition-est-elle-salee-7900495453"><b>Pourquoi dit-on d'une addition qu'elle est "salée" ?</b></a></p><p>Cette expression est directement liée au souvenir de la gabelle, une taxe sur le sel longtemps utilisée en France. Atteignant parfois des montants considérables, elle a été abolie en 1790, mais a laissé une empreinte durable dans la mémoire collective, et reste associée à l’idée d’un coût excessif.</p><h2>A regarder</h2><p><a href="https://www.facebook.com/reel/1229390121678818 " target="_self" rel="" title="https://www.facebook.com/reel/1229390121678818 "><b>Comment traduire "je t’aime" ?</b></a></p><p>Amusante vidéo sur les traductions de "Je t’aime" dans différentes langues. Une manière originale de prendre au passage un cours de corse !</p><p><i><b>RÉAGISSEZ, DÉBATTEZ ET TROUVEZ PLUS D’INFOS SUR LES LANGUES DE FRANCE SUR </b></i><a href="https://www.facebook.com/MichelFeltinPalasSurLeBoutDesLangues" rel=""><i><b>la page Facebook dédiée à cette infolettre</b></i></a></p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/QX6NSYQLUJDZ3DWAZX6I6MCC7A.jpg?auth=f0f5e12150e94c8f31a0f51a61a794566e4fe998aa7ba70c483028941e11c0a1&amp;smart=true&amp;width=4288&amp;height=2848" type="image/jpeg" height="2848" width="4288"><media:description type="plain"><![CDATA[Le drapeau du Brésil.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">imageBROKER/Dorival Moreira</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Bilbao, un laboratoire culturel en mouvement]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/bilbao-un-laboratoire-culturel-en-mouvement-2PMHM5ES5FBB7NCRUI7XTPSP3E/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/bilbao-un-laboratoire-culturel-en-mouvement-2PMHM5ES5FBB7NCRUI7XTPSP3E/</guid><dc:creator><![CDATA[Letizia Dannery]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sun, 28 Jun 2026 08:00:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Près de trente ans après l’effet Guggenheim qui avait transformé la capitale biscaïenne à l'image industrielle en destination artistique internationale à la fin des années 1990, Bilbao vit un nouveau moment culturel fort avec la réouverture de deux institutions majeures : le musée des Beaux-Arts et l’<i>Euskal Museoa</i>. Deux chantiers spectaculaires, deux visions complémentaires d’une ville qui regarde à la fois vers le monde et vers ses racines.</p><p>Fondé en 1908 à la lisière du parc Casilda, le musée des Beaux-Arts de Bilbao occupe une place singulière en Espagne. Sa collection, l’une des plus riches de la péninsule, traverse les siècles, des maîtres anciens espagnols et flamands aux avant-gardes contemporaines. L’architecte britannique Norman Foster et son partenaire basque Luis Maria Uriarte ont ainsi imaginé <i>Agravitas</i>, une structure suspendue de verre et de métal qui semble flotter au-dessus des bâtiments historiques du site. L’<i>Atrium Arriaga</i>, vaste hall lumineux ouvert sur la cité, devient le cœur du parcours. Au-delà de la prouesse technique, l’ambition reste muséographique avec un gain de 60 % d’espaces d’exposition supplémentaires, une circulation fluidifiée, des événements interdisciplinaires d’envergure internationale pour reconnecter l’institution à son environnement urbain et l’imposer parmi les grands musées européens du XXIe siècle. Après le dévoilement des premiers espaces rénovés le 24 juin, l’ouverture complète du musée transformé est annoncée en octobre prochain.</p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/NTQUIB2ABBB6XM6IMBUT6EGZKY.jpg?auth=fb5d12e1ffe475e08857b32e898c949246aa3cffa890721c8007fd826bcdb576&smart=true&width=1328&height=978" alt="La réouverture complète du musée des Beaux-Arts est annoncée en octobre prochain." height="978" width="1328"/><figcaption>La réouverture complète du musée des Beaux-Arts est annoncée en octobre prochain.</figcaption></figure><p>A quelques rues de là, dans le cœur historique du Casco Viejo, le Musée basque fait lui aussi son retour. Créé en 1921, il occupe un ensemble patrimonial articulé autour de l’ancien collège jésuite de San Andrés, édifié au XVIIe siècle, et du cloître baroque de l’église de Los Santos Juanes. Aujourd’hui, après trois années de travaux, portés par le studio Vaillo + Irigaray, il rouvre ses portes, agrandi et restructuré. Au centre, reliant les édifices d’origine entre eux, figure une structure verticale en forme de tronc, autour de laquelle s’organisent les multiples ramifications de la culture basque – langue, traditions maritimes, artisanat – dont L’<i>Euskal Museoa</i> veut devenir la "vitrine internationale". Désormais centre de connaissance, lieu d’expositions immersives et laboratoire dédié à la gastronomie, l’institution dépasse largement le modèle du musée ethnographique classique, voire folklorique, qui a longtemps collé à son nom.</p><p>Dans le sillage de la locomotive Guggenheim, qui a reçu plus d’1 million 300 000 visiteurs en 2025, ces deux réouvertures confirment que la culture reste le plus puissant moteur de transformation de cette métropole en perpétuelle mutation. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/TCCMB2LHNNGDZEB45SOP4NVNYI.jpg?auth=d55bd0a8435b735a8eb34e56938d0541abe3eba29984f5de99dbcee777835594&amp;smart=true&amp;width=3072&amp;height=1500" type="image/jpeg" height="1500" width="3072"><media:description type="plain"><![CDATA[Agrandi et restructuré, le Musée basque vient de rouvrir ses portes au public.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">© Euskal Museoa Bilbao. Museo Vasco</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Un week-end à Bilbao : Jasper Johns dans la nuit des signes]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/art/un-week-end-a-bilbao-jasper-johns-dans-la-nuit-des-signes-CQW2ICKQABH63DZFEU4BGTWC3A/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/art/un-week-end-a-bilbao-jasper-johns-dans-la-nuit-des-signes-CQW2ICKQABH63DZFEU4BGTWC3A/</guid><dc:creator><![CDATA[Letizia Dannery]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sat, 27 Jun 2026 08:00:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Les images les plus familières sont parfois les plus mystérieuses. Un drapeau américain, une cible, une série de chiffres : il n'en a pas fallu davantage à Jasper Johns pour bouleverser l'histoire de l'art du XXe siècle. Juste retour des choses, le musée Guggenheim de Bilbao consacre cet été une vaste rétrospective à ce créateur parmi les plus influents de l’après-guerre outre-Atlantique. Elle retrace sept décennies de création, révélant, au passage, la dimension intime et mélancolique d’une figure de l’art souvent associée à la rigueur conceptuelle, l’intitulé de l'exposition, <i>Night Driver</i>, renvoyant à un dessin réalisé en 1960 que Johns, 96 ans aujourd’hui, considère comme sa première composition fondée sur une émotion personnelle. Cette référence éclaire l’ambition du commissaire, Enrique Juncosa : montrer que, derrière les bannières étoilées, les motifs concentriques, les suites numériques et les cartes qui ont fait la renommée de l’artiste, se déploie une œuvre traversée par la mémoire, le doute et l’introspection. </p><p>Dès les premières salles, on retrouve ces motifs issus du quotidien, comme <i>Flag on Orange Field</i> (1957), <i>Target</i>, <i>Map</i> ou <i>0 Through 9</i> (1961), avec lesquels Jasper Johns rompt avec l’expressivité gestuelle de l’expressionnisme abstrait alors dominant. A la place du geste héroïque, il choisit des signes connus de tous, qui deviennent sur la toile des objets de réflexion. Que regarde-t-on réellement ? Une image, un symbole, une peinture ? Cette ambiguïté radicale ouvrira la voie au pop art. L’exposition rappelle d’ailleurs combien le jeune Jasper, originaire d’Augusta, en Georgie, a été au cœur d’un réseau artistique exceptionnel dès lors qu’il a rejoint New York au début des années 1950. Son dialogue avec Robert Rauschenberg, qui fut son compagnon au long cours, ses liens avec le compositeur John Cage et le chorégraphe Merce Cunningham, puis son admiration pour Marcel Duchamp, ont contribué à transformer la scène culturelle new-yorkaise. Chez lui, les frontières entre peinture, langage, performance et pensée conceptuelle semblent constamment se dissoudre.</p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/IF2KS2F2SBEZLFGTNFAI5EUE5U.jpg?auth=b5832fd8c76a7b90faa67e0812e57dfdd3baea230608a8f94ad7943c8a0c2a26&smart=true&width=1886&height=1878" alt="Jasper Johns, "Diana (Target)", 1961." height="1878" width="1886"/><figcaption>Jasper Johns, "Diana (Target)", 1961.</figcaption></figure><p>Le Guggenheim ne se limite pas à ces icônes. Les décennies suivantes révèlent un artiste complexe, habité par une tension intérieure discrète mais persistante. On voit les surfaces se charger de gris, les compositions devenir plus énigmatiques, tandis que les références à d’autres artistes se multiplient. De Munch à Picasso, en passant par Magritte, Frida Kahlo et bien sûr Duchamp, Jasper Johns construit une œuvre faite d’échos, de citations, de réminiscences. Les séries plus tardives, à compter des années 1990, notamment celles consacrées aux saisons ou aux <i>catenaries</i>, s’enrichissent de références autobiographiques pour devenir un territoire de mémoire. L’artiste y revisite ses propres motifs, explore les traces laissées par le temps, comme lorsqu’il associe les plans de la maison de ses grands-parents où il a grandi à des représentations cosmiques et des citations artistiques <i>(Sans titre, 1992-1994).</i></p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/XLO4OE5MEBB5XHIZSDD2RZKBEE.jpg?auth=801bb28318efe2c5dcc7672bda7ec51ac592463b6166e71d88e70a5ba5f57f8c&smart=true&width=2756&height=1836" alt="Jasper Johns, "Sans titre", 1992-1994." height="1836" width="2756"/><figcaption>Jasper Johns, "Sans titre", 1992-1994.</figcaption></figure><p>Le parcours accorde également une place importante aux dessins et aux estampes, souvent éclipsés par les grands formats. Sur ces compositions autonomes, Jasper Johns reprend des idées anciennes, les transforme, les réinvente. Dans cette dernière section, dédiée au travail sur papier, <i>Foirades/Fizzles</i> (1976), le livre d’artiste qu’il a réalisé réalise à Paris avec Samuel Beckett, garde intact son pouvoir de fascination. Entre les mots de l’écrivain irlandais et les signes du graveur américain, se tisse une économie de moyens, où rien n’est démontré mais tout reste à déchiffrer. Comme un condensé de l’art de Johns lui-même.</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/7NXRXPODEZDTHJMNRVEQ63ZT5I.jpg?auth=485b9069c00c3727018214d0179f30d7a312c420238bbfd3a50872aa86c651a8&amp;smart=true&amp;width=2408&amp;height=1242" type="image/jpeg" height="1242" width="2408"><media:description type="plain"><![CDATA[Vue de l'exposition "Jasper Johns : Night Driver".]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">© Musée Guggenheim Bilbao, 2026</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[La redécouverte du mois : Emilia Pardo Bazan, la Colette espagnole ?]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/la-redecouverte-du-mois-emilia-pardo-bazan-la-colette-espagnole-A6T3GGBZOFB3NDYM3HDLO4LEPM/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/la-redecouverte-du-mois-emilia-pardo-bazan-la-colette-espagnole-A6T3GGBZOFB3NDYM3HDLO4LEPM/</guid><dc:creator><![CDATA[Louis-Henri de La Rochefoucauld]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sat, 27 Jun 2026 06:30:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Comment pourrions-nous faire le tour des livres de 2026 alors qu’il nous reste à découvrir des titres de 1889 ? Cette année-là sort en Espagne <i>Insolation</i> de la truculente trentenaire Emilia Pardo Bazán. Elle n’est pas une débutante. Issue de l’aristocratie galicienne, elle a déjà fait scandale avec quelques textes qui ont notamment outré son mari – qu’elle a quitté. Faut-il voir dans <i>Insolation </i>un règlement de comptes post-séparation ? Il y est question d’une veuve de bonne famille qui bamboche avec un gandin – une sorte de version flamenco de <i>La Vie de Patachon</i> de Pierre de Régnier. Emilia Pardo Bazan fut-elle une sorte de grande sœur de <a href="https://www.lexpress.fr/culture/art/colette-en-ses-mondes-lexposition-a-voir-a-la-bnf-JVRE2VA5LFCG7NZKH3MQ7ZUYXY/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/art/colette-en-ses-mondes-lexposition-a-voir-a-la-bnf-JVRE2VA5LFCG7NZKH3MQ7ZUYXY/">Colette</a> ? Elles ont plus d’un point commun.</p><p>Après son mariage raté, la femme de lettres connaît une longue histoire avec <a href="https://www.lexpress.fr/culture/peut-on-egratigner-les-classiques_2118846.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/peut-on-egratigner-les-classiques_2118846.html">Benito Pérez Galdos</a>. Cette passion fixe est entrecoupée de passades avec des hommes bien plus jeunes. L’inclassable Pardo Bazan parvient à être à la fois une icône féministe et une fervente catholique (elle a publié une biographie de saint François d’Assise). </p><p>Jamais à court d’idées, elle se lance dans les livres de cuisine, glissant dans ses recettes des conseils émancipateurs aux jeunes filles. Cette fantaisie et cette fraîcheur se retrouvent dans <i>Insolation</i>, remède idéal à la canicule. Plutôt que de relire <i>La Fin de Chéri</i>, <i>La Naissance du jour</i> ou autre classique de Colette, glissez cette curiosité de la Pardo Bazan dans votre sac la prochaine fois que vous arpenterez la plage à la recherche d’un coin d’ombre pour lire.</p><p><i>Insolation </i>par Emilia Pardo Bazán. Traduit de l’espagnol par Sadi Lakhdari. Le Cherche Midi, 235 p., 19 €. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/WQCXSDCRQJC37HUQJRLHCFXRWI.jpg?auth=557a45f038c768af7d469ee8b67d1c94c3e3f453a60e18a948d0db7630912a0d&amp;smart=true&amp;width=1062&amp;height=1327" type="image/jpeg" height="1327" width="1062"><media:description type="plain"><![CDATA[Emilia Pardo Bazán.
Luis Sellier (La Corogne). Photographie, 1885. Inscription d'Emilia Pardo Bazán au recto : "1885". 22 x 15,9 cm, sur support en carton de 24,4 x 16,8 cm. ]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">Luis Sellier/Bibliothèque Lázaro Galdiano, IB.14867-133</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[De Paul Auster à Charlie Dalin : les ventes de livres défient la mort ]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/ventes-de-livres-quand-les-livres-defient-la-mort-JQMDT7SDBNH6RMZNLEN5UCSTIE/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/ventes-de-livres-quand-les-livres-defient-la-mort-JQMDT7SDBNH6RMZNLEN5UCSTIE/</guid><dc:creator><![CDATA[Louis-Henri de La Rochefoucauld]]></dc:creator><description></description><pubDate>Fri, 26 Jun 2026 16:21:35 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Paul Auster fut une vedette littéraire des années 1980 grâce à <i>La Trilogie new-yorkaise</i> et à <i>Moon Palace</i>. Lors des décennies suivantes, son aura n’a jamais décliné, notamment chez nous où il incarnait le grand écrivain américain, francophile de surcroît – il avait connu la vie de bohème à Paris dans les années 1970, époque où il traduisait Mallarmé… Preuve qu’Auster n’a rien perdu de son côté iconique, le chroniqueur littéraire star sur les réseaux sociaux, <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/christopher-laquieze-influenceur-litteraire-numero-un-comment-faire-lire-a-lere-des-reseaux-PFSPAR4DJVECFHEQEGVXMYJ2R4/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/christopher-laquieze-influenceur-litteraire-numero-un-comment-faire-lire-a-lere-des-reseaux-PFSPAR4DJVECFHEQEGVXMYJ2R4/">Christopher Laquieze</a>, a expliqué ici et là que <i>L’Invention de la solitude</i> est le livre qui a changé sa vie. </p><p>Même la mort n’aura pas la peau d’Auster. Disparu en 2024, il a ressuscité en librairie grâce à son épouse <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/ghost-stories-de-siri-hustvedt-le-portrait-du-fantome-paul-auster-7R7WGTNAG5F7RNUHFSA2454A6A/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/ghost-stories-de-siri-hustvedt-le-portrait-du-fantome-paul-auster-7R7WGTNAG5F7RNUHFSA2454A6A/">Siri Hustvedt</a>, qui lui a consacré un livre-hommage, <i>Ghost Stories</i> (Gallimard). 3<sup>e </sup>des ventes d’essais cette semaine, comme la semaine précédente, ce récit touchant en est déjà à 25 000 exemplaires vendus. Porté par un excellent bouche-à-oreille, il ne devrait pas s’arrêter là.</p><p>Lui non plus n’était pas simple à stopper : skipper d’exception, Charlie Dalin avait remporté le Vendée Globe 2024-2025. Ce n’est qu’à l’automne dernier, lors de la parution de son livre <i>La Force du destin</i> (Gallimard), que Charlie Dalin avait révélé être atteint d’un cancer rare de l’intestin, maladie dont il souffrait déjà lors de son périple victorieux, ce qui rendait sa performance encore plus héroïque et historique. La vague d’émotion qu’a suscitée l’annonce de son décès le 10 juin a relancé les ventes de son témoignage. Remonté à la 6<sup>e</sup> place des ventes d’essais, <i>La Force du destin</i> atteint les 30 000 exemplaires. Au vu du capital de sympathie dont jouit à juste titre Charlie Dalin, il devrait suivre son rythme de croisière. </p><p>Ce n’est pas le pape qui nous contredira : il y a une vie après la mort. Bien vivant, Léon XIV continue de répandre la bonne parole aux fidèles et autres brebis égarées. <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/ventes-de-livres-le-pape-leon-xiv-plus-fort-que-les-best-sellers-UXMF3FPPIFD6VJNZDIIEN67XN4/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/ventes-de-livres-le-pape-leon-xiv-plus-fort-que-les-best-sellers-UXMF3FPPIFD6VJNZDIIEN67XN4/">Son encyclique anti-IA, <i>Magnifique humanité</i></a>, est à la fois 2<sup>e</sup>, 4<sup>e</sup> et 7<sup>e</sup> des ventes d’essais ! Si on cumule la version co-éditée par Le Cerf, Bayard et Mame, celle publiée par Artège et celle parue chez Salvator, le Saint-Père a multiplié les pains en librairie : près de 10 000 exemplaires écoulés cette semaine, et bientôt 40 000 en tout. Fera-t-il mieux que <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/ventes-de-livres-boualem-sansal-a-t-il-reussi-son-lancement-QHNWXXLENVAUXPW4WNC22UQUXI/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/ventes-de-livres-boualem-sansal-a-t-il-reussi-son-lancement-QHNWXXLENVAUXPW4WNC22UQUXI/">Boualem Sansal</a>, qui est 1<sup>er</sup> des essais mais dont la courbe baisse ? Il est bien parti pour.</p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/7YUKLXASPRET7G4KTOU6WQRAMM.jpg?auth=a70d904b462577bc6f08351387c0961f6b05864766e52b4ff49a9714c11f2617&smart=true&width=1097&height=2448" alt="" height="2448" width="1097"/></figure><p>Du côté des romans, il y a moins de choses à relever. Que dire que nous n’ayons déjà dit au sujet des succès de Sarah Rivens, Fred Vargas, Virginie Grimaldi, Freida McFadden et <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/franck-thilliez-au-nord-cetaient-les-frissons-LXVW57GJ6ZFGHJNHIFJKJ5SNYQ/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/franck-thilliez-au-nord-cetaient-les-frissons-LXVW57GJ6ZFGHJNHIFJKJ5SNYQ/">Franck Thilliez</a> ? On se réjouit d’observer que <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/clement-prix-goncourt-du-premier-roman-linceste-selon-romain-lemire-J4VPPC5ICRHKDHQ2G3MKYZWZ5Q/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/clement-prix-goncourt-du-premier-roman-linceste-selon-romain-lemire-J4VPPC5ICRHKDHQ2G3MKYZWZ5Q/">Romain Lemire</a> se maintient en 15<sup>e </sup>position avec <i>Clément</i> (Le Cherche Midi), bouleversant récit sur l’inceste dont lui et ses frères furent victimes de la part de leur père – un des grands livres de l’année. </p><p>Un peu au-dessous, à la 17<sup>e</sup> place, notons un roman au titre cohérent avec ce billet : <i>L’Homme qui n’avait pas assez d’une vie</i> de Douglas Kennedy, paru chez Belfond. Le remède à la mort s’appelle la postérité, et Paul Auster et Charlie Dalin peuvent se féliciter d’y avoir droit. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/A3SGJOAMEBB3NCQYADUTRH2BLQ.JPG?auth=de85e65dfd7c07e4e4776b8ea99a99341f916d5370c74374ade7c57f1a20d23b&amp;smart=true&amp;width=2855&amp;height=1939" type="image/jpeg" height="1939" width="2855"><media:description type="plain"><![CDATA[Charlie Dalin, ici à son arrivée au Vendée Globe le 14 juin 2025, est décédé le 11 juin dernier à l'âge de 42 ans.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">REUTERS</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Karoly Ferenczy : la peinture au contact des corps, par Christophe Donner]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/karoly-ferenczy-la-peinture-au-contact-des-corps-par-christophe-donner-RPULPGJ4VRBB3FIRK7JXQQLWXA/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/karoly-ferenczy-la-peinture-au-contact-des-corps-par-christophe-donner-RPULPGJ4VRBB3FIRK7JXQQLWXA/</guid><dc:creator><![CDATA[Christophe Donner]]></dc:creator><description></description><pubDate>Wed, 24 Jun 2026 04:15:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Karoly Ferenczy est un peintre hongrois né à Vienne en 1862, mort 55 ans plus tard à <a href="https://www.lexpress.fr/monde/europe/apres-la-defaite-de-viktor-orban-budapest-et-varsovie-revent-dune-nouvelle-alliance-YZUXKHSDKJHPNBVOSXXFDXQHPM/" target="_blank" rel="noreferrer" title="https://www.lexpress.fr/monde/europe/apres-la-defaite-de-viktor-orban-budapest-et-varsovie-revent-dune-nouvelle-alliance-YZUXKHSDKJHPNBVOSXXFDXQHPM/">Budapest</a>, à une époque où il semblait raisonnable de mourir à cet âge-là. Le lendemain de ma visite au Petit Palais où ce grand peintre méconnu (en France) est exposé jusqu’au 6 septembre, mon dermato a cru me rassurer en m’annonçant que j’avais une espérance de vie de vingt à trente ans. Je me suis demandé ce que j’allais bien pouvoir écrire pendant tout ce temps. N’ai-je pas épuisé les trésors de ma jeunesse ? N’allons-nous pas tous, nous les écrivains, dans les vingt à trente prochaines années nous contenter de publier nos conversations avec notre chatbot à l’IA préféré ?</p><p>L’<a href="https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/comment-nous-sommes-entres-dans-lere-de-la-nowstalgie-par-gerald-bronner-N2OMCDR4JBBQXKVPUWREBTPJ4E/" target="_blank" rel="noreferrer" title="https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/comment-nous-sommes-entres-dans-lere-de-la-nowstalgie-par-gerald-bronner-N2OMCDR4JBBQXKVPUWREBTPJ4E/">obsession de la nouveauté</a>, du progrès, de l’originalité, du moderne, Karol Ferenczy ne l’a pas eue, ce bienheureux. Cent vingt-cinq ans après leur réalisation, que voit-on sur les trois autoportraits qui ouvrent judicieusement l’exposition ? Dans le premier tableau, réalisé en atelier, sa main gauche tient le pinceau dont la pointe touche le bord du cadre. Dans le deuxième tableau, réalisé un an plus tard au milieu de la forêt, la main droite arrange la coiffure de son modèle. Dans le troisième tableau, cette même main droite effleure celle du modèle, entièrement nue, assise en amazone sur le bras d’un fauteuil, offrant son impudeur antique avec morgue et fatalisme. Elle a eu ce geste du bras formant un arc, afin de poser sa main sur sa tête, et c’est cette main que le peintre effleure. Tout est là, dans la relation du peintre avec le corps de ses modèles.</p><p>La peinture, il la maîtrise, ça n’est plus une question, il a égalé et dépassé ses maîtres, Puvis de Chavannes, puis Bastien-Lepage. La question qui demeure, c’est de savoir ce qu’il peint. Le sujet. Les paysages sont à leur place : en toile de fond. Ils peuvent par moments jouer aux éclairagistes pour des transparences impressionnistes et saisissantes, mais toujours au service des corps. S’il s’est autoportraituré en train de toucher, d’effleurer la main de son modèle, ça n’est pas un hasard.</p><h3>Le corps comme matière et relation</h3><p>Dans <i>Octobre</i>, une huile sur toile de 126,5 centimètres par 107 centimètres réalisée en 1903, le corps de l’homme, debout de trois quarts dos, lisant son journal à l’ombre d’un parasol jaune qui occupe une bonne partie de la superficie du tableau, l’homme est verticalement ensoleillé à moitié de telle sorte que la courbe du dos et celle des fesses prennent la lumière. C’est un corps habillé, surpris, capturé à ses dépens, on est rarement beau, de dos, celui-ci l’est autant que son chapeau achève de le rendre élégant. C’est l’immobilité en action. Tout comme ce marin, aquarelle dessinée à Paris en 1887, alors qu’il suit les cours de Bastien-Lepage. Dès ses débuts dans l’art, après avoir abandonné ses études de droit, Ferenczy parvient déjà à capter la lourdeur des bras ballants, la sûreté de l’écartement des pieds nus, l’inquiétude animale du regard de ce marin.</p><p>Très vite arrivent les chefs-d’œuvre, <i>Jeunes garçons jetant des cailloux</i> est une huile sur toile de 119,5 centimètres par 149 centimètres qui date de 1890. Ils ne jettent plus rien, un qui ramasse, deux qui observent l’effet produit par leurs cailloux à la surface du Danube. Aucune psychologie. Des corps, des corps, des sentiments. Aucune révolte ni sagesse particulière.</p><p>Effondrement de celle qui voit et laisse partir son homme, c’est <i>Le Départ, </i>une huile sur toile de 100 centimètres par 94 centimètres réalisée en 1892. Divorce ou mobilisation générale. La tête sur la table comme sur le billot, il la regarde, et dans l’inclinaison de son cou la douleur muette de celui qui doit partir, à la guerre ou en rejoindre une autre. Avant de peindre ses <i>Cavaliers dans l’eau</i>, à Tahiti, en 1902, <a href="https://www.lexpress.fr/culture/cinema/gauguin-les-errances-d-un-genie-entre-l-extase-et-l-abime_1942398.html" target="_blank" rel="noreferrer" title="https://www.lexpress.fr/culture/cinema/gauguin-les-errances-d-un-genie-entre-l-extase-et-l-abime_1942398.html">Paul Gauguin</a> a dû voir les <i>Chevaux dans l’eau</i> de Ferenczy, une huile sur toile de 116 centimètres par 96 centimètres réalisée en 1896.</p><p>Avec le temps, Ferenczy révèle le précipice qui sépare la photographie et la peinture. C’est tout bête : avec son pinceau dans la main gauche, Ferenczy touche les corps, il les caresse pendant des heures, et après la pose il continue, peaufine, quand le photographe a cette manie de se détourner de son sujet aussitôt l’obturateur refermé, comme si l’objet de son désir n’existait plus, ce qui est le cas. Je n’aurais pas parlé de la nudité des corps de Ferenczy, vous êtes assez grands.</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/7N4FEU56UZHK5FS4VJEDVCPPKI.jpg?auth=a175b7097a78e1d2edd31d8c93cffd3c4975543276dcb78cbc136db8e010f3b1&amp;smart=true&amp;width=1400&amp;height=1050" type="image/jpeg" height="1050" width="1400"><media:description type="plain"><![CDATA[Galerie nationale hongroise - Musée des Beaux-Arts, Budapest, 2026.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">Galerie nationale hongroise - Musée des Beaux-Arts, Budapest, 2026.</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Langue française : le grand flou du nombre de mots]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/combien-y-a-t-il-de-mots-dans-la-langue-francaise-AJNSCSXQJ5HGPINSGOZIVTYCRU/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/combien-y-a-t-il-de-mots-dans-la-langue-francaise-AJNSCSXQJ5HGPINSGOZIVTYCRU/</guid><dc:creator><![CDATA[Michel Feltin-Palas]]></dc:creator><description></description><pubDate>Tue, 23 Jun 2026 04:15:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>C’est le genre de questions stupides que je me posais depuis un bon moment. Combien de mots existe-t-il dans la langue française ? Et sur ce total, combien de mots connaît un francophone ? Et comme je suis d’un tempérament opiniâtre ("Pas opiniâtre. Têtu !", corrigent généralement mes amis, qui sont d’une mauvaise foi sans nom), j’ai fini par me pencher sur le sujet. </p><p><b>CETTE INFOLETTRE REDEVIENT GRATUITE !</b> </p><p><i>"Sur le bout des langues" reste bien sûr comprise dans l’abonnement à L’Express, mais elle est aussi accessible à tous ceux qui le souhaitent.</i></p><p><i>Pour s’inscrire, suivez </i><a href="https://post.eu.spmailtechnol.com/f/a/s2jSbiWmxAZwaV_WTH2GhA~~/AABGZBA~/RbXRzn1Vc9gpNDqf-9QpOWtktquup0gOoqdoHiwLLk08lUQ6yEedYFRGfag6EciPxIVJyZrWkU3VKTCdrNWLf_4sqcWoYEOFAZm2x6MyCbUvGtDYYTqtEorFTHwKO2Mtv_059zx1AlLjGOPI0ARyJg~~" rel=""><i>ce lien</i></a><i>, sélectionnez "Sur le bout des langues", entrez votre adresse de messagerie dans le bandeau qui apparaît en bas de page et cliquez sur "Valider".</i></p><p>Concernant les éditions Le Robert, voici les chiffres que m’a confiés Géraldine Moinard, sa directrice de la rédaction, concernant les noms communs. Ils permettent de fixer des ordres de grandeur. "Le Robert Benjamin, destiné aux enfants de 5-6 ans, compte 7 000 entrées ; Le Robert Junior, 18 000 ; Le Petit Robert, 65 000 et Le Grand Robert environ 100 000." Du côté de Larousse, les données sont à peu près les mêmes. Quant au Wiktionnaire, il en affiche bien plus (environ 450 000), mais cela tient à deux raisons particulières. D’une part, il s’agit d’un outil numérique, qui n’est donc pas confronté à un problème de place. D’autre part, il intègre aussi bien les mots disparus que les mots rarissimes. Il n’a donc pas la même fonction qu’un dictionnaire usuel.</p><p>Première conclusion ? Il est impossible de donner un chiffre et un seul pour indiquer "le" nombre de mots total de la langue française, d’autant que celui-ci dépend encore d’autres variables :</p><ul><li><b>Les vocabulaires techniques</b>. Prenons l’exemple de la botanique et de la zoologie. Le référentiel Taxref du muséum d’histoire naturelle recense 160 612 espèces présentes sur le territoire français, lesquels sont désignées par… 485 189 noms scientifiques et synonymes ! Sachant qu’il en va de même pour la médecine, la chimie, le nucléaire, l’informatique ou le droit (liste non exhaustive), on mesure l’ampleur du problème.</li><li><b>Les mots disparus.</b> Au cours de l’Histoire, d’innombrables vocables sont tombés au champ d’honneur de la langue française. Ils n’en ont pas moins existé. Faut-il pour cette raison comptabiliser par exemple ceux qui figurent dans l’incroyable<b> </b><i>Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXᵉ au XVᵉ siècle, </i>auquel le lexicographe Frédéric Godefroy a consacré pas moins<b> </b>de… 10 volumes ? Dans ce cas, on adjoindra à notre lexique "entalentif", ", "entregrogner" et "vastité"…</li><li><b>Les régionalismes.</b> Selon les lieux, le français se colore de termes issus des langues historiques qui y étaient en usage avant son arrivée. C’est le cas en Alsace pour "<i>ratsch"</i> (bavard) ; en Bretagne pour "bléjer" (hurler) ; en Picardie pour "viéserie" (fripes) ; en Provence pour "esquicher" (écraser). Et tant d’autres… </li><li><b>Les francophonismes</b>. Le même phénomène joue au sein de la vaste francophonie. "Taxieur" (Maghreb), "préjudicier" (Sénégal), "adodoler" (Suisse) et "tataouiner" (Québec) forment quelques-unes des 440 000 entrées du jubilatoire <i>Dictionnaire des francophones</i>. Il est logique qu’ils ne soient pas tous retenus par le <i>Robert</i> ou le <i>Larousse</i>, qui se fixent pour objectif de refléter avant tout la langue pratiquée en France.</li></ul><p>La même prudence s’impose pour ce qui concerne "le" nombre de mots maîtrisé par un locuteur du français, lequel dépend d’autres paramètres : </p><ul><li><b>L’âge.</b> Un nourrisson comprend ses tout-premiers mots – son prénom, "papa", "maman"… - dès 4 ou 6 mois. Il lui faudra attendre 18 mois à 2 ans pour maîtriser 50 termes supplémentaires. C’est ensuite seulement que l’on assiste à une véritable "explosion lexicale". L’enfant acquiert dans les années qui suivent environ 10 à 20 mots par… jour ! Sachant, précision importante, qu’il commence par les comprendre et les enregistrer avant de les employer (1). Cet apprentissage se poursuit tout au long de la scolarité, mais aussi pendant la vie adulte. En effet, la taille du vocabulaire n’est jamais une donnée fixe, a fortiori pour ceux qui lisent régulièrement livres et journaux. Selon un sondage très rigoureux réalisé auprès de trois collègues du service Abonnement croisés à la machine à café, la progression serait même maximale si l’on est un lecteur régulier de L’Express.</li><li><b>Les mots et leurs sens. </b>Une chose est de connaître un terme. Une autre est d’être capable d’en maîtriser les différentes acceptions. "<i>Le Petit Robert</i> compte<b> </b>ainsi 65 000 mots mais… 300 000 sens", indique encore Géraldine Moinard. Ce qui amène la linguiste britannique Jean Atchinson à insister sur cette donnée majeure : l'enrichissement du vocabulaire ne consiste pas seulement à apprendre de nouveaux mots, mais aussi à approfondir les nuances, les emplois spécialisés et les connotations culturelles de ceux que l’on connaît déjà. </li><li><b>Et au fait, qu’est-ce qu’un mot ?</b> La réponse n’est pas si simple qu’il y paraît. Les linguistes regroupent en effet les différentes formes d’un même mot en un seul "lemme".&nbsp;"Porter", "porteront" et "portais", par exemple, correspondent certes à trois mots, mais à un seul lemme (2).</li></ul><p>Bref, vous l’aurez compris (ou alors il faut que je change de métier) : il est également impossible de répondre avec simplicité à la question "Combien de mots connaît un francophone ?". </p><p>Ce qui est certain, c’est que certaines infox circulent sur le sujet, laissant entendre que certains "jeunes" (sous-entendu : des "cités") n’en connaîtraient que 500 ou 600. "Cela est rigoureusement impossible, <a href="https://www.tract-linguistes.org/combien-de-mots-utilise-t-on-comment-savoir-si-un-chiffre-est-farfelu-on-vous-explique-tout/" target="_self" rel="" title="https://www.tract-linguistes.org/combien-de-mots-utilise-t-on-comment-savoir-si-un-chiffre-est-farfelu-on-vous-explique-tout/">tranche la linguiste Maria Candea dans un article consacré à cette thématique</a>. La langue française comprend en effet pas moins de 300 'mots-outils' que tout francophone utilise : 'par', 'que', 'le', 'ces', etc. Il faut aussi prendre en compte tous les mots courants ('manger', 'maison', 'chien') sans oublier les noms propres, sans lesquels il est impossible de citer une personne, un lieu ou une marque." Sa conclusion ? "Nous n’avons pas trouvé d’adulte capable de tenir des conversations orales dans ses situations les plus courantes, banales et quotidiennes avec moins de 10 000 mots."</p><p>La prudence sur ce chapitre est d’autant plus de mise que ce corpus évolue sans arrêt. Et pour cause : les francophones ont tout loisir d’inventer chaque jour de nouveaux termes. Et ils ne s’en privent pas, d’ailleurs, comme en témoignent les récents "Macronie", "Mbappémania" et autres "covidéologues". </p><p>Youpifiant, non ?</p><p>(1) <a href="https://www.reseau-canope.fr/fileadmin/user_upload/Projets/conseil_scientifique_education_nationale/CSEN_Synthese_acquisition_vocabulaire_maternelle_WEB.pdf" rel="">Comment faciliter l’acquisition du vocabulaire à l’école maternelle </a>? </p><p>(2) Vous pouvez tester l’étendue de votre vocabulaire en entrant vos textes dans ce "<a href="https://www.jerome-pasquelin.fr/tools/outil_lemmatisation.php " target="_self" rel="" title="https://www.jerome-pasquelin.fr/tools/outil_lemmatisation.php ">lemmatiseur</a>" (note : les mots-outils y sont qualifiés de "<i>stop words"</i>).</p><p><i><b>RETROUVEZ DES VIDÉOS CONSACRÉES AU FRANÇAIS ET AUX LANGUES DE FRANCE SUR </b></i><a href="https://www.youtube.com/@michelfeltin-palas" rel=""><i><b>MA CHAÎNE YOUTUBE </b></i></a></p><h3><b>Du côté de la langue française</b></h3><p><a href="https://langue-francaise.org/articles/affichage-ekosport-le-jury-de-la-deontologie-publicitaire-juge-fondee-la-plainte-de-defense-de-la-langue-francaise" target="_self" rel="" title="https://langue-francaise.org/articles/affichage-ekosport-le-jury-de-la-deontologie-publicitaire-juge-fondee-la-plainte-de-defense-de-la-langue-francaise"><b>La publicité pour « Ekosport votre </b><i><b>shop running</b></i><b> » condamnée</b></a></p><p>A l’initiative de l’association Défense de la langue française, le jury de la déontologie publicitaire vient de condamner la publicité "Ekosport votre <i>shop running</i>" en raison de la disproportion des caractères utilisés pour le slogan, d'une part, et pour sa traduction française d'autre part. La loi Toubon prévoit en effet que "la présentation en français doit être aussi lisible, audible ou intelligible que la présentation en langues étrangères".</p><p><a href="https://actes-sud.fr/catalogue/c-est-du-pipeau-020255" target="_self" rel="" title="https://actes-sud.fr/catalogue/c-est-du-pipeau-020255"><b>C’est du pipeau !</b></a></p><p>"Ouvrir le bal", "battre en retraite", "avoir le blues"… On n’en a pas toujours conscience, mais les expressions tirées de la musique foisonnent dans la langue française. Cet ouvrage original le démontre avec de multiples exemples.</p><p><i>C’est du pipeau ! Le jargon de la musique et des musiciens</i>, par Stéphane Gendron. Editions Actes Sud, </p><p><a href="https://laboutique.edpsciences.fr/produit/1564/9782759837908/la-foisonnante-histoire-du-nom-des-molecules" target="_self" rel="" title="https://laboutique.edpsciences.fr/produit/1564/9782759837908/la-foisonnante-histoire-du-nom-des-molecules"><b>La foisonnante histoire du nom des molécules </b></a></p><p>Le nom de l'ylang-ylang est un emprunt au tamalog, la principale langue des Philippines, dans laquelle le redoublement marque l’abondance ou l’excellence. Il s’agit ici d’une référence au parfum de cette fleur qui entre dans la composition du célèbre parfum n° 5 de Chanel. Le taxotère, un anticancéreux, est obtenu grâce à des composés de l’if, un arbre dénommé <i>taxus</i> en latin. L’adrénaline tire son nom de l’adjectif rénal car elle est sécrétée par les glandes surrénales, situées juste au-dessus de chaque rein… Telles sont quelques-unes des informations que l’on trouve dans cette <i>foisonnante histoire du nom des molécules</i>, un ouvrage aussi sérieux sur le fond que richement illustré sur la forme.</p><p><i>La foisonnante histoire du nom des molécules</i>, par Pierre Avenas. Avec la collaboration de Séverine Bléneau-Serdel. Editions EdpSciences</p><h3><b>Du côté des autres langues de France</b></h3><p><a href="https://actu.fr/bretagne/saint-aubin-du-cormier_35253/ille-et-vilaine-lentreprise-recoit-un-cheque-redige-en-breton-la-banque-lencaisse_64384161.html" target="_self" rel="" title="https://actu.fr/bretagne/saint-aubin-du-cormier_35253/ille-et-vilaine-lentreprise-recoit-un-cheque-redige-en-breton-la-banque-lencaisse_64384161.html"><b>Oui, il est possible de rédiger des chèques en langue régionale</b></a></p><p>Rédiger un chèque de plusieurs milliers d’euros pour l’achat d’un escalier n’a rien d’original. Sauf quand celui-ci est écrit en breton. Ce qui ne l’a pas empêché d’être accepté par la banque qui l'a reçu. Après enquête, celle-ci a en effet constaté qu’il était parfaitement conforme à l’article L131-2 du Code monétaire et financier, lequel définit les mentions obligatoires (parmi lesquelles ne figure pas la langue). L'émetteur de ce chèque pas comme les autres est un professeur de breton, William Landin, par ailleurs chanteur-conteur en breton, en gallo et en français.</p><p><a href="https://www.uik.eus/eu/jarduera/hizkuntza-gutxiagotuak-adimen-artifiziala" target="_self" rel="" title="https://www.uik.eus/eu/jarduera/hizkuntza-gutxiagotuak-adimen-artifiziala"><b>Quel avenir pour les langues minoritaires à l’heure de l’IA ?</b></a></p><p>Quelle place l’intelligence artificielle réserve-t-elle au basque, à l’occitan, au catalan ou à l’aragonais ? C’est à cette question que sera consacrée la journée du 1<sup>er</sup> juillet à la cité des Arts de Bayonne. Des réponses qui, au-delà du cas des langues pratiquées de part et d’autre des Pyrénées, valent pour toutes les langues minorisées.</p><p><a href="https://www.trabucaire.com/boutique/occitan/memoires-de-loccitanisme-1960-1980/" target="_self" rel="" title="https://www.trabucaire.com/boutique/occitan/memoires-de-loccitanisme-1960-1980/"><b>Mémoires de l’occitanisme</b></a></p><p>Les années 1960-1980 ont constitué un moment important pour le mouvement occitaniste. Dans la foulée de mai 68, les défenseurs de l’occitan multiplient les revendications dans les domaines de l’enseignement, de la création culturelle et des droits politiques, tout en jouant un rôle précurseur en matière de féminisme et d’écologie. Mais l’occitanisme connaît également des divisions internes et se fait manipuler par François Mitterrand, qui ne tiendra pas ses promesses concernant les langues régionales après son entrée à l’Elysée. Cet ouvrage revient sur ces années décisives en donnant la parole à nombre de ses acteurs. </p><p><i>Mémoire de l’occitanisme, 1960-1980</i>, dirigé par Christian Lagarde. Editions Trabucaire.</p><p><a href="https://www.billetweb.fr/region-20260707-dcp-rencontre-langue-culture-occitanes" target="_self" rel="" title="https://www.billetweb.fr/region-20260707-dcp-rencontre-langue-culture-occitanes"><b>Participez aux rencontres occitanes d’Auvergne-Rhône-Alpes le 7 juillet</b></a></p><p>La Région Auvergne-Rhône-Alpes organise le 7 juillet à Clermont-Ferrand une journée d’études visant à examiner le dernier plan d’action en faveur de l’occitan et à envisager les mesures que peuvent prendre dans ce domaine les élus locaux.</p><h3><b>Du côté des langues du monde</b></h3><p><a href="https://www.theguardian.com/global-development/2026/may/07/tibet-children-chinese-mandarin-school-preschool-language-culture?CMP=share_btn_url&amp;fbclid=IwY2xjawSY9rhleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZBAyMjIwMzkxNzg4MjAwODkyAAEeMe6PAwNtq13tAXxeBH92mwlDRPRHFG1cCGjddUYL2JBycm5byS0YTQCqMkY_aem_ITtQUvKO774_XgI0I6_rlA" target="_self" rel="" title="https://www.theguardian.com/global-development/2026/may/07/tibet-children-chinese-mandarin-school-preschool-language-culture?CMP=share_btn_url&amp;fbclid=IwY2xjawSY9rhleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZBAyMjIwMzkxNzg4MjAwODkyAAEeMe6PAwNtq13tAXxeBH92mwlDRPRHFG1cCGjddUYL2JBycm5byS0YTQCqMkY_aem_ITtQUvKO774_XgI0I6_rlA"><b>Pourquoi les enfants tibétains "pensent qu’ils sont chinois"</b></a></p><p>Selon leurs parents, la prééminence du mandarin dans les écoles érode la langue et la culture tibétaines de leurs enfants dès leur plus jeune âge, rapporte cet article du <i>Guardian</i>.</p><h3><b>A regarder</b></h3><p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=4NyUbZNZj_8" target="_self" rel="" title="https://www.youtube.com/watch?v=4NyUbZNZj_8"><i><b>Tomba l’oliva</b></i><b>, par Lambrusquera</b></a></p><p>Ce chant traditionnel venu des Abruzzes, en Italie, établit un parallèle entre la cueillette des olives et l’émigration. La cueillette des olives correspondait en effet au départ des maris pour la ville, où ils allaient louer leurs bras. Il est ici interprété par le groupe polyphonique béarnais <i>Lambrusquera</i>. Et cela magnifiquement, selon moi.</p><p><b>Traduction</b></p><p>Neige dans la vallée et neige sur la montagne </p><p>Dans la campagne il n’y a personne </p><p>Adieu, adieu, mon amour </p><p>Elles tombent et se cueillent, les olives qui tombent de l’arbre avec leurs feuilles </p><p>Tombe l’olive et le genièvre </p><p>Tombe l’olive et les feuilles de genièvre </p><p>Adieu, adieu, mon amour </p><p>Elles tombent et se cueillent, les olives qui tombent de l’arbre avec leurs feuilles.</p><p><i><b>RÉAGISSEZ, DÉBATTEZ ET TROUVEZ PLUS D’INFOS SUR LES LANGUES DE FRANCE SUR </b></i><a href="https://www.facebook.com/MichelFeltinPalasSurLeBoutDesLangues" rel=""><i><b>la page Facebook dédiée à cette infolettre</b></i></a></p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/BYJOHW4PV5HG5D3WSRXOHDSHGM.jpg?auth=659027fbf828d82733e77ce145f80a0975dfe62c4339821216205881dd8b90b4&amp;smart=true&amp;width=3513&amp;height=2342" type="image/jpeg" height="2342" width="3513"><media:description type="plain"><![CDATA[Les enfants connaissent à partir de deux ans une véritable « explosion lexicale » et apprennent environ 10 à 20 mots nouveaux par… jour ! Sachant, précision importante, qu’ils commencent par les comprendre et les enregistrer avant de les employer.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">PHOTOPQR/LE BIEN PUBLIC/MAXPPP</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA["Le Fils de l'oligarque", par Patrick Radden Keefe : enquête dans un Londres ténébreux]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/le-fils-de-loligarque-par-patrick-radden-keefe-enquete-dans-un-londres-tenebreux-UTSDDDEV5FC6XNBDBFS6WLTSAY/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/le-fils-de-loligarque-par-patrick-radden-keefe-enquete-dans-un-londres-tenebreux-UTSDDDEV5FC6XNBDBFS6WLTSAY/</guid><dc:creator><![CDATA[Marianne Payot]]></dc:creator><description></description><pubDate>Mon, 22 Jun 2026 08:30:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Longtemps, Matthew et Rachelle Brettler, enfants de pères rescapés de la Shoah, n’ont pas voulu médiatiser le suicide suspect de Zac, leur fils de 19 ans, qui sauta du balcon du cinquième étage d’une tour londonienne de Riverwalk, le 29 novembre 2019. Trois ans après le drame, ils ont fini par accepter la proposition de la plume du <i>New Yorker</i> <a href="https://www.lexpress.fr/informations/crise-des-opioides-aux-etats-unis-l-impitoyable-success-story-de-la-famille-sackler_2181763.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/informations/crise-des-opioides-aux-etats-unis-l-impitoyable-success-story-de-la-famille-sackler_2181763.html">Patrick Radden Keefe</a> de révéler l’affaire au grand public. Après avoir publié son article en février 2024, <a href="https://www.lexpress.fr/monde/amerique/mark-burnett-lhomme-sans-qui-donald-trump-naurait-jamais-ete-president-SSHZNLJXG5AHNFAYZRTKUW5MEI/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/monde/amerique/mark-burnett-lhomme-sans-qui-donald-trump-naurait-jamais-ete-president-SSHZNLJXG5AHNFAYZRTKUW5MEI/">le journaliste</a> s’est attelé à un livre, <i>Le Fils de l’oligarque </i>(Belfond), impressionnante enquête d’investigation sur la trajectoire de Zac, qui se fit passer, à l’insu de sa famille, pour un fils d’oligarque russe nommé Ismaïlov et installé à Londres. Nourri par deux ans de conversations avec les parents Brettler, le récit retrace, de façon chronologique, leurs relations avec leur fils cadet, leur étonnement et leur désarroi quand ils apprennent ses affabulations. On assiste ainsi à la métamorphose de Zac, enfant insolent et rieur en menteur tourmenté et vantard obsédé par les gangsters, rongé par l’anxiété corrosive de n’être pas assez riche. On constate ensuite la naïveté de Matthew et Rachelle Brettler quant à la "bienveillance" de deux adultes devenus les amis et protecteurs de Zac, Akbar Shamji et Verinder Sharma. Qui, on l’apprend petit à petit, en voulaient à la pseudo fortune du jeune homme. </p><p>Car, Akbar Shamji n’est autre qu’un charlatan au bord de la faillite, un dilettante posant à l’entrepreneur de génie, Oscar du meilleur escroc, et Verinder, alias "Dave l’Indien", un truand vieillissant, rêvant d’un dernier gros coup – coupable de quarante ans d’extorsions violentes et autres atrocités, et n’ayant écopé de guère plus de quelques mois en prison, à se demander, écrit Patrick Radden Keefe s’il n’était pas un informateur de Scotland Yard... Ce faisant, l’ouvrage brosse le tableau effrayant et ténébreux du Londres des années 2020, obsédé par le pouvoir et rongé par la corruption, avec ses résidences fantômes, ses comptes bancaires à l’étranger, ses entrepreneurs sans morale, ses escrocs sans vergogne et ses autorités incompétentes. Après l’enquête mal ficelée de Scotland Yard avec toutes ses pistes négligées, on reste pantois devant celle du journaliste du <i>New Yorker</i> !</p><p><i>Le Fils de l'oligarque</i>, par Patrick Radden Keefe, traduction Anne-Sylvie Homassel. Belfond, 400 p., 22,90 €. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/GVGYOVPLDBGLFJPNS2IJJM4EX4.jpg?auth=8cb94e49c8388444924fa807dbe69e75db99cf1f212b1907f1ca2f54f44347ec&amp;smart=true&amp;width=503&amp;height=427" type="image/jpeg" height="427" width="503"><media:description type="plain"><![CDATA[Après avoir publié son article en février 2024, le journaliste Patrick Radden Keefe s’est attelé à un livre, "Le Fils de l’oligarque" (Belfond).]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">Quique García/EPA/MaxPPP</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Un week-end à Paris : portraits du temps long au musée de l’Homme]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/un-week-end-a-paris-portraits-du-temps-long-au-musee-de-lhomme-3QHPYEA7ERDXVCTZQHBMWMHPUI/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/un-week-end-a-paris-portraits-du-temps-long-au-musee-de-lhomme-3QHPYEA7ERDXVCTZQHBMWMHPUI/</guid><dc:creator><![CDATA[Letizia Dannery]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sun, 21 Jun 2026 08:30:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Elle s'avance à rebours des imaginaires contemporains cette exposition à l'intitulé explicite – <i>Les Grands Ages</i> –, déployée au musée de l’Homme jusqu’en janvier 2027. C'est qu'ici la vieillesse n’est ni marginale ni adoucie, mais centrale, presque monumentale, grâce au dialogue inattendu, à la fois sensible et rigoureux, ouvert entre le photographe Nikos Aliagas et le biodémographe Samuel Pavard. Sur les cimaises du foyer Germaine Tillion, un visage d’homme, cadré au plus près, laisse apparaître une peau creusée comme une écorce. La lumière s’accroche à chaque ride, révélant une topographie du temps. Plus loin, une paire de mains occupe tout le cadre : larges, noueuses, minérales. </p><p>Ces figures, ces fragments de corps, captés au cours de voyages, souvent issus des racines grecques du photographe, racontent une vie entière, jalonnée de tourments. On devine, derrière certains portraits, des silhouettes croisées dans des villages reculés : un vieux assis à l’ombre d’un olivier, regard perdu mais droit ; une femme à la face burinée, drapée de noir, au regard lourd de secrets.</p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/JFRLJX744VE3DOLYRW7NLDBNPI.jpg?auth=2b88ff466f9e37acf8228cb35d33a87cc90a1247fddceca6ab5e488baa98d41b&smart=true&width=1426&height=938" alt="L'exposition replace la vieillesse dans une perspective évolutive et sociale." height="938" width="1426"/><figcaption>L'exposition replace la vieillesse dans une perspective évolutive et sociale.</figcaption></figure><p>En contrepoint, les textes de Samuel Pavard viennent élargir la focale. Le chercheur rappelle que la longévité n’est pas une anomalie contemporaine, mais une constante de l’histoire humaine. Bien avant l’ère moderne, les aînés occupaient un rôle central : transmission des savoirs, équilibre des groupes, mémoire vivante. L’exposition replace ainsi la vieillesse dans une perspective évolutive et sociale, aux antipodes du déclin silencieux. Le parcours, qui s’organise en trois temps (hier, aujourd’hui, demain), invite à changer d’échelle. D’un portrait intime, on passe à des données démographiques, puis à une réflexion globale sur l’avenir des sociétés vieillissantes. </p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/D26YILWB25HHRMT56IF73M2HF4.jpeg?auth=10f4d9b6be06a6359c643df7f9e5dcd81b41870291385220234c500512c6fcd8&smart=true&width=5863&height=3909" alt="Nikos Aliagas au musée de l'Homme face aux clichés des "Grands Ages"." height="3909" width="5863"/><figcaption>Nikos Aliagas au musée de l'Homme face aux clichés des "Grands Ages".</figcaption></figure><p>Le sujet est d’actualité : la part croissante de ceux qu’on nomme pudiquement les "personnes âgées", notamment centenaires (32 000 en France en 2025), redessine déjà nos équilibres sociaux. Aujourd’hui, sur la planète, les plus de 60 ans dépassent le milliard d’individus – ils seront 2,1 milliards en 2050. Et les plus de 80 ans, ceux que l’on pourrait appeler les "très grands âges", devraient tripler sur la même période pour atteindre 426 millions d’individus. Face à ces nouvelles réalités, les individualités saisies par Aliagas changent de statut pour devenir les visages d’un phénomène global. Car l'échange entre art et science fait son office. Là où l’image pourrait céder à l’émotion pure, les chiffres introduisent une distance. Là où la donnée apparaît froide, le cliché la rend tangible. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/XVW7VNC3LZGJTGUVP6UBQ7SRZY.jpg?auth=b30223b064742207f485d6e804b5b1f23f7e152e8911992ae6e645ec771e71a3&amp;smart=true&amp;width=2004&amp;height=1028" type="image/jpeg" height="1028" width="2004"><media:description type="plain"><![CDATA["Pas vu, pas pris", Venise, 2023 (détail).]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">© Nikos Aliagas</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA["Clément", prix Goncourt du premier roman : l'inceste selon Romain Lemire]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/clement-prix-goncourt-du-premier-roman-linceste-selon-romain-lemire-J4VPPC5ICRHKDHQ2G3MKYZWZ5Q/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/clement-prix-goncourt-du-premier-roman-linceste-selon-romain-lemire-J4VPPC5ICRHKDHQ2G3MKYZWZ5Q/</guid><dc:creator><![CDATA[Louis-Henri de La Rochefoucauld]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sat, 20 Jun 2026 09:00:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Alors que les affaires Bruel et <a href="https://www.lexpress.fr/societe/justice/affaire-lyhanna-le-piege-dune-justice-dictee-par-lemotion-par-jean-francois-cope-JBM72UGKGNC7NCLDZQGDF7FY5Y/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/societe/justice/affaire-lyhanna-le-piege-dune-justice-dictee-par-lemotion-par-jean-francois-cope-JBM72UGKGNC7NCLDZQGDF7FY5Y/">Lyhanna</a> font à juste titre couler beaucoup d’encre, il n’est pas inutile de redire que les garçons aussi peuvent être victimes de violences sexuelles. Deux livres abordant ce sujet encore tabou ont marqué le printemps, et continuent leur vie en librairie : <i>Derrière les arbres</i> de Frédéric Pommier et <i>Clément </i>de Romain Lemire. Le premier s’est vendu à plus de 10 000 exemplaires, le second à près de 15 000, remportant en prime le prix Goncourt du premier roman. C’est que ce livre poignant est plus qu’un témoignage : comme <a href="https://www.lexpress.fr/culture/franz-kafka-une-correspondance-amoureuse-des-plus-singulieres_2174331.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/franz-kafka-une-correspondance-amoureuse-des-plus-singulieres_2174331.html">Kafka</a> dans sa <i>Lettre au père</i>, Romain Lemire transforme sa douleur en littérature. "On va creuser pour prendre de la hauteur", écrit-il à un moment – et le lecteur sort groggy de ces 400 pages vertigineuses. </p><p>C’est en juillet 1983, lors de vacances à Belle-Île, que commencent les "cours de sexualité non sollicités". Clément (le double littéraire de l’auteur) a 7 ans. Une nuit, son père s’invite dans son lit et lui impose de lui faire une fellation. Ce ne sera pas la dernière fois. Romain Lemire rapporte ses souvenirs d’enfance avec un ton presque candide qui évoque parfois <i>Le Petit Nicolas</i>. Clément ne comprend pas ce qui lui arrive. Son père, André, a une excellente réputation. Professeur de français estimé, il élève ses quatre enfants à Paris dans un milieu favorisé, bourgeoisie rive gauche catho. La mère ne se doute de rien. Les années passent ainsi entre la ville, la campagne et le bord de la mer, sur fond des deux septennats de François Mitterrand, dont Romain Lemire restitue parfaitement l’ambiance. En 1990, Clément lit un livre de Françoise Dolto où il est question de l’inceste. L’adolescent ne voit pas le rapport avec ce qu’il connaît, son père n’étant pas méchant par ailleurs. Ce n’est que l’année suivante, en 1991, que la famille explose. Clément a fêté ses 14 ans quand l’aîné de ses deux frères révèle avoir été abusé par André. Les trois frangins comprennent enfin l’enfer qu’ils ont partagé sans jamais en parler ensemble. Leur sœur Estelle les soutient, mais leur mère se mure dans le silence. Avant d’avoir pu s’expliquer, André se donne la mort.</p><p>Dans la deuxième partie du livre, c’est un adulte qui parle. Clément revisite sa vingtaine, sa trentaine et sa quarantaine, passant sa tristesse au filtre d’une intelligence nourrie par la psychanalyse. Atteint d’un eczéma tenace et de problèmes de rétention urinaire chroniques, il se cherche professionnellement et sentimentalement. Sa vie amoureuse est longtemps un échec : il est incapable de construire quelque chose avec ses copines successives et, bien qu'il se définisse comme "hétéroromantique", il s’essaie de temps en temps à des passades avec des hommes, faisant alors penser à un héroïnomane en quête de l’ivresse du premier shoot, cherchant son plaisir dans ce qui l’a détruit. Si Romain Lemire cite Christine Angot ou <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/neige-sinno-vanessa-springora-camille-kouchner-quand-drames-personnels-et-succes-se-telescopent-ZMUMRDXBEJAYJFTQBFCA7WSZLM/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/neige-sinno-vanessa-springora-camille-kouchner-quand-drames-personnels-et-succes-se-telescopent-ZMUMRDXBEJAYJFTQBFCA7WSZLM/">Camille Kouchner</a> comme références, son livre fait plus souvent penser à <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/adele-yon-et-ambre-chalumeau-la-litterature-a-choisi-son-camp-et-nous-aussi-I6TDVHIWAZFUNJPCV27WC6ACFM/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/adele-yon-et-ambre-chalumeau-la-litterature-a-choisi-son-camp-et-nous-aussi-I6TDVHIWAZFUNJPCV27WC6ACFM/"><i>Mon vrai nom est Elisabeth</i></a> d’Adèle Yon. En parlant avec les uns et les autres, il comprend qu’il y a eu d’autres enfants violés, au sein de ses cousins comme chez les élèves d’André – voici pourquoi on le changeait régulièrement de collège, suite à des "problèmes". Alcoolique et bipolaire, Estelle s’enfonce dans la dépression, puis dans la maladie. Elle meurt d’un cancer à 47 ans, âge auquel André s’était suicidé… </p><p>Vers la fin du livre, pardonnant à son père et à sa mère le mal qu’ils lui ont fait, Romain Lemire donne des chiffres glaçants (un enfant sur dix est victime d’inceste) et nous rappelle que les victimes ont tendance à se muer en agresseurs, pensant y trouver la délivrance à la dégradation qu’elles portent en elles. Avant de devenir un père incestueux, André avait plusieurs fois tenté de se tuer. Que cachait-il ? Il sera mort avec ses secrets. </p><p><i>Clément </i>par Romain Lemire.<i> </i>Le Cherche Midi, 394 p., 22 €. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/NVRX3WEBJFBRRMJVCLWN3VHD4Y.jpg?auth=968fe3bcc0afca88766702497231d54f8ef4a87519c45b3b32a316b1df6bcb1d&amp;smart=true&amp;width=3149&amp;height=4724" type="image/jpeg" height="4724" width="3149"><media:description type="plain"><![CDATA[Sur le sujet encore tabou de l'inceste père/fils, Romain Lemire signe l'un des livres forts de l'année. ]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">Marie Magnin / Divergence</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Un week-end à Paris : l'auteur de BD Enki Bilal prend ses quartiers dans le Marais]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/art/lauteur-de-bd-enki-bilal-prend-ses-quartiers-dans-le-marais-4DG54Q2FHFEP7L7Y3GZ4BNPOZI/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/art/lauteur-de-bd-enki-bilal-prend-ses-quartiers-dans-le-marais-4DG54Q2FHFEP7L7Y3GZ4BNPOZI/</guid><dc:creator><![CDATA[Letizia Dannery]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sat, 20 Jun 2026 08:30:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Des dieux égyptiens flottant au-dessus de la capitale, des astronautes mélancoliques, des corps porteurs de stigmates, des villes suspendues entre ruines et futur : depuis plus de cinquante ans, il construit un monde qui n'appartient qu'à lui. Son univers foisonnant a enfin trouvé une adresse pérenne dans une petite artère du Marais, où le fonds Enki Bilal consacre une exposition inaugurale à l’œuvre du créateur français né yougoslave, à la croisée de la bande dessinée, de la peinture, des arts graphiques et du cinéma, qui a profondément marqué l’imaginaire collectif. Dès l’entrée, une tête métallisée monumentale représentant l’androïde <i>Exterminateur 17</i> aux trois mains plaquées sur le visage, ouvre le parcours, tandis que s’affichent, aux murs, les débuts d’un dessinateur précoce. </p><p>Enes Bilal - surnommé Enki dans la sphère familiale -, qui a vu le jour à Belgrade, en 1951, arrive en France à l’âge de dix ans, déjà pourvu d’un bon coup de crayon. Remarqué encore adolescent par Goscinny, il est révélé dans les années 1970 par le magazine <i>Pilote</i>. Sa collaboration avec le scénariste Pierre Christin donne naissance à des albums devenus classiques, avant qu’il ne développe une palette personnelle reconnaissable entre toutes, peuplée de personnages mélancoliques, de sociétés en mutation, de visions futuristes traversées par les convulsions de l’Histoire. Une esthétique singulière, dominée par les bleus métalliques, les visages fragmentés et les paysages post-industriels.</p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/QA7TN7NFVVFIFEXCRSCXBIBQEA.jpeg?auth=d5418242a9bfa8b35a9999e84720e9bc4fa15591b1d234e8909ea42cce132ac1&smart=true&width=3600&height=4500" alt="Enki Bilal, en mars 2026." height="4500" width="3600"/><figcaption>Enki Bilal, en mars 2026.</figcaption></figure><p>Avec des opus majeurs comme la trilogie <i>Nikopol</i>, <i>La Femme piège</i>, <i>Froid Équateur</i> ou encore <i>Le Sommeil du monstre</i>, Bilal a contribué à faire entrer les bulles dans le champ de la création à part entière. "La bande dessinée, c’est de l’art contemporain !" défend-il, bonnet sombre vissé sur le crâne et regard pétillant, face aux journalistes venus découvrir en avant-première ce premier lieu permanent dédié au genre dans la capitale. Mais l’artiste ne s’est pas limité au neuvième art. Peintre, scénariste, réalisateur de films, de <i>Bunker Palace Hôtel</i> à <i>Immortel (ad vitam)</i>, il fait dialoguer les disciplines pour mieux repousser les frontières de la narration visuelle.</p><p>Le fonds Enki Bilal a précisément pour vocation de refléter cette diversité. Imaginé par le galeriste et collectionneur Jean-Baptiste Barbier et orchestrée par la nouvelle directrice du Festival d’Angoulême, Clémentine Hustin, le site occupe un espace de 260 mètres carrés dans l’ancienne - et mythique - galerie Denise René, qui accompagna toute la carrière de Vasarely. Plus qu’un centre d’archives ou un musée monographique, il se destine à être un laboratoire artistique, que Bilal lui-même annonce "vivant, libre, muable, et surtout ouvert à d’autres". </p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/CQ5OB5IEMVC4LJ3UTMXDZWPYP4.jpg?auth=b9d1c6a665247705aedd6ce097bc194ee407a9145830670ab0dc19206c772202&smart=true&width=2953&height=2067" alt=""Autoportrait", 1994." height="2067" width="2953"/><figcaption>"Autoportrait", 1994.</figcaption></figure><p>Pour l’heure, on a droit à une rétrospective consacrée au héros du jour. Plus de 200 planches originales, peintures, sculptures, documents rares et archives inédites permettent ainsi de s’immerger dans le bouillon bilalien, depuis les souvenirs de l’enfance yougoslave jusqu’aux visions prospectives qui ont fait sa renommée. On y retrouve ses thématiques récurrentes, des "mémoires de demain" aux figures du pouvoir, en passant par les métamorphoses du corps, le chaos politique ou les enjeux écologiques. Loin de l’hommage figé, c’est aussi une invitation à entrer dans l’atelier mental d’un visionnaire européen qui n’a cessé d’interroger les fractures de son époque tout en imaginant celles à venir. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/WHNKW6RXTVHYFI7TQEETHWY4XU.jpg?auth=7a208fdd7d0d37d5d4fafdd3544e73af676ab522d4102729e36149669a1599d6&amp;smart=true&amp;width=2604&amp;height=1312" type="image/jpeg" height="1312" width="2604"><media:description type="plain"><![CDATA[L'exposition inaugurale, visible jusqu'au 1er novembre, retrace plus de cinquante ans de création de l'artiste.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">© Mathias Benguigui</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Ventes de livres : le prix du Livre Inter est-il toujours aussi prescripteur ?]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/ventes-de-livres-le-prix-du-livre-inter-est-il-toujours-aussi-prescripteur-IXU2SZKQWRA53NE74G5V3H5BLU/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/ventes-de-livres-le-prix-du-livre-inter-est-il-toujours-aussi-prescripteur-IXU2SZKQWRA53NE74G5V3H5BLU/</guid><dc:creator><![CDATA[Louis-Henri de La Rochefoucauld]]></dc:creator><description></description><pubDate>Fri, 19 Jun 2026 14:22:09 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Pour comprendre l’esprit d’un prix littéraire, inutile d’avoir fait Saint-Cyr : il suffit de regarder son palmarès. Dans celui du Livre Inter, créé en 1975, on retrouve notamment (par ordre chronologique) Nina Bouraoui, Nancy Huston, Antoine Volodine, Mathias Enard, Alice Zeniter, Céline Minard, Tristan Garcia ou Mathieu Belezi. C’est un prix de sensibilité plutôt de gauche tendance <i>Télérama</i>, qui ne va pas toujours à la facilité, et récompense à l’occasion des écrivains carrément expérimentaux. Dans la liste homogène des anciens lauréats, un intrus saute aux yeux : le grand <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/jean-raspail-ecrivain-humaniste-la-face-meconnue-dune-icone-de-lextreme-droite-7Q3HLM7CSVD2FH56AWYNYQBYWE/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/jean-raspail-ecrivain-humaniste-la-face-meconnue-dune-icone-de-lextreme-droite-7Q3HLM7CSVD2FH56AWYNYQBYWE/">Jean Raspail</a>, distingué en 1987 pour <i>Qui se souvient des hommes…</i> (paru chez Robert Laffont). Rappelons que son sulfureux roman <i>Le Camp des saints</i> date de 1973 - il n’était donc déjà plus en odeur de sainteté quand il avait reçu le prix du Livre Inter. Comment expliquer ce mystère ? </p><p>N’ayant pas la réponse à cette question, nous parlerons chiffres. Si on prend en compte les vingt dernières années, un prix du Livre Inter assure en moyenne entre 40 000 et 70 000 exemplaires en grand format. Sur la décennie en cours, le record est détenu haut la main par Anne Pauly avec <i>Avant que j’oublie</i> (Verdier), vendu à plus de 100 000 exemplaires en 2020, au sortir du premier confinement, alors que les librairies connaissaient un rebond. Les deux dernières lauréates ont fait moins bien : 25 000 exemplaires pour Phoebe Hadjimarkos-Clarke et <i>Aliène</i> (Sous-sol) en 2024, 30 000 exemplaires pour Florence Seyvos et <i>Un perdant magnifique</i> (L’Olivier) en 2025. </p><p>Primée le 1<sup>er </sup>juin pour <i>Les Habitantes</i> (Minuit), la trentenaire Pauline Peyrade n'est pas une débutante. Dramaturge reconnue, elle s’était révélée en littérature avec <i>L’Age de détruire</i>, prix Goncourt du premier roman en 2023, vendu à près de 10 000 exemplaires. Elle fait déjà mieux avec <i>Les Habitantes</i>. En 6<sup>e</sup> place de notre classement hebdomadaire avec une excellente semaine à 4 000 exemplaires, elle vient d’atteindre les 15 000 exemplaires au total. A ce rythme, elle devrait égaler voire dépasser Florence Seyvos. La barre des 100 000 exemplaires d’Anne Pauly paraît en revanche inaccessible, mais il faut (encore) rappeler à quel point le marché du livre est difficile en ce moment… </p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/LEOAPCMVNRGHFD6CMLTFY22DZI.png?auth=077a11b3d4f2e39e3cbce94285ea836c70a6ed4caf0b6f58b439f8cfffa13cec&smart=true&width=452&height=1017" alt="Retrouvez tous les chiffres de l’édition sur www.edistat.com. Réalisé par Edistat, du 8 au 14 juin 2026, à partir de 800 points de vente, librairies, grandes surfaces spécialisées et sites Internet." height="1017" width="452"/><figcaption>Retrouvez tous les chiffres de l’édition sur www.edistat.com. Réalisé par Edistat, du 8 au 14 juin 2026, à partir de 800 points de vente, librairies, grandes surfaces spécialisées et sites Internet.</figcaption></figure><p>En ce qui concerne les autres romans, n’oublions pas Sarah Rivens, en tête dès la sortie avec le premier tome de sa nouvelle série <i>Swan </i>(HLAB). Du côté des essais, <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/ventes-de-livres-boualem-sansal-a-t-il-reussi-son-lancement-QHNWXXLENVAUXPW4WNC22UQUXI/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/ventes-de-livres-boualem-sansal-a-t-il-reussi-son-lancement-QHNWXXLENVAUXPW4WNC22UQUXI/">Boualem Sansal</a> est 1<sup>er</sup> malgré la réception en demi-teinte de <i>La Légende</i> (Grasset) - nouvelle preuve des difficultés actuelles de l’édition. On notera que le pape Léon XIV marche sur l’eau et réussit l’exploit d’être à la fois 2<sup>e</sup>, 5<sup>e</sup> et 6<sup>e</sup> avec un seul et même livre (à savoir les différentes éditions de son encyclique) ! Saluons aussi Siri Hustvedt, 3<sup>e</sup> avec <i>Ghost Stories </i>(Gallimard), <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/ghost-stories-de-siri-hustvedt-le-portrait-du-fantome-paul-auster-7R7WGTNAG5F7RNUHFSA2454A6A/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/ghost-stories-de-siri-hustvedt-le-portrait-du-fantome-paul-auster-7R7WGTNAG5F7RNUHFSA2454A6A/">son beau récit sur son défunt mari Paul Auster</a>, qui en est à 20 000 exemplaires. C’est plus dur pour ceux qui ont des ambitions présidentielles. Gabriel Attal et <a href="https://www.lexpress.fr/politique/presidentielle-2027-raphael-glucksmann-ou-la-solitude-dun-presque-candidat-4HIKW7JPEZERDHXI3JZOEGDHH4/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/politique/presidentielle-2027-raphael-glucksmann-ou-la-solitude-dun-presque-candidat-4HIKW7JPEZERDHXI3JZOEGDHH4/">Raphaël Glucksmann</a> ne sont plus dans le top 20. Ce dernier, avec un livre intitulé <i>Nous avons encore envie</i> (Allary) semble se tromper de diagnostic – pour ce qui est de la lecture, en tout cas, le désir des Français s'émousse sérieusement. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/4YA4DBGXFFBK3LX46XXDX6IYRM.jpg?auth=9d543781bd981f4aba655aa8d6cea9732d2f7cac64be04f64dec80b30787b237&amp;smart=true&amp;width=667&amp;height=752" type="image/jpeg" height="752" width="667"><media:description type="plain"><![CDATA[Portée par son prix du Livre Inter, Pauline Peyrade devrait être un des succès de l'été. ]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">Mathieu Zazzo/Minuit</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Le théâtre ne disparaîtra pas avant la fin de l’humanité, par Christophe Donner]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/le-theatre-ne-disparaitra-pas-avant-la-fin-de-lhumanite-par-christophe-donner-DDM7QUNUUBAOZLDSMCTFJ6QNO4/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/le-theatre-ne-disparaitra-pas-avant-la-fin-de-lhumanite-par-christophe-donner-DDM7QUNUUBAOZLDSMCTFJ6QNO4/</guid><dc:creator><![CDATA[Christophe Donner]]></dc:creator><description></description><pubDate>Wed, 17 Jun 2026 04:15:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Comme des bons bourgeois de la belle époque de <i>La Vie parisienne</i>, on est allé à pied au théâtre du Châtelet qui accueille la troupe du Français jusqu’au 11 juillet. On marchait vite parce que Dora est toujours un petit peu en retard. Histoire de traverser le temps, on est passé par le jardin du Palais-Royal, avec son théâtre éponyme où fut créé en 1866 cet opéra-bouffe composé par Jacques Offenbach. Rien de tel qu’un immigré venu gonfler les rangs du remplacement perpétuel pour témoigner de ce qu’est Paris… et profiter de l’absence de Victor Hugo, parti se réfugier à Bruxelles. </p><p>Pour raconter Paris, il faut un regard émerveillé, celui des étrangers : l’idée qu’ils se font du centre du monde nous éclaire, on se voit tels que nous ne sommes pas et qu’au demeurant nous nous reconnaissons en personnages. Des caricatures. C’est le rôle qu’occupe le baron de Gondremarck, héros de cette œuvre mise au point par Halévy et Meilhac, les colibrettistes.</p><p>Dans sa version primitive, le baron de Gondremarck était danois. Je me suis demandé pourquoi. Qu’est-ce que le Danemark apportait à l’intrigue ? Réponse : rien. C’est probablement pour ça que les auteurs n’ont pas pleuré ni même protesté quand la censure s’en est mêlée : "Ah bon, ils ont dit, vous préférez qu’il soit suédois ? Pas de problème, Gondremarck sera suédois." Curieusement, on ne leur a pas demandé de changer aussi le nom du baron : la référence scatologique aura échappé à ces messieurs.</p><h3>Un personnage à double miroir</h3><p>C’est qu’en réalité, pour les auteurs et compositeur de <i>La Vie parisienne</i>, le baron qui vient s’encanailler à Paris n’est pas plus scandinave qu’africain ou croate. C’est un bon provincial, bien de chez nous, une de ces caricatures de lourdauds qui font les Parisiens se sentir d’une intelligence supérieure. </p><p>L’acteur Louis-Hyacinthe Duflost, dit Hyacinthe, créateur du rôle en 1866, devait une part de sa célébrité à son gros nez, il en surjouait, dit-on, à l’envi. Les portraits les plus réalistes ne le montrent pas affligé d’un nez tragique ; moins péninsule que pomme de terre. En supprimant un acte dans la version de 1873, nos auteurs ont remplacé Hyacinthe par son contraire, José Dupuis, mince, élégant, excellent chanteur, ténor léger, ce que n’était pas Hyacinthe. L’interchangeabilité du personnage corrobore mon intuition provinciale. L’identité de Gondremarck n’est pas génétique, mais culturelle. Et ce que notre touriste sexuel veut voir à Paris, entre les monuments, le Pied de Cochon et les petites femmes, ce sont les Parisiens. Mais il est trompé, ceux qu’ils découvrent sont des provinciaux, en goguette comme lui. </p><p>Pour porter haut la déconvenue de ce personnage à double miroir, aussi déformant que les œuvres de Leandro Erlich, exposées en ce moment au Grand Palais et jusqu’au 6 septembre, qui mieux que l’acteur désarticulé, marionnette de lui-même, perpétuel et insaisissable métamorphosé, vampire éponge de nos regards, stupéfacteur de nos rires et autres émois, vous l’avez reconnu : Christian Hecq, celui qui résiste depuis plus de vingt ans à nos louanges, aux Molières, aux succès, ce funambule indéboulonnable. Il est là pour rendre compte de ce qui nous lie à Paris, cent soixante ans après sa création, et nous rassurer : <i>La Vie parisienne</i> a encore de beaux jours devant elle. </p><p>On aurait tort d’être désolé pour les autres : ils ont la chance de le voir faire de près. Percent-ils son mystère, en savent-ils plus que nous autres, spectateurs transis passifs, assis sidérés, et sauraient-ils alors nous expliquer de quoi est faite la fascination que le diablotin, en mouche, en flic et même au cinéma, ou dans la plus passable des séries télé : c’est encore lui qu’on r’garde, comme dans la chanson ; je me sens Hildegarde quand je vois Christian Hecq au théâtre : "Encore plus snob que tout à l’heure."</p><p>Tant de génie rend gentil. Il l’est avec ses collègues, avec Valérie Lesort qui le met en scène : est-il pour sa femme ce qu’Armande fut pour Molière : le premier véritable<i> égéri</i> du théâtre moderne ? En tout cas, elle conclut cette <i>Vie parisienne</i> de légende, par la constitution in situ et in vivo d’une allégorie très politique, ontologique. Une mise à mort de la lubricité qui fait qu’on ne se sera pas amusé pour rien. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/EXNHYGVFS5BF3EL7FXDQHPVRHQ.jpg?auth=dd45c35159084e988eb6c86802c6beefdf4b54a9682cc8e5deb9b343ce7ab5c1&amp;smart=true&amp;width=1294&amp;height=600" type="image/jpeg" height="600" width="1294"><media:description type="plain"><![CDATA[Le théâtre du Châtelet accueille "La Vie parisienne" jusqu’au 11 juillet 2026.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">© Thomas Amouroux</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Quand l’Académie française fait sa (petite) révolution]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/quand-lacademie-francaise-fait-sa-petite-revolution-ZZLDHNBMCZCMDC62K2NDRKZQSE/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/quand-lacademie-francaise-fait-sa-petite-revolution-ZZLDHNBMCZCMDC62K2NDRKZQSE/</guid><dc:creator><![CDATA[Michel Feltin-Palas]]></dc:creator><description></description><pubDate>Tue, 16 Jun 2026 04:15:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Il est de bon ton de moquer l’Académie française, accusée d’être toujours en retard d’une guerre (voire de deux) concernant l’évolution de la langue française. L’auguste institution, il est vrai, tend régulièrement des verges pour se faire battre. Ne s’est-il pas déroulé… 89 ans entre la parution de sa huitième édition, en 1935, et la neuvième, sortie en 2024 ? Mais qui châtie bien aime bien. Il est donc juste de saluer les Immortels lorsqu’ils prennent une initiative novatrice. Et je crois sincèrement que c’est le cas ici.</p><p><b>CETTE INFOLETTRE REDEVIENT GRATUITE !</b> </p><p><i>"Sur le bout des langues" reste bien sûr comprise dans l’abonnement à L’Express, mais elle est aussi accessible à tous ceux qui le souhaitent.</i></p><p><i>Pour s’inscrire, suivez </i><a href="https://post.eu.spmailtechnol.com/f/a/s2jSbiWmxAZwaV_WTH2GhA~~/AABGZBA~/RbXRzn1Vc9gpNDqf-9QpOWtktquup0gOoqdoHiwLLk08lUQ6yEedYFRGfag6EciPxIVJyZrWkU3VKTCdrNWLf_4sqcWoYEOFAZm2x6MyCbUvGtDYYTqtEorFTHwKO2Mtv_059zx1AlLjGOPI0ARyJg~~" rel=""><i>ce lien</i></a><i>, sélectionnez "Sur le bout des langues", entrez votre adresse de messagerie dans le bandeau qui apparaît en bas de page et cliquez sur "Valider".</i></p><p>Son secrétaire perpétuel, Amin Maalouf, vient en effet de l’annoncer : à partir de 2026, l’Académie mettra en ligne chaque année les nouveaux mots sur lesquels elle aura travaillé durant les douze mois qui auront précédé. Une petite révolution.</p><p>Si vous vous rendez sur <a href="https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A2T0511" target="_self" rel="" title="https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A2T0511">le site</a> ou téléchargez l’application consacrés au dictionnaire, vous trouverez désormais un nouvel onglet intitulé "10<sup>e</sup> édition. En cours". Il contient les entrées qui viennent d’y faire leur apparition comme "abandonnique" ou "altermondialiste", mais aussi les sens nouveaux de mots anciens. "Abuseur", qui avait pour acception "celui qui abuse", est désormais défini également comme "agresseur sexuel ou violeur". Même enrichissement pour "accessibilité" qui n’est plus seulement la "qualité de ce qui est accessible", mais désigne aussi le "caractère d’un lieu, d’un service auquel peuvent accéder, grâce à des dispositifs et des mesures adaptés, les personnes en situation de handicap." </p><p>Au total, 633 mots sont ainsi venus rejoindre leurs 53 000 petits camarades déjà présents dans la neuvième édition. Avec une ambition assumée, que résume Amin Maalouf : "Permettre à tous ceux qui vivent en langue française ou qui veulent l’apprendre d’être à l’aise dans le monde d’aujourd’hui et de ne jamais se sentir marginalisés." Une ambition rendue possible par cette actualisation permanente. Ce qui ne veut pas dire que la présentation traditionnelle est condamnée. Au contraire. Le même Amin Maalouf a affiché sa volonté de publier un jour, par exemple en 2050, une dixième édition sous sa forme classique, qui sera le reflet de notre société en ce deuxième quart du XXIe siècle.</p><p>Décidément pleins de fougue, les Immortels ont entrepris d’autres novations. La méthode de travail, qui ne repose plus exclusivement sur l’ordre alphabétique ("femme" et "homme" seront traités dans le même mouvement par souci de cohérence). L’ajout des prononciations (sachant qu’une réflexion est en cours concernant la question sensible des accents). Une meilleure prise en compte des termes venus du français régional ("abat d’eau", employé dans l’Ouest de la France pour désigner une averse violente). Et une plus grande attention portée aux néologismes issus de la francophonie. Le formidable néologisme africain "girafer", qui a pour sens de "copier sur son voisin", devrait prochainement faire son apparition.</p><p>Logique. Le français comptant environ 400 millions de locuteurs, il y a beau temps que notre pays est devenu minoritaire dans ce vaste ensemble. Et ce n’est pas un hasard si "plus de la moitié des consultations du site proviennent d’internautes n’habitant pas en France", comme l’a précisé Laurent Catach, le concepteur du site et de l’application.</p><p>Je vous le dis en toute sincérité : si vous ne le connaissez pas encore, ce dictionnaire objectivement à nul autre pareil mérite vraiment d’être consulté. N’offre-t-il pas, en plus de ses définitions, de concises notices étymologiques ? Des renvois vers des points de grammaire ? Des conjugaisons ? Des outils de recherche avancée (il est possible de sélectionner tous les mots de la médecine apparus au XIXe siècle, par exemple) ? D’un ordre alphabétique où se font suite mots actuels et mots disparus – "homicide" est ainsi suivi d’"homicider" ("commettre un homicide") qui existait jusqu’en 1835 ? Et cela en étant entièrement libre d’accès et gratuit par-dessus le marché. "A notre manière, nous sommes un service public", a assuré l’historien Pascal Ory.</p><p>Ce dictionnaire a surtout pour avantage de ne pas présenter seulement l’état actuel de la langue - ce qui ne serait déjà pas mal - mais aussi la totalité des volumes parus à ce jour : 1694, 1718, 1740, 1798… "Nous avons 9 éditions complètes, soit 9 photographies de la langue à un instant T", souligne l’académicien Marc Lambron. En cliquant d’un onglet à l’autre, il est donc possible de connaître l’histoire d’un mot depuis le XVIIe siècle. Le lexicographe Jean Pruvost en a donné un exemple amusant en rappelant qu’une "vacherie", qui évoque aujourd’hui uniquement un acte ou un propos malveillant, avait longtemps été une simple étable pour les bovins.</p><p>Cette vision diachronique permet aussi de mesurer à quel point l’orthographe a considérablement changé au cours du temps. "Poète" s’est ainsi écrit "poete" de 1694 à 1762, puis "poëte" jusqu’en 1878, date tardive à laquelle il a pris sa forme actuelle. Et l’on en vient inéluctablement à se poser cette question malicieuse : pourquoi diable l’Académie bloque-t-elle aujourd’hui la poursuite de cette évolution ?</p><p><i><b>RETROUVEZ DES VIDÉOS CONSACRÉES AU FRANÇAIS ET AUX LANGUES DE FRANCE SUR </b></i><a href="https://www.youtube.com/@michelfeltin-palas" rel=""><i><b>MA CHAÎNE YOUTUBE </b></i></a></p><h2>Du côté de la langue française</h2><p><a href="https://librairiegrandscaracteres.fr/etiquette-produit/livres-grands-caracteres/ " target="_self" rel="" title="https://librairiegrandscaracteres.fr/etiquette-produit/livres-grands-caracteres/ "><b>Un label pour les livres en grands caractères </b></a></p><p>En France, plus d’un million de personnes malvoyantes ne peuvent lire que des livres écrits en grands caractères. Or, l’offre éditoriale dans ce domaine souffre souvent de choix typographiques ou graphiques inadaptés. Pour remédier à cette situation, un label "Grands Caractères/Lisibilité-Accessibilité" vient d’être lancé par l’association "Les amis des grands caractères" afin de garantir un accès plus équitable à la lecture.</p><p><a href="https://www.lebulletinvoglanais.fr/défense-de-la-place-de-la-langue-française-en-france-même/recours-contre-la-maison-élysée/" target="_self" rel="" title="https://www.lebulletinvoglanais.fr/défense-de-la-place-de-la-langue-française-en-france-même/recours-contre-la-maison-élysée/"><b>"La Maison Elysée" accusée d’enfreindre la loi Toubon</b></a></p><p>L’article 4 de loi Toubon est on ne peut plus clair. Il prévoit que toute inscription dans un lieu ouvert au public doit être formulée en langue française ou, à défaut, être traduite dans au moins deux langues. Or "La Maison Elysée", installée en face de la présidence de la République, dispose d’une signalisation rédigée uniquement en français et en anglais. Après un recours gracieux resté sans réponse, Marcel Girardin, membre de plusieurs associations de défense de la langue française, vient de saisir le tribunal administratif de Paris pour exiger le respect de la loi.</p><p><a href="https://matriochka.hosting.augure.com/Augure_Matriochka/default.ashx?WCI=EmailViewer&amp;id={3756950d-1e4a-48bf-93f6-6aa5379f2fa4}" target="_self" rel="" title="https://matriochka.hosting.augure.com/Augure_Matriochka/default.ashx?WCI=EmailViewer&amp;id={3756950d-1e4a-48bf-93f6-6aa5379f2fa4}"><b>Ce que révèlent les "hymnes" choisis par la France pour la Coupe du monde de foot</b></a></p><p>De <i>I Will Survive</i> en 1998 à <i>Trophée</i> en 2026 (interprété par M. Pokora et L2B) en passant par <i>Freed from Desire</i> en 2022, c’est peu dire que les "hymnes" choisis pour l’équipe de France lors des Coupes du monde de football ont pu sembler parfois curieux. La plateforme d’apprentissage Babbel en livre ici une analyse intéressante.</p><h3>Du côté des langues de France</h3><p><b>Profitez de votre été pour améliorer votre occitan</b></p><p>Leçons de langue, conférences, concerts, bals, contes et cours de cuisine (entre autres !) seront au programme des traditionnelles universités d’été occitanes <a href="https://www.ieo30.org/universitat-occitana-d-estiu/" target="_self" rel="" title="https://www.ieo30.org/universitat-occitana-d-estiu/">de Nîmes (Gard)</a> et <a href="https://www.lengaviva.com/" target="_self" rel="" title="https://www.lengaviva.com/">de Laguépie</a> (Tarn-et-Garonne) qui se tiennent respectivement du 2 au 5 juillet, et du 8 au 12 juillet. Une occasion de vivre en oc pendant plusieurs jours.</p><p><a href="https://www.ouest-france.fr/education/lecole-diwan-de-cette-ville-pres-de-nantes-inauguree-une-victoire-pour-la-langue-bretonne-en-loire-atlantique-4ee92032-6414-11f1-aca2-dcc741405207" target="_self" rel="" title="https://www.ouest-france.fr/education/lecole-diwan-de-cette-ville-pres-de-nantes-inauguree-une-victoire-pour-la-langue-bretonne-en-loire-atlantique-4ee92032-6414-11f1-aca2-dcc741405207"><b>Une nouvelle école Diwan inaugurée près de Nantes</b></a></p><p>L’école Diwan Orvez, ouverte depuis janvier 2026 à Orvault, a été inaugurée le 7 juin dernier. Plusieurs années de travail ont été nécessaires pour créer cette école immersive en langue bretonne.</p><p><a href="https://academie-du-pays-gabaye.e-monsite.com/pages/academie-du-pays-gabaye-editions.html" target="_self" rel="" title="https://academie-du-pays-gabaye.e-monsite.com/pages/academie-du-pays-gabaye-editions.html"><b>L’étrange langue du Pays Gabaye</b></a></p><p>Le Pays Gabaye, situé au nord de la Gironde, est une exception : il s’agit d’un territoire de langue d’oïl, alors que le reste du département est dominé par la langue d’oc. Cet ouvrage décrit la culture, l’histoire et la langue de cette région méconnue.</p><p><i>Dictionnaire amoureux et participatif du Pays Gabaye</i>. Ouvrage collectif dirigé par Jean-Luc Buétas et Martial Maury. Editions de l’académie du Pays Gabaye</p><h3>A écouter</h3><p><a href="https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-fil-pop-culture/insulte-t-on-les-hommes-et-les-femmes-de-la-meme-facon-2253715" target="_self" rel="" title="https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-fil-pop-culture/insulte-t-on-les-hommes-et-les-femmes-de-la-meme-facon-2253715"><b>Pourquoi certaines insultes sont-elles sexistes ?</b></a></p><p>"Pute", "hystérique", "fiotte"… Selon la linguiste Laurence Rosier, les insultes que nous employons révèlent une profonde asymétrie entre hommes et femmes. Elle s’en explique au micro de France Culture.</p><h3>A regarder</h3><p><a href="https://youtube.com/shorts/PPD4jagi7dk?si=6hlMgH0285SkPEiO" target="_self" rel="" title="https://youtube.com/shorts/PPD4jagi7dk?si=6hlMgH0285SkPEiO"><b>Pourquoi, en français, une montre n’est pas une horloge</b></a></p><p>Dans la plupart des langues latines, le nom de la montre dérive de l’horloge, mais pas en français. Etymocurieux raconte l’étrange histoire du mot "montre", lequel a un lien avec "monstre" (mais oui !).</p><p><i><b>RÉAGISSEZ, DÉBATTEZ ET TROUVEZ PLUS D’INFOS SUR LES LANGUES DE FRANCE SUR </b></i><a href="https://www.facebook.com/MichelFeltinPalasSurLeBoutDesLangues" rel=""><i><b>la page Facebook dédiée à cette infolettre</b></i></a></p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/6NIXSVRSBNHDLEIXSEIOUAJRBY.jpg?auth=74290927969b7d5caef8b035bd1d87beb97b4394959be365b48b37e66aa55efd&amp;smart=true&amp;width=7023&amp;height=4726" type="image/jpeg" height="4726" width="7023"><media:description type="plain"><![CDATA[A partir de 2026, l’Académie mettra en ligne chaque année les nouveaux mots sur lesquels elle aura travaillé durant les douze mois qui auront précédé.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">EPA</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Max Frisch ou la montagne tragique, la redécouverte littéraire du mois]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/max-frisch-ou-la-montagne-tragique-la-redecouverte-litteraire-du-mois-JAM53YRKYJADXF7LQYG6E4K7VI/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/max-frisch-ou-la-montagne-tragique-la-redecouverte-litteraire-du-mois-JAM53YRKYJADXF7LQYG6E4K7VI/</guid><dc:creator><![CDATA[Louis-Henri de La Rochefoucauld]]></dc:creator><description></description><pubDate>Mon, 15 Jun 2026 08:00:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://www.lexpress.fr/culture/l-intrepide-erri-de-luca_2134601.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/l-intrepide-erri-de-luca_2134601.html">Erri De Luca</a> est décidément sur tous les fronts en ce moment. En Italie, il fait polémique à cause de ses déclarations en faveur d’Israël. En France, il prend moins de risques en cosignant un livre avec Ines de la Fressange (<i>L’Age expérimental</i>, chez Gallimard). Entre les deux, il préface <i>Réponse du silence</i> de Max Frisch, permettant à l’auteur zurichois mort en 1991 de revenir dans la lumière.</p><p>On sait De Luca féru d’alpinisme et de littérature initiatique, aussi ce texte de jeunesse publié par Frisch en 1937, quand il avait 26 ans, ne pouvait que plaire au vénérable septuagénaire. Il y est question d’un artiste en herbe qui se prépare à se marier dans dix jours avec une femme prénommée Barbara. Pour ne pas trop penser à cette échéance qu’il semble craindre plus qu’espérer, il part pour la montagne. Dans une auberge, il croise une certaine Irène. Comme le lecteur pouvait s’y attendre, ils couchent ensemble. Le fiancé indécis disparaît un matin, voulant gravir un glacier que personne n’a jamais dompté. Craignant le pire, Barbara arrive et rencontre Irène. Voilà que les deux femmes prient le retour du même homme… S’est-il tué ? Reviendra-t-il ? Avec son style sec qui claque comme des coups de piolet, et l’angoisse qui monte au fil des pages, <i>Réponse du silence</i> rappelle la tension des nouvelles d’<a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/zweig-hemingway-et-pavese-ces-demons-qui-ont-hante-leurs-derniers-jours-WZLUQ4PJVBH4PPC26UIXXIA7WI/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/zweig-hemingway-et-pavese-ces-demons-qui-ont-hante-leurs-derniers-jours-WZLUQ4PJVBH4PPC26UIXXIA7WI/">Hemingway</a> et… <i>La Chèvre de monsieur Seguin</i> d’Alphonse Daudet. Ce bref récit métaphysique est à glisser dans le sac de tous les casse-cou qui iront faire de l’escalade cet été. </p><p><i>Réponse du silence. Une histoire de montagne </i>par Max Frisch. Traduit de l’allemand (Suisse) par Julien Lapeyre de Cabanes. Gallimard, 123 p., 14 €. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/7FIPERPBPZBILGRZY6MNN7RAEY.jpg?auth=2b19ea5f97d1098ab1afe64fc9c95b841373266ee75da78f21dd1f66f68bfdbd&amp;smart=true&amp;width=1488&amp;height=2080" type="image/jpeg" height="2080" width="1488"><media:description type="plain"><![CDATA["Réponse du silence", bref roman alpin, est à lire avant d'aller braver la montagne. ]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">Andrej Reiser/Suhrkamp Verlag</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Dans l'antre de la prunelle de Troyes]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/dans-lantre-de-la-prunelle-de-troyes-N7ATMWJ7XFAEZNW2I3NCA5B77A/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/dans-lantre-de-la-prunelle-de-troyes-N7ATMWJ7XFAEZNW2I3NCA5B77A/</guid><dc:creator><![CDATA[Letizia Dannery]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sun, 14 Jun 2026 08:30:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>A deux pas de la cathédrale, une façade discrète ouvre sur le Cellier Saint-Pierre. Dans cette ancienne cave médiévale aux pierres apparentes et aux voûtes impressionnantes, le patrimoine aubois se mêle aux parfums d’alcool, de fruits noirs et d’épices. Un lieu hors du temps où chaque bouteille raconte un fragment de la mémoire locale. Ancien "cellier aux dîmes", épargné par les grands incendies qui ont ravagé Troyes au fil des siècles, il devient progressivement un espace dédié au négoce puis à la distillation. C’est là qu’apparaît, dès 1840, une liqueur singulière élaborée à partir de noyaux de prunelle sauvage : la Prunelle de Champagne, future prunelle de Troyes.</p><p>Sa fabrication relève presque de l’alchimie. Les noyaux sont broyés, mis à macérer dans l’alcool puis soumis à une double distillation dans de vieux alambics en cuivre chauffés au feu de bois. L’alcoolat obtenu est ensuite assemblé avec d’autres ingrédients naturels dont le secret, de nos jours encore, reste jalousement gardé. Résultat : une liqueur puissante, élégante, aux notes d’amande, de fruits noirs et d’épices douces, tirant à 40 degrés.</p><p>Au début du XXe siècle, la renommée de la boisson dépasse largement les frontières de l’Aube et connaît son heure de gloire en décrochant la médaille d’or de l’Exposition universelle de 1900, toujours sous le nom de Prunelle de Champagne. Mais, au mitan des années 1990, après la polémique suscitée par la sortie du parfum <i>Champagne</i> d’Yves Saint-Laurent, les producteurs de vins effervescents de la région défendent plus strictement l’usage de l’appellation. Pour éviter toute confusion commerciale et respecter les règles de protection des indications géographiques, le breuvage prend officiellement le nom de "Prunelle de Troyes" en 1995. Une évolution qui, loin de lui nuire, va renforcer son identité locale.</p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/QRTXP3NDMJERHCBWB7DLKUZSOQ.jpg?auth=2f0bd960c24df94a6a0883e12f111335d47459dc8fe609d19ab746ac189062ae&smart=true&width=1632&height=1728" alt="Le maître distillateur Alexandre Krumenacher perpétue la tradition au Cellier Saint-Pierre." height="1728" width="1632"/><figcaption>Le maître distillateur Alexandre Krumenacher perpétue la tradition au Cellier Saint-Pierre.</figcaption></figure><p>Aujourd’hui, le Cellier Saint-Pierre perpétue la tradition sous la houlette d’Alexandre Krumenacher, seul maître distillateur de la liqueur. La maison, qui produit 20 000 flacons par an, multiplie les initiatives : visites des caves, démonstrations de distillation, confrérie gastronomique et créations contemporaines participent au renouveau de la spécialité. La Prunelle se déguste désormais aussi bien en digestif qu’en cocktail, sur un sorbet ou même dans des recettes chocolatées. A l’heure où les consommateurs recherchent des produits authentiques, enracinés dans leur terroir, elle incarne parfaitement le retour en grâce des spiritueux artisanaux français. Et réussit un tour de force : rester fidèle à ses racines tout en cultivant un parfum de modernité. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/G3QPECE2WZEFHFOZYKWBNG2HSQ.jpg?auth=a1b81c0ce8d5a202fee2d81572658e2f30a8c8fc8b5adee35d410096d20e8d4d&amp;smart=true&amp;width=1566&amp;height=816" type="image/jpeg" height="816" width="1566"><media:description type="plain"><![CDATA[La prunelle de Troyes conserve la même recette de fabrication depuis 1840.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">© Prisma Studio</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Comment Arsène Lupin peut-il nous inspirer ?]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/comment-arsene-lupin-peut-il-nous-inspirer-SS5R6TNELZCV3IBYNUVHKYPFBA/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/comment-arsene-lupin-peut-il-nous-inspirer-SS5R6TNELZCV3IBYNUVHKYPFBA/</guid><dc:creator><![CDATA[Louis-Henri de La Rochefoucauld]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sun, 14 Jun 2026 06:59:47 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Qu’on ne compte pas sur <a href="https://www.lexpress.fr/politique/fascisme-pourquoi-il-faut-relire-umberto-eco-Z542T535CZBWZLRJ7ZH4M5GWC4/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/politique/fascisme-pourquoi-il-faut-relire-umberto-eco-Z542T535CZBWZLRJ7ZH4M5GWC4/">Umberto Eco</a> pour défendre ce "chef de bande" d’Arsène Lupin : "Soyons francs, Lupin, c’est Lucky Luciano, Andreotti, Liggio, Kissinger, Brejnev, Nixon et Al Capone réunis." Bref, un gangster assoiffé de pouvoir qui aurait contaminé l’imaginaire de notre jeunesse – au même titre que Tony Montana, le malfrat incarné par Al Pacino dans <i>Scarface</i>. Sur ce coup-là, le sémiologue ne s’était-il pas un peu perdu dans l’étude des signes ? <a href="https://www.lexpress.fr/culture/romain-gary-emile-ajar-revelations-sur-la-plus-folle-supercherie-litteraire-du-siecle-WW2HIAGY5RG7PKFDFNBRMP2NXU/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/romain-gary-emile-ajar-revelations-sur-la-plus-folle-supercherie-litteraire-du-siecle-WW2HIAGY5RG7PKFDFNBRMP2NXU/">Romain Gary</a> ne partageait pas son analyse abracadabrante, comme il le raconte dans <i>La Promesse de l’aube </i>: "En dehors des lectures qui, enfant, m’étaient recommandées, je me plongeais dans l’univers fabuleux d’Arsène Lupin. Ce dernier m’enchantait particulièrement et je m’efforçais d’imposer à mon visage la grimace caustique, menaçante et supérieure du héros qui ornait la couverture du livre. J’y réussissais assez bien – et aujourd’hui encore." Que fit-il quand il tomba malade d’un rein ? "Vomissant du sang noir, j’appelais à ma rescousse d’Artagnan et Arsène Lupin." Et quand il dut quitter son pays natal, il n’emporta que trois livres, dont un volume des aventures du plus distingué des voleurs…</p><p>Entre Eco et Gary, l’écrivain <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/rentree-litteraire-le-dossier-m-un-pari-fou-sur-la-vie-amoureuse_1939612.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/rentree-litteraire-le-dossier-m-un-pari-fou-sur-la-vie-amoureuse_1939612.html">Grégoire Bouillier</a> est du côté du second. Son essai <i>Un printemps avec Arsène Lupin</i> nous replonge dans notre enfance ou notre adolescence, lorsque l’on découvrait avec émerveillement l’œuvre de Maurice Leblanc. Mais Leblanc, au fond, l’intéresse assez peu. Bouillier se souvient que, au début des années 1990, le critique de cinéma Serge Daney rêvait d’une SPP, soit une Société de Protection des Personnages, qui prendrait "le parti des personnages contre les auteurs". Certains héros peuvent être envisagés comme des êtres à part entière. Constitué d’une quinzaine de romans et d’une trentaine de nouvelles, le "canon lupinien" (comme disent les exégètes) permet de retracer la biographie de cet homme insaisissable, et de tenter d’en cerner la personnalité.</p><p>Né en 1874, Arsène Lupin est d’origine aristo du côté de sa mère, d’où sa recherche de "la société la plus choisie". Il a étudié la dermatologie à l’hôpital Saint-Louis. A la fois sportif et lettré, il pratique le jiu-jitsu et peut "réciter par cœur Homère en grec" (ce que l’on apprend dans <i>La Comtesse de Cagliostro</i>). Sa galanterie et son sang-froid sont documentés. Rappelons en revanche que le monocle et le haut-de-forme appartiennent à la légende : c’est à cause des illustrations de Léo Fontan que ces accessoires se sont imposés dans l’inconscient collectif. De la même façon que Conan Doyle avait fini par détester Sherlock Holmes, Maurice Leblanc nourrissait des sentiments mitigés envers Arsène Lupin. Il n’empêche qu’ils étaient proches en termes de philosophie. Leblanc, qui pouvait être moraliste, glisse cet aphorisme à la fin de l’un de ses livres : "On voit les choses plus clairement à travers le rire qu’à travers les larmes." Dans <i>L’Aiguille creuse</i>, s’adressant à Isidore Beautrelet, Arsène Lupin lui adresse cette leçon de vie : "Mais ris donc, gosse… Vrai, t’as pas le sourire. Tiens, tu manques… comment dirais-je ? Tu manques de primesaut. Moi, j’ai le primesaut." Derrière le "primesaut", on peut ranger quelques vertus cardinales : le devoir de gaieté, la vitalité, l’humour, la résistance à l’esprit de sérieux – des qualités dont manquent cruellement les personnages des romans de notre siècle, si souvent plaintifs. Malgré sa désinvolture de dandy à la Jacques Dutronc (qui lui consacra la savoureuse chanson <i>Gentleman cambrioleur</i>), Arsène Lupin pouvait être sujet à l’abattement. Dans <i>813</i>, peut-être l’histoire la plus sombre qui lui soit consacrée, il rate une tentative de suicide. Romain Gary, hélas, réussit la sienne. Peut-être n’avait-il pas assez médité les aventures de son héros d’enfance ?</p><p><i>Un printemps avec Arsène Lupin </i>par Grégoire Bouillier. Equateurs/France Inter, 362 p., 15 €. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/HSSUMZ6ORFERPDOHEMSPLS6XOU.jpg?auth=16ec0e002d9e03f8b37c852cee1b3ec2d3653419b6ed32a03aafe1b25e1aa4f1&amp;smart=true&amp;width=2006&amp;height=1818" type="image/jpeg" height="1818" width="2006"><media:description type="plain"><![CDATA[Les aventures d'Arsène Lupin n'offrent pas qu'un divertissement populaire : on peut prendre de la graine du flegme et de la gaieté du héros. ]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">Éditions Pierre Laffite</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Champagne ! Les comtes sont de retour]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/art/champagne-les-comtes-sont-de-retour-TOQEAMELV5ECDMHC6TZUB2BEPI/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/art/champagne-les-comtes-sont-de-retour-TOQEAMELV5ECDMHC6TZUB2BEPI/</guid><dc:creator><![CDATA[Letizia Dannery]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sat, 13 Jun 2026 08:30:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p><i>Passavant le meilleur !</i> D’emblée, l’intitulé évoque un cri de kermesse, avec cette formule héritée des marchés d’autrefois, lorsque les camelots vantaient leurs produits à grand renfort de superlatifs. Et c’est bien d’une Champagne triomphante dont il est question ici. Entre le Xe siècle et le rattachement du comté au royaume de France en 1361, la principauté devient l’un des centres névralgiques de l’Occident médiéval. Les célèbres foires champenoises, ancêtres des grandes places économiques européennes, attirent les marchands, les voyageurs et les banquiers venus de tout le continent. Troyes est alors une plaque tournante des échanges, mais aussi un foyer culturel effervescent. On y croise des princes lettrés, des troubadours, des religieux, et même l’ombre de Chrétien de Troyes, figure de la littérature courtoise.</p><p>A la cité du Vitrail de Troyes (Aube), l’exposition <i>Passavant le meilleur ! La Champagne au temps des comtes</i> propulse ainsi les visiteurs au cœur de cette époque flamboyante où la région, bien avant d’être l’emblème des bulles, rayonnait sur l’Europe entière. Manuscrits enluminés, sceaux princiers et chartes originales, sculptures grandeur nature, peintures, monnaies, objets liturgiques, mobilier archéologique, pièces d’orfèvrerie et surtout vitraux d’exception : près de 300 œuvres racontent quatre siècles d’une histoire aussi politique qu’artistique.</p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/EWFCZGFQCBB7DN3SN7BRF4KU5A.jpg?auth=30a699c9948cab020ebef5a14c7073fed583326033b49fb040a5415920779fac&smart=true&width=1134&height=1686" alt="Statue de Jeanne de Navarre en fondatrice, vers 1310." height="1686" width="1134"/><figcaption>Statue de Jeanne de Navarre en fondatrice, vers 1310.</figcaption></figure><p>Le parcours joue d’ailleurs la carte de l’immersion avec une grande générosité documentaire. Installée dans l’Hôtel-Dieu-le-Comte, fondé au XIIe siècle par Henri Ier le Libéral, elle s’appuie sur une muséographie dense, mêlant dispositifs multimédias, reconstitutions 3D et appareil pédagogique, notamment à destination du jeune public. Un foisonnement d’informations qui séduira les passionnés d’histoire, même si l’abondance peut parfois diluer l’émotion immédiate des œuvres les plus spectaculaires, comme cette statue de Jeanne de Navarre venue de Berlin ou ce Reliquaire du Saint-Sépulcre prêtée par la cathédrale de Pampelune, tant la scénographie multiplie cartels et focus thématiques au risque de ralentir le regard.</p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/PWTH2REZCZG5ZDRQYBMPAPOPKU.jpg?auth=9d21f0af43aa2f75303c878694ed3aef4237a7f50666c45ad6fb380e23f170c0&smart=true&width=2182&height=1896" alt=""Transfiguration du Christ", vers 1170-1180." height="1896" width="2182"/><figcaption>"Transfiguration du Christ", vers 1170-1180.</figcaption></figure><p>Le vrai choc visuel se trouve dans la chapelle avec la réunion inespérée de dix-huit vitraux troyens du XIIe siècle, dispersés depuis plus d’un siècle chez des collectionneurs privés et dans les réserves de musées internationaux. Réalisées de 1170 à 1180, probablement pour la cathédrale romane de Troyes aujourd’hui disparue, ces pièces rarissimes comptent parmi les plus vieux témoignages du vitrail monumental champenois. Certains panneaux illustrent les miracles et les tentations du Christ : on y voit des figures hiératiques aux drapés nerveux, baignées dans des bleus profonds et des rouges rubis caractéristiques des ateliers locaux. D’autres évoquent la vie de la Vierge, avec des scènes délicates où les visages allongés et les gestes retenus traduisent encore l’influence de l’art roman. Ceux reliés à saint Nicolas attirent particulièrement l’attention : composés dans de petits médaillons sertis de plomb, ils témoignent d’un remarquable sens du récit et d’une maîtrise technique déjà virtuose. </p><p>A travers ces précieuses reliques, c’est tout un décor monumental qui renaît : une cathédrale de lumière, dont les fragments de verre ont fait le voyage jusqu’à l’ancienne capitale comtale depuis les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou le Québec. Leur présentation s’enrichit ici d’autres chefs-d’œuvre champenois comme les vitraux provenant du chœur de la cathédrale romane de Châlons-en-Champagne, consacrée en 1147. L’ensemble éclaire le rôle majeur de Troyes et de la région dans l’essor de la discipline en Europe. On peut parler ici de véritable résurrection patrimoniale.</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/ZHH5YSJIQBGU5MURCOYKZ4T2EU.jpg?auth=5294ef5be06c6957f1b1d97581843041d98bb817852179e87167494b9b297660&amp;smart=true&amp;width=3064&amp;height=1582" type="image/jpeg" height="1582" width="3064"><media:description type="plain"><![CDATA[L'exposition "Passavant le meilleur !" est à découvrir à la Cité du Vitrail jusqu'au 31 octobre.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">© Archives. Département de l'Aube - E. Viollet</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[La vie hors norme de Germaine de Staël : une certaine idée de l’Europe]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/la-vie-hors-norme-de-germaine-de-stael-une-certaine-idee-de-leurope-CNCCH6GHM5AABHOZJWQCGYUVE4/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/la-vie-hors-norme-de-germaine-de-stael-une-certaine-idee-de-leurope-CNCCH6GHM5AABHOZJWQCGYUVE4/</guid><dc:creator><![CDATA[Louis-Henri de La Rochefoucauld]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sat, 13 Jun 2026 07:00:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Germaine de Staël se posait cette question éternelle peu avant sa mort, au début de la Restauration, en 1816 : "Les ténèbres ou les lumières triomphent-elles en Europe ?" Deux ans plus tôt, dans une autre lettre, elle écrivait : "L’exil m’a fait perdre les racines qui me liaient à Paris et je suis devenue par mes goûts européenne." L’Europe aura été la grande affaire de la vie de cette femme qui était franco-genevoise d’origine, suédoise par son mariage et germanophile par ses lectures. Ancienne présidente de la Société des études staëliennes et directrice des <i>Cahiers staëliens</i>, l’universitaire <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/feminisme-et-metoo-faut-il-bruler-le-marquis-de-sade-GKIFENVOU5AGBK2QRFUIBWX2KQ/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/feminisme-et-metoo-faut-il-bruler-le-marquis-de-sade-GKIFENVOU5AGBK2QRFUIBWX2KQ/">Stéphanie Genand</a> vient de publier la nouvelle biographie de référence de cette grande dame qui n’a jamais fait l’unanimité. Jadis peinte par Elisabeth Vigée-Lebrun, comme Marie-Antoinette, Germaine de Staël a tout d’une icône. Connectée aux meilleurs esprits de son temps, elle aura connu Goethe, le prince de Ligne ou Byron. Mais si <a href="https://www.lexpress.fr/culture/au-moins-le-souvenir-le-roman-qui-tente-de-rehabiliter-lamartine_2162860.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/au-moins-le-souvenir-le-roman-qui-tente-de-rehabiliter-lamartine_2162860.html">Lamartine</a> et Sainte-Beuve virent respectivement en elle un "tribun sublime" et "l’indépendance souveraine du génie au temps de l’oppression la plus entière", <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/napoleon-etait-il-un-causeur-de-la-trempe-de-donald-trump-YGMFVPNN3JDBXD5JQ4FIGS4TJE/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/napoleon-etait-il-un-causeur-de-la-trempe-de-donald-trump-YGMFVPNN3JDBXD5JQ4FIGS4TJE/">Napoléon</a> n’a jamais pu souffrir cette rebelle de bonne famille. Dans le <i>Mémorial de Sainte-Hélène</i>, où il s’en moque à plusieurs reprises, la jugeant tour à tour laide, intrigante et hypocrite, il a ces mots cinglants : "Elle combattait d’une main et sollicitait de l’autre."</p><p>Née à Paris en 1766, Germaine est ce qu’on appelle désormais une <i>nepo baby</i> : sa mère est une salonnière en vue et son père, le banquier protestant Jacques Necker, devient ministre des Finances en 1776. Nous ne ferons pas de psychanalyse, mais relèverons tout de même cette phrase de la jeune fille, alors âgée de 19 ans, au sujet de son père : "De tous les hommes de la terre, c’est lui que j’aurais souhaité pour amant." Léonard, l’acerbe coiffeur de la reine, a beau lui trouver une "corpulence de servante d’auberge", elle est un des meilleurs partis du royaume. Danser dans les bals jusqu’à 5 heures du matin comme elle aime faire n’est pas un projet de vie. On songe à la marier à William Pitt, le Premier ministre anglais, avant de lui faire épouser Erik de Staël, ambassadeur de Suède en France. On ne peut pas dire que ce soit la passion : "C’est un homme parfaitement honnête, incapable de dire ni de faire une sottise, mais stérile et sans ressort : il ne peut rendre malheureuse que parce qu’il n’ajoutera pas au bonheur et non parce qu’il le troublera."</p><p>Germaine de Staël n’est pas longue à le tromper avec Louis de Narbonne (avec lequel elle a deux fils), puis avec <a href="https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/benjamin-constant-ou-quand-la-france-aimait-le-liberalisme_2172556.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/benjamin-constant-ou-quand-la-france-aimait-le-liberalisme_2172556.html">Benjamin Constant</a> (avec lequel elle aura plus tard une fille). Cette instabilité amoureuse navre ses parents, retirés dans leur château de Coppet, dans le canton de Vaud, mais elle n’en a cure, car la grande Histoire l’appelle. Déjà férue de littérature et de philosophie politique, Germaine de Staël affine sa pensée auprès de Constant : tous les deux convaincus des vertus du libéralisme, ils écrivent à quatre mains – c’est ensemble qu’ils auraient inventé le terme de "réaction" en 1797. Alors que le Directoire tangue, un certain Bonaparte monte en puissance. Germaine de Staël est d’abord séduite par cet homme qu’elle rencontre à une réception donnée par <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/talleyrand-la-posterite-chancelante-du-diable-boiteux-racontee-dans-un-livre-LUFQZUSBPRE5FJ44BC6HMGQOAU/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/talleyrand-la-posterite-chancelante-du-diable-boiteux-racontee-dans-un-livre-LUFQZUSBPRE5FJ44BC6HMGQOAU/">Talleyrand</a> au ministère des Relations extérieures. En 1798, elle est fascinée par la campagne d’Egypte – de son côté, Bonaparte lit un livre d’elle au cours de l’expédition, <i>De l’influence des passions</i> <i>sur les individus et les nations</i>. C’est à partir du 18 Brumaire, fin 1799, que ça se corse. L’ancien "héros" est considéré comme un "parvenu", et bientôt comme un "tyran" et un "barbare satyrique", par la fille de Necker. Ils se choquent l’un l’autre : lui en ratifiant le Concordat en 1801, elle en publiant son roman <i>Delphine</i> en 1802. Elle n’a plus le droit d’approcher à moins de 20 lieues de Paris, et s’exile à Coppet, qui devient une plaque tournante des intellectuels européens. </p><p><i>Delphine</i> ayant eu beaucoup de succès à l’étranger, l’écrivaine se rend en Allemagne (Francfort, Weimar, Berlin), puis en Italie (de Milan à Naples). Désespérée par les Français, "misérablement frivoles", elle se passionne pour tout ce qui vient d’ailleurs en Europe, ce que l’on sent bien dans un nouveau roman, <i>Corinne ou l’Italie</i>, publié en 1807. La mort de son père, en 1804, un mois avant la proclamation de l'Empire, a fait d’elle une riche héritière, propriétaire en Suisse, en France et même aux Etats-Unis, où Necker avait acheté des terres. Les épreuves ne l’épargnent pas. En 1809, elle apprend que ce fourbe de Constant, qui restera le grand amour de sa vie, en a épousé une autre sans la prévenir. En 1810, Napoléon lui-même bloque la parution de son livre <i>De l’Allemagne</i>, sur lequel elle avait travaillé pendant six ans – les 10 000 exemplaires imprimés sont mis au pilon.</p><p>"Enfin le système de me traquer comme une biche est tellement suivi qu’il faut ou plier ou partir, et je crois devoir au nom de mon père et à ma conscience de ne pas plier", écrit-elle dans une lettre. Après avoir songé à découvrir l’Amérique, elle part en 1812 pour son dernier grand voyage européen, qui la mène en Autriche, en Ukraine, en Russie (où elle rencontre Alexandre I<sup>er</sup>) et en Suède, où elle est "reçue comme une reine" (selon ses propres termes) par Jean-Baptiste Bernadotte, en qui elle voit "le Napoléon des honnêtes gens". Ce tour la mène jusqu’à Londres, où elle est là aussi accueillie comme la célébrité cosmopolite qu’elle est. Un éditeur anglais lui propose un énorme contrat pour <i>De l’Allemagne</i>, qui paraît en novembre 1813 – le premier tirage de son livre interdit part en trois jours. La chute de Napoléon lui permet de retourner vivre à Paris, où elle retrouve ses proches, notamment sa grande amie Juliette Récamier. Sororité avant l’heure, elle écrivait à cette dernière : "Vous m’avez fait connaître ce qu’il y a de vraiment doux dans la tendresse pour une femme : c’est l’alliance de deux êtres faibles qui regardent ensemble leurs oppresseurs." Quelle autre femme aura osé tenir tête à Napoléon aussi fermement ? Inutile de chercher : il n’y en a pas. </p><p>Malgré ce que pourrait laisser croire son irréductible énergie, Germaine de Staël n’a jamais été en bonne santé. Elle a longtemps consommé de l’opium pour oublier diverses douleurs. Cela ne soigne pas les maladies. Lors d’une réception chez Elie Decazes, alors ministre de la Police, elle s’effondre. Fiévreuse, elle reste trois mois alitée, à bout de forces mais ne perdant pas son humour, se décrivant "couchée sur le dos depuis 90 jours comme une tortue, mais avec beaucoup plus d’agitation d’esprit et de souffrance d’imagination que cet animal". Elle s’éteint en 1817, à 51 ans. Deux livres essentiels sont publiés après sa mort : <i>Considérations sur la Révolution française</i> (1818) et <i>Dix années d’exil</i> (1821). Terminant alors sa vie à Sainte-Hélène, Napoléon relit <i>Corinne</i> et reconnaît s’être trompé de stratégie avec elle : "Mme de Staël m’a fait plus d’ennemis dans son exil qu’elle ne m’en aurait fait en France." Il avoue enfin : "Personne ne saurait nier, après tout, que Mme de Staël est une femme d’un très grand talent, fort distinguée, de beaucoup d’esprit, elle restera." </p><p><i>Germaine de Staël. Le Prix de la liberté </i>par Stéphanie Genand. Perrin, 339 p., 23,50 €. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/7KILPNX2XBHRBDI75VR7TWHLIA.jpg?auth=ad9661c3c067a72c021959e19932079070ab84ea09bac13f3f4e87944afdb8d4&amp;smart=true&amp;width=605&amp;height=850" type="image/jpeg" height="850" width="605"><media:description type="plain"><![CDATA[Germaine de Staël, ici peinte par François Gérard, aura tenu tête comme personne à Napoléon. ]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">François Gérard, 1802/Wikimedia Commons</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[David Hockney, dernière superstar de la peinture contemporaine]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/art/david-hockney-derniere-superstar-de-la-peinture-contemporaine-HCQZKQSWN5AIHAS3QUDVOTPAOY/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/art/david-hockney-derniere-superstar-de-la-peinture-contemporaine-HCQZKQSWN5AIHAS3QUDVOTPAOY/</guid><dc:creator><![CDATA[Letizia Dannery]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sat, 13 Jun 2026 05:00:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Il était le dernier géant capable de remplir les musées telle une rock star et de faire vibrer le marché de l’art comme aucun autre créateur encore en vie. Avec la disparition de <a href="https://www.lexpress.fr/culture/art/mort-de-david-hockney-quand-lexpress-brossait-le-portrait-du-wahrol-anglais-en-1974-XCQSXFWDOVA6NF7QY576HZRCGQ/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/art/mort-de-david-hockney-quand-lexpress-brossait-le-portrait-du-wahrol-anglais-en-1974-XCQSXFWDOVA6NF7QY576HZRCGQ/">David Hockney</a>, annoncée ce vendredi 12 juin, la sphère artistique perd l’une de ses figures les plus populaires, les plus influentes et les plus cotées de l’époque contemporaine. Pendant plus de six décennies, le peintre britannique aura réussi un exploit rare : conjuguer reconnaissance critique, succès public et records sur le marché de l’art. Ultime artiste vivant véritablement <i>bankable</i> de sa génération, il incarnait à lui seul un pont entre l’avant-garde des années 1960 et la création du XXIe siècle.</p><p>Né en 1937 à Bradford, dans le Yorkshire, David Hockney s’impose, dès les <i>sixties,</i> comme <a href="https://www.lexpress.fr/culture/art/un-week-end-a-porquerolles-le-grand-bain-pop-a-la-villa-carmignac-OSJOEO2A6JGTRJIS2EZZPZIWDA/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/art/un-week-end-a-porquerolles-le-grand-bain-pop-a-la-villa-carmignac-OSJOEO2A6JGTRJIS2EZZPZIWDA/">l’un des visages du pop art</a> britannique. Formé au prestigieux Royal College of Art de Londres, il se distingue rapidement par un style figuratif audacieux à une époque où l’abstraction domine encore les débats artistiques. De son regard libre, son humour et son refus des conventions, il fait une signature. Mais c’est en Californie, où il s’installe à partir de 1964, qu’il forge sa légende. </p><p>Fasciné par la lumière de Los Angeles, les villas modernistes, les piscines turquoise, il développe une palette éclatante qui tranche avec la grisaille de son Angleterre natale. En 1967, <i>A Bigger Splash</i> devient l’une des images les plus célèbres du XXe siècle : une piscine immobile, l’explosion d’une éclaboussure, et toute une mythologie californienne condensée dans une seule toile. Parmi ses œuvres emblématiques figure également <i>Portrait of an Artist (Pool with Two Figures)</i>, tableau entré dans la légende lorsqu’il fut adjugé plus de 90 millions de dollars en 2018, établissant alors un record pour une œuvre d’un artiste vivant. Cette vente consacrait un phénomène unique : Hockney était désormais une marque mondiale, identifiable bien au-delà du cercle des amateurs d’art.</p><p>Mais réduire David Hockney à ses fameuses piscines serait faire l’impasse sur d’autres facettes, parfois moins connues mais tout aussi fondamentales de son corpus. Le peintre fut ainsi un remarquable portraitiste qui a saisi, avec une précision psychologique rare, ses proches, ses amis, ses compagnons. Il fut aussi un infatigable expérimentateur, qui n’a pas hésité, jusqu’à un âge avancé, à s’approprier les nouvelles technologies. Dès les années 1980, ses photomontages composés de multiples clichés remettent en question la perspective classique. Plus tard, il adopte l’iPhone puis l’iPad comme outils de création, produisant des paysages numériques qui séduisent une nouvelle génération de visiteurs. Son retour régulier dans le Yorkshire lui inspire également de vastes compositions célébrant les saisons anglaises.</p><p>Ces dernières années, installé entre la Normandie, Londres et le nord de l’Angleterre, vieillissant, geste et verbe ralentis, il a continué d’explorer la couleur, la lumière et les mécanismes de la vision, ne se lassant pas, en <a href="https://www.lexpress.fr/societe/proust-en-goodies-bd-theatre-choquant-ou-inesperee-democratisation-O7OV75XJ25CLXKLYMIROS6EPBE/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/societe/proust-en-goodies-bd-theatre-choquant-ou-inesperee-democratisation-O7OV75XJ25CLXKLYMIROS6EPBE/">lecteur assidu de Proust</a>, de scruter la fuite du temps à travers les paysages qui l'entouraient, comme il nous le confiait, il y a cinq ans, depuis sa maison à colombages du Calvados, avec un enthousiasme et une curiosité intacts. Enfin, artiste ouvertement homosexuel, Hockney a aussi contribué à rendre visibles les identités et les modes de vie longtemps absents de l’histoire de l’art. Son travail, profondément personnel mais universellement accessible, a touché des millions de personnes à travers le monde. Il laisse derrière lui bien davantage qu’une œuvre : une façon lumineuse de regarder le monde.</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/K4ZHAOJOV5DUTBXQKLIM4VANWI.JPG?auth=903cba3f034f48a22ecb427106c94f9e2f53c85c23272ba0297c8ab549778761&amp;smart=true&amp;width=3500&amp;height=2415" type="image/jpeg" height="2415" width="3500"><media:description type="plain"><![CDATA[L'artiste britannique David Hockney pose devant un détail de son tableau "L'arrivée du printemps à Woldgate, East Yorkshire, en 2011 (vingt-onze)" à la Royal Academy of Arts de Londres, le 16 janvier 2012.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">Reuters</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Ventes de livres : Boualem Sansal a-t-il réussi son lancement ?]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/ventes-de-livres-boualem-sansal-a-t-il-reussi-son-lancement-QHNWXXLENVAUXPW4WNC22UQUXI/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/ventes-de-livres-boualem-sansal-a-t-il-reussi-son-lancement-QHNWXXLENVAUXPW4WNC22UQUXI/</guid><dc:creator><![CDATA[Louis-Henri de La Rochefoucauld]]></dc:creator><description></description><pubDate>Fri, 12 Jun 2026 14:43:24 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Nous ne ferons pas ici de critique littéraire, nous n’entrerons pas dans les querelles idéologiques et nous reviendrons encore moins sur les bisbilles privées franchement inintéressantes opposant Boualem Sansal à son ancien éditeur historique, Gallimard. Nous nous en tiendrons aux chiffres, rien qu’aux chiffres. Avec un plan promotionnel et une visibilité publicitaire exceptionnels, <i>La Légende </i>(Grasset) devait tout casser. A l’arrivée, le récit de captivité du <a href="https://www.lexpress.fr/societe/boualem-sansal-a-lacademie-francaise-les-coulisses-de-son-election-texte-uppercut-facheries-et-ong-4XUBMMALIBHXPPE6FKFI5OROIA/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/societe/boualem-sansal-a-lacademie-francaise-les-coulisses-de-son-election-texte-uppercut-facheries-et-ong-4XUBMMALIBHXPPE6FKFI5OROIA/">dernier académicien élu Quai Conti</a> prend la tête de notre classement des essais avec 17 000 exemplaires vendus la première semaine. C’est beaucoup dans l’absolu, mais très peu quand on met <i>La Légende</i> en parallèle avec des titres comparables. </p><p>Lors des sept premiers jours d’exploitation, Philippe de Villiers, Gisèle Pelicot et Nicolas Sarkozy avaient ainsi vendu respectivement 37 000, 63 000 et 98 000 exemplaires de <i>Populicide</i>, <i>Et la joie de vivre</i> et du <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/journal-dun-prisonnier-nicolas-sarkozy-est-il-legal-doscar-wilde-6KZB2YKD75GUZLWLGGXPKQAYEM/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/journal-dun-prisonnier-nicolas-sarkozy-est-il-legal-doscar-wilde-6KZB2YKD75GUZLWLGGXPKQAYEM/"><i>Journal d’un prisonnier</i></a> – Sansal fait donc près de six fois moins bien que Sarkozy. Sans se prendre pour Nostradamus, on peut avancer que les ventes de <i>La Légende</i> vont baisser dès ces jours-ci, et que le livre-événement de cette fin de printemps arrivera à un résultat final d’environ 50 000 exemplaires. Avec un socle de 10 000 lecteurs fidèles, un positionnement clivant et un texte jugé plutôt décevant, c’est déjà une belle performance. Hélas, au vu de l’à-valoir de 1 million d’euros offert par Hachette, c’est trop peu. </p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/MIGYTI3V7JCI3BIEA3UNL54O4U.jpg?auth=3e5c7d7a7b4772c25dcdd092b70983efcd7c2c6150204d961924d90e2ef394a3&smart=true&width=1101&height=2432" alt="" height="2432" width="1101"/></figure><p>Lors de son passage à la matinale de France Inter, Boualem Sansal avait confirmé l’information selon laquelle la maison Gallimard ne lui avait proposé « que » 100 000 euros d’avance. Preuve est faite qu’Antoine Gallimard a le compas dans l’œil : c’était un contrat juste, à la fois généreux et raisonnable, conforme à la réalité d’un marché toujours plus en berne. Les ennemis de Sansal ne manqueront pas de se moquer de son démarrage poussif, seulement rira bien qui rira le dernier : il n’est rassurant pour personne que même un livre aussi mis en avant que <i>La Légende</i> ne parvienne pas à s’écouler autant qu’espéré…</p><p>A part le Boualem Sansal, l’autre essai ayant marqué la semaine est l’encyclique du pape Léon XIV, <i>Magnifique humanité</i> (coédition Bayard/Le Cerf/Mame). Bien que sa volonté conservatrice de "désarmer l’IA" soit battue en brèche par <a href="https://www.lexpress.fr/economie/high-tech/thesmar-et-landier-la-paix-de-lia-proposee-par-le-pape-vise-a-ralentir-le-progres-alors-quil-faut-4KV37C7QDZCODIFMDKP3A3VLF4/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/economie/high-tech/thesmar-et-landier-la-paix-de-lia-proposee-par-le-pape-vise-a-ralentir-le-progres-alors-quil-faut-4KV37C7QDZCODIFMDKP3A3VLF4/">certains spécialistes</a>, ses thèses plaisent à un large lectorat. Du côté des romans, la tendance est au statu quo depuis déjà plusieurs semaines – ce qui devrait se prolonger jusqu’au début de la rentrée littéraire mi-août. La seule entrée importante à signaler est celle de Pauline Peyrade, récente lauréate du prix du Livre Inter, 13<sup>e</sup> avec <i>Les Habitantes</i> (Minuit). Grâce au coup de boost apporté par cette distinction très prescriptrice, elle a dépassé les 10 000 exemplaires. Juste derrière elle, notons à la 14<sup>e</sup> place la présence de Romain Lemire, qui a lui aussi franchi la barre des 10 000 exemplaires avec <i>Clément</i> (Le Cherche Midi), prix Goncourt du premier roman. Deux preuves que les carottes ne sont pas encore cuites en librairie. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/FPRHICH4QBCJJJEST3UDDAWCVE.jpg?auth=ae1d8e1d7d65c9a08cbab49cc4f185cc87873aaac67461cda886ce95c2dc9abf&amp;smart=true&amp;width=5674&amp;height=3775" type="image/jpeg" height="3775" width="5674"><media:description type="plain"><![CDATA[Boualem Sansal aurait-il déçu ses premiers lecteurs ?]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">PHOTOPQR/L'INDEPENDANT/MAXPPP</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Mort de David Hockney : quand L'Express brossait le portrait du "Wahrol anglais" en 1974]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/art/mort-de-david-hockney-quand-lexpress-brossait-le-portrait-du-wahrol-anglais-en-1974-XCQSXFWDOVA6NF7QY576HZRCGQ/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/art/mort-de-david-hockney-quand-lexpress-brossait-le-portrait-du-wahrol-anglais-en-1974-XCQSXFWDOVA6NF7QY576HZRCGQ/</guid><description></description><pubDate>Fri, 12 Jun 2026 10:29:12 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>L'Express du 28 octobre 1974</p><p><b>Le Warhol anglais</b></p><p>David Hockney, 37 ans, peintre aux cheveux trop blonds, aux lunettes trop rondes, est l'équivalent anglais d'<a href="https://www.lexpress.fr/culture/art/andy-warhol_1616203.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/art/andy-warhol_1616203.html">Andy Warhol</a>. Mais l'agressivité américaine lui demeure étrangère. Hockney se range parmi les contestataires. Coqueluche de la bonne société londonienne, ayant choisi depuis peu d'habiter à Paris, il reste l'élève un peu dissipé, mais finalement médaille d'or, du Royal College of Art. </p><p>Le musée des Arts décoratifs lui consacre en ce moment une rétrospective où il présente trente tableaux et soixante-quinze dessins. En même temps, au Studio des Ursulines et au Mac-Mahon, sort <i>A Bigger Splash</i>, un film de Jack Hazan, dont il est l'inspirateur et le principal interprète. </p><p>Il y tient son propre rôle et raconte sa propre aventure : sa rupture avec son ami le peintre Peter Schlesinger. Désarroi, voyages, difficultés de peindre se succèdent. La réalité est jouée, mais le jeu double réactualise un drame ressenti. </p><p>Les images du film imitent les peintures de Hockney, de sorte que les tableaux se transforment en environnement vécu, tandis que le vécu se change subtilement en œuvre d'art. </p><h3>Dessinateur virtuose</h3><p>Cette jonglerie intellectuelle se retrouve dans la rétrospective du musée des Arts décoratifs. Pleinement maître de sa technique picturale, Hockney multiplie les clins d'œil et les références culturelles. Ses tableaux sont remplis d'ingrédients plus ou moins épicés : peinture tachiste, ou gestuelle, style 1925, op art, pop art, pointillisme, impressionnisme. Dans ce paysage d'histoire de l'art, se déplacent des personnages déhanchés, proches de Bacon et de Klee, au début, puis évoluant vers un naturalisme flirtant avec l'hyperréalisme.</p><p>Dessinateur virtuose, David Hockney regarde la vie à travers le prisme des musées. Comme d'autres font des jeux de mots, il improvise des associations picturales qu'il investit d'anecdotes intimes. Le paradis, pour lui, ce sont les piscines californiennes où évoluent des éphèbes sans voile, et, dans ses tableaux, les garçons nus, vus de dos, laissent peu de doute sur le principal centre d'intérêt de l'artiste. Mais ces visions n'ont rien d'équivoque : une simple sieste de collégiens après la douche. </p><p>Les qualités et les limites de Hockney résident dans la fraîcheur de la vision et l'humour de l'interprétation. Avec tout son talent, il reste à la surface des choses, à la surface de l'art. Décontracté, il se moque de lui-même, se moque des modes, mais toujours du bout du pinceau. Je vois le monde avec un certain détachement, dit-il, je cherche à m'en tenir à l'écart, un peu comme Serge de Diaghilev, qui portail des gants blancs pour éviter la contamination.</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/A7GUHQ5ZNJFVFN4NDKKGNJ5I54.jpg?auth=2a93595843f9ed086c50f9332d9e703cb27d715330e477e05e2661495ca9ef51&amp;smart=true&amp;width=3248&amp;height=4096" type="image/jpeg" height="4096" width="3248"><media:description type="plain"><![CDATA[David Hockney, ici en mai 1981.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">PRESS ASSOCIATION IMAGES/MAXPPP</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA["Tu nous as enfin trouvés" : le roman coup de poing d’Edgar Selge]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/tu-nous-as-enfin-trouves-le-roman-coup-de-poing-dedgar-selge-LLBQD2CIV5C2LMVHG3KLBYAQLQ/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/tu-nous-as-enfin-trouves-le-roman-coup-de-poing-dedgar-selge-LLBQD2CIV5C2LMVHG3KLBYAQLQ/</guid><dc:creator><![CDATA[Christophe Donner]]></dc:creator><description></description><pubDate>Wed, 10 Jun 2026 04:15:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>C’était dimanche, au lendemain de la finale de <a href="https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/psg-arsenal-et-le-vainqueur-de-la-bataille-culturelle-est-PGRRYLMTXVDH3HJ2RCC7JYMLYA/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/psg-arsenal-et-le-vainqueur-de-la-bataille-culturelle-est-PGRRYLMTXVDH3HJ2RCC7JYMLYA/">la Ligue des champions</a>. Il était neuf heures du matin, premier jour de libération de la canicule, le thermomètre avait dégringolé de 15 degrés dans la nuit, tout était calme, l’air frais courant à travers la chambre, fenêtre et porte ouvertes. Du fond de mon lit, je lisais <i>Tu nous as enfin trouvés (</i>Actes Sud), le premier roman d’Edgar Selge, 78 ans, il en avait 71 quand son livre est paru en Allemagne. Après avoir mené une carrière d’acteur de théâtre, Edgar Selge est devenu, à 50 balais, la vedette d’une série policière : <i>Polizeiruf 110</i>, dans laquelle il interprétait le rôle avantageux du commissaire Jürgen Tauber. En interprétant ce rôle de flic, l’envie lui est venue d’enquêter sur lui-même et sur sa famille. Sachant qu’il est né en 1948, on se fait déjà une petite idée de ce qu’il va découvrir. Comme la plupart des néo-romanciers, Edgar Selge raconte son enfance. Une enfance où son père occupe une place importante. Le père d’Edgar rêvait de devenir pianiste, il ne le sera jamais, et pour se consoler, il donne un récital pour les 80 jeunes détenus qu’il a sélectionnés parmi les 400 que compte la prison pour mineurs dont il est le directeur.</p><p>En vue de ce concert, il s’enferme dans la salle de musique et s’exerce sur le Steinway qu’il vient d’acheter. L’oreille collée à la porte, le jeune Edgar écoute son père interpréter la sonate de Mozart. Il aime son papa. Disons qu’il l’admire plus qu’il ne l’aime. Il le craint plus qu’il ne l’admire, le subit plus qu’il ne le craint, en souffre plus qu’il ne le subit, en saigne plus qu’il n’en souffre, et à coups de bâton, de gifles qui l’envoient valdinguer contre le buffet fabriqué comme tous les autres meubles de la maison par les détenus qui, en entrant dans l’appartement du directeur pour écouter le concert, reconnaissent leurs meubles et en sont fiers.</p><h3>Un livre magnifique</h3><p>J’ai compris, dans l’ambiance douce de ma chambre, que je venais d’entamer un livre magnifique. La grande musique sous les doigts d’un bourreau d’enfants. Et je me suis demandé si c’était mieux ou moins bien que le film de <a href="https://www.lexpress.fr/culture/cinema/under-the-skin-les-films-de-jonathan-glazer-illustrent-un-questionnement-interieur_1551572.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/cinema/under-the-skin-les-films-de-jonathan-glazer-illustrent-un-questionnement-interieur_1551572.html">Jonathan Glazer</a>, <i>La Zone d’intérêt</i>, sorti il y a deux ans : il y était déjà question d’un père nazi, directeur d’Auschwitz, et de sa petite famille vivant dans le coquet pavillon avec jardin, adossé au mur du camp d’extermination.</p><p>Je tournais les pages du calvaire enduré par le jeune Edgar, goûtant au confort retrouvé de l’air enfin rafraîchi, tandis que <a href="https://www.lexpress.fr/culture/comment-faire-des-films-avec-trois-fois-rien-et-toute-la-vie-par-christophe-donner-KZLS5YWFC5HB5DSMIS4YTMN4BE/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/comment-faire-des-films-avec-trois-fois-rien-et-toute-la-vie-par-christophe-donner-KZLS5YWFC5HB5DSMIS4YTMN4BE/">Dora</a> jouait la douce musique culinaire du couteau sur la planche, dispersant les premiers effluves de l’oignon rouge coupé et des aubergines un peu molles, restées à fermenter dans le compartiment légumes du frigo, et jetées dans l’huile bouillante… j’en avais le baba ganoush à la bouche au moment où Edgar Selge racontait la mort de Rainer, son frère aîné qui, après avoir trouvé une grenade au fond du jardin, l’avoir posée triomphalement sur la table, dit à ses copains : "Celui qui l’ouvre avec ce marteau, je lui donne 20<i> </i>pfennigs." Personne, parmi cette bande de froussards, ne se présentant, Rainer se lance et, à force de s’acharner à coups de marteau sur la petite bombe, celle-ci finit par exploser. Voilà au moins un fils que le père n’aura plus à punir jusqu’au sang. Je continuais de lire. Mes narines frémissaient sous l’effet de l’odeur du persil plat haché, taboulé inégalable. Car, si je suis à moitié sourd et n’ai plus une très bonne vue, je peux encore reconnaître l’odeur du persil coupé à vingt mètres. Certes, il est possible que le tranché du couteau sur le persil et le grincement du pot de quatre-épices aient mis mes neurones sur la voie. Qu’ils sont doux, les bruits et les odeurs du grand remplacement.</p><p>Les choses se corsent à la moitié du livre, la parole de la mère se libère. Elle rappelle à ses enfants qui l’ignorent "à quel point les juifs s’étaient infiltrés partout à l’époque. Dans les théâtres, l’opéra, les salles de concert, les universités, les bons restaurants, les journaux, la politique, oui, où que vous posiez les yeux : les juifs étaient déjà là. Vous en aviez toujours un sous les yeux." La peur rétrospective tourne au pressentiment : et s’ils remplaçaient le mot juif par le mot arabe…</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/NHSNSOFY3VBVXJEKF3TGWWMRYE.jpg?auth=6ee30b8f9c63f5152b67328d223b3a51dd9eb3218f7f7b74ac720b6161d2c14f&amp;smart=true&amp;width=6000&amp;height=4000" type="image/jpeg" height="4000" width="6000"><media:description type="plain"><![CDATA[Edgar Selge le 19 février 2025 à Berlin.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">dpa/picture-alliance</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Lire André Suarès avant qu’il ne soit trop tard, par Manuel Valls]]></title><link>https://www.lexpress.fr/politique/lire-andre-suares-avant-quil-ne-soit-trop-tard-par-manuel-valls-ARBRACKJ55AGLG56EHRV4KQONM/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/politique/lire-andre-suares-avant-quil-ne-soit-trop-tard-par-manuel-valls-ARBRACKJ55AGLG56EHRV4KQONM/</guid><dc:creator><![CDATA[Manuel Valls]]></dc:creator><description></description><pubDate>Tue, 09 Jun 2026 05:00:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Il est des écrivains que la postérité range dans les marges, et dont la voix, à mesure que le temps passe, résonne pourtant avec une acuité grandissante. <a href="https://www.lexpress.fr/informations/andre-suares-a-l-ombre-des-talents-en-fleurs_598149.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/informations/andre-suares-a-l-ombre-des-talents-en-fleurs_598149.html">André Suarès</a> (1868-1948) est de ceux-là. Il fut, dans les années 1930, l’un des observateurs les plus lucides de la marche de l’Europe vers l’abîme. Le relire n’est pas un exercice d’érudition : c’est une nécessité civique.</p><p>Ami de Romain Rolland, de Paul Claudel et de Paul Valéry, il a laissé une œuvre immense et inclassable. Ses <i>Trois hommes</i> — Pascal, Ibsen, Dostoïevski — comptent parmi les plus pénétrants essais sur le génie européen ; son <i>Voyage du Condottière</i> est un sommet de la prose française. Critique d’art, poète, essayiste, il a écrit sur Shakespeare, Cervantès, Baudelaire, la musique aussi, avec une intensité qui n’appartient qu’à lui. Sa langue mêle un lyrisme passionné à une rhétorique classique.</p><p>Dès <a href="https://www.lexpress.fr/societe/1894-1906-l-affaire-dreyfus-ou-la-deraison-d-etat_1748300.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/societe/1894-1906-l-affaire-dreyfus-ou-la-deraison-d-etat_1748300.html">l’affaire Dreyfus</a>, le jeune Suarès prend parti avec fermeté, manifestant son admiration pour Zola et l’audace de <i>J’accuse</i>. C’est là qu’il forge son rejet profond de l’antisémitisme qui se pare des prestiges de la culture et de la rhétorique — celui de Maurice Barrès, dont il ne pardonnera jamais la dérive nationaliste. De ce combat de jeunesse, il apprend à distinguer le vrai du séduisant, à reconnaître sous les vernis savants la haine ordinaire.</p><p>Sa prescience confond. Comme <a href="https://www.lexpress.fr/culture/raymond-aron-le-spectateur-engage-de-lexpress-S2DOVHM5SNE5NAARPFQAM6NERU/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/raymond-aron-le-spectateur-engage-de-lexpress-S2DOVHM5SNE5NAARPFQAM6NERU/">Raymond Aron</a>, qui revient d’Allemagne en 1933 décidé à alerter, Suarès lit <i>Mein Kampf</i> dès sa parution et y identifie le projet génocidaire d’Hitler. Il qualifie le livre d’"office d’extermination" et prophétise, dès 1935 dans <i>Vues sur l’Europe</i>, la violence extrême et l’anéantissement physique programmé des juifs. A ses yeux, le nazisme est une rage organisée, une entreprise méthodique de destruction de l’humain.</p><p>Suarès est convaincu que la guerre est inévitable, non par fatalisme, mais parce qu’il en voit mieux que quiconque les mécanismes. Dans <i>Portraits de guerre</i> (1935), il montre qu’en refusant de tirer les leçons de 1914-1918, l’Europe se condamne à revivre le cauchemar. "On a cru que la paix était un droit. Elle n’est qu’un armistice", écrit-il, plaidant pour un réarmement d’abord moral.</p><p>Ses textes de résistance intellectuelle face aux totalitarismes sont réunis dans l’ouvrage <i>Contre le totalitarisme</i>. Il y met sur le même plan destructeur Mussolini, Hitler et Staline.</p><p>Pendant qu’une part de l’intelligentsia parisienne se laisse fasciner par Moscou, il dénonce avec la même fermeté la terreur stalinienne : procès truqués, liquidation des paysans, culte du guide, délation érigée en vertu. Cette "religion de l’avenir", qui justifie tous les crimes du présent au nom d’un paradis à venir, lui paraît la jumelle obscure du fascisme. Cette symétrie, <a href="https://www.lexpress.fr/monde/europe/pourquoi-gabriel-zucman-devrait-lire-retour-de-lurss-dandre-gide-ledito-deric-chol-VNUUXKY5HREVDEPMJZAPD2QXOQ/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/monde/europe/pourquoi-gabriel-zucman-devrait-lire-retour-de-lurss-dandre-gide-ledito-deric-chol-VNUUXKY5HREVDEPMJZAPD2QXOQ/">que Gide ne reconnaîtra qu’en 1936 avec <i>Retour de l’URSS</i></a>, Suarès l’avait posée d’emblée.</p><p>Cette lucidité a un prix. Moqué, marginalisé, juif traqué sous l’Occupation, contraint de se cacher, brûlant une partie de ses manuscrits, il meurt en 1948, drapé dans une douloureuse et fière solitude.</p><p>Quelles leçons pour aujourd’hui ? D’abord, lire les textes. Suarès n’a pas deviné Hitler : il l’a lu. Notre époque préfère commenter les intentions supposées plutôt que d’affronter ce que les acteurs disent et écrivent. Prendre les mots au sérieux, surtout les plus brutaux, est un devoir.</p><p>Ensuite, tenir compte des signaux faibles. Un régime se prépare dans la langue avant de s’imposer dans les institutions : brutalisation du débat, délégitimation des contre-pouvoirs, fascination pour l’homme fort, invention d’ennemis intérieurs. Cette grammaire revient, sous d’autres formes, sur plusieurs continents.</p><p>Puis, se méfier des asymétries militantes. On ne dénonce pas un totalitarisme pour s’aveugler sur un autre : la liberté ne se découpe pas selon les sympathies.</p><p>Enfin, refuser le confort du désespoir. Suarès croyait à la vertu civique, à la culture, au courage ordinaire. Sa colère n’était pas désespérance ; elle était fidélité.</p><p>A l’heure où l’Europe est à nouveau traversée par des tensions nationalistes, où les populismes de droite comme de gauche gagnent du terrain, cet auteur trop méconnu s’impose comme une évidence. L’histoire ne se répète pas à l’identique, mais ses mécanismes — l’aveuglement,l’orgueil, la peur — sont éternels. "Le devoir de l’homme, c’est de voir, même quand ce qu’il voit lui déplaît", écrivait-il. Cette exigence n’a jamais été aussi nécessaire.</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/X2445P7OAVG3LI76B4SV5MX6AE.jpg?auth=cba56fe1385b355a9ac75cec8e4a63db334ed06e08901818d68e6b0e689ec336&amp;smart=true&amp;width=1748&amp;height=2480" type="image/jpeg" height="2480" width="1748"><media:description type="plain"><![CDATA[Manuel Valls]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">Kate Copeland</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Diversité écologique et diversité culturelle : même combat !]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/diversite-ecologique-et-diversite-culturelle-meme-combat-6JK5TOO36JGBJE5R565JIT5KNI/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/diversite-ecologique-et-diversite-culturelle-meme-combat-6JK5TOO36JGBJE5R565JIT5KNI/</guid><dc:creator><![CDATA[Michel Feltin-Palas]]></dc:creator><description></description><pubDate>Tue, 09 Jun 2026 04:15:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>A ma droite, des espèces végétales et animales en voie de disparition accélérée. A ma gauche, des langues en voie de disparition accélérée. Et s’il existait une étroite relation entre les deux phénomènes ? Et si réchauffement climatique et refroidissement culturel allaient de pair ? Telle est la conviction de David Grosclaude qui, dans <a href="https://www.adeo-oc.eu/" rel="">un ouvrage argumenté et agréable à lire </a>(1), établit un parallèle entre diversité écologique et diversité linguistique. En résumant ainsi sa pensée : "L’une ne peut survivre sans l’autre."</p><p><b>CETTE INFOLETTRE REDEVIENT GRATUITE !</b> </p><p><i>"Sur le bout des langues" reste bien sûr comprise dans l’abonnement à L’Express, mais elle est aussi accessible à tous ceux qui le souhaitent.</i></p><p><i>Pour s’inscrire, suivez </i><a href="https://post.eu.spmailtechnol.com/f/a/s2jSbiWmxAZwaV_WTH2GhA~~/AABGZBA~/RbXRzn1Vc9gpNDqf-9QpOWtktquup0gOoqdoHiwLLk08lUQ6yEedYFRGfag6EciPxIVJyZrWkU3VKTCdrNWLf_4sqcWoYEOFAZm2x6MyCbUvGtDYYTqtEorFTHwKO2Mtv_059zx1AlLjGOPI0ARyJg~~" rel=""><i>ce lien</i></a><i>, sélectionnez "Sur le bout des langues", entrez votre adresse de messagerie dans le bandeau qui apparaît en bas de page et cliquez sur "Valider".</i></p><p>N’allez surtout pas croire que cet homme doublement engagé en faveur de l’écologie et de l’occitan soit aveuglé par son militantisme. Plusieurs institutions internationales partagent en effet son analyse. "La diversité culturelle est, pour le genre humain, aussi nécessaire qu’est la biodiversité dans l’ordre du vivant", proclame ainsi l’Unesco à l’article premier de la bien nommée <a href="https://www.unesco.org/fr/legal-affairs/unesco-universal-declaration-cultural-diversity" rel="">Déclaration universelle pour la diversité culturelle</a>, adoptée en 2001. De même, Cités et Gouvernements locaux Unis, un réseau mondial de villes et de gouvernements régionaux et métropolitains, <a href="https://www.agenda21culture.net/sites/default/files/2025-05/zz_culture4pilierdd_fra.pdf" rel="">présente la culture comme "le quatrième pilier du développement durable</a>". </p><p>De fait, les langues ne servent pas seulement à communiquer. Chacune d’elles représente aussi un réservoir à idées… En détruisant des espèces végétales, nous détruisons notre capacité à trouver de nouveaux médicaments ? En détruisant des langues, nous détruisons notre capacité à découvrir des savoirs liés à l’eau, à la forêt, à l’agriculture, donc des solutions à la crise écologique. </p><p>Prenons deux exemples concrets, cités par l’Unesco. Des études menées auprès du peuple amazonien des Amuesha et des aborigènes d’Australie l’ont montré : la raréfaction des locuteurs a un impact direct sur la richesse de leur environnement. Et c’est logique : c’est par des chants, des rituels et des récits oraux exprimés dans ces langues autochtones que des informations concernant les cycles naturels, les migrations animales ou les techniques de culture durables ont été transmises de génération en génération. La raréfaction de leurs locuteurs entraîne mécaniquement la perte de connaissances écologiques précieuses. </p><p>L’espèce humaine ne modifie donc pas seulement l’environnement avec des pelles mécaniques, du béton ou des produits chimiques. Elle le fait aussi en vertu de certains concepts - le "progrès", la "civilisation", le "développement" - lesquels varient selon les époques, les lieux et les cultures. </p><p>Je me souviens d'un reportage que j'avais vu lorsque j'étais adolescent. Des Occidentaux avaient appris à un peuple isolé d'Asie une technique permettant de travailler deux fois plus vite. Ils s'attendaient donc à ce qu'ils produisent deux fois plus. Au lieu de quoi ils ont décidé de... travailler deux fois moins. Je ne sais pas s'ils avaient raison ou tort, mais une chose est certaine : ils n'avaient pas la même vision que nous du "progrès". </p><p>C'est pourquoi, en préservant la diversité des langues et des cultures, nous aurons davantage de chances de trouver des solutions à la crise écologique. "Nous construisons notre monde avec des moyens matériels et des visions du monde, nous le détruisons aussi avec les mêmes moyens", résume Grosclaude. </p><p>Si elle n’en a pas encore tiré toutes les conséquences, L’Humanité a compris que la diversité du vivant était un impératif pour sa propre survie. En revanche, malgré les appels de grandes figures comme l’anthropologue Claude Lévi-Strauss ou le linguiste Claude Hagège, les menaces qui pèsent sur la diversité linguistique ne font pas l’objet de la même attention. </p><p>La France en est une parfaite illustration. Côté pile, notre pays se situe souvent en pointe dans la lutte contre le réchauffement climatique. Côté face, il est l’un des plus mauvais élèves pour ce qui concerne le respect de la diversité culturelle. "En matière de droits linguistiques, la France mérite 2 sur 10", indique ainsi Fernand de Varennes, qui fut rapporteur de l'ONU sur les questions relatives aux minorités.</p><p>Nuançons : Paris soutient haut et fort cette notion à l’international quand il s’agit de défendre le français face à l’anglais. En revanche, il la combat bec et ongles lorsque ce sont des Corses, des Basques, des Occitans ou des Martiniquais qui s’en réclament… Notre pays a ratifié en 1990 la Convention universelle des droits de l’enfant de l’ONU ? Certes. Mais en assortissant sa signature d’une "réserve" concernant l’un de ses articles essentiels : "Le droit des enfants à employer sa propre langue en commun avec les autres membres de son groupe."</p><p>Restons toutefois optimistes. Après tout, les préoccupations écologiques étaient encore totalement ignorées il y a cinquante ans, et les premiers à avoir alerté sur les dangers du réchauffement climatique étaient tournés en ridicule. "Ils veulent nous faire retourner à la bougie !", commentaient les gens "sérieux". Les mêmes, aujourd’hui, assurent que parler créole ou breton ne sert à rien et qu’il suffit d’apprendre l’anglais ou le mandarin ? Il arrivera probablement un jour où, sur ce front-là aussi, ils viendront à résipiscence. Espérons simplement qu’il ne sera pas trop tard…</p><p>(1) <a href="https://www.adeo-oc.eu/" rel=""><i>La diversité pour survire au réchauffement climatique et au refroidissement culturel</i></a>, par David Grosclaude. Editions Adeo.</p><p><i><b>RETROUVEZ DES VIDÉOS CONSACRÉES AU FRANÇAIS ET AUX LANGUES DE FRANCE SUR </b></i><a href="https://www.youtube.com/@michelfeltin-palas" rel=""><i><b>MA CHAÎNE YOUTUBE </b></i></a></p><h2>Du côté de la langue française</h2><p><a href="https://www.linkedin.com/pulse/s%C3%A9same-6-psg-marque-et-score-rapha%C3%ABl-haddad-7pste/" target="_self" rel="" title="https://www.linkedin.com/pulse/s%C3%A9same-6-psg-marque-et-score-rapha%C3%ABl-haddad-7pste/"><b>Le PSG, plus qu'un club : une marque</b></a></p><p>Le PSG n’est pas seulement un club de foot, c’est aussi une marque et un nom devenu plus grand que son sport. Le PSG, c'est de la mode, de l’image, du prestige, de l’imaginaire, et une partie de la réputation de la France, comme le souligne ici le communicant Raphaël Haddad. </p><p><b>Rachid Santaki, "Monsieur Dictée" </b></p><p>Il a organisé une dictée géante sur les Champs-Elysées, une autre au stade de France, et une autre lue… depuis l’espace, par Thomas Pesquet. Richard Santaki voit dans cet exercice scolaire souvent rébarbatif une occasion de rassembler des milliers de personnes autour de la langue française et de renforcer le lien social. Il raconte dans ce livre-manifeste son expérience.</p><p><i>Les mots qui font République</i>, par Rachid Santaki. Editions ??? </p><p><a href="https://www.honorechampion.com/fr/editions-honore-champion/13517-book-085365484-9782745365484.html" target="_blank" rel="noreferrer" title="https://www.honorechampion.com/fr/editions-honore-champion/13517-book-085365484-9782745365484.html"><b>Et le français fut (re-)latinisé...</b></a></p><p>On le sait : le français vient du latin. On le sait moins : le français s’est re-latinisé, surtout à partir du 14<sup>e</sup> siècle, lorsqu’il s’est agi de développer à l’écrit notre langue, qui manquait alors de vocabulaire. Cet ouvrage savant examine ce mouvement, sans omettre les contestations dont il a fait l’objet ("débiteur" et "ériger" ont été critiqués à leur création !). </p><p><i>La (re)latinisation du français dans son histoire</i>. Introduction de Gilles Siouffi. Etudes diachroniques 2026/4. Editions Honoré Champion</p><p><a href="https://www.lespetitschampionsdelalecture.fr/" target="_self" rel="" title="https://www.lespetitschampionsdelalecture.fr/"><b>Bientôt la finale des Petits champions de la lecture </b></a></p><p>220 000 élèves de CM1 et CM2 ont participé cette année au concours des "Petits champions de la lecture", un exercice de lecture à voix haute. Les 15 finalistes régionaux se retrouveront le mercredi 24 juin à 14 heures au théâtre de la Porte Saint-Martin, à Paris, pour disputer la finale nationale. </p><h3>Du côté des autres langues de France</h3><p><a href="https://nouveaupopulaire.fr/articles/parlement/les-regionalismes-ces-separatismes-que-lon-ne-veut-pas-voir/" target="_self" rel="" title="https://nouveaupopulaire.fr/articles/parlement/les-regionalismes-ces-separatismes-que-lon-ne-veut-pas-voir/"><b>Autonomie en Corse : un risque "séparatiste" selon Benjamin Morel…</b></a></p><p>Selon le politologue, le projet de loi constitutionnelle sur l’autonomie de la Corse, que s’apprête à examiner l’Assemblée nationale, menace l’universalisme républicain et serait porteur d’un "séparatisme" institutionnel aux conséquences imprévisibles. "La République étant universaliste, elle ne reconnaît aucune communauté religieuse, culturelle ou linguistique, souligne-t-il. C’est notre définition même de la République qui est engagée."</p><p><a href="" rel="" title=""><b>"Une demande majoritaire de la population", lui répond Paul Molac</b></a></p><p>Une analyse que conteste Paul Molac. "L’universalisme de Benjamin Morel n’est, en fait, qu’un conservatisme visant à refuser de reconnaître les peuples qui composent la République, en cherchant à les invisibiliser", écrit le député régionaliste, qui poursuit : "La République doit témoigner de la diversité des peuples qui la composent."</p><p><a href="https://www.fab.alsace/89-des-alsaciens/" target="_self" rel="" title="https://www.fab.alsace/89-des-alsaciens/"><b>89 % des Alsaciens jugent l’allemand "important" pour leur région</b></a></p><p>Tel est le résultat d’une enquête commandée par la Fédération Alsace Bilingue à l’institut de sondage IntoTheminds (500 personnes). Une très forte adhésion à la langue germanique, dont l’alsacien est l’une des variantes, qui s’observe aussi bien chez les hommes que chez les femmes.</p><h3>Du côté des langues du monde</h3><p><a href="https://www.editions-complicites.fr/librairie/" target="_self" rel="" title="https://www.editions-complicites.fr/librairie/"><i><b>Retrouver le panache perdu</b></i><b>, par Cyril Ducatez</b></a></p><p>Du suédois, du same, de l’allemand, de l’espéranto, de l’islandais, du groenlandais… Dans son troisième opus, Cyril Ducatez renouvelle sa passion pour le multilinguisme en franchissant les frontières culturelles sans oublier du picard, "sa" langue… Et apporte la preuve, une nouvelle fois, que l’amour des langues régionales n’est pas synonyme de "repli sur soi" ni de "communautarisme".</p><p><i>Retrouver le panache perdu</i>, par Cyril Ducatez. Editions complicités.</p><h3>A regarder</h3><p><a href="https://www.facebook.com/watch/?v=1445424273442551&amp;rdid=YRdKUzU5DoNQS1hh" target="_self" rel="" title="https://www.facebook.com/watch/?v=1445424273442551&amp;rdid=YRdKUzU5DoNQS1hh"><b>Le français va-t-il disparaître de Louisiane ?</b></a></p><p>Le français lui aussi est menacé de disparition sur certains territoires. C’est notamment le cas en Louisiane, comme l’explique ici Jourdan Thibodeaux. Cet artiste se bat pour sa langue dans cet Etat où le nombre de francophones est passé de 1 million à 100 000 en quelques décennies. Et l’affirme : "Tu vis ta culture ou tu tues ta culture. Il n’y a pas de milieu."</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/HVD2ZM5JY5FM5HBXCAJY3J6HRE.jpg?auth=98be4bb8f50cfcf788015bd09c9d9cde622033a1acb895d19f0ed5d2049cda97&amp;smart=true&amp;width=5347&amp;height=3565" type="image/jpeg" height="3565" width="5347"><media:description type="plain"><![CDATA[Selon l'Unesco, "la diversité culturelle est, pour le genre humain, aussi nécessaire qu’est la biodiversité dans l’ordre du vivant".]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">IP3 PRESS/MAXPPP</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA["Moi qui n’ai pas connu les hommes" : l'incroyable succès posthume de Jacqueline Harpman]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/moi-qui-nai-pas-connu-les-hommes-lincroyable-succes-posthume-de-jacqueline-harpman-I44REGGEQJDEFLL4NGAV2JRA5Q/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/moi-qui-nai-pas-connu-les-hommes-lincroyable-succes-posthume-de-jacqueline-harpman-I44REGGEQJDEFLL4NGAV2JRA5Q/</guid><dc:creator><![CDATA[Louis-Henri de La Rochefoucauld]]></dc:creator><description></description><pubDate>Mon, 08 Jun 2026 06:00:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Psychanalyste et écrivaine, Jacqueline Harpman fut un talent précoce : en 1959, elle reçoit à 30 ans le prestigieux prix Victor-Rossel pour <i>Brève Arcadie</i>, paru chez Julliard, alors éditeur de la jeunesse dans le vent (Françoise Sagan y avait publié <i>Bonjour tristesse</i> en 1954). Elle sortira ensuite une grosse vingtaine de livres, dont <i>Orlanda</i> (prix Médicis 1996), avant de mourir en 2012. Elle aurait dû disparaître petit à petit, comme la quasi-totalité des écrivains. Il n’en est rien. </p><p>En 1995, elle avait publié chez Stock <i>Moi qui n’ai pas connu les hommes</i>. Point de départ de l’histoire ? Quarante femmes dont une adolescente (la narratrice) sont retenues prisonnières dans une cage sous terre, surveillées par des hommes. Un jour, les gardiens abandonnent leur poste, les détenues s’évadent. Commence une errance dans le désert. Plus qu’à <i>Mad Max : Fury Road</i>, cette dystopie féministe est souvent comparée à <i>La Servante écarlate</i> de <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/margaret-atwood-nous-canadiens-sommes-moins-a-plaindre-que-vous-les-francais-JSCRIQLMVNALLDB6TLZHQAWJVU/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/margaret-atwood-nous-canadiens-sommes-moins-a-plaindre-que-vous-les-francais-JSCRIQLMVNALLDB6TLZHQAWJVU/">Margaret Atwood</a>. Est-ce cela qui explique son succès toujours plus fou ? Réédité en anglais ces dernières années, le livre fait un tabac. Aux dernières estimations, on est à plus de 500 000 exemplaires au Royaume-Uni et autant sur le continent américain (soit plus d'un million !). Recommandé par Dua Lipa et autres influenceurs, viral sur TikTok, le roman est en passe de devenir culte au sein de la jeunesse actuelle – à tel point qu’un film vient d’être mis en chantier, co-produit par Disney. On n’a pas fini d’entendre parler de <i>Moi qui n’ai pas connu les hommes</i>…</p><p><i>Moi qui n’ai pas connu les hommes </i>par Jacqueline Harpman. Le Livre de Poche, 240 p., 8,40 €. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/M4XMFWBAARFQPJB7TCGPK6KGKY.jpg?auth=ff584483f365140a9e1eaa6151742dff71431080c6192e09eecbe9ac3165f4e2&amp;smart=true&amp;width=960&amp;height=644" type="image/jpeg" height="644" width="960"><media:description type="plain"><![CDATA[Jacqueline Harpman]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">Mputtema</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Le fort Sainte-Agathe, la sentinelle de Porquerolles]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/le-fort-sainte-agathe-la-sentinelle-de-porquerolles-ABWW6RGTMFCNNPLRZRF3VKXBSQ/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/le-fort-sainte-agathe-la-sentinelle-de-porquerolles-ABWW6RGTMFCNNPLRZRF3VKXBSQ/</guid><dc:creator><![CDATA[Letizia Dannery]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sun, 07 Jun 2026 08:18:12 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>C’est un veilleur de pierre posé au-dessus du village à 60 mètres d’altitude. Le fort Sainte-Agathe domine Porquerolles comme un rappel constant de son passé stratégique – et, aujourd’hui, de ses nouveaux défis. Quand il est construit au XVIe siècle sous l’impulsion de François Ier, l’édifice répond à une urgence : protéger les côtes des attaques venues de la mer. Son architecture, compacte et austère, en dit long sur sa fonction première avec ses murs épais, sa silhouette ramassée, sa terrasse tournée vers l’horizon offrant une vue à 360°. Ici, tout est conçu pour voir sans être vu, résister plutôt que séduire. Même si derrière cette rigueur militaire se cache le plus beau panorama de l’île.</p><p>Ces dernières années, le regard porté depuis le fort a changé. L’ennemi n’est plus au large, il est diffus, invisible, et bien réel – le surtourisme. Comme l’ensemble du Parc national de Port-Cros, qui gère le bâtiment, Porquerolles doit composer avec une fréquentation estivale en forte hausse. Erosion des sols, pression sur les ressources, fragilisation des écosystèmes : les enjeux écologiques sont désormais au cœur des préoccupations. Le patrimoine, lui aussi, est mis à l’épreuve, sommé de s’ouvrir sans se dégrader. Dans ce contexte, le fort Sainte-Agathe devient un symbole d’équilibre à trouver entre préservation et attractivité.</p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/TJCCEOODGZBK5GWHW4QYD2TJ6A.jpg?auth=2475aa11fe1fd5515f9417e5dcd86cc8b6e3d41889f2fc1d7d2f6f38c3e87d21&smart=true&width=595&height=841" alt="Julian Charrière, "Les Géologies du rêve", 2024." height="841" width="595"/><figcaption>Julian Charrière, "Les Géologies du rêve", 2024.</figcaption></figure><p>C’est aussi un lieu qui s’ouvre à ces problématiques à travers l’art contemporain dans le sillage de la Villa Carmignac. Cet été, il accueille une installation de Julian Charrière, un artiste suisse qui offre, avec <i>Les Géologies du rêve</i>, une lecture sensible des transformations de notre planète. Sous l’austère coupole du fort, un cylindre incandescent flotte au-dessus d’un massif d’onyx dont il semble avoir été arraché. Installé sur une plateforme enveloppée de brume, l’élément pivote lentement, laissant filtrer à travers ses ouvertures verticales des faisceaux lumineux qui balaient la pièce. Julian Charrière invite alors les visiteurs à s’étendre autour de la roche, la tête posée sur des coussins taillés dans le charbon, pour s’abandonner, les yeux clos, à une expérience presque méditative. Dans une pénombre traversée de vibrations sourdes, émergent les respirations lointaines de deux volcans : Geldingadalir (Islande) et Erta Ale (Ethiopie).</p><p>Entre mémoire guerrière, urgence écologique et création artistique, le fort Sainte-Agathe incarne ainsi une nouvelle manière d’habiter la pierre chargée d’histoire : non plus comme un décor figé, mais comme un espace vivant, traversé par les tensions du présent. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/YXVSGLJTIJDENDSMJANDYOIWGM.jpg?auth=164d0fc768e8554dc26e23ee643f8ada1ff35699d0ee9569d0420b1cd516993e&amp;smart=true&amp;width=3046&amp;height=1568" type="image/jpeg" height="1568" width="3046"><media:description type="plain"><![CDATA[L'ancienne forteresse militaire offre le plus beau point de vue de l'île varoise.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">© Parc national de Port-Cros – Fondation Carmignac / Photo Laurent Lecat</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Jean-Pierre Montal, de la littérature au rock : un esthète underground]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/jean-pierre-montal-de-la-litterature-au-rock-un-esthete-underground-BSW75BHVSVA5RDJXIKGIOP5HHI/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/jean-pierre-montal-de-la-litterature-au-rock-un-esthete-underground-BSW75BHVSVA5RDJXIKGIOP5HHI/</guid><dc:creator><![CDATA[Louis-Henri de La Rochefoucauld]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sun, 07 Jun 2026 08:00:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Quand on le croise dans les cocktails littéraires ou certaines salles de concert, il est toujours élégant, affable et rieur, parlant plus volontiers de Lou Reed ou des Kinks que d’Annie Ernaux – même si Jean-Pierre Montal est à sa manière un transfuge de (grande) classe, il n’en a pas les éléments de langage stéréotypés. Avoir une double casquette d’écrivain et d’éditeur est une chose courante dans le marigot littéraire. Etre également rockeur est bien plus rare – on n’aurait pas imaginé Philippe Sollers avec une Stratocaster. Branchez la guitare : bien que nous interviewions l’écrivain/chanteur dans un café de l’Odéon, il n’a rien d’un "fils de" du quartier.</p><p>Jean-Pierre Montal naît en 1971 à Saint-Etienne, comme Bernard Lavilliers avant lui. Sa mère est issue du monde ouvrier communiste stéphanois, son père vient du Cantal : "Il avait eu une enfance paysanne, ambiance <i>La Guerre des boutons</i>, avec des frondes et des sabots. Il avait un peu le vice du self-made man : il a fait grossir une petite entreprise de travaux publics." Quand on grandit en périphérie de Saint-Etienne à l’époque, il n’y en a naturellement que pour les Verts : "J’avais le maillot, et mon père m’emmenait au stade Geoffroy-Guichard, où j’adorais l’ambiance. Je n’ai pas vu jouer la grande équipe, mais j’ai connu les débuts de Michel Platini. Il y avait des noms mythiques. Ici, à Saint-Germain-des-Prés, vous parlez de BHL comme d’une légende. Nous, nous avions Synaeghel ou Farison. Ces noms électrisaient la ville ! Les joueurs étaient très simples, ce qui me plaisait. Quand on punaisait dans sa chambre un poster de Jean-François Larios, on avait l’impression qu’on allait le croiser au PMU – et d’ailleurs, on l’y croisait ! Mais le foot m’a lâché assez vite, quand le rock a tout emporté."</p><p>Initié à la pop par les Beatles ou Supertramp, il se passionne pour la presse musicale et la scène indépendante des années 80 (des Smiths à Sonic Youth en passant par The Pastels). Il plonge sur le tard dans la lecture grâce à <i>L’Education sentimentale</i> de Flaubert. Suivant de très vagues études, il n’a qu’une certitude : c’est à Paris que sa vie commencera. En 1992, il monte enfin à la capitale pour faire "une école de journalisme calamiteuse" entre deux concerts de Pavement et My Bloody Valentine. L’un de ses profs, Serge-Allain Rozenblum, lui trouve ses premières piges dans l’univers de la presse professionnelle, et plus précisément dans le transport routier : "J’ai été une grande plume du genre ! J’écrivais principalement dans <i>L’Officiel des transporteurs</i>. J’ai fait des reportages jusqu’en Pologne, en accompagnant des chauffeurs. Je renverrai tout le monde vers mon article mythique sur le marché des citernes !" Il persévère dans le rock, mais la mode est aux raves et à la French Touch, auxquelles il ne comprend rien : "Aller me mettre les pieds dans la boue, non merci : j’ai toujours adoré les costards sixties. Quant à l’électro… La première fois qu’une copine m’a fait écouter Daft Punk, je lui ai dit que ça ne marcherait jamais." Au fil des années, tout en continuant la musique sans percer, il bascule vers la publicité en collaborant avec Euro RSCG, puis Havas : "Je n’ai pas connu l’aspect le plus décadent de la pub, non ; mais des bouclages homériques, oui. Ainsi qu’une galerie de portraits assez géniale."</p><p>En 2009, cet homme qui semble prendre la vie comme une flânerie se reconvertit dans l’édition en créant avec sa deuxième femme leur propre maison, Rue Fromentin. Il découvre Patrice Jean et connaît quelques succès de librairie, dont <i>Les Intéressants</i> de Meg Wolitzer et <i>Les Débutantes</i> de J. Courtney Sullivan, vendus chacun à 30 000 exemplaires. Après avoir laissé plusieurs manuscrits dans son tiroir, il se lance aussi comme écrivain avec un essai sur Maurice Ronet. Dans la foulée, il publie en 2015 son premier roman, <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/jean-pierre-montal-les-annees-1990-vues-de-l-avenue-foch_1714727.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/jean-pierre-montal-les-annees-1990-vues-de-l-avenue-foch_1714727.html"><i>Les Années Foch</i></a> – Jean-Pierre Montal a alors 44 ans, âge auquel mourut Francis Scott Fitzgerald. Doit-il rattraper le temps perdu ? Il a depuis enchaîné les livres, avec notamment <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/que-lire-en-cette-rentree-litteraire-notre-selection-des-romans-a-devorer-ou-a-eviter-VKFKOF3MWVF33G7G6HNN646KHU/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/que-lire-en-cette-rentree-litteraire-notre-selection-des-romans-a-devorer-ou-a-eviter-VKFKOF3MWVF33G7G6HNN646KHU/"><i>La Face nord</i></a><i> </i>(prix des Deux-Magots 2024). Son style se caractérise par une pudeur et une concision mêlant esprit et mélancolie. Son prochain roman à paraître fin août, <i>La Peau neuve</i>, portrait délicat d’une quinquagénaire divorcée, enchantera ceux qui se souviennent des livres d’Elizabeth von Arnim. Ayant entre-temps revendu Rue Fromentin, Jean-Pierre Montal a eu la chance de croiser sur sa route le dernier vrai seigneur de l’édition, <a href="https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/les-vins-de-bordeaux-victimes-de-bashing-essayez-den-commander-dans-un-resto-branche-4VSJ64NIXRHBHCQPKWDZXAGCHY/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/les-vins-de-bordeaux-victimes-de-bashing-essayez-den-commander-dans-un-resto-branche-4VSJ64NIXRHBHCQPKWDZXAGCHY/">Jean Le Gall</a>. Depuis, ils travaillent ensemble au Cherche Midi et chez Séguier, publiant à la fois des textes pouvant atteindre le plus grand nombre, et d’autres plus exigeants et souvent remarquables – rien que pour cette année, citons <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/je-ne-raffole-pas-de-lecriture-blanche-a-la-mode-lolita-pille-ou-leloge-de-la-litterature-absolue-MUMDUHJJAFFMXBEG22HL7ILPEM/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/je-ne-raffole-pas-de-lecriture-blanche-a-la-mode-lolita-pille-ou-leloge-de-la-litterature-absolue-MUMDUHJJAFFMXBEG22HL7ILPEM/"><i>Antigone reine</i></a> de Lolita Pille, <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/premiers-romans-notre-selection-des-revelations-francaises-de-cet-hiver-TB4I7UJ5WBH3PJLZWXNGYQCH4Y/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/premiers-romans-notre-selection-des-revelations-francaises-de-cet-hiver-TB4I7UJ5WBH3PJLZWXNGYQCH4Y/"><i>Underdog</i></a> de Bruno Marsan, <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/etienne-de-montety-et-nicolas-chemla-deux-hommes-en-quete-de-grace-UPGPJV6ZLJE2HN5IOGPP2XSOA4/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/etienne-de-montety-et-nicolas-chemla-deux-hommes-en-quete-de-grace-UPGPJV6ZLJE2HN5IOGPP2XSOA4/"><i>L’Ensorcelé</i></a> de Nicolas Chemla ou <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/nihilium-de-mirwais-un-remake-20-de-lorange-mecanique-BRP4H52XCZFTZEQPLJZLMJMZE4/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/nihilium-de-mirwais-un-remake-20-de-lorange-mecanique-BRP4H52XCZFTZEQPLJZLMJMZE4/"><i>Nihilium</i></a><i> </i>de Mirwais, tous traités dans nos pages. Jean-Pierre Montal nous prie d’ajouter trois titres qui font sa fierté en tant qu’éditeur : la biographie en trois tomes de Franz Kafka par Reiner Stach (prix Médicis essai 2024), <i>Le Chaos qui vient</i> de Peter Turchin et <i>Le Fou de Bourdieu</i> de Fabrice Pliskin (qui vient d’obtenir le prix Roger-Nimier).</p><p>Et le rock dans tout ça ? L’ancien adolescent de Saint-Etienne a attendu d’entrer dans la cinquantaine pour trouver la bonne formule avec un groupe nommé Les Mercuriales en hommage aux tours jumelles de Bagnolet. Après un premier album fantastique, <i>Les Choses m’échappent</i>, que Les Mercuriales définissaient comme de la "country spaghetti", ils sortent <i>L’Exil loin des slows</i>, avec lequel ils ont essayé de mélanger <i>Blood On The Tracks</i> de Bob Dylan et <i>Avalon</i> de Roxy Music. Fan de longue date de Bertrand Burgalat, Jean-Pierre Montal a comme lui le goût des harmonies et des arrangements sophistiqués. Marqué par <i>Présence humaine</i> de Michel Houellebecq, il cherche à raconter des histoires dans des textes toujours ciselés qui évitent les jeux de mots navrants du Serge Gainsbourg ultime période : "L’écriture de chansons est un art à part, très sous-estimé. Je trouve que Dylan méritait son prix Nobel de littérature. En France, il faut à tout prix éviter le côté rive gauche, la chanson dite poétique. <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/en-2024-peut-on-encore-faire-de-la-bonne-poesie-AB4BVPRP4ZDNBJ6AQ74IMDHK44/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/en-2024-peut-on-encore-faire-de-la-bonne-poesie-AB4BVPRP4ZDNBJ6AQ74IMDHK44/">Feu! Chatterton</a> par exemple, avec leur emphase, c’est une définition de l’horreur, tout ce qu’il ne faut pas faire dans des paroles. Quant à Bertrand Cantat, et je mets les polémiques de côté, il a toujours chanté lamentablement. Tout le monde aurait dû arrêter à vie dès 1989, quand Noir Désir avait sorti <i>Aux sombres héros de l’amer</i>."</p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/TA5KSVY5AZBLBNIHKTWF572VAU.jpg?auth=d0514dda08ed00c5e3871b61e06e27dc0902132e2d2dab02e4077628245be23d&smart=true&width=3000&height=3000" alt="Pochette de l'album des Mercuriales "L'Exil loin des slows"" height="3000" width="3000"/><figcaption>Pochette de l'album des Mercuriales "L'Exil loin des slows"</figcaption></figure><p>Musicien et écrivain distingué mais pas snob pour un sou, lecteur admiratif de Jean Mattern, Sigrid Nunez, Julia Deck ou <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/simon-liberati-le-mal-aime-fascine-par-le-cote-obscur-du-reve-americain-N4DPWZRKCNAEXFOJ75ASYOYUOY/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/simon-liberati-le-mal-aime-fascine-par-le-cote-obscur-du-reve-americain-N4DPWZRKCNAEXFOJ75ASYOYUOY/">Simon Liberati</a> ("un styliste hors pair"), Jean-Pierre Montal est-il condamné à demeurer dans les marges ? Ce n’est pas son avis : "Je considère que ce que je fais est grand public ! En littérature, ce n’est vraiment pas pointu… Je raconte des histoires d’amour avec à chaque fois un point de départ simple. En ce qui concerne Les Mercuriales, je vais passer pour un type irréaliste mais ça me semble ultra accessible : c’est de la pop." Puissent Les Mercuriales remplacer Feu! Chatterton sur les chaînes hi-fi d’un maximum de foyers français !</p><p><i>L’Exil loin des slows </i>par Les Mercuriales. Le Pop Club Records, 24,99 €. </p><p><i>La Peau neuve</i> paraîtra le 20 août chez Séguier. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/54AQ76VJLJFTHC243MKXKWONDU.jpg?auth=8858045a517a740d219c705f467fe2cadd81f3a3c71cec2c91be0cd5ac3747e7&amp;smart=true&amp;width=3543&amp;height=3543" type="image/jpeg" height="3543" width="3543"><media:description type="plain"><![CDATA[On conseille à ceux qui aiment le Jean-Pierre Montal écrivain de découvrir le Jean-Pierre Montal chanteur (avec son groupe Les Mercuriales). ]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">Philippe Lévy/Séguier</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Un week-end à Porquerolles : le grand bain pop à la Villa Carmignac]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/art/un-week-end-a-porquerolles-le-grand-bain-pop-a-la-villa-carmignac-OSJOEO2A6JGTRJIS2EZZPZIWDA/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/art/un-week-end-a-porquerolles-le-grand-bain-pop-a-la-villa-carmignac-OSJOEO2A6JGTRJIS2EZZPZIWDA/</guid><dc:creator><![CDATA[Letizia Dannery]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sat, 06 Jun 2026 08:30:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>A Porquerolles, l’arrivée fait déjà partie de l’expérience. Après quinze minutes de traversée depuis Hyères, dans le Var, l’île impose son rythme : pas de voitures ou presque, des pins tordus par le mistral, une lumière blanche qui écrase les chemins de sable. Au bout de l’un deux surgit la Villa Carmignac, écrin d’art ouvert en 2018 par la fondation du même nom, au cœur d’un domaine de plusieurs hectares. C’est ici que se déploie tout l’été <i>Sea, Pop &amp; Sun</i>, une exposition solaire et subtilement mélancolique qui transforme l'endroit en capsule hédoniste des années 1960 et 1970. Fondée en 2000 par le collectionneur et entrepreneur Edouard Carmignac, aujourd’hui dirigée par son fils Charles, la fondation privée, connue notamment pour son prix du photojournalisme d’investigation, s’appuie également sur un fonds de plus de 300 pièces majeures de l’art moderne et contemporain. Le pop art y occupe une place centrale, avec des figures comme Andy Warhol, Roy Lichtenstein, Keith Haring ou Jean-Michel Basquiat, dans un dialogue permanent entre culture populaire, politique et critique sociale. </p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/7ULZ63S34FE5PH2ZIBGTUS7YL4.jpg?auth=d43d8fe81b221f34a6b395a7cb7919f5202877898372ddb7972373ef35de4e49&smart=true&width=1704&height=1714" alt="Roy Lichtenstein, "Crying Girl", 1964." height="1714" width="1704"/><figcaption>Roy Lichtenstein, "Crying Girl", 1964.</figcaption></figure><p>Cette identité artistique irrigue pleinement <i>Sea, Pop &amp; Sun</i>, dont le titre claque comme un refrain de Gainsbourg, clin d’œil assumé au tube sulfureux d’une époque où les congés devenaient un art de vivre et les plages du Sud, des territoires de liberté. A Porquerolles, le pop art quitte les grandes métropoles américaines pour se gorger de bleu azur, de crème solaire, de fantasmes méditerranéens. Les commissaires Dieter Buchhart et Anna Karina Hofbauer ont ainsi réuni plus de 80 œuvres qui revisitent l’imaginaire balnéaire à travers plusieurs générations d’artistes. Dans les salles baignées de lumière de la villa, le parcours fonctionne comme une bande-son visuelle de vacances idéales : couleurs saturées, piscines turquoise, surfeurs éternellement figés dans l’été. </p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/QMWVYYKMZFAGPOL25QGGRIJ6N4.jpg?auth=b941e339d51d0f372dd7da6ce7814818e4ccb34dc136c1c33db7a169900a7a2a&smart=true&width=1488&height=1822" alt="Janos Kender et Harry Shunk, "Yayoi Kusama happening, unidentified beach, New York", 1968." height="1822" width="1488"/><figcaption>Janos Kender et Harry Shunk, "Yayoi Kusama happening, unidentified beach, New York", 1968.</figcaption></figure><p>Parmi les pièces marquantes figurent les sculptures hyperréalistes de Duane Hanson, parmi lesquelles la silhouette décontractée du <i>Surfer. </i>A quelques mètres, les couleurs explosives de <i>Bien sûr le petit bateau</i> (1963) de Martial Raysse célèbrent une Côte d’Azur saturée de néons et de sensualité, où le peintre français, figure majeure du nouveau réalisme, capte toute l’euphorie artificielle des Trente Glorieuses. Mais derrière cette exubérance se glisse une lecture plus acide face aux photographies de plages bondées de Martin Parr, qui montrent une humanité compacte, absorbée par les loisirs de masse et la consommation estivale. Sous les teintes acidulées s’esquisse déjà une critique discrète du tourisme mondialisé, comme dans certaines œuvres contemporaines de Derrick Adams aux allures de décors publicitaires.</p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/CBTZME2DUNC6JNWEUNYE4H7AMA.jpg?auth=0483a4e4099b307522f1c280299d590d23cbdfd9ffcadfea6993f8df46ec549d&smart=true&width=1960&height=1956" alt="Derrick Adams, "Floater 104", 2020." height="1956" width="1960"/><figcaption>Derrick Adams, "Floater 104", 2020.</figcaption></figure><p>L’exposition joue constamment sur cette ambiguïté, qui voit la célébration de l’insouciance croiser les regards distanciés. Le site lui-même amplifie cette sensation flottante en invitant les visiteurs à parcourir les espaces pieds nus, sous le fameux plafond d’eau qui diffuse des reflets mouvants sur les murs. L’architecture s’efface alors au profit de la lumière, du silence, de la fraîcheur minérale. Sur l’île varoise, le pop art retrouve le soleil, mais sous les corps qui s’étirent et les vagues psychédéliques affleure une certaine mélancolie : que reste-t-il aujourd’hui du rêve hédoniste des <i>seventies</i>, à l’heure des crises climatiques ? </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/MU3MCIRBNVFRDMQWGQSUIZAI7Q.jpg?auth=3b493f3105a3e3dadd7d5f531387cf0e9e76bac87dacad3465d1145389873bb4&amp;smart=true&amp;width=2938&amp;height=1580" type="image/jpeg" height="1580" width="2938"><media:description type="plain"><![CDATA[L'exposition "Sea, pop & sun" est visible à la Villa Carmignac jusqu'au 1er novembre 2026.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">© Fondation Carmignac / Nicolas Brasseur</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA["Ghost Stories" de Siri Hustvedt, le portrait du fantôme Paul Auster]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/ghost-stories-de-siri-hustvedt-le-portrait-du-fantome-paul-auster-7R7WGTNAG5F7RNUHFSA2454A6A/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/ghost-stories-de-siri-hustvedt-le-portrait-du-fantome-paul-auster-7R7WGTNAG5F7RNUHFSA2454A6A/</guid><dc:creator><![CDATA[Emilie Lanez]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sat, 06 Jun 2026 07:00:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>"Ce livre est une sorte de journal, et comme de nombreux journaux ; probablement tous, il est plein de trous, une géographie du dire et du ne pas dire", écrit Siri Hustvedt dès les premières pages de son bouleversant <i>Ghost Stories</i>. Le 30 avril 2024, son mari depuis quarante-trois ans, <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/entretien-avec-paul-auster_811983.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/entretien-avec-paul-auster_811983.html">Paul Auster</a>, l’auteur new-yorkais de <i>Moon Palace</i> et de <i>Trilogie new-yorkaise</i>, est mort à 77 ans, emporté par un "cancer des poumons non à petites cellules". Le jour de son enterrement, alors que leurs amis et leur famille sont réunis dans l’appartement, où ils travaillaient chacun à un étage, l’écrivaine d’origine norvégienne s’allonge. Dans la chambre à coucher, la veuve sent alors sa "présence invisible". "Paul me dit qu’il désire être un revenant. Il veut revenir pour voir comment je m’y prends, ce que j’écris", "le seul moment Lazare de mon existence", constate-t-elle, "je vis dans une maison hantée, habitée par le fantôme de ce 'nous' que Paul et moi avons formé ensemble." </p><p>Il ne reviendra plus la visiter, mais il lui arrive de sentir encore flotter l’odeur de ses cigares Schimmelpenninck, bien qu’il ait arrêté de fumer neuf ans auparavant. Le couple conservait dans des boîtes bouts de papiers, cartes, fax, lettres, photographies. Matériau auquel elle ajoute les entrées de son journal, les trente-cinq pages que Paul écrivit à son petit-fils à naître, Miles, l’enfant de leur fille, la musicienne Sophie, et les douze mails "de Cancerland", ces comptes-rendus de la maladie et des traitements ravageurs, qu’elle adressait à leurs proches. </p><p>Le récit, sobre, pudique, tendu tout du long d’une franchise sévère, se lit comme un splendide livre de deuil, quand bien même il ne verse jamais dans le mausolée larmoyant ou l’éloge grandiloquent. Chronologie de l’absence, radiographie d’un couple, autopsie de sa conversation féconde, au point d’avoir transformé les deux êtres en une troisième entité, bonifiée, hybride. Mais aussi réflexion autour de l’attachement, de la parentalité, de la célébrité, nourrie des explorations scientifiques de l’écrivaine, lectrice de travaux de neurosciences, de psychiatrie et de philosophie. Magnifique traversée d’une vie à deux, son texte dévoile les secrets d’un couple mythique, qu’on découvre rangeant de mauvaise humeur sa bibliothèque, "nous vivions tous deux dans les pages des livres". Siri Hustvedt brosse dans le même temps le portrait de Paul Auster, qui "ne vivait pas comme un homme s’attendant à ce que la foudre frappe de nouveau à n’importe quel moment. Il vivait comme un homme bien conscient qu’un coup de foudre peut frapper à tout moment". Un homme qui lui fait l’amour après lui avoir demandé si elle préfère Dickens ou Burroughs, qui distingue les écrivains ajoutant des mots de ceux qui les soustraient, qui s’accommode de la crasse, n’écrit pas de mails, ne possède pas de portable, un être aimé dont elle croyait tout savoir avant de tenir entre ses mains ses caleçons achetés par pack de trois, découvrant qu’il n’avait jamais porté les rouges, un personnage bougon, volontiers asocial, ne sachant pas accepter un cadeau et comblant les siens de compliments excessifs, Paul enfin, tempêtant dès le petit-déjeuner sur la politique, refusant même de prononcer le nom de Donald Trump. L’histoire d’une famille et de sa traversée "de choses horribles", tant elle dit tout de la mort de Daniel, le fils de Paul, emporté en avril 2022 par une overdose après un séjour en prison, la police le suspectant d’avoir laissé traîner chez lui les drogues qu’avala sa fille Ruby, décédée à dix mois. "De plus en plus souvent, je me découvre en train de penser que Paul et moi avons vécu un long amour", songe l’écrivaine. Son livre boussole le confirme, magnifiquement. </p><p><i>Ghost Stories</i> par Siri Hustvedt. Gallimard, 415 p., 24 €.</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/3FLROPBWPJADRFTPV24LCVPZCE.jpg?auth=662daac505d73bdeb998f01519ed338e38b5b39ef4642267d25a84f78b67aaf0&amp;smart=true&amp;width=6000&amp;height=4366" type="image/jpeg" height="4366" width="6000"><media:description type="plain"><![CDATA[Siri Hustvedt livre un témoignage bouleversant sur son mari disparu en 2024.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">Soeren Stache/dpa</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Ventes de livres : le pape Léon XIV, plus fort que les best-sellers ! ]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/ventes-de-livres-le-pape-leon-xiv-plus-fort-que-les-best-sellers-UXMF3FPPIFD6VJNZDIIEN67XN4/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/ventes-de-livres-le-pape-leon-xiv-plus-fort-que-les-best-sellers-UXMF3FPPIFD6VJNZDIIEN67XN4/</guid><dc:creator><![CDATA[Louis-Henri de La Rochefoucauld]]></dc:creator><description></description><pubDate>Fri, 05 Jun 2026 15:26:34 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Voir le pape <a href="https://www.lexpress.fr/societe/religion/leon-xiv-le-premier-pape-nord-americain-de-lhistoire-PR7OFEWYWJDDXPH23I7PUPR4FI/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/societe/religion/leon-xiv-le-premier-pape-nord-americain-de-lhistoire-PR7OFEWYWJDDXPH23I7PUPR4FI/">Léon XIV</a> en tête des ventes d’essais peut faire bizarre aux observateurs qui s’étaient habitués à y trouver Gisèle Pelicot. Rappelons que les papes exercent encore une autorité morale sur bon nombre de nos contemporains. Au cours de son pontificat, le pape François avait publié quatre encycliques. La plus marquante, <i>Laudato si</i> (2015), avait flirté avec les 100 000 exemplaires. Un an avant sa mort, il avait également publié un manifeste remarqué, <i>Louée soit la lecture</i>, où il insistait à juste titre sur le rôle de la littérature dans la formation intellectuelle, spirituelle et humaine. Pour sa première encyclique, <i>Magnifique humanité</i>*, Léon XIV a choisi un sujet porteur : l’IA. "La magnifique humanité créée par Dieu se trouve aujourd’hui face à un choix décisif : ériger une nouvelle tour de Babel ou bâtir la cité où Dieu et l’humanité habitent ensemble", écrit-il en préambule. Qu’elle fascine ou qu’elle terrifie, l’IA est un sujet qui intéresse les lecteurs, si l’on en croit notre classement des essais : <a href="https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/une-partie-de-lhumanite-verra-la-mort-devenir-un-bug-corrigeable-la-revolution-de-lia-vue-par-deux-QCPD3F32BFAM5PWSATCAXSXTFM/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/une-partie-de-lhumanite-verra-la-mort-devenir-un-bug-corrigeable-la-revolution-de-lia-vue-par-deux-QCPD3F32BFAM5PWSATCAXSXTFM/">Laurent Alexandre</a> y est 7<sup>e</sup> avec <i>Vivre 1 000 ans. Quand l’IA règne et la mort recule : rêve ou cauchemar ? </i>(Buchet-Chastel), <a href="https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/bruno-patino-les-ia-generatives-vont-encore-accelerer-le-deluge-numerique-5KOAFHA6NBB3BAMNSPRJPU5WK4/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/bruno-patino-les-ia-generatives-vont-encore-accelerer-le-deluge-numerique-5KOAFHA6NBB3BAMNSPRJPU5WK4/">Bruno Patino</a> 15<sup>e</sup> avec <i>Le Temps de l’obsolescence humaine</i> (Grasset). A la matinale de France Inter, jeudi, on a pu entendre cette réflexion intéressante de Gilles Gressani, le fondateur du <i>Grand Continent</i> : "Ce qui est en train de se jouer aujourd’hui n’est pas une course technologique mais une course anthropologique. Ce que propose la tech, c’est une nouvelle vision du futur, du pouvoir et de l’homme. Quand vous faites ça, vous postulez une idée de Dieu. Or, qui travaille à l’idée de Dieu sur la Terre ? L’Eglise catholique. Paradoxalement, le concurrent d’OpenAI ou Anthropic, aujourd’hui, c’est l’Eglise catholique." Pas étonnant, dès lors, que Léon XIV nous exhorte à "désarmer l’IA". Le pape, combien de divisions ?</p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/FR2RZ6CLWNBNVIV2BCLTEZAJAE.jpg?auth=ed32167303863b2ec7a5af15079776a00d1a71a8f3861de61c2349c4f8973f9d&smart=true&width=1080&height=2471" alt="Le palmarès littéraire de L'Express" height="2471" width="1080"/><figcaption>Le palmarès littéraire de L'Express</figcaption></figure><p>On peine à trouver une pensée structurée sur l’IA chez nos responsables politiques. Plus que la Silicon Valley, une autre destination les obsède : le palais de l’Elysée, horizon 2027. Après la séquence <a href="https://www.lexpress.fr/politique/presidentielle-2027-le-danger-qui-guette-gabriel-attal-et-edouard-philippe-WPGWLUB7BRCNZACOHVNVPYQ2WI/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/politique/presidentielle-2027-le-danger-qui-guette-gabriel-attal-et-edouard-philippe-WPGWLUB7BRCNZACOHVNVPYQ2WI/">Gabriel Attal</a>, toujours 11<sup>e</sup> des essais avec <i>En homme libre</i> (L’Observatoire), c’est au tour de <a href="https://www.lexpress.fr/france/raphael-glucksmann-prisonnier-de-son-image-ce-que-dit-son-proces-en-deconnexion-PSHTKGJPIZAO3IDCDKP3YZFU7Q/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/france/raphael-glucksmann-prisonnier-de-son-image-ce-que-dit-son-proces-en-deconnexion-PSHTKGJPIZAO3IDCDKP3YZFU7Q/">Raphaël Glucksmann</a> de faire le tour des médias. Avec un titre à la Johnny Hallyday, son livre <i>Nous avons encore envie</i> (Allary) entre en 9<sup>e</sup> position. </p><p>Du côté des romans, il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent cette semaine. Le podium demeure inchangé avec Virginie Grimaldi pour <i>D’autres printemps</i> (Flammarion), Freida McFadden pour <i>L’Intruse </i>(City) et Fred Vargas pour <i>Une unique lueur </i>(Flammarion). Il faut attendre la 9<sup>e</sup> place pour voir apparaître <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/heated-rivalry-rachel-reid-la-romanciere-derriere-la-serie-phenomene-VYH2DRK7VVFE5CAASPZP3GHHZE/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/heated-rivalry-rachel-reid-la-romanciere-derriere-la-serie-phenomene-VYH2DRK7VVFE5CAASPZP3GHHZE/">Rachel Reid</a> avec <i>Game Changer</i> (Chatterley), premier tome de sa saga de romance homosexuelle dans le monde du hockey sur glace. Derrière elle, on assiste au grand retour de Kathryn Stockett avec <i>Le Calamity Club</i> (Robert Laffont). Elle n’avait plus publié de roman depuis <i>La Couleur des sentiments</i> en 2009. Enfin un écrivain qui fuit l’accélération de notre temps et travaille à son rythme et à l’ancienne, sans IA ?</p><p>*<i>L’encyclique est disponible en deux versions : l’une co-éditée par Bayard, Le Cerf et Mame ; l’autre publiée chez Salvator. </i></p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/WL2BM7RZ2RCRHEGSJFBWIUE2HQ.JPG?auth=b6a6efcde42d1f9a563150b97630b30984c448472240da54eda1d1803a82b102&amp;smart=true&amp;width=3473&amp;height=2320" type="image/jpeg" height="2320" width="3473"><media:description type="plain"><![CDATA[Avec la première encyclique de son pontificat, le pape Léon XIV met le doigt sur un point sensible de notre époque.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">REUTERS/Remo Casilli</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Quand Marjane Satrapi se confiait à L’Express en 2008 : "Ma souffrance liée à l'exil ne regarde que moi"]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/quand-marjane-satrapi-se-confiait-a-lexpress-en-2008-ma-souffrance-liee-a-lexil-ne-regarde-que-moi-ALW3DHQ2VRDAJMTJTGVA7XY32U/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/quand-marjane-satrapi-se-confiait-a-lexpress-en-2008-ma-souffrance-liee-a-lexil-ne-regarde-que-moi-ALW3DHQ2VRDAJMTJTGVA7XY32U/</guid><description></description><pubDate>Thu, 04 Jun 2026 10:41:52 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p><b>L'Express du 21 février 2008</b></p><p><i>Il était une fois Marjane Satrapi. Raconteuse d'histoires. Bavarde. Enjouée. Expressive. Branchée sur 10 000 volts. Après le succès de la série </i><a href="https://www.lexpress.fr/culture/cinema/persepolis_500592.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/cinema/persepolis_500592.html">Persepolis</a><i> (L'Association), bande dessinée vendue à plus de 1 million d'exemplaires dans le monde et étudiée dans certaines universités américaines, après le triomphe du film du même nom, coréalisé avec Vincent Paronnaud, prix du jury au Festival de Cannes, en mai 2007, voilà que s'annoncent les César et les Oscars. Ensuite, c'en sera fini des avions et des interviews, du jet-lag et des tapis rouges. L'artiste retournera à sa table de travail. Solitaire. Comme elle l'aime. Entre la frénésie qui continue encore quelques jours et le calme qui approche, L'Express a rencontré une Marjane Satrapi qui aime bousculer les mots.</i></p><p><b>L'Express : Vous souvenez-vous du premier coup de crayon de </b><i><b>Persepolis</b></i><b>. Dans quel état d'esprit étiez-vous ?</b></p><p><b>Marjane Satrapi :</b> En 1997, je sors d'une école d'art, à Strasbourg, et me voilà à Paris, ayant trouvé une place à l'atelier des Vosges, où travaillaient Joann Sfar, Emile Bravo et Christophe Blain. Malheureusement, mes projets de livres pour enfants n'avançaient pas. J'étais totalement déprimée, au point de vouloir arrêter la bande dessinée. J'avais décidé de changer de métier pour devenir détective privée. J'ai fait un stage dans une agence et, quand je me suis rendu compte qu'il s'agissait, quasi uniquement, d'affaires d'adultère, j'ai arrêté. Ensuite, j'ai voulu être chasseuse de têtes, mais j'ai confondu avec chasseuse de primes, parce que je regardais, affalée dans mon canapé, la série <i>L'Homme qui valait 3 milliards</i>. Puis j'ai vendu de la fourrure sur les Champs-Elysées, mais je ne savais pas faire la différence entre le vison et les autres. De leur côté, mes copains de l'atelier me poussaient à dessiner et j'ai commencé à imaginer une histoire autour de l'Iran et des idées fausses qui circulaient. J'entendais des choses très négatives sur ce pays et, même en sachant que ce n'était pas forcément faux, j'ai voulu adopter un point de vue différent. Dire l'autre partie de la réalité. Je ne suis ni sociologue ni historienne, et, pour éviter le manifeste politique, il n'y avait qu'une seule solution : me raconter. Moi qui voulais être illustratrice, je me suis plongée dans un boulot obsessionnel et long. Une série de quatre albums comme autant de périodes importantes de ma vie : la révolution, la guerre, l'exil, le retour.</p><p><b>Le succès vous a-t-il paru naturel ?</b></p><p>Non, bien sûr, mais j'en étais un peu détachée. Quand le premier tome est sorti, j'ai obtenu un prix, la presse en a parlé et le public a répondu présent. Je me suis alors interdit, pour la suite, de tomber dans un consensus mou pour plaire à davantage de gens encore. Quand je me lance dans un projet, je suis très heureuse. Je vis dans une bulle et tous les événements extérieurs s'effacent. J'essaie de faire mon boulot le mieux possible. Pour cette raison, j'ai raconté l'histoire en français, car utiliser une langue est une façon particulière de réfléchir et je voulais me mettre du côté du lecteur français pour que tout soit compréhensible. Quand le succès est arrivé, j'avais 30 ans et je savais déjà ce que représentait le travail. Ce qui évite la grosse tête. Plus tôt, je crois que mes chevilles auraient gonflé.</p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/BQLP3ROZPNCLFBKAEGCWODB2S4.jpg?auth=4aefa711f8c341bad4a45229c429062247ea1ca52a0457624292bde0d4a958d4&smart=true&width=595&height=841" alt="En 2002, Marjane Satrapi signait la couverture du supplément magazine de L'Express à l'occasion du festival d'Angoulême." height="841" width="595"/><figcaption>En 2002, Marjane Satrapi signait la couverture du supplément magazine de L'Express à l'occasion du festival d'Angoulême.</figcaption></figure><p><b>A quoi tient votre talent ?</b></p><p>Je n'en sais rien... Savoir raconter les histoires, j'imagine. Bien dessiner également, même si beaucoup pensent le contraire.</p><p><b>Ah bon ?</b></p><p>Une idée tenace perdure : dessin égale Rembrandt. Ce qu'il faisait est évidemment magnifique mais l'art du XXe siècle a montré que le dessin n'est pas qu'une reproduction de la nature. C'est une réinterprétation.</p><p><b>Vous avez imaginé </b><i><b>Persepolis </b></i><b>pour rétablir la vérité sur l'Iran. Que vouliez-vous dire ?</b></p><p>Quand on parle de l'Iran, surtout aujourd'hui, c'est pour résumer ce pays aux fanatiques et aux islamistes. A force, ce discours ôte toute part d'humanité à ce peuple, réduit à des notions abstraites. Une résolution de l'ONU demande que les étudiants iraniens n'aient pas accès à un enseignement scientifique qui leur apprendrait à fabriquer une bombe. Résultat, aux Pays-Bas, ces étudiants-là sont virés des cours. Avec un tel raisonnement, on ne devrait même pas apprendre les additions et les soustractions aux enfants. Je voulais dire qu'en Iran il y a aussi des adolescents qui aiment écouter du rock et qui tombent amoureux. Si le bonheur n'existe pas, le malheur absolu non plus. Les Iraniens ne sont pas tous des fous de Dieu. Cette division du monde m'a toujours paru idiote. Quel est le point commun entre un fanatique iranien et moi ? Il n'y a en a pas. Quel est le point commun entre un catholique intégriste français et vous ? Aucun. Mais il y a en beaucoup, j'imagine, entre vous et moi. S'il y a un partage du monde à faire, c'est entre les cons et ceux qui ne le sont pas. Entre les fanatiques et les démocrates. Pour la majorité des gens, l'Iran c'est soit Schéhérazade, soit les terroristes. Entre les deux il n'y a rien. Eh bien, si. Et c'est ce que je voulais montrer.</p><p><b>Est-ce l'exil qui vous a fait mesurer ce regard faussé sur votre pays ?</b></p><p>L'exil vous met à une place particulière : à l'extérieur. Que ce soit chez vous ou chez les autres. Ce qui est difficile à vivre. On en souffre ou on l'utilise pour avancer. J'ai choisi la seconde solution. Je me rends bien compte que ma situation était particulière. Je viens d'une famille de la classe moyenne qui avait les capacités de m'envoyer étudier à l'étranger. Ce n'est évidemment pas le cas de tous les exilés.</p><p><b>N'avez-vous pas eu peur de l'effet pervers de votre discours, qui amènerait à penser, à force de vouloir rééquilibrer les choses, que vous soutenez le régime iranien ?</b></p><p>Non, je pense avoir toujours été très claire. Mais je refuse l'idée du noir et du blanc. Les choses sont plus complexes. Moi, je mets les gens devant les situations en essayant qu'elles soient le plus pertinentes possible. A eux, ensuite, de se faire leur opinion. Un exemple. Alexandre le Grand, chez vous, s'appelle Alexandre le Salopard, chez nous. C'est lui qui a brûlé la ville de Persépolis. Autre exemple. Pour obliger les soldats iraniens à courir sur les champs de mines, l'armée leur promettait les clés du paradis. Pour inciter les soldats d'origine hispanique à s'engager dans les forces américaines pour aller combattre en Irak, le gouvernement de Washington promettait à leur famille la <i>green card</i>. Vous ne croyez pas que, pour eux, la <i>green card</i>, qui permet de travailler légalement sur le sol américain, ne ressemblait pas aux clés du paradis ? Voyons le monde comme un ensemble de situations particulières et combattons le fanatisme. Le fanatisme, c'est bâtir une société uniquement régie par les émotions. Le travail artistique, tel que je l'entends, pose des questions. A chacun de faire un effort intellectuel pour comprendre la situation et y réfléchir. Je crois en la vertu de l'éducation et de la culture. L'éducation ne rend pas forcément excessivement intelligent, mais elle rend évidemment moins con. Je suis née en Iran, j'ai vécu en Autriche, mon mari est suédois, je travaille en France, je suis, actuellement, en tournée aux Etats-Unis pour le film. J'ai suffisamment voyagé pour entendre tout le temps le même type d'histoires, mais racontées différemment. Tous les points de vue sont valables et aucun ne l'est. Comment avoir des certitudes ?</p><p><b>On ne peut pas, non plus, être dans l'entre-deux et refuser d'affirmer des convictions ! </b></p><p>En tout cas, je suis convaincue qu'il ne faut pas l'être. J'ai grandi dans un pays où les Etats-Unis représentaient le mal. Je suis allée là-bas pour trouver mille raisons de détester ces idiots d'Américains. Résultat : des gens sympathiques, accueillants, gentils. Et d'autres moins. Je préfère être flottante dans mes convictions plutôt que d'avoir honte quand elles volent en éclats.</p><p><b>Il y a quand même des valeurs qu'on se doit de défendre jusqu'au bout !</b></p><p>Evidemment. L'éducation, l'égalité entre les hommes et les femmes, le droit à la parole : ce sont des choses que je défendrai jusqu'à mon dernier souffle. Mais je me bats surtout contre les idées reçues. Il m'est toujours difficile de donner un avis affirmé sur un sujet. Le voile, par exemple. Beaucoup m'ont demandé de me prononcer. Je l'ai porté en Iran, je n'aime pas ça et on attendait donc de moi que je condamne toute personne voilée. Désolée, mais il m'est impossible d'interdire à quelqu'un de faire quelque chose. Il faut peut-être d'abord se demander pourquoi, en France, des jeunes filles se voilent, alors que leurs mères, non. A l'époque de la polémique, j'ai rencontré une femme qui me disait que son problème, à elle, en Iran, c'était le chômage, pas le voile. J'ai alors décidé de me taire. Qu'on demande plutôt aux experts du CNRS de s'exprimer. Je ne suis pas retournée en Iran depuis huit ans. Quand j'en parle, je sens bien que s'y mêlent la nostalgie et la mélancolie.</p><p><b>Avez-vous renoncé à votre retour en Iran ?</b></p><p>J'ai dit ce que j'avais à dire. Et j'en connaissais les conséquences. Mais je ne me permets pas de me plaindre. Evidemment que je souffre. Il y a une partie de ma vie que je ne peux partager avec personne. Je n'ai aucun souvenir commun avec les gens que je rencontre en France. Je suis arrivée dans un pays où j'ai réussi ma vie. Si moi, je me plains, que doivent faire ceux qui ont moins de chance ? C'est mon devoir de rester droite par égard envers ces gens-là. C'est une question de décence. Ma souffrance ne regarde que moi.</p><p><b>Comment vos parents voient-ils votre succès ?</b></p><p>Mes parents sont très pudiques. J'observe leurs petits sourires. Ils ne m'en parlent jamais et c'est très bien ainsi.</p><p><b>Les albums, le film, la promotion internationale, les César, les Oscars... La page </b><i><b>Persepolis </b></i><b>sera bientôt tournée. Comment pensez vous vivre ce jour-là ?</b></p><p>Un moment se termine et un autre commencera. Pendant ces huit ans, j'ai travaillé à d'autres choses. Comme<i> Poulet aux prunes,</i> que je considère comme mon meilleur album. Je voudrais l'adapter au cinéma. Après avoir fait le tour de la planète, j'aimerais bien écrire un album, comme des<i> nouvelles Lettres persanes. </i>Je n'ai pas peur de repartir. L'important est de pouvoir travailler. Je sais la chance que j'ai... Est-ce que je peux être prétentieuse cinq minutes ?</p><p><b>Je vous en prie.</b></p><p>Quand j'ai lu<i> Cent Ans de solitude,</i> de Gabriel Garcia Marquez, j'ai dessiné toutes les têtes des personnages et construit un arbre généalogique pour me repérer dans le récit. Ce qui m'a donné envie de raconter, en bande dessinée, ce même type d'histoire, située en Iran. Le résultat ne sera sans doute pas aussi bien que le roman de Marquez, mais j'essaierai de m'en approcher au maximum.</p><p><b>Vous avez voyagé dans le monde entier avec le film. Quelles sont les réactions les plus surprenantes que vous ayez entendues ?</b></p><p>Une Iranienne, en France, m'a dit : "Depuis que le film est sorti, je me sens moins étrangère ici." Cette phrase m'a beaucoup touchée. En Iran, il y a des versions DVD pirates qui circulent et qui se vendent sur le même marché où je me rendais pour acheter des films interdits. Cela m'amuse. Vous ne pouvez pas imaginer ce que j'ai entendu ! Tenez, voici deux histoires américaines. J'étais à Seattle et je reçois un coup de téléphone d'une femme ayant lu un article dans le journal. Elle me dit : "J'ai vu votre photo. Vous n'êtes même pas mal." Je réponds : "C'est quoi, ce 'même' ?" Elle bafouille : "Ce n'est pas l'idée que je me faisais des femmes iraniennes. - Vous pensiez qu'on ressemblait à des singes ?" Il y a eu une seconde d'hésitation, puis : "Well... Yes." Une autre fois, je me trouvais à Salt Lake City, la ville des mormons. Une dame discute avec moi et veut savoir d'où je viens. Pour ne pas y passer des heures, je réponds que je viens de France. Elle demande alors, texto, je vous jure : "Pouvez-vous voir la Lune de France ?" En quelques secondes, je me rends compte que si je lui dis oui, je vais devoir lui expliquer la théorie de Galilée. Alors, je lui réponds non. Son visage s'éclaire et elle me rétorque, très fière : "Je le savais. Il n'y a que d'Amérique qu'on peut voir la Lune." Des histoires comme celles-là méritent d'être dessinées, non ?</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/VGHMUTWWKFD77GW7U2M4LR3UH4.jpg?auth=2ca54b1a28be2e2165b77bebc704de9176c94d20b6a3f597b7ba66748005327d&amp;smart=true&amp;width=2400&amp;height=1600" type="image/jpeg" height="1600" width="2400"><media:description type="plain"><![CDATA[La dessinatrice de BD Marjane Satrapi, ici en 2008, est morte ce jeudi 4 juin 2026.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">EIDON/MAXPPP</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[GPS, nids de poule, phallus et Napoléon : les secrets de la tapisserie de Bayeux, en partance vers Londres]]></title><link>https://www.lexpress.fr/politique/gps-nids-de-poule-penis-et-napoleon-les-secrets-de-la-tapisserie-de-bayeux-en-partance-vers-londres-ECIFA5VHPFAIZJA72GHFSWJEBQ/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/politique/gps-nids-de-poule-penis-et-napoleon-les-secrets-de-la-tapisserie-de-bayeux-en-partance-vers-londres-ECIFA5VHPFAIZJA72GHFSWJEBQ/</guid><dc:creator><![CDATA[Emilie Lanez]]></dc:creator><description></description><pubDate>Wed, 03 Jun 2026 16:00:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Tout dans sa longue existence se tisse de contradictions. La belle n’est pas une tapisserie, mais une broderie de laine, elle ne vient pas de Bayeux, elle est née à l’abbaye de Canterbury, à la demande de l’évêque normand Odon, demi-frère de Guillaume le Conquérant, qui l’aurait transportée à Bayeux lorsqu’il y fut nommé évêque. Enfin, il est possible que la reine Mathilde, l’épouse de Guillaume, ait contribué à financer son exécution, un mécénat hypothétique à l’origine d’un de ses noms tombé en désuétude : "la tapisserie de la reine Mathilde". </p><p>Ceci posé, tout demeure mystérieux autour de l’immense pièce de lin longue de 68 mètres, décrivant en 58 scènes les événements de la conquête d’Angleterre par le duc de Normandie en 1066, un épisode majeur qui vit l’armée du duc normand traverser la Manche pour renverser celle du roi d’Angleterre, le saxon Harold, une guerre achevée par la bataille de Hastings, à la suite de laquelle le Normand monta sur le trône anglais. Le récit brodé est une ellipse, privé de scène finale, comme amputé de son dénouement, et personne ne sait pourquoi.</p><h2>Les médievistes comptent les pénis</h2><p>La bande dessinée, au sens littéral du terme, narre les aventures guerrières de 626 personnages et de seulement trois femmes – dont une seule est nommée –, de 202 chevaux et mulets, de 35 chiens, de 41 navires. Et de 93 pénis. 93 ou 94 ? Le comptage a donné lieu à une controverse entre médiévistes, dont le magazine <i>Beaux-Arts</i> donna une piquante recension. George Garnett, professeur d’histoire médiévale au St Hugh’s College d’Oxford, en a recensé tout au long de sa carrière 93, dont 88 de chevaux et 5 d’hommes. Le docteur en histoire Christopher Monk balaya sa comptabilité, en ayant repéré un sixième sur le corps d’un soldat à terre, Garnett l’admit à condition de retrancher de l’addition de Monk un autre appendice, à ses yeux un fourreau d’épée. La querelle n’a rien de grivoise, les pénis permettaient au public analphabète de l’époque de décrypter les scènes. Ainsi les deux chefs, Harold et Guillaume II, chevauchent des montures dotées de phallus très visibles, le plus imposant appartenant à Guillaume le vainqueur. D’ailleurs les sexes ne figurent jamais dans le récit central, ils apportent dans la marge inférieure les clés de lecture de l’histoire officielle brodée au milieu. Un exemple : sous la scène montrant le prisonnier Harold amené à Guillaume II apparaît un homme sur le point d’abuser d’une femme. La saynète indique que la scène historique, juste au-dessus, est une humiliation. "Le commanditaire de la tapisserie souhaitait poser un acte politique, la narration est extrêmement pensée", précise Delphine Thomas, directrice générale du patrimoine au ministère de la Culture. </p><p>L’éminente médiéviste, spécialiste de la cathédrale de Senlis, mesure quotidiennement la dimension politique du trésor moyenâgeux, celui-ci se trouvant, depuis sept ans, au cœur d’un imbroglio politico-culturel de haute intensité, une folle histoire où des études scientifiques sont cachées, des émissaires envoyés compter les nids-de-poule sur la chaussée londonienne, un scénario rocambolesque qui connaîtra, dans quelques jours, son premier dénouement. L’auguste tapisserie s’apprête en effet à traverser la Manche, à bord d'un camion Mercedez Benz, équipé de trois alarmes. L'une d'entres elles, disposée à l'intérieur du GPS, communique en permanence avec la société de sécurité Securitas. Début juillet, la date est secrète, elle roulera ainsi jusqu'au British Museum, où elle sera exposée jusqu’à l’été 2027, une première dans sa vie millénaire agitée.</p><h2>Les nazis font des selfies</h2><p>Nul ne sait où elle vécut du XIIe au XVe siècle, surgissant en 1476 dans l’inventaire des biens de la cathédrale de Bayeux. Une fois l’an, elle est tendue dans la nef, accrochée à des clous, puis replacée dans sa caisse avec du poivre contre les mites. Ce dédain lui permet de survivre au Moyen Age, quand le XVIIIe siècle la redécouvre. Pendant la Terreur, des hommes l’attrapent pour bâcher leur chariot. Deux ans plus tard, en 1794, il est question de la découper en lanières pour décorer un char civique. De 1803 à 1804, Napoléon la fait exposer au Louvre afin de convaincre des bienfaits d’un débarquement en Angleterre. Ayant changé d’avis, il la renvoie à Bayeux, accompagnée d’un courrier indiquant qu’elle est prêtée à la ville. En 2017, une bonne âme s’émeut que sa seule existence administrative soit cette lettre manuscrite, une convention de dépôt est alors rédigée. De nouveau roulée dans une caisse à l’Hôtel de ville, elle respire son poivre. </p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/GQFB7SPIFFFURG66H7KCKJNWDI.jpg?auth=a45dd576558382a7e406244b0cc82f33a9353ab67c4ea491c87a357db5eab71e&smart=true&width=5616&height=3744" alt="La tapisserie de Bayeux narre les aventures guerrières de 626 personnages, 202 chevaux et mulets, 35 chiens, 41 navires. Et 93 pénis. " height="3744" width="5616"/><figcaption>La tapisserie de Bayeux narre les aventures guerrières de 626 personnages, 202 chevaux et mulets, 35 chiens, 41 navires. Et 93 pénis. </figcaption></figure><p>Inquiet de l’intérêt que lui porte Hitler pendant la Seconde Guerre mondiale, celui-ci fantasmant l’aryanité des Normands, elle est cachée dans des caves, puis transportée dans une abbaye du Calvados, ensuite au château Sourches, la demeure du duc des Cars, le grand-père de l’ex-présidente du Louvre, Laurence des Cars. Au sous-sol de l’édifice, elle se repose en compagnie du <i>Radeau de la méduse,</i> toutefois sans cesse manipulée par des scientifiques du IIIe Reich, qui l’ont repérée et viennent la photographier ou se faire prendre en photo devant, l’un d’eux découpant au passage un morceau en souvenir, épisode épique raconté dans <i>Le vol de la tapisserie de Bayeux,</i> de Jean-Christophe Stasi (Tallandier). En juin 1944, alors que le général de Gaulle a pris la parole dans Bayeux libéré, les Allemands l’acheminent dans les sous-sols du Louvre, tandis qu’ils expédient 148 caisses d’œuvres d’art vers la Tchécoslovaquie. Himmler, s’agaçant de ne point la recevoir, dépêche de Berlin un camion qui arrive alors que le peuple de Paris se soulève. Paris libéré, elle est exposée au Louvre puis retour en Normandie en mars 1945. Tout porte à croire qu’elle en a fini des tribulations. </p><p>En décembre 2018, sommet franco-britannique de Sandhurst entre Theresa May, Première ministre britannique, et Emmanuel Macron. Climat électrique, la campagne du Brexit secoue l’Europe, d’ailleurs son chef de file, le populiste Nigel Farage, porte volontiers une cravate à l'image de la tapisserie. Et voici que le président français annonce la prêter à l’Angleterre, royal. En quelques secondes, la liesse s’empare de la prude Albion, tandis que le maire de Bayeux compte par tranche de dix les caméras de télévisions anglaises dans son jardin. L’événement est considérable à Londres, où la tapisserie fut demandée deux fois (pour le couronnement d’Elizabeth II en 1953, et pour le millénaire de la bataille d’Hastings en 1966) et refusée deux fois. En France, en revanche, c’est la soupe à la grimace. Le maire de Bayeux a été averti par un appel du président la veille. Quelques mois auparavant, un député britannique a pris la parole pour tonner qu’il serait de bon ton que les Français prêtent enfin la tapisserie. Un diplomate français l’entend, avertit le Quai d’Orsay, tandis que l’ambassade de Grande-Bretagne à Paris prend attache avec l’Elysée, qui demande au musée de Bayeux une note. Passés ces gestes, tout s’arrête. </p><h2>Les experts contre son voyage</h2><p>En 2022, Brigitte Macron vient l’admirer au musée, puis de nouveau le silence. Sauf qu’à chaque commémoration du Débarquement, l’équipe municipale rappelle au président sa promesse, les élus ont à cœur que leur trésor voyage et voit sa notoriété augmenter, celle-ci rapportant 1,5 million d’euros par an à la ville, le bénéfice de ses 400 000 visites annuelles. Devant les plages qui virent à l’été 1944 débarquer des milliers de soldats britanniques venus libérer la France, et singulièrement Bayeux, Emmanuel Macron glisse au maire que sa décision sera exécutée. </p><p>A ce stade, aucune étude n’a été conduite pour savoir si la vénérable peut être baladée sur ou sous la Manche. Un seul constat d’Etat – terme administratif idoine – fut exécuté trente-cinq ans auparavant, en 1983 et celui-ci n’eut pour sujet que l’examen du revers de la toile. Le constat n’est d’ailleurs pas enthousiaste : le revers tire sur la toile, d’autant qu’elle est présentée à la verticale. L’étude conduite, elle déménage de l’Hôtel du doyen, où elle vivait sous le statut de document issu des fonds de la bibliothèque, vers le musée de la ville, un ancien séminaire aux murs bourrés d’amiante, ce que tous ignorent. Cinq ans avant l’annonce du prêt par Emmanuel Macron, en 2013, Bayeux avait décidé de construire un nouveau musée et, dans un monde parfait, la chronologie eut été de fermer le musée, de lancer le chantier du nouvel édifice, de restaurer la toile et de l’envoyer à Londres avant de la rapporter dans son nouvel écrin. Sept ans plus tard, le musée n’est pas construit, la toile pas restaurée, en revanche son voyage à hauts risques démarre.</p><p>Deux ans après l’annonce présidentielle, en 2020, nouveau constat d’Etat. Comment se porte l’auguste œuvre qui doit voyager ? Huit restauratrices l’examinent, et leur verdict pique : 24 204 tâches, 16 445 plis, 9 646 trous et 30 déchirures non stabilisées. La toile présente des scrupules, joli mot pour désigner des agglomérations de poussières qui conservent l’humidité. Au passage, elle est libérée de son dosseret et présentée sur un support incliné, position moins éprouvante que la verticale. Le rapport cingle : "Seule la restauration justifiera un déplacement de l’œuvre." L’expertise fait bondir les associations de défense du patrimoine, le trésor national serait en danger, une pétition est lancée. "Les défenseurs du patrimoine ont une conception frileuse par principe, ils ne veulent jamais toucher à rien", balaie le conseiller spécial du président, Philippe Bélaval, ancien président du Centre des monuments historiques. </p><h2>Une caisse de haute technologie</h2><p>L’année suivante, et comme si de rien n’était, un conseil scientifique international se penche sur sa transportabilité, – rapport dont la publication sur le site du ministère de la Culture est récente. En mars 2022, étude de faisabilité du transport, l’année suivante, étude en vue d’un stockage prolongé. Le 9 juillet dernier, en visite à Londres, Emmanuel Macron ricane : "On a cherché les meilleurs experts internationaux qui expliquaient pourquoi c’était impossible et on l’a fait, avec le roi Charles III nous avons été au-delà des experts et nous avons décidé." Une fanfaronnade dans laquelle le fort diplomate Philippe Belaval dit avoir perçu "une certaine spontanéité". Le politique a primé sur l’expertise scientifique. "Nous savons combien la tapisserie est fragile, nous avons tout mis en œuvre pour que le prêt se déroule dans des conditions exceptionnelles, je suis sereine", conclut Delphine Christophe, rappelant que tous les jours, des œuvres d’art voyagent sur les routes. Et puis, comme le glisse Philippe Belaval, ne transporte-t-on pas des pièces de satellite et des produits chimiques sans encombre ? </p><p>En septembre dernier, la tapisserie est décrochée, placée dans une caisse comme un éventail dont chaque pli est protégé d’un tube de mousse. Elle dort entreposée dans un endroit secret. Au printemps, deux voyages à blanc ont été exécutés vers Londres, recensant les points de vibration, les ruptures de charge, comptabilisant même le nombre de ralentisseurs sur la chaussée et les nids-de-poule sur le bitume. Le voyage relève de la haute technologie. Capteurs, senseurs, hygrométrie, luminosité, elle sera veillée à chaque seconde par une équipe franco-britannique. Arrivée à Londres, elle sera diagnostiquée, puis exposée en ligne droite, sans virage, dès l’automne, dans la Sainsbury Exhibitions Gallery, une annexe du British Museum de 1 100 mètres carrés. Les billets d’entrée, 33 livres sterling la place, devraient se vendre à vive allure. "L’impact culturel est immense, la tapisserie représente un moment iconique de notre histoire moderne, nous la traiterons avec un immense respect, et puis il n’y a aucun danger à ce qu’elle demeure mille ans en Angleterre, je m’y engage personnellement", commente, un brin moqueur, Lord Peter Ricketts, ancien ambassadeur de Grande-Bretagne. </p><p>A son retour, exposée sur une table inclinée, elle sera restaurée face au public. Vingt mois de travaux minimum. "Elle ne bougera plus", promet Philippe Belaval. L’éminent expert confie, sans malice, chérir une saynète particulière de la tapisserie, celle représentant la fable d’Esope du <i>Corbeau et du Renard</i>. Et chacun se souvient ici du vers de La Fontaine : "Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois, à ces mots le corbeau ne se sent pas de joie, et pour montrer sa belle voix"… prêta à l’Angleterre la tapisserie du roi ?</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/MUDJJO4XERBDLP7GB2PARLRTHM.jpg?auth=272588f35aff8ed5815691666bc14ee937122e475a3ea0f9e11ba98959a5077f&amp;smart=true&amp;width=2016&amp;height=1512" type="image/jpeg" height="1512" width="2016"><media:description type="plain"><![CDATA[La tapisserie de Bayeux en août 2025, à Bayeux, dans le Calvados.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">PHOTOPQR/OUEST FRANCE/MAXPPP</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Jusque dans leurs rêves, les malentendants entendent mal, par Christophe Donner]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/jusque-dans-leurs-reves-les-malentendants-entendent-mal-par-christophe-donner-SLSXNPU6PVEMHO3T4KWTKE6AA4/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/jusque-dans-leurs-reves-les-malentendants-entendent-mal-par-christophe-donner-SLSXNPU6PVEMHO3T4KWTKE6AA4/</guid><dc:creator><![CDATA[Christophe Donner]]></dc:creator><description></description><pubDate>Wed, 03 Jun 2026 04:15:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>"Tu n’entends que ce que tu veux entendre", me reprochait ma mère d’un air entendu, avec toute la suffisance que lui conférait la psychanalyse. Jusqu’à ce qu’il se soit avéré que j’étais tout simplement en train de devenir sourd, qu’il allait falloir m’opérer, d’une oreille, puis de l’autre, et accepter par la suite de porter des "appareils auditifs" qu’on n’appelait déjà plus des sonotones, heureusement. C’est dire le bien que ça m’a fait de voir Elisabeth (Agathe Rousselle) affligée du même handicap et contrainte, elle aussi, de porter des appareils dans le film de Laurent Slama <i>A Second life.</i></p><p>Elisabeth travaille pour une agence parisienne de "location meublée de courte durée". Elle est chargée d’accueillir les clients, les conduire dans leur studio, leur expliquer comment ça marche, l’eau, le gaz, l’Internet haut débit, l’interdiction de fumer, la vue sur la tour Eiffel, la proximité de Montmartre, le jour de fermeture du Louvre. Des jours impossibles à vivre, pas seulement à cause de sa surdité, mais ça n’aide pas. Comme dans la chanson de Brel, <i>Les Désespérés</i>, Elisabeth a "cheminé déjà plus de cent fois, cent fois plus qu’à moitié" le chemin qui devait la mener au meurtre d’elle-même.</p><p>Paradoxe social, c’est son patron, un odieux râleur, qui, d’un énième coup de fil d’engueulade, la menaçant de licenciement, extirpe Elisabeth de sa tentation morbide, lui redonne le sale goût de la vie, celle qui vaut mieux que rien du tout. Alors elle sort. Rejoint les vivants, la ville, où elle tombe sur Elijah (Alex Lawther), le plus pénible des clients : jeune intello américain survitaminé, la tête bourrée de clichés, émerveillé par le moindre bistrot de quartier, excité par la beauté d’Elisabeth, attendri par cette déprime qu’elle ne cherche pas à dissimuler. Plus elle soupire, plus il sautille autour d’elle, inlassablement enjoué. Comme si ça ne suffisait, l’insupportable américain retrouve des compatriotes : un couple mixte, lui blanc elle noire, ados attardés comme lui, qui trouvent Elisabeth super-cool et vont l’aider à nettoyer l’appartement d’un client terrorisé par la présence de punaises de lit. Un névropathe. Et voilà la bande des quatre en goguette dans un Paris qui n’existe qu’une fois par siècle, celui des <a href="https://www.lexpress.fr/jo-paris-2024/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/jo-paris-2024/">Jeux olympiques de 2024</a>.</p><h3>La vivacité surjouée d’Alex Lawther</h3><p>La triste Elisabeth plongée dans la liesse sportive, cœur battant de la joie universelle. Décor de cinéma, ambiance historique, personnages improbables, le moins probant s’avérant au fil des scènes le plus attachant. Même le réalisateur est dépassé par le talent, la vivacité même surjouée d’Alex Lawther. A 22 ans, dans <i>Departure</i> (2017), il interprétait un jeune adolescent timide, dix ans plus tard, il n’a toujours pas l’âge de son rôle, ce qui confère à ce dernier, une fois de plus, une force qui caractérise tous ses rôles ; c’est probablement ce qu’on appelle une valeur sûre, au sens où il peut jouer n’importe quel rôle, c’est lui qu’on regarde, Alex Lawther, et qu’on a envie de voir dans tous les personnages qui lui seront offerts.</p><p>Le scénariste a dû sentir le danger : pour replacer Elisabeth au centre du film, il l’accable d’un nouveau malheur, la perte de ses appareils. L’occasion de rappeler que, malgré la pudibonderie qui les a inspirés, les mots malentendant et malvoyant sont plus justes que sourd et aveugle, le handicap étant différent pour chacun. Le diable n’est pas le seul à se cacher dans les détails, le bon Dieu s’y trouve aussi.</p><p>Au-delà de ses inconvénients, la surdité m’a appris une chose sur les rêves. Quand je rêve de quelqu’un, il arrive toujours un moment où, n’ayant pas entendu ce qu’il m’a dit, je lui demande de répéter. Hélas, il ne répète pas, comme s’il en avait marre. Je perds la maîtrise de mon rêve comme un metteur en scène auquel ses acteurs n’obéissent plus. La violence de la frustration me réveille, et longtemps après avoir recouvré mes esprits, je suis encore à me demander ce que l’autre voulait me dire dans mon rêve. Peut-être ceci : "La prochaine fois que tu rêves, pense à brancher tes appareils."</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/C6VFP72MCZEWJJWZE4GZZQXW5U.jpg?auth=d11f70cd7ef5bf11b18b63415e1bef539f428d6e4446a8f2fcf76d197ce1765e&amp;smart=true&amp;width=1600&amp;height=666" type="image/jpeg" height="666" width="1600"><media:description type="plain"><![CDATA[Le film "A Second Life" de Laurent Slama sort en salle le 10 juin 2026.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">Copyright Wayna Pitch</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Ce que la lecture en silence a apporté à la langue française]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/ce-que-la-lecture-en-silence-a-apporte-a-la-langue-francaise-GJTT5QMTABHXTEKQLMCI353X6Y/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/ce-que-la-lecture-en-silence-a-apporte-a-la-langue-francaise-GJTT5QMTABHXTEKQLMCI353X6Y/</guid><dc:creator><![CDATA[Michel Feltin-Palas]]></dc:creator><description></description><pubDate>Tue, 02 Jun 2026 04:15:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Dans un fauteuil, sur la plage, dans le métro, dans un jardin public… Vous, moi, ma tante Ophélie et mon collègue de bureau lisons tous en silence et cela nous paraît on ne peut plus naturel. A ceci près que, longtemps, cette pratique… n’existait quasiment pas ! Pendant des siècles, en effet, les écrits avaient vocation à être lus à haute voix, que ce soit pour soi-même ou à destination d’une assemblée. Et il fallut du temps, bien du temps, avant que cette habitude ne se perde.</p><p><b>CETTE INFOLETTRE REDEVIENT GRATUITE !</b> </p><p><i>"Sur le bout des langues" reste bien sûr comprise dans l’abonnement à L’Express, mais elle est aussi accessible à tous ceux qui le souhaitent.</i></p><p><i>Pour s’inscrire, suivez </i><a href="https://post.eu.spmailtechnol.com/f/a/s2jSbiWmxAZwaV_WTH2GhA~~/AABGZBA~/RbXRzn1Vc9gpNDqf-9QpOWtktquup0gOoqdoHiwLLk08lUQ6yEedYFRGfag6EciPxIVJyZrWkU3VKTCdrNWLf_4sqcWoYEOFAZm2x6MyCbUvGtDYYTqtEorFTHwKO2Mtv_059zx1AlLjGOPI0ARyJg~~" rel=""><i>ce lien</i></a><i>, sélectionnez "Sur le bout des langues", entrez votre adresse de messagerie dans le bandeau qui apparaît en bas de page et cliquez sur "Valider".</i></p><p>Commençons par le commencement. Les tout premiers textes rédigés en ancien français dont nous disposons remontent au milieu du Moyen Age, qu’il s’agisse de la <i>Séquence de Sainte Eulalie</i> (vers 880) ou de <i>La vie de Saint Léger</i> (fin X<sup>e</sup>). Auparavant, ces œuvres étaient simplement chantées ou dites. Puis, un jour, un scribe a eu l’idée de les transcrire. Mais cela dans un but principal : les conserver afin qu’elles puissent continuer à être ou chantées ou dites ! Rarissimes, à cette époque, étaient ceux qui auraient eu l’idée de les parcourir en silence. "Destinés à être lus à voix haute, ces écrits entretiennent une relation très forte avec la langue parlée", résume la linguiste Gabriella Parussa dans <a href="https://actes-sud.fr/catalogue/ecrire-le-francais-018508" target="_self" rel="" title="https://actes-sud.fr/catalogue/ecrire-le-francais-018508"><i>Ecrire le français, toute une histoire</i></a> (Actes Sud).</p><p>Pour cette raison, on écrit avant tout comme on prononce, d'autant qu'il n’existe pas encore de norme orthographique. En témoignent les échanges épistolaires au sein de la famille royale qu’a étudiés la même Gabriella Parussa. Que l’on se nomme François Ier, Marguerite de Navarre (sa sœur), Marguerite de France (sa fille) ou Henri IV (son lointain successeur), on n’hésite pas à grouper les mots : <i>quella</i> (qu’elle a) ; <i>nege</i> (n’ai-je) ; <i>jeleur</i> (je leur). On se moque comme de colin-tampon des doubles consonnes : <i>nape, tere, vilage, juppe, fertille, lacunne</i>. On ne s’encombre pas des lettres non prononcées : <i>blan</i> (blanc) ; <i>bor</i> (bord), <i>chartee</i> (charretée) ; <i>soupront</i> (souperont), <i>compagni</i> (compagnie)… A l’inverse, on insère des voyelles ou des consonnes quand on en ressent le besoin : je <i>vouderai</i> (voudrai) ; il <i>recevera</i> (recevra)… Et l’on a autant de respect pour la conjugaison qu’un anarchiste pour un CRS : <i>je veut, tu a, il pris…</i></p><p>En un mot comme en cent : dans les échanges privés, le seul but est d’être compris. L’orthographe, y compris au plus haut niveau de l’Etat, est considérée comme une affaire de techniciens, qu’ils soient imprimeurs ou gens de lettres. Un peu comme un nouveau riche a plaisir à circuler en Porsche sans chercher à savoir où se trouve la courroie de distribution…</p><p>Nuançons. Les pratiques avaient commencé à changer à partir du XVe siècle, époque à laquelle "la lecture silencieuse se répand", comme l'indique le linguiste Bernard Cerquiglini, dans <a href="https://www.folio-lesite.fr/catalogue/a-qui-la-faute/9782073098771" target="_self" rel="" title="https://www.folio-lesite.fr/catalogue/a-qui-la-faute/9782073098771"><i>Orthographe : à qui la faute ?</i></a> (Folio). Mais c’est au XVIII<sup>e</sup> siècle que s’opère véritablement la bascule. "Alors qu’au XVII<sup>e</sup> siècle, on se faisait encore souvent la lecture à haute voix dans des cercles, on prend désormais l’habitude de lire en solitaire", souligne le linguiste Gilles Siouffi, dans <a href="https://actes-sud.fr/catalogue/paris-babel-017769" target="_self" rel="" title="https://actes-sud.fr/catalogue/paris-babel-017769"><i>Paris-Babel, histoire linguistique d’une ville-monde</i></a> (Actes Sud). De nombreux signes en témoignent, comme l’ouverture de cabinets de lecture chauffés et éclairés pendant l’hiver, où l’on vient dévorer ouvrages et journaux - sans bruit, pour ne pas déranger ses voisins.</p><p>On n’en a pas toujours conscience, mais ce passage à la lecture silencieuse a eu de nombreuses conséquences.</p><p><b>– Sur l’orthographe.</b> Si je vous dis "ils chantent", vous ne savez pas si je parle d’une ou de plusieurs personnes. "A l’oral, on peut lever l’ambiguïté par le geste ou le contexte, mais, à l’écrit, c’est plus difficile, estime Bernard Cerquiglini. Seuls le 's' e le 'nt', permettent de le savoir." Il en va de même selon lui pour tous les homophones, ces mots différents ayant la même prononciation. Comment distinguer à l’oreille 'saint', 'ceint', 'seing' ou 'sain' ?<i> </i>Et de reprendre à son compte la théorie défendue dès le XVI<sup>e</sup> siècle par Théodore de Bèze. Selon cet érudit protestant, l’orthographe ne peut être uniquement phonétique car elle n'a pas seulement pour fonction de transcrire la voix, mais aussi d'aider à la compréhension du sens.</p><p><b>– Sur la ponctuation, </b>qui devient de plus en plus précise pour mieux faire apparaître la structure des phrases.</p><p><b>– Sur la prononciation</b>. On se met à énoncer des lettres qui ne l’étaient pas. Lorsque a ainsi remplacé <i>lorque</i> et Psaume, <i>saume</i>, comme le relève encore Gilles Siouffi.</p><p><b>– Sur la diffusion des idées.</b> Les cabinets de lecture du XVIII<sup>e</sup> disposaient parfois de la presse étrangère. On pouvait donc y découvrir, en toute discrétion, les idées nouvelles venues notamment d’Angleterre ou de Hollande. Une pratique qui, à sa manière, contribuera à l’avènement de la Révolution française.</p><p>C'est peut-être cela aussi, la loi du silence...</p><p><i><b>RETROUVEZ DES VIDÉOS CONSACRÉES AU FRANÇAIS ET AUX LANGUES DE FRANCE SUR MA </b></i><a href="https://www.youtube.com/@michelfeltin-palas" rel=""><i><b>CHAÎNE YOUTUBE</b></i></a></p><h3>Du côté de la langue française</h3><p><a href="https://dictionnaire.lerobert.com/dis-moi-robert/jouez-avec-robert/quel-mot-est-ne-en-meme-temps-que-vous.html" target="_self" rel="" title="https://dictionnaire.lerobert.com/dis-moi-robert/jouez-avec-robert/quel-mot-est-ne-en-meme-temps-que-vous.html"><b>Quels mots sont nés la même année que vous ?</b></a></p><p>"Hygiaphone" en 1965 ; "IVG" en 1975 ; "CD-Rom" en 1985 ; "microcrédit" en 1995 ; "GPA" en 2005 ; "collapsologie" en 2015… Les éditions <i>Le Robert </i>ont eu la bonne idée de créer un site où l'on trouve les mots entrés dans ce dictionnaire au cours des dernières décennies. Une autre manière de voyager dans le temps…</p><p><a href="https://www.lefigaro.fr/langue-francaise/actu-des-mots/la-langue-francaise-en-essor-ou-en-declin-deux-specialistes-s-affrontent-20260528" target="_self" rel="" title="https://www.lefigaro.fr/langue-francaise/actu-des-mots/la-langue-francaise-en-essor-ou-en-declin-deux-specialistes-s-affrontent-20260528"><b>Le français est-il en déclin ?</b></a></p><p>Anglicismes, réseaux sociaux, écriture inclusive... La grammairienne Anne Abeillé, membre des linguistes atterrées, et Pascal-Raphaël Ambrogi, écrivain et haut fonctionnaire chargé de la terminologie et de la langue française au ministère de l'Éducation nationale, échangent leurs visions sur l'évolution du français, arguments à l'appui.</p><p><a href="https://www.fabula.org/actualites/134472/quand-les-influenceurs-font-de-la-linguistique-populaire.html" target="_self" rel="" title="https://www.fabula.org/actualites/134472/quand-les-influenceurs-font-de-la-linguistique-populaire.html"><b>Influenceurs linguistiques : appel à contributions</b></a></p><p>Les locuteurs du français commentent la langue française depuis au moins le XVIIe siècle et le mouvement continue aujourd’hui avec les influenceurs présents sur les réseaux sociaux. Un colloque sur cette "linguistique populaire" se tiendra à Louvain les 3 et 4 décembre prochain. Un appel à contribution a été lancé, à échéance du 30 juin.</p><p><a href="https://www.culture.fr/franceterme/En-francais-dans-le-texte/Le-vocabulaire-de-l-informatique-et-des-telecommunications-fait-sa-mise-a-jour" target="_self" rel="" title="https://www.culture.fr/franceterme/En-francais-dans-le-texte/Le-vocabulaire-de-l-informatique-et-des-telecommunications-fait-sa-mise-a-jour"><b>Parler français dans l’informatique et les télécoms, c’est possible</b></a></p><p>Employer "complément" au lieu de <i>plugin</i> et "code d’intégration" au lieu de <i>code embed</i>. Voici quelques-unes des recommandations de la Commission d’enrichissement de la langue française pour le secteur de l’informatique et des télécoms, récemment publié au Journal Officiel.</p><h3>Du côté des langues de France</h3><p><a href="https://www.ined.fr/fr/actualites/trajectoires-et-origines-2-enquete-inedite" target="_self" rel="" title="https://www.ined.fr/fr/actualites/trajectoires-et-origines-2-enquete-inedite"><b>86 % des enfants issus de l’immigration parlent français avec leurs parents</b></a></p><p>L’usage du français est très fréquent pendant l’enfance des personnes issues de l’immigration, le plus souvent en combinaison avec la langue des parents. Telle est l’une des leçons de l’enquête Trajectoires et Origines 2, menée conjointement par l’Insee et l’Ined auprès de 26 000 personnes. 86 % des descendants de deux parents immigrés déclarent avoir parlé français avec eux dans leur jeunesse, dont 68 % en combinaison avec la langue de leur pays d’origine.</p><p><a href="https://www.felco-creo.org/agregacion-lengas-de-franca-opcion-occitan-lenga-doc-session-2027/" target="_self" rel="" title="https://www.felco-creo.org/agregacion-lengas-de-franca-opcion-occitan-lenga-doc-session-2027/"><b>Inscrivez-vous à l’agrégation langues de France !</b></a></p><p>Parce qu’un grand nombre de candidats est la meilleure garantie pour qu’un concours ait lieu, la fédération des enseignants de langue et culture d’oc (Felco) appelle les étudiants à s’inscrire massivement à l’agrégation langues de France – option occitan. Plusieurs formations universitaires existent pour préparer cette épreuve exigeante. </p><p><a href="https://www.helloasso.com/associations/ugugu/collectes/projet-de-documentaire-consacre-a-felix-castan" target="_self" rel="" title="https://www.helloasso.com/associations/ugugu/collectes/projet-de-documentaire-consacre-a-felix-castan"><b>Appel aux dons pour un documentaire consacré à Felix Castan</b></a></p><p>Penseur et écrivain français, Felix Castan a consacré sa vie à la défense de la langue occitane. Cet acteur majeur de la scène culturelle reste toutefois largement méconnu au niveau national. Un appel aux dons a été lancé par Jérémie Obispo afin de lui consacrer un documentaire.</p><p><a href="https://toponymie.sciencesconf.org/?lang=fr" target="_self" rel="" title="https://toponymie.sciencesconf.org/?lang=fr"><b>Toponymie et langues minorisées</b></a></p><p>Tel sera l’un des thèmes abordés du 18 au 20 juin lors d’un colloque qui se tiendra à Montpellier et à Béziers. Sachant que le fait de nommer un lieu dans une langue ou dans une autre revêt toujours une dimension politique.</p><h3>Du côté des langues du monde</h3><p><a href="https://www.courrierinternational.com/article/temoignages-je-la-comprends-mais-je-ne-la-parle-pas-en-turquie-les-kurdes-prives-de-leur-langue_242041" target="_self" rel="" title="https://www.courrierinternational.com/article/temoignages-je-la-comprends-mais-je-ne-la-parle-pas-en-turquie-les-kurdes-prives-de-leur-langue_242041"><b>En Turquie, les Kurdes privés de leur langue</b></a></p><p>Interdite pendant des décennies, la langue kurde reste marginalisée en Turquie, notamment à l’école, où elle n’est enseignée qu’à titre optionnel. Résultat : une grande partie des membres de la communauté kurde, qui représente près d’un quart de la population, peinent à s’exprimer dans leur langue maternelle, rapporte cet article de <i>Courrier international</i>.</p><h3>A écouter</h3><p><a href="https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/zoom-zoom-zen/zoom-zoom-zen-du-mardi-12-mai-2026-8704302" target="_self" rel="" title="https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/zoom-zoom-zen/zoom-zoom-zen-du-mardi-12-mai-2026-8704302"><b>Petite leçon de glottophobie, par Maria Candea</b></a></p><p>La hiérarchie entre accents réputés "sérieux" et accents jugés "ridicules" repose sur des conventions totalement arbitraires. C’est ce que rappelle la linguiste Maria Candea dans cette émission de France Inter consacrée à la glottophobie, c’est-à-dire aux discriminations liées à des facteurs linguistiques. Discriminations particulièrement répandues dans les médias audiovisuels.</p><h3>A regarder</h3><p><a href="https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-portrait/le-grand-portrait-du-mercredi-20-mai-2026-9275844" target="_self" rel="" title="https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-portrait/le-grand-portrait-du-mercredi-20-mai-2026-9275844"><b>Alan Stivell et le "rêve celte"</b></a></p><p>Pour ses 60 ans de carrière, Alan Stivell était l’invité de Sonia de Villers sur France Inter. Le musicien breton, actuellement en tournée, y décrit un parcours hors du commun qui a contribué à redonner leur dignité aux cultures minoritaires de France. </p><p><i><b>RÉAGISSEZ, DÉBATTEZ ET TROUVEZ PLUS D’INFOS SUR LES LANGUES DE FRANCE SUR </b></i><a href="https://www.facebook.com/MichelFeltinPalasSurLeBoutDesLangues" rel=""><i><b>la page Facebook dédiée à cette infolettre</b></i></a></p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/TL6G3VCXINA6FJU565NXSRMACI.jpg?auth=cfabc34f0046fdbecaa9b42e609dca491fa403540e600abfeb33fa00a90d9ba7&amp;smart=true&amp;width=4252&amp;height=2835" type="image/jpeg" height="2835" width="4252"><media:description type="plain"><![CDATA[Image d'illustration.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">IP3 PRESS/MAXPPP</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Mathieu Terence contre la littérature d’ameublement : le pamphlet du mois à découvrir]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/mathieu-terence-contre-la-litterature-dameublement-le-pamphlet-du-mot-a-decouvrir-6S5I7Q7HEFCVHGXPVNMUMPPOCY/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/mathieu-terence-contre-la-litterature-dameublement-le-pamphlet-du-mot-a-decouvrir-6S5I7Q7HEFCVHGXPVNMUMPPOCY/</guid><dc:creator><![CDATA[Louis-Henri de La Rochefoucauld]]></dc:creator><description></description><pubDate>Mon, 01 Jun 2026 06:00:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>La tradition s’est perdue. Depuis <i>La Littérature à l’estomac</i>, publié par <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/julien-gracq-lecrivain-qui-reconcilie-regis-debray-et-christian-signol-5O2LRYH67VG2FLM2K3QH2FYIXA/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/julien-gracq-lecrivain-qui-reconcilie-regis-debray-et-christian-signol-5O2LRYH67VG2FLM2K3QH2FYIXA/">Julien Gracq</a> en 1950, on compte sur les doigts d’une main les bons pamphlets jetés contre le milieu littéraire : <i>Les Chiens à fouetter</i> de François Nourissier, <i>Nos amis les lettres</i> d’Eric Neuhoff, les livres co-signés par Pierre Jourde et Eric Naulleau… Avec <i>La Littérature d’ameublement</i> (clin d’œil à Erik Satie qui parlait en son temps de "musique d’ameublement"), <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/natalia-borodin-mathieu-terence-et-eric-emmanuel-schmitt-les-livres-a-ne-pas-manquer-757ENQEPSFDKZPSBIJBYXU7R7A/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/natalia-borodin-mathieu-terence-et-eric-emmanuel-schmitt-les-livres-a-ne-pas-manquer-757ENQEPSFDKZPSBIJBYXU7R7A/">Mathieu Terence</a> s’inscrit dans cette filiation, avec une forme de détachement souverain à la Guy Debord. </p><p>En notre ère de falsification où l’industrie culturelle écrase l’art véritable et où les écrivains s’effacent au profit des "livreurs", l’auteur fait ce genre de remarque : "Il y a les livreurs pour écrire comme si Joyce, <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/vous-serez-bien-gentil-de-une-diva-nommee-marcel-proust-FJE2B4NDUVDIHDUFW4Z3OW3SPE/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/vous-serez-bien-gentil-de-une-diva-nommee-marcel-proust-FJE2B4NDUVDIHDUFW4Z3OW3SPE/">Proust</a>, Broch ou Beckett n’avaient pas eu lieu. Il doit bien y avoir des scientifiques qui ne savent pas que Galilée, Newton et Einstein ont existé, mais je ne suis pas sûr qu’ils découvrent grand-chose ni même qu’ils professent quelque part." Tout y passe, notamment les renvois d’ascenseur et la cuisine des prix, souvent dure à avaler pour les "caniches de compétition" qui attendent leur "leurre de gloire". Parmi ses cibles privilégiées, Mathieu Terence n’oublie pas les "journalistes-livres" qui, selon lui (et il n’a pas tort), ont remplacé les critiques littéraires et contribuent au nivellement par le bas. Puisse ce bref article lui prouver que certains dans notre profession savent encore lire les yeux ouverts. </p><p><i>La littérature d’ameublement </i>par Mathieu Terence. Editions du Cerf, 94 p., 9,90 €. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/TE42JDBTNNCCZIXWUVTC75V2RA.jpg?auth=60008c13d34eb4d495ca5db923d8bd27609c94517b0cd3fcfc504a364d118f5f&amp;smart=true&amp;width=1334&amp;height=980" type="image/jpeg" height="980" width="1334"><media:description type="plain"><![CDATA[Depuis le Pays basque, où il vit retiré, Mathieu Terence livre une charge piquante contre le milieu littéraire. ]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">Mathieu Terence/Le Cerf</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Salines de Missolonghi : l'or blanc à ciel ouvert]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/salines-de-missolonghi-lor-blanc-a-ciel-ouvert-JHZDNRBHEBGJXBOFNRKLS64VDQ/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/salines-de-missolonghi-lor-blanc-a-ciel-ouvert-JHZDNRBHEBGJXBOFNRKLS64VDQ/</guid><dc:creator><![CDATA[Letizia Dannery]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sun, 31 May 2026 08:30:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>A deux heures trente d'Athènes, dans la vaste lagune de Missolonghi, l'homme exploite le sel depuis des millénaires. Ici, les salines dessinent un paysage brut, où la terre semble hésiter entre mer et ciel. Héritées en partie des aménagements développés à l’époque vénitienne, elles ont longtemps été une ressource stratégique. Bien avant la réfrigération, le condiment était indispensable à la conservation des aliments, ce qui en faisait une richesse essentielle, au cœur des échanges économiques. Le principe de production, lui, n’a presque pas changé. L’eau de mer est progressivement acheminée dans une succession de bassins. Sous l’effet combiné du soleil et du vent, elle s’évapore lentement, augmentant sa concentration en sel jusqu’à la cristallisation. A la fin du cycle, généralement en été, les cristaux sont récoltés, puis regroupés en impressionnantes pyramides blanches visibles à distance. Si certaines étapes ont été modernisées, le processus reste fidèle à une logique naturelle. Aujourd’hui encore, les salines assurent une part majeure de la production de sel en Grèce.</p><p>L’endroit constitue également un patrimoine vivant, où les digues rectilignes, les canaux et les bassins structurent un territoire devenu emblématique, dont l’histoire est racontée au musée du Sel de la ville. Unique en son genre dans le pays, l'institution, ouverte en 2020, occupe un bâtiment datant de 1946, autrefois utilisé comme dortoir pour les sauniers de l'île de Tourlida. On y découvre d’anciens outils de paludiers, des machines de récolte, des archives photographiques et surtout une impressionnante collection de plus de 1 500 salières datant du XIXᵉ siècle à nos jours. L’expérience se prolonge à l’extérieur grâce à un observatoire installé face aux marais salants. Car, à la dimension culturelle s’ajoute une richesse écologique remarquable : intégrées au parc national de Missolonghi-Etoliko, les salines offrent un habitat privilégié à de nombreuses espèces d’oiseaux, les flamants roses en tête, attirés par l’abondance de nourriture que recèlent ces eaux peu profondes.</p><p>Au bout de la longue digue qui traverse le site, Tourlida apparaît comme une extension fragile de la terre, avec ses maisons sur pilotis et ses tavernes ouvertes sur le golfe de Patras. En 2026, alors que Missolonghi bénéficie d’un regain d’attention lié aux commémorations nationales du bicentenaire de son exode, les salines rappellent qu’au-delà de son passé héroïque, l’identité du territoire repose aussi sur cette activité patiente et répétée, quand l’homme accompagne les cycles naturels pour extraire, siècle après siècle, saison après saison, l’or blanc intemporel. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/L4GHYVYKGZFRVODSAU37WYCPO4.jpg?auth=ee33d032afa0bb373ffeefb1ace12943d10ae3ce77c42c50d17301337627c4fe&amp;smart=true&amp;width=2944&amp;height=1410" type="image/jpeg" height="1410" width="2944"><media:description type="plain"><![CDATA[Aujourd’hui encore, le site assure une part majeure de la production de sel en Grèce.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">© F. Martin / Shutterstock</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Christopher Laquieze, influenceur littéraire numéro un : comment faire lire à l’ère des réseaux ?]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/christopher-laquieze-influenceur-litteraire-numero-un-comment-faire-lire-a-lere-des-reseaux-PFSPAR4DJVECFHEQEGVXMYJ2R4/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/christopher-laquieze-influenceur-litteraire-numero-un-comment-faire-lire-a-lere-des-reseaux-PFSPAR4DJVECFHEQEGVXMYJ2R4/</guid><dc:creator><![CDATA[Louis-Henri de La Rochefoucauld]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sun, 31 May 2026 06:30:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Christopher Laquieze, 29 ans, serait-il l’homme du moment ? Ces derniers temps, les figures les plus institutionnelles du monde des lettres lui font les yeux doux. Son premier roman publié début janvier, <i>La Rosa Perdida</i>, vient de remporter le prix Jean d’Ormesson (dans le jury duquel on trouve Teresa Cremisi et les académiciens <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/dominique-bona-le-style-est-une-affaire-d-harmonie-et-de-fluidite_2097120.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/dominique-bona-le-style-est-une-affaire-d-harmonie-et-de-fluidite_2097120.html">Dominique Bona</a>, Dany Laferrière, Erik Orsenna et <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/francois-sureau-dans-les-couloirs-du-temps-avec-les-aventures-de-thomas-more-W2EPED6G2FEPZDSCVZAWXUCEXI/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/francois-sureau-dans-les-couloirs-du-temps-avec-les-aventures-de-thomas-more-W2EPED6G2FEPZDSCVZAWXUCEXI/">François Sureau</a>). Dans le même temps, la revue de <a href="https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/bernard-henri-levy-poutine-comme-daech-transforme-les-jeunes-ukrainiens-deportes-en-enfants-soldats-P6M7XWVEWFE6PFQRXH74CHBANQ/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/bernard-henri-levy-poutine-comme-daech-transforme-les-jeunes-ukrainiens-deportes-en-enfants-soldats-P6M7XWVEWFE6PFQRXH74CHBANQ/">Bernard-Henri Lévy</a>, <i>La Règle du jeu</i>, consacre son numéro en cours à cette "nouvelle critique" née sur les réseaux années il y a quelques années, et qui n’a jamais été aussi puissante. Si Christopher Laquieze n’aime pas le terme "influenceur" (nous y reviendrons), il est avec Ramsès Parent et Martin Boujol le représentant le plus emblématique de ces Sainte-Beuve 2.0. Au café du quartier de l’Odéon où nous le rencontrons, vêtu d’un t-shirt Red Hot Chili Peppers, il nous répond avec une faconde digne de <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/au-fond-je-suis-comme-un-footballeur-miguel-bonnefoy-le-champion-de-la-rentree-litteraire-SY6X7CPMHZEHZKWEOK3CQAPONE/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/au-fond-je-suis-comme-un-footballeur-miguel-bonnefoy-le-champion-de-la-rentree-litteraire-SY6X7CPMHZEHZKWEOK3CQAPONE/">Miguel Bonnefoy</a>. D’où vient ce drôle d’oiseau ? "Accrochez-vous, nous prévient-il, vous aurez parfois l’impression d’écouter Serge le Mytho."</p><p>Rien à voir, en vérité, avec le personnage interprété par Jonathan Cohen. Né en 1996 à Arcachon d’un père médecin et d’une mère infirmière, le petit Christopher grandit dans un monde où les légendes orales remplacent les livres : "Je n’ai jamais vu mes parents lire… On vivait à plusieurs générations dans la même maison. J’ai des origines diverses. La famille de mon père est italienne. Du côté de ma mère, j’ai du sang malgache, colombien, et j’ai même des ancêtres esclaves des Indes portugaises… Quand j’étais enfant, mon grand-père me parlait souvent d’un homme mystérieux qui était son meilleur ami quand il vivait à Madagascar. A sa mort, mes oncles m’ont dit que cet homme n’avait jamais existé : mon grand-père l’avait inventé. Les femmes quant à elles comméraient sans cesse. Je viens d’une grande famille de menteurs ! L’ambiance n’était pas banale. A un moment, ma grand-mère avait mis des masques africains partout chez nous. Ça nous a porté malheur : j’ai perdu la vue d’un œil pendant deux ans. Je revois mon grand-père, très superstitieux, brûlant les masques en psalmodiant des incantations…"</p><p>A l’âge de 16 ans, mauvais élève et ne supportant plus son père ("très violent psychologiquement"), Christopher Laquieze fuit avec le projet de devenir professeur de danse. Ne gagnant pas assez d’argent, dans les 700 euros par mois, il vit dans la dèche : "J’ai erré jusqu’à mes 21 ans. J’avais toutes mes affaires dans un sac à dos. J’ai vécu ici et là, chez un pote, chez une copine… J’ai fait des petits boulots : barman, maçon, ramassage des mégots à l’entrée d’un centre Leclerc. Je zonais dans les quartiers sensibles de Bordeaux, avec des gens qui faisaient du deal et de la revente d’armes. J’étais trop hypocondriaque pour me droguer, mais j’ai commencé à me tatouer. J’étais le seul Blanc de la bande, j’avais beaucoup de choses à prouver, il me fallait exister d’une manière ou d’une autre. Je faisais beaucoup de boxe, et je me battais tout le temps à la sortie des boîtes de nuit. C’était violent…"</p><p>Egalement addict au jeu en général et au poker en particulier, il vole des gens pour pouvoir flamber dans les casinos. A 21 ans, il sombre dans la dépression : "J’étais entre Bordeaux et Hossegor. Je squattais chez les uns, chez les autres. Je n’étais pas SDF au sens strict, il ne faut pas exagérer, mais il m’arrivait de dormir dans la rue." Au rayon développement personnel d’un Cultura, il tombe un jour sur <i>Pensées pour moi-même</i> de Marc-Aurèle : c’est la révélation. Lui qui n’avait jamais lu jusque-là découvre les autres stoïciens ainsi que les essais de Pierre Hadot, puis se plonge dans Nietzsche, Spinoza, Dostoïevski, <a href="https://www.lexpress.fr/culture/franz-kafka-une-correspondance-amoureuse-des-plus-singulieres_2174331.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/franz-kafka-une-correspondance-amoureuse-des-plus-singulieres_2174331.html">Kafka</a>, <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/alcool-doubles-fictifs-et-solitude-fernando-pessoa-la-vraie-vie-du-franz-kafka-portugais-XFVG64CRHFFX7JCMBZHXQPBHTM/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/alcool-doubles-fictifs-et-solitude-fernando-pessoa-la-vraie-vie-du-franz-kafka-portugais-XFVG64CRHFFX7JCMBZHXQPBHTM/">Pessoa</a>, dont il partage le goût pour l’ésotérisme et les vies multiples… Bien qu’il ait décidé de "suivre les préceptes de Marc-Aurèle pour mener la vie la plus juste possible", son tempérament obsessionnel et ses mauvaises fréquentations lui jouent à nouveau des tours. Il se lie à des milieux sectaires, s’initie à la kabbale, déraille : "A un moment, je pensais qu’on pouvait modifier la météo par la pensée – ce qui serait pratique pour le réchauffement climatique !" Il continue de bourlinguer, passe neuf mois au Costa Rica dans un petit village infesté de crocodiles, se forme comme tatoueur, ouvre un salon de tatouage en France avant de poursuivre cette activité entre la France et l’Indonésie, tout en commençant à créer du contenu sur Internet… Entre-temps, il poursuit ses lectures, envoûté par le réalisme magique de Gabriel García Márquez, qui imprègne son roman <i>La Rosa Perdida</i> (même si, dans le champ de la littérature sud-américaine, il préfère Juan Rulfo). Sa dernière passion en date ? Paul Auster, qui est mort pile le même jour que son père, le 30 avril 2024.</p><p>Depuis cette date, Christopher Laquieze a pris son envol. Quand on cumule ses followers sur Instagram, Facebook et TikTok, il est suivi par plus d’un million de personnes sur les réseaux sociaux. Peut-on le considérer comme l’influenceur littéraire numéro un ? "Je n’ai jamais voulu être influenceur ! Je déteste cette étiquette, mal connotée, qui colle mieux à la mode. Parler d’influence, ça voudrait dire que j’impose mon avis, alors que je prône l’indépendance intellectuelle. Je propose quelque chose, mais tout le monde est libre d’être en désaccord. J’estime que je fais de la chronique. La critique littéraire est encore un travail différent."</p><p>Avec son look et son énergie, ses vidéos montées au cordeau, Christopher Laquieze apporte quelque chose de nouveau et modernise le métier, comme <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/frederic-beigbeder-en-russie-vous-trouveriez-des-dizaines-et-des-dizaines-depstein-7TPHHNYAXJDDFG3SZX4YHAHSDE/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/frederic-beigbeder-en-russie-vous-trouveriez-des-dizaines-et-des-dizaines-depstein-7TPHHNYAXJDDFG3SZX4YHAHSDE/">Frédéric Beigbeder</a> ou Augustin Trapenard avant lui. Ce n’est pas qu’une question de ton, mais aussi de fond : il parle de tout sans snobisme, sort des clivages gauche/droite ou élitisme/grand public. Il n’a pas peur de rire, de dire du mal et de se "faire déboîter" en retour – depuis qu’il a osé critiquer <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/la-maison-vide-de-laurent-mauvigner-est-il-le-chef-doeuvre-de-la-rentree-lavis-tres-tranche-de-notre-A2DOCTRUPFCNHFSPTO5KMPIMOU/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/la-maison-vide-de-laurent-mauvigner-est-il-le-chef-doeuvre-de-la-rentree-lavis-tres-tranche-de-notre-A2DOCTRUPFCNHFSPTO5KMPIMOU/"><i>La Maison vide</i></a> de Laurent Mauvignier, un employé de la librairie toulousaine Ombres blanches le poursuit de sa rancœur sur les réseaux. De leur côté, fragilisées par le retrait de la prescription traditionnelle et l’effondrement des ventes de livres, les maisons d’édition lui courent après. Il se fait payer entre 1 000 et 2 000 euros pour un post promotionnel – il a par exemple contribué au succès des derniers romans d’Ocean Vuong et de <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/avec-specimen-pauline-claviere-nous-plonge-dans-les-zones-troubles-de-la-paraphilie-3XJI3CC6FJCGPOVTIHRP5BL22Q/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/avec-specimen-pauline-claviere-nous-plonge-dans-les-zones-troubles-de-la-paraphilie-3XJI3CC6FJCGPOVTIHRP5BL22Q/">Pauline Clavière</a>. Les yeux dans les yeux, il nous assure que les posts achetés ne représentent que 5 % de sa production. Hyperactif, il vient de lancer <i>Ouvrez les guillemets</i>, un podcast de débats littéraires où il s’est entouré de quatre autres vedettes du web : Ramsès Parent et Martin Boujol, mais aussi Lola Moreau et Jeanne Amelin. L’objectif est clair : achever de ringardiser <i>Le Masque et la Plume</i>. L’avenir de Christopher Laquieze s’écrira-t-il sur Internet ou dans les médias traditionnels ? Depuis peu, il intervient une fois par mois dans l’émission <i>Grand bien vous fasse !</i> d’Ali Rebeihi sur France Inter. Grâce à son bagout et au public qu’il pourrait rassembler, sa place devrait s’étendre à la radio et à la télévision. Retenez bien son visage : le prochain Bernard Pivot est sans doute cet ancien boxeur bohème. </p><p><i>La Rosa Perdida </i>par Christopher Laquieze. JC Lattès, 260 p., 20 €. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/XJVDDFWDUBHJJIIXBFKLELUK2Y.jpg?auth=d65b5f8f0796b8db770c2d60bbd4fd496d52e919a72c931769e86cdda0962fda&amp;smart=true&amp;width=5081&amp;height=7113" type="image/jpeg" height="7113" width="5081"><media:description type="plain"><![CDATA[Christopher Laquieze s'est imposé comme l'influenceur littéraire numéro un - même si lui se définit plutôt comme "chroniqueur". ]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">Marie Rouge/JC Lattès</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA["La Grèce sur les ruines de Missolonghi" : une œuvre au cœur du récit national grec]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/art/la-grece-sur-les-ruines-de-missolonghi-une-oeuvre-au-coeur-du-recit-national-grec-73AROPVNUNAUXMWDJF3OZ3WVCU/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/art/la-grece-sur-les-ruines-de-missolonghi-une-oeuvre-au-coeur-du-recit-national-grec-73AROPVNUNAUXMWDJF3OZ3WVCU/</guid><dc:creator><![CDATA[Letizia Dannery]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sat, 30 May 2026 08:30:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>A Missolonghi, une composition emblématique venue de France n’en finit pas de retrouver une terre qu’elle n’avait pourtant jamais connue auparavant. Accrochée en haut du grand escalier du musée archéologique Xénocrate dans une mise en scène saisissante, quasi-théâtrale, <i>La Grèce sur les ruines de Missolonghi</i> d’Eugène Delacroix n’est pas simplement exposée : elle est accueillie comme une revenante, une image longtemps rêvée qui, deux siècles plus tard, revient dialoguer avec l’Histoire réelle. </p><p>Sur le tableau peint en 1826, une femme agenouillée, allégorie de la nation, ouvre les bras dans un geste à la fois d’abandon et d’appel. Autour d’elle, les corps, la terre bouleversée racontent la violence du siège et de l’exode de Missolonghi, épisodes tragiques de la guerre d’indépendance grecque contre l'Empire ottoman, de 1821 à 1829. Il y a là une tension entre mémoire nationale et regard romantique car, on le sait, Delacroix n’a jamais mis les pieds ici. Il peint une Grèce nourrie de récits, de gravures, d’articles, et surtout de l'élan philhellène qui traverse alors toute l’Europe. A quelques mètres de la toile, des documents d’époque et des dispositifs pédagogiques la replacent dans ce contexte brûlant : celui d’un continent ému par le sort d’un peuple en lutte, au point d’en faire un symbole aussi politique qu'artistique.</p><p>Sophie Barthélémy, à la tête du Musée des beaux-arts de Bordeaux (MusBA), se souviendra longtemps de ce samedi 14 mars, il y a près de trois mois, quand le tableau a été officiellement dévoilé sur les cimaises du musée archéologique de Missolonghi devant un parterre de personnalités et de journalistes, parmi lesquels Nikos Aliagas. La directrice du MusBA connaît bien l’animateur franco-grec, qui est aussi photographe, auquel elle avait consacré une exposition en 2019. "Il a été une sorte d’ambassadeur entre nous et Missolonghi, dont est originaire sa famille, pour mener à bien ce prêt exceptionnel de huit mois dans le cadre des commémorations nationales du bicentenaire de l'exode", raconte-t-elle. Même si l’œuvre de Delacroix est rarement prêtée – la dernière fois, c’était au Louvre et au Met de New York pour la grande rétrospective de 2018 – et jamais aussi longtemps, Sophie Barthélémy n’a pas été difficile à convaincre, elle qui, lors d’un précédent voyage en Grèce, avait déjà pu mesurer l’attachement d’un peuple à cette peinture reproduite un peu partout dans le pays. Mais elle ne s’attendait pas à l’extraordinaire ferveur qui a entouré l’arrivée de la toile à Missolonghi : "Il y avait un monde fou dans la ville, toute la Grèce semblait s’être réunie ici. On a assisté à une procession de 12000 personnes en costumes traditionnels et des habitants sont même venus nous remercier, les larmes aux yeux."</p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/WSULDID7UJBMJI5CCDTUHXNUEE.jpg?auth=94f097f031e24e1c2300dc570ded9acc642931cdf3355b13ab2dc23603637e09&smart=true&width=1296&height=1960" alt="Le tableau prêté par le MusBA sera exposé au musée archéologique Xénocrate de Missolonghi jusqu'au 30 novembre 2026." height="1960" width="1296"/><figcaption>Le tableau prêté par le MusBA sera exposé au musée archéologique Xénocrate de Missolonghi jusqu'au 30 novembre 2026.</figcaption></figure><p>Aujourd’hui, la communion, l’engouement ne sont pas retombés. Les visiteurs se pressent toujours en nombre au musée Xénocrate pour admirer <i>La Grèce</i>, ce chef-d’œuvre du romantisme, vision idéalisée, presque sacrée, de la souffrance, devenu le miroir d’un drame historique : celui d’une ville assiégée, affamée, acculée et finalement détruite dans un déracinement fondateur pour l’identité grecque. Delacroix lui-même n’aurait pu imaginer que son tableau, née d’une imagination européenne, devienne l’emblème d’une nation tout entière, quand il l’a cédé à la ville de Bordeaux en 1852 pour la somme – très raisonnable à l’époque – de 2500 francs… </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/XIDZR3HOUJGRRJSN2INIX3VE2I.jpg?auth=dce1536271bc25f418054af77f685446e65db1eaa8b5cd22780fda100928d644&amp;smart=true&amp;width=1292&amp;height=708" type="image/jpeg" height="708" width="1292"><media:description type="plain"><![CDATA["La Grèce sur les ruines de Missolonghi" (détail), 1826, par Eugène Delacroix.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">© MusBA / F. Deval</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Scholastique Mukasonga : dans le sillage de Margaret Atwood ?]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/scholastique-mukasonga-dans-le-sillage-de-margaret-atwood-YQDBJUUUU5EO3F3MPG24U4LZYY/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/scholastique-mukasonga-dans-le-sillage-de-margaret-atwood-YQDBJUUUU5EO3F3MPG24U4LZYY/</guid><dc:creator><![CDATA[Louis-Henri de La Rochefoucauld]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sat, 30 May 2026 08:00:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Si Gaël Faye a fait rayonner le Rwanda avec ses best-sellers <i>Petit pays</i> et <i>Jacaranda</i> (prix Renaudot 2024), il ne faut pas oublier que la grande <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/une-parole-en-or_1995983.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/une-parole-en-or_1995983.html">Scholastique Mukasonga</a> lui avait ouvert la voie dans les lettres françaises. Quand elle avait eu le Renaudot bien avant lui, en 2012 pour <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/notre-dame-du-nil_1195614.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/notre-dame-du-nil_1195614.html"><i>Notre-Dame du Nil</i></a>, il n’avait encore rien publié. Elle a depuis tracé sa route plus discrètement, mais non sans talent : son roman <i>Julienne</i> était une merveille de mélancolie et de pudeur. Elle s’est également illustrée comme nouvelliste avec <i>L’Iguifou</i>, <i>Ce que murmurent les collines </i>ou<i> La Vache du roi Musinga. </i>C’est dans ce registre qu’elle revient avec <i>Déjà jadis, déjà demain</i>. </p><p>Ainsi que son titre l’indique, le recueil se compose de deux parties : la première convoque les souvenirs d’enfance d’une jeune Tutsi d’avant la guerre civile, la seconde imagine le futur. En ce qui concerne sa veine nostalgique, ceux qui ont aimé les romans de l’auteure seront particulièrement touchés par "Une valise à moi", sur une jeune fille qui part pour le lycée dans les années 1960. Les nouvelles d’anticipation sont plus surprenantes, mais non moins plaisantes. "Insects Park" nous emmène quelque part entre George Orwell et Steven Spielberg. Quant à "Cité des femmes, 2076", on serait curieux d’avoir l’avis de <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/margaret-atwood-nous-canadiens-sommes-moins-a-plaindre-que-vous-les-francais-JSCRIQLMVNALLDB6TLZHQAWJVU/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/margaret-atwood-nous-canadiens-sommes-moins-a-plaindre-que-vous-les-francais-JSCRIQLMVNALLDB6TLZHQAWJVU/">Margaret Atwood</a>. Une journaliste se rend en RFAC (République féministe d’Afrique centrale), cette "Terre promise à toutes les femmes" dont la capitale s’appelle Womentown. Les rares mâles qui y sont tolérés sont réduits au rang d’hommes de ménage. A moins qu’ils ne se lancent dans le mannequinat, puisque chaque année a lieu l’élection de Mister Africa, événement très populaire. "Le modèle matriarcal inspiré de la Womentown africaine peut-il s’imposer au reste du monde ?", se demande la narratrice à la fin de la nouvelle. On a hâte que Scholastique Mukasonga y réponde dans un roman. </p><p><i>Déjà jadis, déjà demain </i>par Scholastique Mukasonga. Gallimard, 135 p., 18 €. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/DSGFSL2Z25CYLIPZYZCMPONKWE.jpg?auth=f5fba42dc9c13a7e09b55d1b8f53ca30647119b36f5374c421cbb3b33fc9c925&amp;smart=true&amp;width=2126&amp;height=3200" type="image/jpeg" height="3200" width="2126"><media:description type="plain"><![CDATA[La grande écrivaine émeut et surprend avec "Déjà jadis, déjà demain".]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">©Alan Clauzes/Maxppp</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Ventes de livres : Boualem Sansal peut-il rivaliser avec Nicolas Sarkozy ?]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/ventes-de-livres-boualem-sansal-peut-il-rivaliser-avec-nicolas-sarkozy-E32S5OFR2BGFDCTOY5R67MIT4A/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/ventes-de-livres-boualem-sansal-peut-il-rivaliser-avec-nicolas-sarkozy-E32S5OFR2BGFDCTOY5R67MIT4A/</guid><dc:creator><![CDATA[Louis-Henri de La Rochefoucauld]]></dc:creator><description></description><pubDate>Fri, 29 May 2026 16:16:09 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Le livre ne sort que mardi 2 juin, mais son auteur est déjà partout. De façon judicieuse au vu du contexte actuel (affaire Grasset, polémique autour de Canal + à Cannes), <a href="https://www.lexpress.fr/societe/boualem-sansal-a-lacademie-francaise-les-coulisses-de-son-election-texte-uppercut-facheries-et-ong-4XUBMMALIBHXPPE6FKFI5OROIA/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/societe/boualem-sansal-a-lacademie-francaise-les-coulisses-de-son-election-texte-uppercut-facheries-et-ong-4XUBMMALIBHXPPE6FKFI5OROIA/">Boualem Sansal</a> n’a pas lancé sa promotion dans les médias du groupe Bolloré (<i>JDD</i>, CNews, Europe 1). C’est dans l’émission <i>Sept à huit</i>, sur TF1, qu’il a parlé pour la première fois de <i>La Légende</i> (Grasset) le week-end dernier. On l’a ensuite entendu face à Benjamin Duhamel à la matinale de France Inter cette semaine – Boualem Sansal a confirmé à l’antenne les chiffres qui avaient circulé, selon lesquels Grasset lui a accordé un à-valoir de 1 million d’euros alors que son éditeur historique, Gallimard, ne lui proposait "que" 100 000 euros. </p><p>Ce vendredi matin, c’est <a href="https://www.lefigaro.fr/vox/culture/ce-livre-est-un-combat-pour-la-liberte-d-expression-lisez-en-exclusivite-les-extraits-de-la-legende-dernier-ouvrage-de-boualem-sansal-20260528" target="_blank" rel="" title="https://www.lefigaro.fr/vox/culture/ce-livre-est-un-combat-pour-la-liberte-d-expression-lisez-en-exclusivite-les-extraits-de-la-legende-dernier-ouvrage-de-boualem-sansal-20260528"><i>Le Figaro Magazine</i></a> qui publie les bonnes feuilles, en vantant un récit de captivité plus proche du film <i>Midnight Express</i> que du <i>Journal d’un prisonnier</i> de Nicolas Sarkozy. Les extraits laissent le lecteur un peu sur sa faim : on y retrouve des choses que l’on savait déjà quant aux reproches que Boualem Sansal adresse à la ligne diplomatique française (exception faite de Bruno Retailleau) ou sur sa fâcherie avec Antoine Gallimard, qui avait mis un appartement à sa disposition avant de lui demander d’en partir…</p><p>On espère que le livre sera plus intéressant. Cela sera-t-il suffisant pour couvrir l’à-valoir exorbitant avancé par Grasset ? Après cette mise en bouche promotionnelle, Boualem Sansal va avoir table ouverte dans les médias évoqués en préambule, et bénéficier d’une vaste campagne d’affichage et de pubs un peu partout. Le premier tirage (on parle de 100 000 exemplaires) sera-t-il épuisé cet été ? Les paris sont ouverts, et il convient de prendre en compte différents paramètres. </p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/2RQBJ355BBHDHDGQFAYFZULOUY.jpg?auth=b6a7f7efe5e5620b2b6927e9aa2bb25900a8a1121de1099f0679eb2b251faa90&smart=true&width=1091&height=2464" alt="Le palmarès des ventes de L'Express" height="2464" width="1091"/><figcaption>Le palmarès des ventes de L'Express</figcaption></figure><p>La cote de Boualem Sansal, d’abord. Il fut longtemps confidentiel. C’est avec <i>Le Village de l’Allemand</i>, lauréat du prix RTL-<i>Lire</i> 2008, que l’auteur a rencontré le grand public – le livre s’était écoulé à plus de 70 000 exemplaires en grand format. En 2015, <i>2084 : la fin du monde</i>, lui apporte la consécration : auréolé du Grand prix du roman de l’Académie française, le livre est un véritable best-seller, écoulé à plus de 300 000 exemplaires (auxquels il faut ajouter 150 000 exemplaires en poche). Depuis, les ventes de l’écrivain ont décliné. En 2018, ils étaient 30 000 à acquérir <i>Le Train d’Erlingen ou la métamorphose de Dieu</i>. <i>Abraham ou la Cinquième Alliance</i> (2020) et <i>Vivre : le compte à rebours </i>(2024) ont intéressé chacun une dizaine de milliers de personnes. </p><p>Quand on analyse froidement les chiffres, la tendance allait donc jusque-là à un amaigrissement du lectorat de Boualem Sansal. Depuis son retour de l’épouvantable prison de Koléa, son statut a changé : il n’a jamais été aussi célèbre. Sauf que, contrairement à <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/ventes-de-livres-gisele-pelicot-sera-t-elle-levenement-editorial-de-lannee-XLM3NOH5YFDMVBLF5B7YTO7QBQ/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/ventes-de-livres-gisele-pelicot-sera-t-elle-levenement-editorial-de-lannee-XLM3NOH5YFDMVBLF5B7YTO7QBQ/">Gisèle Pelicot</a> au début de l’année, il ne sera pas en librairie un symbole unanime. Son côté sulfureux va-t-il jouer pour ou contre lui, en lui offrant un succès de scandale ou en faisant fuir de potentiels lecteurs ? Les nombreux inconditionnels de <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/ventes-de-livres-aux-racines-du-phenomene-philippe-de-villiers-5WQIJHJYMFFW7HWPFQUKTG6KX4/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/ventes-de-livres-aux-racines-du-phenomene-philippe-de-villiers-5WQIJHJYMFFW7HWPFQUKTG6KX4/">Philippe de Villiers</a> et Eric Zemmour achèteront-ils <i>La Légende</i> ou se contenteront-ils des interviews ? En cette période où rien ne marche et où de nombreuses distractions sportives s’offrent à nous (l’enchaînement Roland-Garros/Coupe du monde de foot/Tour de France), Boualem Sansal peut-il faire le poids ? </p><p>On nous opposera un contre-exemple. Mi-décembre, on ne donnait pas cher de la peau de Nicolas Sarkozy, qui sortait son livre juste avant Noël. Et son <i>Journal d’un prisonnier</i> s’est arraché à plus de 220 000 exemplaires. Mais rappelons que l’ancien président de la République bénéficie toujours d’un large socle d’admirateurs là où Boualem Sansal ne peut compter a priori que sur 10 000 vrais lecteurs fervents. Charge à lui de trouver ces jours-ci en promo les arguments pour les démultiplier. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/UCFNB5X475BAVLBG3E4NC5H6AE.jpg?auth=f116365c75ff71b375419361d76d78aef96f678c83bce834c393c6116f9ec15e&amp;smart=true&amp;width=7086&amp;height=4724" type="image/jpeg" height="4724" width="7086"><media:description type="plain"><![CDATA[Avec "La Légende", récit de sa captivité en Algérie, Boualem Sansal fera-t-il aussi bien que Nicolas Sarkozy avec son "Journal d'un prisonnier" ?]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">PHOTOPQR/OUEST FRANCE/MAXPPP</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Canicule : ces villes européennes qui redécouvrent la baignade]]></title><link>https://www.lexpress.fr/societe/canicule-ces-villes-europeennes-qui-redecouvrent-la-baignade-DBUPJKSBPFBU5MFF2JMBQHEDLQ/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/societe/canicule-ces-villes-europeennes-qui-redecouvrent-la-baignade-DBUPJKSBPFBU5MFF2JMBQHEDLQ/</guid><dc:creator><![CDATA[Mathias Penguilly]]></dc:creator><description></description><pubDate>Fri, 29 May 2026 13:00:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Quoi de mieux qu'un plongeon dans une rivière d'eau glacée lors d'un épisode caniculaire ? Ce ne sont pas les Bernois qui vous diront le contraire ! Le centre historique de la capitale fédérale suisse est encerclé par l'Aar, un affluent du Rhin très prisé des baigneurs lors de la période estivale. Son eau translucide est directement alimentée par la fonte des glaciers alpins dans le sud du pays : un gage de pureté... et de fraîcheur.</p><p>Le cas de Berne est loin d'être une exception, puisque toutes les grandes villes suisses disposent de leurs espaces de baignade naturels. A Genève par exemple, une véritable plage a été aménagée dans le quartier des Eaux-Vives, sur le bord du lac, offrant un panorama magnifique sur la ville et le Jura. A <a href="https://www.lexpress.fr/monde/europe/zurich-la-ville-qui-a-reussi-le-pari-des-transports-publics-sans-metro-N37TZRUX5ZGGBCOFU2VITFZ2GU/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/monde/europe/zurich-la-ville-qui-a-reussi-le-pari-des-transports-publics-sans-metro-N37TZRUX5ZGGBCOFU2VITFZ2GU/">Zurich</a>, les habitants ont le choix entre un plongeon dans le lac, au cœur du centre historique, ou dans un bassin directement aménagé dans la Limmat, la rivière qui traverse la métropole du Nord au Sud. Et à Bâle, enfin, il est possible de longer la rive droite du Rhin, en se laissant emporter sur le courant. Les locaux investissent d'ailleurs souvent dans un <i>Wickelfisch</i>, un sac en forme de poisson coloré qui sert à la fois de bouée et de compartiment étanche pour garder ses affaires au sec lors de la descente.</p><blockquote class="instagram-media" data-instgrm-captioned data-instgrm-permalink="https://www.instagram.com/p/DY6_sE0FYee/?utm_source=ig_embed&amp;utm_campaign=loading" data-instgrm-version="14" style=" background:#FFF; border:0; border-radius:3px; box-shadow:0 0 1px 0 rgba(0,0,0,0.5),0 1px 10px 0 rgba(0,0,0,0.15); margin: 1px; max-width:658px; min-width:326px; padding:0; width:99.375%; width:-webkit-calc(100% - 2px); width:calc(100% - 2px);"><div style="padding:16px;"> <a href="https://www.instagram.com/p/DY6_sE0FYee/?utm_source=ig_embed&amp;utm_campaign=loading" style=" background:#FFFFFF; line-height:0; padding:0 0; text-align:center; text-decoration:none; width:100%;" target="_blank"> <div style=" display: flex; flex-direction: row; align-items: center;"> <div style="background-color: #F4F4F4; border-radius: 50%; flex-grow: 0; height: 40px; margin-right: 14px; width: 40px;"></div> <div style="display: flex; flex-direction: column; flex-grow: 1; justify-content: center;"> <div style=" background-color: #F4F4F4; border-radius: 4px; flex-grow: 0; height: 14px; margin-bottom: 6px; width: 100px;"></div> <div style=" background-color: #F4F4F4; border-radius: 4px; flex-grow: 0; height: 14px; width: 60px;"></div></div></div><div style="padding: 19% 0;"></div> <div style="display:block; height:50px; margin:0 auto 12px; width:50px;"><svg width="50px" height="50px" viewBox="0 0 60 60" version="1.1" xmlns="https://www.w3.org/2000/svg" xmlns:xlink="https://www.w3.org/1999/xlink"><g stroke="none" stroke-width="1" fill="none" fill-rule="evenodd"><g transform="translate(-511.000000, -20.000000)" fill="#000000"><g><path d="M556.869,30.41 C554.814,30.41 553.148,32.076 553.148,34.131 C553.148,36.186 554.814,37.852 556.869,37.852 C558.924,37.852 560.59,36.186 560.59,34.131 C560.59,32.076 558.924,30.41 556.869,30.41 M541,60.657 C535.114,60.657 530.342,55.887 530.342,50 C530.342,44.114 535.114,39.342 541,39.342 C546.887,39.342 551.658,44.114 551.658,50 C551.658,55.887 546.887,60.657 541,60.657 M541,33.886 C532.1,33.886 524.886,41.1 524.886,50 C524.886,58.899 532.1,66.113 541,66.113 C549.9,66.113 557.115,58.899 557.115,50 C557.115,41.1 549.9,33.886 541,33.886 M565.378,62.101 C565.244,65.022 564.756,66.606 564.346,67.663 C563.803,69.06 563.154,70.057 562.106,71.106 C561.058,72.155 560.06,72.803 558.662,73.347 C557.607,73.757 556.021,74.244 553.102,74.378 C549.944,74.521 548.997,74.552 541,74.552 C533.003,74.552 532.056,74.521 528.898,74.378 C525.979,74.244 524.393,73.757 523.338,73.347 C521.94,72.803 520.942,72.155 519.894,71.106 C518.846,70.057 518.197,69.06 517.654,67.663 C517.244,66.606 516.755,65.022 516.623,62.101 C516.479,58.943 516.448,57.996 516.448,50 C516.448,42.003 516.479,41.056 516.623,37.899 C516.755,34.978 517.244,33.391 517.654,32.338 C518.197,30.938 518.846,29.942 519.894,28.894 C520.942,27.846 521.94,27.196 523.338,26.654 C524.393,26.244 525.979,25.756 528.898,25.623 C532.057,25.479 533.004,25.448 541,25.448 C548.997,25.448 549.943,25.479 553.102,25.623 C556.021,25.756 557.607,26.244 558.662,26.654 C560.06,27.196 561.058,27.846 562.106,28.894 C563.154,29.942 563.803,30.938 564.346,32.338 C564.756,33.391 565.244,34.978 565.378,37.899 C565.522,41.056 565.552,42.003 565.552,50 C565.552,57.996 565.522,58.943 565.378,62.101 M570.82,37.631 C570.674,34.438 570.167,32.258 569.425,30.349 C568.659,28.377 567.633,26.702 565.965,25.035 C564.297,23.368 562.623,22.342 560.652,21.575 C558.743,20.834 556.562,20.326 553.369,20.18 C550.169,20.033 549.148,20 541,20 C532.853,20 531.831,20.033 528.631,20.18 C525.438,20.326 523.257,20.834 521.349,21.575 C519.376,22.342 517.703,23.368 516.035,25.035 C514.368,26.702 513.342,28.377 512.574,30.349 C511.834,32.258 511.326,34.438 511.181,37.631 C511.035,40.831 511,41.851 511,50 C511,58.147 511.035,59.17 511.181,62.369 C511.326,65.562 511.834,67.743 512.574,69.651 C513.342,71.625 514.368,73.296 516.035,74.965 C517.703,76.634 519.376,77.658 521.349,78.425 C523.257,79.167 525.438,79.673 528.631,79.82 C531.831,79.965 532.853,80.001 541,80.001 C549.148,80.001 550.169,79.965 553.369,79.82 C556.562,79.673 558.743,79.167 560.652,78.425 C562.623,77.658 564.297,76.634 565.965,74.965 C567.633,73.296 568.659,71.625 569.425,69.651 C570.167,67.743 570.674,65.562 570.82,62.369 C570.966,59.17 571,58.147 571,50 C571,41.851 570.966,40.831 570.82,37.631"></path></g></g></g></svg></div><div style="padding-top: 8px;"> <div style=" color:#3897f0; font-family:Arial,sans-serif; font-size:14px; font-style:normal; font-weight:550; line-height:18px;">View this post on Instagram</div></div><div style="padding: 12.5% 0;"></div> <div style="display: flex; flex-direction: row; margin-bottom: 14px; align-items: center;"><div> <div style="background-color: #F4F4F4; border-radius: 50%; height: 12.5px; width: 12.5px; transform: translateX(0px) translateY(7px);"></div> <div style="background-color: #F4F4F4; height: 12.5px; transform: rotate(-45deg) translateX(3px) translateY(1px); width: 12.5px; flex-grow: 0; margin-right: 14px; margin-left: 2px;"></div> <div style="background-color: #F4F4F4; border-radius: 50%; height: 12.5px; width: 12.5px; transform: translateX(9px) translateY(-18px);"></div></div><div style="margin-left: 8px;"> <div style=" background-color: #F4F4F4; border-radius: 50%; flex-grow: 0; height: 20px; width: 20px;"></div> <div style=" width: 0; height: 0; border-top: 2px solid transparent; border-left: 6px solid #f4f4f4; border-bottom: 2px solid transparent; transform: translateX(16px) translateY(-4px) rotate(30deg)"></div></div><div style="margin-left: auto;"> <div style=" width: 0px; border-top: 8px solid #F4F4F4; border-right: 8px solid transparent; transform: translateY(16px);"></div> <div style=" background-color: #F4F4F4; flex-grow: 0; height: 12px; width: 16px; transform: translateY(-4px);"></div> <div style=" width: 0; height: 0; border-top: 8px solid #F4F4F4; border-left: 8px solid transparent; transform: translateY(-4px) translateX(8px);"></div></div></div> <div style="display: flex; flex-direction: column; flex-grow: 1; justify-content: center; margin-bottom: 24px;"> <div style=" background-color: #F4F4F4; border-radius: 4px; flex-grow: 0; height: 14px; margin-bottom: 6px; width: 224px;"></div> <div style=" background-color: #F4F4F4; border-radius: 4px; flex-grow: 0; height: 14px; width: 144px;"></div></div></a></div></blockquote><p>A ce jeu de la baignade urbaine, nos voisins helvètes font figure de pionniers. On trouve des traces d'installations balnéaires dès le Moyen-Âge et certains espaces de baignades en fonctionnement aujourd'hui ont une histoire centenaire. C'est notamment le cas des Bains des Pâquis genevois, inaugurés en 1872, ou encore de la descente de l'Aar à Berne, très appréciée des jeunes hommes du... XVIIIe siècle. Bien loin de l'imagerie actuelle du nageur ascète et soucieux de son bien-être, les adeptes de ces lieux étaient souvent vilipendés pour leur promiscuité. La baignade urbaine en Europe connaît alors ses premiers désaveux : certains bains publics naturels, perçus comme des lieux de débauches, sont progressivement interdits à la baignade. Le coup de grâce viendra avec l'époque industrielle.</p><p>A Paris par exemple, la préfecture interdit tout plongeon dans la Seine à partir de 1923. La navigation fluviale et les rejets de produits industriels l'ont rendu trop dangereuse. A Vienne, <a href="https://www.lexpress.fr/monde/europe/ces-villes-qui-doivent-nous-inspirer-munich-le-mariage-reussi-de-la-silicon-valley-et-de-lhuile-de-DZHYWVXJCBCA3ADXUKVYQKWBSE/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/monde/europe/ces-villes-qui-doivent-nous-inspirer-munich-le-mariage-reussi-de-la-silicon-valley-et-de-lhuile-de-DZHYWVXJCBCA3ADXUKVYQKWBSE/">Munich</a>, Copenhague, la baignade en eau libre disparaît elle aussi progressivement, au profit de bassins chlorés. Il faut attendre les années 1980 pour que l'idée de rendre les lacs, les fleuves - voire les ports dans le cas de nos amis danois - accessibles au grand public.</p><p>Vienne inaugure le bal de ces réouvertures d'espaces de baignade avec la réhabilitation du Vieux Danube, un bras mort du fleuve au nord-est de la ville. Aujourd'hui, le quartier qui le borde est très animé grâce à ses nombreux restaurants et à ses lieux d'activités sportives. Puis, ont suivi d'autres centres urbains comme Oslo, Copenhague, Munich... et bien sûr Paris. D'autres villes devraient suivre à l'image de Rotterdam ou Berlin. Dans la capitale allemande, plusieurs collectifs citoyens militent en effet pour la réouverture de la Spree à la baignade. A Londres, l'exploit parisien fait des émules et le maire Sadiq Khan a annoncé de grands investissements pour rendre la Tamise baignable en 2034.</p><p>Face à ce nouvel engouement, un groupe de chercheurs du laboratoire d'excellence "Intelligences des Mondes Urbains" (<a href="https://imu.universite-lyon.fr/" target="_self" rel="" title="https://imu.universite-lyon.fr/">LabEx IMU</a>) de l'Université de Lyon a cherché à créer une typologie d'infrastructures de baignades en ville. Outre les piscines municipales, fermées, aménagées et surveillées, ils distinguent les espaces de nage supervisée dans des bassins de bois ou de béton aménagés directement sur les cours d'eau (comme c'est le cas dans le port de Copenhague ou encore à Paris depuis l'été 2025) de la baignade libre en eau vive, plutôt prisée dans les cours d'eau suisses et dans certaines villes de l'Est de l'Europe. Les premiers sont généralement plus familiaux et accessibles aux nageurs débutants tandis que les seconds sont peu surveillés et dédiés aux nageurs confirmés.</p><p>Quelles que soient vos envies - et votre niveau de nage - les métropoles européennes possèdent donc un espace pour vous. Quelle sera votre prochaine destination ? A Paris, la baignade dans la Seine rouvrira à partir du 4 juillet 2026.</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/XHQ2TZ2JBRFYVIXOG2GOWKOJYI.jpg?auth=8cd5b92e7f41ab1ae4c96d1bb069985f74b7592631389da12d0fca876cc140db&amp;smart=true&amp;width=5337&amp;height=3558" type="image/jpeg" height="3558" width="5337"><media:description type="plain"><![CDATA[Des baigneurs sur la plage des Eaux-Vives à Genève, à proximité du célèbre Jet d'Eau.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">IP3 PRESS/MAXPPP</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Comment faire des films avec trois fois rien et toute la vie, par Christophe Donner]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/comment-faire-des-films-avec-trois-fois-rien-et-toute-la-vie-par-christophe-donner-KZLS5YWFC5HB5DSMIS4YTMN4BE/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/comment-faire-des-films-avec-trois-fois-rien-et-toute-la-vie-par-christophe-donner-KZLS5YWFC5HB5DSMIS4YTMN4BE/</guid><dc:creator><![CDATA[Christophe Donner]]></dc:creator><description></description><pubDate>Wed, 27 May 2026 04:15:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Quelle idée m’a pris de faire ce film… avec les moyens du bord, c’est-à-dire aucun moyen : mon portable, ma femme et moi. Travelling maison, traversée du salon salle à manger jusqu’à la chambre, petit clin d’œil au passage sur la bibliothèque où sont alignés les carnets de mon journal, puis direction la porte entrouverte de la chambre… En entrant on passe de la lumière naturelle à la lumière électrique, comme du réel à la fiction : tout de suite le lit, les draps, les oreillers, les murs, tout est blanc et Dora couchée en train de lire le journal sur son smartphone. L’idée vient d’elle, tourner un film, alors je lui lance, sur un ton de défi : — Tu veux faire un film ? — Ah, là, tu commences tôt le matin… — Tu veux vraiment faire un film ? — Moui. — Avec tout etcetera ? — Avec tout etcetera, elle dit, super sensuelle. — Bon, ben, écoute… ça tourne.</p><p>Je pose le portable sur ma table de chevet, on sera donc filmés de profil, je me recouche, on cause, trois quarts d’heure plus tard, on a un film. Sabyl m’a suggéré le titre : <i>Avec tout etcetera</i>. Je l’ai adopté, comme quoi, c’est vraiment un travail d’équipe, le cinéma, tel que je l’envisage… Il faut que je me souvienne de cette phrase pour quand je serai invité à <a href="https://www.lexpress.fr/societe/a-la-veille-du-festival-cannes-se-prepare-a-recevoir-les-stars-P6KPBJYKEFGDTNB53LWQMVINYM/" target="_blank" rel="noreferrer" title="https://www.lexpress.fr/societe/a-la-veille-du-festival-cannes-se-prepare-a-recevoir-les-stars-P6KPBJYKEFGDTNB53LWQMVINYM/">Cannes</a>, l’année prochaine.</p><p>En attendant, je vous conseille d’aller voir le film de <a href="https://www.lexpress.fr/culture/une-famille-respectable-l-iran-vu-par-un-cineaste-amoureux-de-son-pays_1181649.html" target="_blank" rel="noreferrer" title="https://www.lexpress.fr/culture/une-famille-respectable-l-iran-vu-par-un-cineaste-amoureux-de-son-pays_1181649.html">Massoud Bakhshi</a> <i>Toutes mes sœurs</i>. Ce ne sont pas ses sœurs, et elles ne sont que deux, mais il a commencé à les filmer à leur naissance, la première en 2005, la seconde en 2006, et il ne les a plus lâchées pendant vingt ans, sauf pour aller tourner ce qu’on appelle de vrais films… avec des acteurs etcetera (<i>Une famille respectable</i>, en 2012 et <i>Yalda, la nuit du pardon,</i> en 2019.</p><h3>L'Iran, le vrai</h3><p>A quoi tient l’intérêt, le mérite, l’excellence, la drôlerie, la pertinence et l’impertinence d’un film, allez savoir. Ici, c’est l’endurance, la patience, la foi, qui ont fait de cette œuvre un petit bijou. Certes, avec la chance qu’il a eue de vivre vingt ans et de tomber sur ces deux petites filles géniales, il aurait fallu que Massoud Bakhshi soit un fieffé crétin ou un salaud, pour rater son film. Il est réussi grâce à tout ce que Bakhshi n’est pas ou qu’il a coupé au montage, ce qui revient au même. Le montage est un exercice de critique, d’autocritique quand c’est le réalisateur lui-même qui monte son film.</p><p>Quelle est l’histoire du film ? Vous plaisantez ou vous n’avez rien compris à ce que je raconte ? Si ça ne vous intéresse pas de voir des petites filles grandir, <a href="https://www.lexpress.fr/culture/cinema-une-femme-qui-en-savait-trop-une-ode-a-celles-qui-saiment-IQCENCU5YFDRTIIUFY7JPLD4YU/" target="_blank" rel="noreferrer" title="https://www.lexpress.fr/culture/cinema-une-femme-qui-en-savait-trop-une-ode-a-celles-qui-saiment-IQCENCU5YFDRTIIUFY7JPLD4YU/">en Iran</a>, allez voir <i>Cocorico, </i>il paraît que l’histoire est marrante. Dans <i>Toutes mes sœurs, </i>on voit l’Iran, le vrai. Il y est question de la condition de la femme sous cette dictature atroce, le voile, etcetera, vous n’y couperez pas. Mais très vite, le film va commencer à vous plaire, et vous retournerez ce mystère dans la plaie : pourquoi les cinéastes iraniens ont-ils réalisé d’aussi bons films, et Asghar Farhadi, à peine arrivé en France, s’est-il mis à en réaliser de si mauvais. <i>Le Passé </i>m’a suffi, je ne vais même pas aller voir le dernier, avec ce casting de parfumerie d’aéroport.</p><h3>Un film politique par accident</h3><p><i>Toutes mes sœurs</i> est un film politique, mais par accident. Il montre que tous ceux qui balancent des bombes sur ce pays, sous leurs grands airs de purificateurs, sont des crétins doublés de salauds. On aurait pu commencer à leur pardonner si seulement ils avaient commencé à demander pardon, je parle des 168 petites filles de l’école primaire Shajareh Tayyebeh, à Minab, assassinées le 28 février par un Tomahawk dont Trump et Netanyahou se disputent la paternité.</p><p><i>Toutes mes sœurs</i> est beau aussi parce que l’on voit comment le cinéaste obtient des deux sœurs, devenues adultes, le consentement sans lequel le film n’existerait pas. La complicité entre elles et lui va au-delà de l’œuvre d’art, c’est une famille cinématographique qui s’est créée. Elles continuent de jouer le rôle de leur vie.</p><p>A partir de là, il ne reste plus à Dora et moi qu’à franchir le pas et consentir à ce que les trois quarts d’heure enregistrés deviennent un film. C’est parfois ce qu’il y a de plus risqué dans ce métier, consentir à livrer nos précieuses petites personnes privées au septième art, cet ogre qui fera de nous des personnages.</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/A43R5AP6QVBPPGYKDN3CXBZHMM.jpg?auth=7ff87d6d3dbbea1c785aef1aa64fad1b9dbb4595b8506c8d896397eb5dc7b21d&amp;smart=true&amp;width=1600&amp;height=900" type="image/jpeg" height="900" width="1600"><media:description type="plain"><![CDATA["Toutes mes soeurs" Copyright Pyramide Distribution]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">Copyright Pyramide Distribution</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Teen-ager, lift, sportsman… Quand les anglicismes deviennent has been]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/teen-ager-lift-sportsman-quand-les-anglicismes-deviennent-has-been-66VGDO7XXNFBTAEV44RTMHFYUU/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/teen-ager-lift-sportsman-quand-les-anglicismes-deviennent-has-been-66VGDO7XXNFBTAEV44RTMHFYUU/</guid><dc:creator><![CDATA[Michel Feltin-Palas]]></dc:creator><description></description><pubDate>Tue, 26 May 2026 04:15:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>"Mon <i>teen-ager </i>revient de sa première <i>surprise-party</i>. Il l’a trouvé super <i>bath</i> !". Je vous parle d’un temps que les moins de soixante ans ne peuvent pas connaître, mais je vous le certifie : il fut une époque où cette phrase a été jugée "tendance". Et si ce n’est plus le cas aujourd’hui (litote !), c'est pour une raison aussi simple que méconnue : il arrive aussi que les anglicismes vieillissent !</p><p><b>CETTE INFOLETTRE REDEVIENT GRATUITE !</b> </p><p><i>"Sur le bout des langues" reste bien sûr comprise dans l’abonnement à L’Express, mais elle est aussi accessible à tous ceux qui le souhaitent </i></p><p><i>Pour s’inscrire, suivez </i><a href="https://post.eu.spmailtechnol.com/f/a/s2jSbiWmxAZwaV_WTH2GhA~~/AABGZBA~/RbXRzn1Vc9gpNDqf-9QpOWtktquup0gOoqdoHiwLLk08lUQ6yEedYFRGfag6EciPxIVJyZrWkU3VKTCdrNWLf_4sqcWoYEOFAZm2x6MyCbUvGtDYYTqtEorFTHwKO2Mtv_059zx1AlLjGOPI0ARyJg~~" rel=""><i>ce lien</i></a><i>, sélectionnez "Sur le bout des langues", entrez votre adresse de messagerie dans le bandeau qui apparaît en bas de page et cliquez sur "Valider".</i></p><p>Cela ne date pas d’hier, au demeurant, comme en témoignent ces termes en vogue au tournant des XIXe et XXe siècles. Personne, aujourd’hui, n’aurait l’idée de dire qu’il a circulé dans un <i>railway</i> (chemin de fer) ou dans un <i>cab</i> (fiacre ou voiture de louage). Aucun Parisien, aussi branché soit-il, ne se risquerait à déclarer qu’il a croisé une <i>vamp</i> dans un <i>lift</i>. Aucun écrivain n’affublerait ses personnages d’un <i>smocking-jacket</i> ni ne qualifierait de <i>sportsman</i> un homme élégant et athlétique, comme le faisait pourtant Marcel Proust dans <i>A la recherche du temps perdu </i>(1). Il est vrai que l’anglomanie mondaine était alors à son apogée et qu’il était de bon ton, chez les aristocrates, de convier ses amis <i>at home</i> pour partager un <i>five o’clock tea</i>.</p><p>Ce mouvement se poursuit aujourd’hui, et cela pour de multiples raisons. L’évolution technologique, qui a mis fin aux <i>walkmans </i>(avec un "s" au pluriel, précise le<i> Larousse)</i>. Les changements de mœurs, qui ont eu raison des <i>snack-bars </i>et de la<i> high life</i>. L’essence même de la mode qui, comme chacun sait, consiste à se démoder. L’acronyme <i>Yolo</i> (pour <i>You Only Live Once</i> - on ne vit qu’une fois), connut ainsi son heure de gloire au mitan des années 2010, grâce au succès d’une chanson du rappeur Drake. Mentionné 100 000 fois chaque mois sur Twitter en 2013, il est tombé aujourd’hui au-dessous du seuil des 10 000 citations. Et plus personne ne saurait caser dans une conversation <i>know-how</i> ("savoir-faire", entré puis sorti du <i>Petit</i> <i>Robert</i>).</p><p>Parfois, ce sont les efforts de francisation qui ont payé. Certes, on galéjerait en assurant que "bouteur" a terrassé <i>bulldozer</i> et "coussin gonflable", <i>airbag</i>… Il n’empêche : les commissions de terminologie, dont il est de bon ton de se moquer, ont quelques succès à revendiquer. <i>Mountain bike</i> n’a-t-il pas cédé la place à "VTT", <i>shuttle</i> à "navette" et <i>care giver</i> à "aidant" ? </p><p>Prenons garde toutefois aux erreurs d’analyse. D’une part, ce phénomène de vieillissement touche également des mots français : "piéter" (aller à pied), "désinviter" (annuler une invitation) et "Tuc" (travaux d’utilité collective) ne sont plus là pour en témoigner. Ensuite, certains anglicismes, loin de s’effacer, se sont au contraire installés de manière durable, comme <i>casting, coach </i>ou<i> week-end</i>. Enfin et surtout, la tendance de fond reste inquiétante. L’anglais représente désormais à lui seul environ 80 % des emprunts du français à l’ensemble des langues du monde (les quelque 7000 autres langues recensées sur la planète se partageant le reste…). Seul point rassurant, les jeunes générations sont à la fois celles qui recourent le plus à ces anglicismes éphémères et les premières à les abandonner (1).</p><p>Bon, sur ce, je dois vous laisser. On m’attend pour un <i>five o’clock tea</i>.</p><p>(1) <a href="https://www.librairie-richer.com/livre/9782351841785-les-anglicismes-entre-realite-linguistique-et-fait-culturel-danielle-candel-john-humbley/" target="_self" rel="" title="https://www.librairie-richer.com/livre/9782351841785-les-anglicismes-entre-realite-linguistique-et-fait-culturel-danielle-candel-john-humbley/"><i>Les anglicismes. Entre réalité linguistique et fait culturel</i></a>, par Danielle Candel et John Humbley. Les Petits Guides de la langue française <i>Le Monde</i>.</p><p><i><b>RETROUVEZ DES VIDÉOS CONSACRÉES AU FRANÇAIS ET AUX LANGUES DE FRANCE SUR MA </b></i><a href="https://www.youtube.com/@michelfeltin-palas" rel=""><i><b>CHAÎNE YOUTUBE</b></i></a></p><h3>Du côté de la langue française</h3><p><a href="https://www.editionsatelier.com/boutique/accueil/531-cahier-d-activites-des-linguistes-atterrees-2-9782708295650.html" target="_self" rel="" title="https://www.editionsatelier.com/boutique/accueil/531-cahier-d-activites-des-linguistes-atterrees-2-9782708295650.html"><b>Amusez-vous cet été avec la langue française</b></a></p><p>Savez-vous que certains académiciens français se sont opposés à l’accent circonflexe parce qu’il les obligeait à lever la plume et rendait l’écriture moins fluide ? Que les mots "homme" et "femme" se sont écrits dans le passé "om" et "fame" ? Que "sceau", "seau" et "sot" sont des homophones non homographes (article figurant dans la rubrique "homo près", bien sûr !) ? Des informations comme celles-ci, on en trouve à foison dans le dernier cahier d’activités des linguistes atterrées. Une occasion idéale pour s’instruire en s’amusant.</p><p><i>Le Cahier d’activités, 80 pages de jeux sur la langue française</i>, par les linguistes atterrées. Editions de l’atelier.</p><p><a href="https://preply.com/fr/blog/ces-expressions-de-bureau-qui-nous-agacent/" target="_blank" rel="noreferrer" title="https://preply.com/fr/blog/ces-expressions-de-bureau-qui-nous-agacent/"><b>"ASAP"</b></a><a href="https://preply.com/fr/blog/ces-expressions-de-bureau-qui-nous-agacent/" target="_blank" rel="noreferrer" title="https://preply.com/fr/blog/ces-expressions-de-bureau-qui-nous-agacent/"><b>, </b></a><a href="https://preply.com/fr/blog/ces-expressions-de-bureau-qui-nous-agacent/" target="_blank" rel="noreferrer" title="https://preply.com/fr/blog/ces-expressions-de-bureau-qui-nous-agacent/"><b>"Prendre le lead", "C’est OK !" : ces expressions de bureau jugées insupportables</b></a></p><p>"On se fait un <i>call</i> ?" "<i>Asap</i> !". Voici la caricature de la conversation de bureau jugée exaspérante par une majorité de Français, selon une enquête de l’institut de sondage Censuswide auprès de 1 500 personnes pour la plateforme Preply. "On revient vers toi", "c’est <i>OK</i>", "c’est dans le <i>pipe</i>", "sortir de sa zone de confort" et "<i>brainstormer</i>", figurent parmi les autres termes et expressions jugés les plus agaçants.</p><p><a href="https://www.projet-voltaire.fr/ressources/maitriser-le-francais-pour-maitriser-l-ia/" target="_self" rel="" title="https://www.projet-voltaire.fr/ressources/maitriser-le-francais-pour-maitriser-l-ia/"><b>Maîtriser le langage pour maîtriser l’intelligence artificielle</b></a></p><p>De quelle manière l’intelligence artificielle est-elle en train de modifier notre expression écrite ? Comment l’école et les employeurs vont-ils devoir en tenir compte ? Et comment faire en sorte que ces outils potentiellement extraordinaires n’aboutissent paradoxalement à une moindre maîtrise de la langue française ? Telles sont les questions auxquelles répond ce guide, conçu de manière très pédagogique par les équipes du Projet Voltaire.</p><p><i>Maîtriser le langage pour maîtriser l’intelligence artificielle</i><b>, </b>par le Projet Voltaire.</p><p><a href="https://di.oqlf.gouv.qc.ca/T/OFSYS/SM3/1258/2/S/F/8366/3138693/jpa3DlxI.html" target="_self" rel="" title="https://di.oqlf.gouv.qc.ca/T/OFSYS/SM3/1258/2/S/F/8366/3138693/jpa3DlxI.html"><b>Découvrez les mots gagnants du concours de créativité lexicale 2026</b></a></p><p>Trois néologismes sont venus récemment enrichir le français grâce au concours de créativité lexicale organisé par l’office québécois de la langue française. "Beautéclosion" (transformation progressive et perceptible par laquelle une personne s’épanouit, devient plus attirante et gagne en confiance) ; "décellulariser" (Restreindre ou interdire l’usage des téléphones cellulaires dans un lieu donné) et "survolteur" (morceau de musique au rythme énergique et entraînant, qui donne fortement envie de danser). L'avenir dira s'ils s'installent durablement ou non.</p><p><b>Du côté des langues de France</b></p><p><a href="https://www.ouest-france.fr/education/enseignement/exclusif-un-eleve-pourra-passer-une-specialite-du-bac-dans-une-langue-regionale-annonce-le-ministre-de-leducation-e2bfa328-576f-11f1-a4a7-f780c203d7d6" target="_self" rel="" title="https://www.ouest-france.fr/education/enseignement/exclusif-un-eleve-pourra-passer-une-specialite-du-bac-dans-une-langue-regionale-annonce-le-ministre-de-leducation-e2bfa328-576f-11f1-a4a7-f780c203d7d6"><b>Baccalauréat : une épreuve de spécialité en langue régionale en 2028 ? </b></a></p><p>Les lycéens ayant suivi une spécialité dans une langue régionale pourront, à partir du bac 2028, passer l’épreuve correspondante dans cette langue, vient d'indiquer à <i>Ouest-France</i> le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, Une annonce qui pose toutefois un problème. En 2028, le gouvernement actuel ne sera plus en place. Rien n'assure donc que cette promesse sera tenue. </p><p><a href="https://www.facebook.com/profile.php?id=100095807100908" target="_self" rel="" title="https://www.facebook.com/profile.php?id=100095807100908"><b>Francis Cabrel soutient </b><i><b>Scola Corsa</b></i><b>, le réseau d'écoles immersives en langue corse </b></a></p><p>La fédération <i>Scola Corsa</i> a rendu publique une lettre de soutien cosignée par Francis Cabrel et Jean Bonnefon, respectivement fondateur et président de l’association Voix du Sud. « Nous sommes sensibles à la philosophie de <i>Scola Corsa</i> et lui apportons notre soutien dans son combat pour l'éducation scolaire en langue corse », écrivent-ils. Un appui précieux alors que le réseau se bat actuellement pour sécuriser son financement, face à de nombreux blocages institutionnels et juridiques. Une manifestation est d'ailleurs prévue sur le sujet ce 30 mai à Bastia.</p><p><a href="https://www.felco-creo.org/victoires-de-la-mobilisation-collective-formation-continue-dans-le-gard-postes-au-crpe-bilingues/?utm_source=mailpoet&amp;utm_medium=email&amp;utm_source_platform=mailpoet" target="_self" rel="" title="https://www.felco-creo.org/victoires-de-la-mobilisation-collective-formation-continue-dans-le-gard-postes-au-crpe-bilingues/?utm_source=mailpoet&amp;utm_medium=email&amp;utm_source_platform=mailpoet"><b>Des avancées pour l’occitan dans le Gard</b></a></p><p>A la suite d’une forte mobilisation militante, des avancées ont été obtenues pour l’enseignement de l’occitan dans le département du Gard. Les professeurs qui enseignent cette langue disposeront notamment des moyens de formation continue qui leur étaient refusés ces dernières années.</p><p><a href="https://www.adeo-oc.eu/la-diversite-pour-survivre-au-rechauffement-climatique-et-au-refroidissement-culturel-david-grosclaude/" target="_self" rel="" title="https://www.adeo-oc.eu/la-diversite-pour-survivre-au-rechauffement-climatique-et-au-refroidissement-culturel-david-grosclaude/"><b>Le réchauffement climatique est une menace ? Le refroidissement culturel aussi !</b></a></p><p>On ne peut pas lutter pour préserver la diversité écologique sans s’intéresser à la diversité linguistique. Telle est la thèse que défend dans son dernier ouvrage David Grosclaude, militant écologique et défenseur des langues minorisées.</p><p><i>La diversité pour survivre</i>, par David Grosclaude. Editions adeo.</p><h3>Du côté des langues du monde</h3><p><a href="https://matriochka.hosting.augure.com/Augure_Matriochka/default.ashx?WCI=EmailViewer&amp;id={f88540c2-4403-4943-b8c9-3cd873c3e2b1}" target="_self" rel="" title="https://matriochka.hosting.augure.com/Augure_Matriochka/default.ashx?WCI=EmailViewer&amp;id={f88540c2-4403-4943-b8c9-3cd873c3e2b1}"><b>Un cinéma de plus en plus polyglotte</b></a></p><p>La sélection officielle de la dernière édition du festival de Cannes comptait près de 60 % de films n’employant ni l’anglais ni le français, contre 34 % seulement dans les années 2000. Mieux : plusieurs palmes d’or ont été décernées ces dernières années à des films tournés en plusieurs langues. Deux constats qui amènent la plateforme d’apprentissage des langues Babbel à cette conclusion : la diversité culturelle, vue comme un symbole d’authenticité, connaît un succès croissant au cinéma.</p><h3>A regarder</h3><p><a href="https://fr.euronews.com/my-europe/2025/12/05/quel-est-le-pays-de-lue-ou-lon-parle-le-mieux-langlais-en-tant-que-deuxieme-langue" target="_self" rel="" title="https://fr.euronews.com/my-europe/2025/12/05/quel-est-le-pays-de-lue-ou-lon-parle-le-mieux-langlais-en-tant-que-deuxieme-langue"><b>Quels sont les pays de l'Union européenne où l'on parle le mieux anglais ?</b></a></p><p>Ce sont les Néerlandais qui maîtrisent le mieux la langue de Shakespeare en tant que deuxième langue (même si leur niveau global est en baisse), devant la Croatie et l’Autriche. La France, elle, se situe en fin de peloton, avec l’Italie et Chypre, selon un rapport de l’<i>EF English Proficiency Index</i>, résumé ici par la chaîne <i>Euronews</i>.</p><p><i><b>RÉAGISSEZ, DÉBATTEZ ET TROUVEZ PLUS D’INFOS SUR LES LANGUES DE FRANCE SUR </b></i><a href="https://www.facebook.com/MichelFeltinPalasSurLeBoutDesLangues" rel=""><i><b>la page Facebook dédiée à cette infolettre</b></i></a></p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/OEUE5WBKNZD3TER7WCQRDNMBTE.jpg?auth=6dc426693c37333d05ef30e57821b642e23af3b50d91c99a9101c62a7f599241&amp;smart=true&amp;width=605&amp;height=470" type="image/jpeg" height="470" width="605"><media:description type="plain"><![CDATA[Dans ses oeuvres, Marcel Proust affublait ses personnages de smocking-jacket, du moins quand ils ne sont pas en tenue de sportsman... Des termes disparus de l'usage aujourd'hui.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">L'Express</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA["Dictionnaire amoureux de la Lune" : notre satellite dans tous ses états]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/dictionnaire-amoureux-de-la-lune-notre-satellite-dans-tous-ses-etats-4G4FAJSOFNBMJJ36OBYHR7M2V4/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/dictionnaire-amoureux-de-la-lune-notre-satellite-dans-tous-ses-etats-4G4FAJSOFNBMJJ36OBYHR7M2V4/</guid><dc:creator><![CDATA[Thomas Mahler]]></dc:creator><description></description><pubDate>Mon, 25 May 2026 06:00:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Après une longue éclipse, <a href="https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/artemis-2-la-conquete-de-la-lune-va-t-elle-sauver-le-monde-par-gerald-bronner-EVHGCLTA5RDHVIL5HB3T6ZPQZA/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/artemis-2-la-conquete-de-la-lune-va-t-elle-sauver-le-monde-par-gerald-bronner-EVHGCLTA5RDHVIL5HB3T6ZPQZA/">le programme Artemis</a> l’a replacée au cœur de la conquête spatiale. Si l’homme entend retourner sur la Lune pour la première fois depuis 1972, c’est cette fois-ci pour y rester et s’en servir de tremplin vers Mars. Alors qu’Artemis 2 a fasciné avec ses photos sublimes de notre satellite naturel, Dominique Simonnet offre un parfait complément littéraire à la mission de la Nasa. </p><p>Ecrivain, pionnier de l’écologisme en France et ancien rédacteur en chef à L’Express, l’homme a toujours eu la tête dans la Lune, de sa première lecture de Tintin à ses interviews avec des vétérans du programme Apollo. Dans son <i>Dictionnaire amoureux de la Lune</i>, il montre à quel point cet astre a fasciné les scientifiques, les poètes, les artistes, les aventuriers et les esprits rêveurs. On y retrouve les incontournables : Neil Armstrong, Cyrano, Pierrot, <i>The Dark Side of the Moon </i>de Pink Floyd, la "Sonate au clair de Lune" de Beethoven… Mais aussi une entrée "mièvrerie", qui rappelle qu’"à trop contempler la Lune, on tombe facilement dans une mer de guimauve". </p><p>L’hermétique Stéphane Mallarmé s’était carrément déclaré son ennemi, la comparant à un vieux fromage mangé aux vers. Dominique Simonnet fait également des pas de côté, de l’érotisme (la légende d’Endymion amant de Séléné) aux rats d’hôtel éclairés la nuit pour commettre leur cambriolage. La Lune est aujourd’hui un enjeu géopolitique, avec une vive compétition entre les Etats-Unis, l’Europe, la Chine, la Russie ou l’Inde. Mais ce dictionnaire souligne à quel point elle appartiendra toujours aux amoureux du monde entier, comme aux enfants émerveillés par sa présence changeante. "La Lune nous montre le chemin vers un autre monde, elle nous invite à une autre manière de penser" conclut joliment Dominique Simonnet. </p><p><i>Dictionnaire amoureux de la lune</i>, par Dominique Simonnet. Plon, 545 p., 26 €.</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/Q274FC3STJDFFCOZPRCFGXHW5A.JPG?auth=13d6a3a471b9474de856b010f1e0910aaf869f8e2efe467f7c19454b00096593&amp;smart=true&amp;width=5568&amp;height=3712" type="image/jpeg" height="3712" width="5568"><media:description type="plain"><![CDATA[Vue de la Terre, partiellement cachée par la Lune, prise à travers le hublot du vaisseau spatial Orion, le 6 avril 2026, lors du survol de la Lune par l'équipage d'Artemis II]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">via REUTERS</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA["Heated Rivalry" : Rachel Reid, la romancière derrière la série phénomène]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/heated-rivalry-rachel-reid-la-romanciere-derriere-la-serie-phenomene-VYH2DRK7VVFE5CAASPZP3GHHZE/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/heated-rivalry-rachel-reid-la-romanciere-derriere-la-serie-phenomene-VYH2DRK7VVFE5CAASPZP3GHHZE/</guid><dc:creator><![CDATA[Louis-Henri de La Rochefoucauld]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sun, 24 May 2026 14:00:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>La déclaration avait fait sensation le 25 janvier. Alors qu’une tempête de neige s’abattait sur New York, le maire de la ville, Zohran Mamdani, avait conseillé à ses administrés de rester chez eux bien au chaud, et d’en profiter pour faire une bonne sieste ou lire <i>Heated Rivalry</i>, disponible gratuitement en livre numérique et livre audio via la New York Public Library (NYPL). <i>Heated Rivalry</i> ? Tout le monde a entendu parler de la série phénomène, créée par Jacob Tierney sur la plateforme Crave au Canada, et visible en France sur Canal + et HBO : une romance homosexuelle entre deux hockeyeurs stars, Ilya Rozanov et Shane Hollander, leaders de deux équipes rivales. Si les scènes érotiques sont un peu répétitives, le thème du "placard" est très intelligemment traité (notamment dans le cinquième épisode, sans doute le meilleur). La série a complètement relancé les ventes des romans dont ils sont adaptés, écrits par Rachel Reid et sortis entre 2018 et 2022. La vie de cette dernière, quadragénaire atteinte de la maladie Parkinson, a été transformée depuis qu’elle a cédé les droits et que ses livres se vendent à des centaines de milliers d’exemplaires aux Etats-Unis et au Canada…</p><p>Le succès télévisuel peut-il se convertir en carton en librairie ? Julie Cartier, directrice de la maison d’édition Chatterley, publie ces jours-ci <i>Game Changer</i>, en attendant <i>Heated Rivalry</i> mi-juin. Elle n’a pas manqué de flair : "Un week-end de décembre 2025, sur mon fil Instagram, je repère des images de hockeyeurs issues de la série. En fouillant un peu les réseaux, je me rends compte qu’il s’agit d’une adaptation d’une série de livres écrits par Rachel Reid. Je me procure et lis très vite les deux premiers tomes en anglais. C’est un coup de cœur absolu, car ces livres sont très fins, très sexy, à la fois profonds et émouvants. Le lundi matin, j’écris à une agente à qui j’ai déjà acheté plusieurs séries de romance, et lui demande si c’est elle qui détient les droits. Elle me répond qu’elle allait justement envoyer un mail à tous les éditeurs pour leur parler de cette série. Je lui demande d’attendre quelques heures le temps de faire une offre préemptive. Mon offre était suffisamment élevée pour qu’elle soit acceptée. Je n’ai donc pas eu besoin de me battre. Quelques jours plus tard, HBO annonce qu’ils vont diffuser la série à l’international, et le phénomène mondial est enclenché... Je me suis alors rendu compte que nous avions acquis les droits d’une série majeure."</p><p>Comment Julie Cartier explique-t-elle l’emballement général ? "Ce sont de magnifiques histoires d’amour gay. Rachel Reid a un talent fou pour décrire les émotions, pour créer des personnages à la fois très crédibles, complexes et attachants. Son écriture est directe et sensible. Ce sont des livres qui offrent une visibilité à la communauté LGBTQIA+, des histoires qui montrent les difficultés qu’elle peut rencontrer : l’homophobie, la difficulté de faire son coming-out par exemple, mais aussi l’importance d’un entourage soutenant. Ce sont aussi des livres qui explorent et dénoncent la masculinité toxique qui peut sévir dans le milieu du sport de haut niveau et spécifiquement dans le hockey sur glace professionnel en Amérique du Nord. Les livres de Rachel Reid parlent aussi de racisme, de déracinement. Les scènes de sexes y sont explicites, le consentement y est exprimé verbalement systématiquement, avant, pendant et après les relations sexuelles. C’est assez rarement le cas et je trouve ça très réjouissant."</p><p>Il faut aussi dire un mot du charisme des acteurs de la série, Hudson Williams (qui interprète le timide Canadien Shane Hollander) et surtout Connor Storrie (qui incarne le hâbleur Russe Ilya Rozanov). Inconnus il y a un an, ils sont désormais iconiques : ils ont porté la flamme olympique aux Jeux d’hiver de Milan-Cortina, ont été invités dans tous les grands talk-shows et au Met Gala, ils ont aussi remis un prix aux Golden Globes, tournent des publicités et ont été engagés comme égéries de marques de luxe (Balenciaga pour Shane Hollander, Yves Saint Laurent pour Connor Storrie). Bref, à part Jacob Elordi, plus personne ne leur tient tête dans leur génération de vingtenaires, et ce n’est que le début.</p><p>Pour avoir l’œil d’un connaisseur de ce sport peu médiatisé en France, on a fait lire le premier livre (et regarder la série) à François-Henri Désérable, qui fut hockeyeur en Division 1 (à Montpellier) avant de devenir l’un des meilleurs écrivains de sa génération. Avec son habituel esprit critique, il décoche d’abord un coup de crosse :<i> </i>"Rachel Reid mérite de remporter haut la main le <i>Bad sex in fiction award</i>, remis annuellement à l’auteur de la pire scène de sexe en littérature. Quant au hockey, il n’est là qu’en décor interchangeable : tout sonne comme une projection fantasmatique du sport plutôt qu’une immersion crédible dans son univers. Si l’on veut lire un vrai bon roman avec le hockey en toile de fond, mieux vaut ouvrir <i>Connemara </i>de Nicolas Mathieu, qui écrit par ailleurs d’excellentes scènes de sexe."</p><p>N’a-t-il pas été sensible aux personnages d’Ilya Rozanov (inspiré de Jaromir Jagr selon Rachel Reid) et de Shane Hollander (inspiré à la fois de Wayne Gretzky, Sidney Crosby et Paul Kariya) ?<b> </b>"Le Russe Rozanov inspiré de Jagr ? Cela paraît étrange. Jagr est mon héros d’enfance, mais surtout un Tchèque né dans une Tchécoslovaquie encore hantée par l’écrasement du Printemps de Prague. Il a toujours arboré au dos de son maillot le numéro 68, référence explicite à 1968 et à l’invasion soviétique : on ne peut pas dire qu’il portait les Russes dans son cœur... Et puis Jagr a toujours traîné une réputation de grand séducteur ostensiblement hétéro. Non, s’il faut chercher un modèle à Rozanov, il faudrait plutôt regarder du côté d’Alexander Ovechkin, joueur russe qui a battu l’année dernière le record de buts en NHL, et dont la rivalité avec le Canadien Sidney Crosby est légendaire. Mais ni l’un ni l’autre ne sont gays." Il reconnaît quand même que les acteurs Hudson Williams et Connor Storrie, mais aussi François Arnaud, ont été bien choisis : "Ils pourraient tout à fait être hockeyeurs professionnels, ils en ont les attributs physiques, à commencer par le cul. Le hockey est une fabrique à fessiers antiques. Je suis d’ailleurs persuadé que la série doit une part non négligeable de son succès à cela : aux culs de ses acteurs principaux."</p><p>Trêve de plaisanteries ! Plus sérieusement et en guise de conclusion, François-Henri Désérable voit un point positif à la large diffusion de l’œuvre de Rachel Reid : "La NHL, qui est la meilleure ligue de hockey au monde, a été fondée en 1917. Plus de 8 000 joueurs y ont joué. Combien à votre avis ont fait leur coming-out en plus d’un siècle ? Aucun. Statistiquement, c’est absurde. Et cela dit moins quelque chose sur les joueurs eux-mêmes que sur la violence symbolique des vestiaires. L’homophobie est l’une des innombrables manifestations de l’éternelle et universelle connerie humaine, et elle n’épargne pas les vestiaires – pas seulement de hockey, mais aussi de foot, de rugby, de basket… Peut-être la série aura-t-elle au moins pour vertu de rendre certains coming-outs moins impensables."</p><p><i>Game Changer </i>par Rachel Reid. Traduit de l’anglais (Canada) par Eléonore Kempler avec la collaboration de Pascal Raud. Chatterley, 486 p., 19,95 €. </p><p>Parution de <i>Heated Rivalry </i>le 18 juin.</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/UROKNVEOWBHEVARJVBSB56NRLA.JPEG?auth=37e66b9c427bc334d84fdb3e4440dcbd5dce2117b56619af1ac5d8c9e59aed3f&amp;smart=true&amp;width=2192&amp;height=2991" type="image/jpeg" height="2991" width="2192"><media:description type="plain"><![CDATA[Rachel Reid, la romancière canadienne à l'origine de la série-phénomène du moment : "Heated Rivalry". ]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">Rachelle Goguen/Chatterley</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Comment Sars-Poteries est passée de la glaise au cristal]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/comment-sars-poteries-est-passee-de-la-glaise-au-cristal-37YC5UHTUFASPLXKJDXEGS3OGM/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/comment-sars-poteries-est-passee-de-la-glaise-au-cristal-37YC5UHTUFASPLXKJDXEGS3OGM/</guid><dc:creator><![CDATA[Letizia Dannery]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sun, 24 May 2026 08:00:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>A première vue, Sars-Poteries doit son nom à une évidence : les arts de la terre. Derrière cette appellation, énigmatique au regard de l’activité verrière qui fait, depuis des décennies, la renommée de la commune, se cache une vieille histoire, presqu’enfouie. Le mot "Sars" viendrait du latin <i>sartum</i>, désignant une terre défrichée, gagnée sur la forêt, un paysage façonné par la main de l’homme. Car, bien avant que le verre n’entre en scène, une activité a longtemps structuré la vie locale : la poterie. Dès le XVe siècle, l’argile abondante du sol avesnois aurait favorisé l’installation d’ateliers dans le village, probablement sous l’influence d’artisans venus de la Belgique voisine. On y fabriquait des objets utilitaires – pots, cruches, plats, tuiles – qui alimentaient les marchés de toute la région. Les fours ont ainsi traversé le temps… jusqu’à sembler s’effacer avec l’essor des verreries au XIXe siècle qui ont redéfini le destin de la modeste bourgade.</p><p>Et puis une découverte, il y a tout juste cinquante ans, est venue bouleverser le récit. Au milieu des années 1970, des fouilles archéologiques de sauvetage sont menées à la hâte, à l’occasion de travaux d’aménagement. Sous la surface, les archéologues mettent au jour des fragments de grès, tessons vernissés et traces d’anciens matériaux de cuisson. Ces vestiges de poteries, dites "sarcéennes", modestes en apparence, racontent pourtant une histoire profonde. Leurs formes, leurs décors, leur technique de fabrication témoignent d’un savoir-faire largement antérieur à l’époque industrielle. Désormais, on le savait : Sars-Poteries n’avait pas seulement été une cité de potiers, elle en portait la trace depuis des millénaires.</p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/KIPBHBETGBEJ7NPH7UWU65JIRY.jpg?auth=aae81c27b6cd633dd87d9f48f2da90b716eead93c37705d4e642a32ae7b36941&smart=true&width=5504&height=8256" alt=""Canal historique" dit "Tripode, par Julie Legrand, 2019." height="8256" width="5504"/><figcaption>"Canal historique" dit "Tripode, par Julie Legrand, 2019.</figcaption></figure><p>Aujourd’hui, alors que le MusVerre attire les regards du monde entier, la mémoire de ces artisans n’est pas reléguée au second plan. Depuis sa création, le musée abrite, à l’ombre de ses pièces de verre, deux collections de poteries anciennes, comme un rappel discret mais essentiel de l’identité première du village. Et le dialogue entre les matières se poursuit dans la création contemporaine : en 2019, l’artiste Julie Legrand a notamment réalisé pour le musée une série d'œuvres qui associent au verre soufflé à la canne des canalisations en céramique du XIXe siècle, dont <i>Tripode</i>, que l’on peut admirer dans le hall de l’institution. </p><p>A Sars-Poteries, le croisement entre les deux disciplines raconte un territoire qui, de la glaise au cristal, n’a cessé d’inventer. Ici, qu’il soit opaque ou transparent, le matériau importe moins que le geste. Et dans le nom même du village, c’est toute une mémoire des mains qui affleure. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/KTXMSXOVD5E65D37CGYZPTQHY4.jpg?auth=97f87cadd6bc918384b3dbf810dd63660cd34384583033c7c991f131a080dfc1&amp;smart=true&amp;width=1562&amp;height=792" type="image/jpeg" height="792" width="1562"><media:description type="plain"><![CDATA[Le MusVerre conserve dans ses réserves une collection de poteries anciennes d'environ 400 pièces, majoritairement locales.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">© MusVerre</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[L’Ecole nationale du cinéma de Lodz, berceau des plus grands réalisateurs polonais]]></title><link>https://www.lexpress.fr/campus/lecole-nationale-du-cinema-de-lodz-berceau-des-plus-grands-realisateurs-polonais-PQ5QF4XKZBDSBJD4YNX3KMO74E/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/campus/lecole-nationale-du-cinema-de-lodz-berceau-des-plus-grands-realisateurs-polonais-PQ5QF4XKZBDSBJD4YNX3KMO74E/</guid><description></description><pubDate>Sat, 23 May 2026 09:45:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Les rideaux s'ouvrent et l'écran de cinéma se dévoile dans son entièreté. La salle s'obscurcit, le projecteur se lance. Nous voilà plongés dans un court-métrage d'une intensité âpre, explorant un moment de tension haletante : un père et son fils, séparés l’un de l’autre dans une forêt polonaise emplie de dangers. Quinze minutes plus tard, le casting défile. Les lumières à peine rallumées, Stéphane Canet, le jeune réalisateur à l'origine du projet, se lève : "Le ratio n'est pas exactement le même que celui sur lequel on a tourné, non ?" La régie acquiesce. Cette exigence, Stéphane Canet l'a forgée ici, au centre de la Pologne, entre les murs de l'Ecole nationale du cinéma de Lodz, régulièrement classée parmi les meilleures au monde.</p><p>"C'était un rêve de gosse de rejoindre cette institution", confie ce Haut-Savoyard, diplômé il y a deux ans. Amoureux du cinéma polonais des années 1960-1970, il cite Has, Munk ou <a href="https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/ne-pas-diffuser-promenade-a-cracovie-du-fait-de-polanski-est-obscene-par-sabine-prokhoris-M4CGFODIP5HPFBBVLEK4HEZJAA/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/ne-pas-diffuser-promenade-a-cracovie-du-fait-de-polanski-est-obscene-par-sabine-prokhoris-M4CGFODIP5HPFBBVLEK4HEZJAA/">Polanski</a> comme ses références cinématographiques. Tous les trois sont passés par les bancs de cette école, en attestent leurs portraits dans les couloirs. "Ce qui les distingue, c'est leur rigueur technique, en termes de cadrage, de son et de lumières", s’enthousiasme Stéphane Canet, 28 ans et déjà quatre courts-métrages à son actif, qui vise désormais les festivals avec Les Racines du Ciel. "J'espère que cela me donnera l'occasion de voyager", sourit ce Parisien d'adoption, revenu à Lodz quelques semaines pour s'atteler à l'écriture de son premier long-métrage.</p><h2>Créer de manière indépendante</h2><p>Dès 1948, l’Oskar Kon Palace, épicentre du campus, accueillait les futures élites artistiques de la Pologne. Elles s'enivraient de nouvelle vague française et de néoréalisme italien, grâce à des bobines transmises clandestinement à travers le rideau de fer. "L'ADN de l'école est resté inchangé depuis : stimuler la sensibilité artistique des élèves et leur permettre de créer de manière indépendante", résume la rectrice Milenia Fiedler. </p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/7ZFLWAD5JNHDVCMBZ2IYWQXRLY.jpg?auth=a1f1ebfdffc2daa454d84802f176f5f410a8251fe499b84bedd51634ec09b4c4&smart=true&width=2400&height=1802" alt="Les 915 étudiants de l'école, qu'ils aspirent à devenir réalisateurs, scénaristes, producteurs ou opérateurs, signent conjointement quelque 150 courts-métrages par an." height="1802" width="2400"/><figcaption>Les 915 étudiants de l'école, qu'ils aspirent à devenir réalisateurs, scénaristes, producteurs ou opérateurs, signent conjointement quelque 150 courts-métrages par an.</figcaption></figure><p>Avec, en filigrane, une question fondatrice : pour qui et pourquoi produit-on son œuvre ? "Cette réflexion est d'autant plus essentielle avec la nouvelle génération actuelle, beaucoup plus introvertie", estime le professeur Jacek Blawut, qui a collaboré avec le fameux réalisateur polonais Krzysztof Kieslowski, connu pour son Décalogue (1988) et sa trilogie Trois Couleurs.</p><p>Les 915 étudiants de l'école, qu'ils aspirent à devenir réalisateurs, scénaristes, producteurs ou opérateurs, signent conjointement quelque 150 courts-métrages par an. "Dès le premier jour, les étudiants travaillent en équipe : cela suppose une vraie intelligence émotionnelle, savoir diriger sans écraser, créer la confiance sans la réclamer", explique la rectrice. Souvent, leurs productions sont remarquées. Cette année, Trakcje, le court-métrage de Jakub Krzyszpin, étudiant en animation et effets spéciaux, figure parmi les quinze œuvres retenues par La Cinef du Festival de Cannes, sur 2 750 candidatures de jeunes talents.</p><p>L'école prend en charge la réalisation des projets étudiants, met à disposition du matériel de pointe et une quarantaine de techniciens qualifiés, prêts à épauler toutes sortes de projets, y compris les <a href="https://www.lexpress.fr/economie/de-miraculous-a-super-mario-comment-le-cinema-danimation-francais-a-conquis-la-planete-UB2HCNW6OBBEHILU3BWDWSR36I/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/economie/de-miraculous-a-super-mario-comment-le-cinema-danimation-francais-a-conquis-la-planete-UB2HCNW6OBBEHILU3BWDWSR36I/">films d'animation</a>. "Les techniques se multiplient : dessin, peinture, 2D et 3D, stop motion, animation de marionnettes, construction de maquettes", énumère Piotr Noszczyk, responsable de la production, en déambulant dans un atelier sur deux étages, véritable capharnaüm créatif où s'entassent mannequins, assiettes dépareillées, tapis et casseroles. A quelques pas, dans les allées du campus, des étudiants s'affairent autour d'un véhicule tout-terrain. "Cours d’enregistrement sur voiture", explique Noszczyk avec un clin d'œil. "Ça fait partie du cursus des opérateurs", tout comme les ateliers sur écran vert ou sous la surface de l'eau. Mehdi Smairy, étudiant franco-marocain en deuxième année, se réjouit quant à lui de la possibilité de "tourner en pellicule 35 mm ou en 16 mm", une rareté à l'ère du tout numérique.</p><h2>Une sélection impitoyable</h2><p>Pour avoir ce privilège, les places sont chères. Le taux d'admission moyen avoisine les 6 %, mais certaines filières frôlent l'impitoyable : 2,2 % en jeu d'acteur, 3,4 % en réalisation. "Nous cherchons des individus qui ont des choses à dire. C'est ensuite à nous de leur fournir les outils pour s'exprimer", expose Leszek Dawid, doyen de la Faculté de réalisation cinématographique et télévisuelle. Nombreux sont ceux qui essuient plusieurs refus avant de franchir enfin les portes de l’école, à force d'abnégation et de travail. C'est le cas de Frank Day, jeune Polonais élevé aux Etats-Unis, revenu sur la terre de ses parents pour devenir acteur.</p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/V2AKQRNI2BDXLIPDHDB7RXHQDM.jpg?auth=977af21cd3046e2e662db46d1cee653671cc63a95c92d89b9bd992f3fecebec0&smart=true&width=2480&height=1650" alt="L'école prend en charge la réalisation des projets étudiants, met à disposition du matériel de pointe et une quarantaine de techniciens qualifiés." height="1650" width="2480"/><figcaption>L'école prend en charge la réalisation des projets étudiants, met à disposition du matériel de pointe et une quarantaine de techniciens qualifiés.</figcaption></figure><p>"Le rythme est effréné. Jouer quatre spectacles différents dans la même journée, tout en validant d'autres examens, c'est dingue !" lance-t-il en recoiffant sa mèche. Son ambition ? Etre sur les planches lors du Festival des écoles de théâtre de Lodz, grand-messe annuelle qui réunit les meilleurs étudiants en art dramatique, de Varsovie à Cracovie, en passant par Wroclaw et Bytom.</p><p>Dans ce monde ultra-compétitif, l'école n'a pas échappé aux dérives. En 2021, une ancienne élève, Anna Paliga, a dénoncé publiquement harcèlement, violences et agressions sexuelles. "Trop longtemps, notamment en dramaturgie, la relation pédagogique a pu banaliser la souffrance et l'abus d'autorité", concède la rectrice. Depuis, une commission anti-harcèlement et anti-discrimination a été mise en place, et un dispositif d'accompagnement psychologique est garanti.</p><p>Si elle érige en culte le cinéma d'art et d'essai, l'Ecole de Lodz ne peut rester sourde aux évolutions de l'industrie. "Nos étudiants et nos diplômés connaissent aussi des succès dans les productions commerciales", affirme Leszek Dawid, un des doyens de l'établissement, qui a réalisé la série Breslau, première production originale Disney+ en Europe centrale et orientale, sortie en septembre 2025. Depuis quatre ans, l'école collabore avec Netflix pour former ses étudiants au développement de séries. Un partenariat qui n'est pas étranger au quadruplement, sur la période, du nombre de candidatures au niveau master. En parallèle, l'école organise des formations dédiées à l'usage de l'intelligence artificielle, tout en restant vigilante sur les enjeux éthiques et le respect des droits d'auteur.</p><p>Bien ancrée dans les réseaux académiques internationaux, elle revendique une proximité particulière avec La Fémis, sa sœur parisienne. Les deux institutions sont co-fondatrices de l’Association internationale des écoles de cinéma, d'audiovisuel et des médias et collaborent dans le cadre du Groupement Européen des Ecoles de Cinéma et de Télévision, réunissant 89 institutions académiques partageant les mêmes standards d'éducation artistique. </p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/LFMPFBTL4ZBQLKPCG4WHTARG5E.jpg?auth=55edbb0d3680f962b1033d02cb9134966fae20715752e8883cd71ad6bb804751&smart=true&width=5305&height=3537" alt="Aujourd'hui, 6 % des étudiants à Lodz sont étrangers. Aucun cours n’étant dispensé en anglais, ils sont obligés de dédier une année entière à l’apprentissage du polonais. " height="3537" width="5305"/><figcaption>Aujourd'hui, 6 % des étudiants à Lodz sont étrangers. Aucun cours n’étant dispensé en anglais, ils sont obligés de dédier une année entière à l’apprentissage du polonais. </figcaption></figure><p>"Nos étudiants et nos enseignants doivent s'ouvrir au monde pour mieux rayonner ensuite", insiste Marcin Malatynski, responsable de la coopération internationale. Aujourd'hui, 6 % des étudiants à Lodz sont étrangers. Aucun cours n’étant dispensé en anglais, ils sont obligés de dédier une année entière à l’apprentissage du polonais. Pour l'instant. Car une petite révolution se prépare : "Nous lançons un cursus anglophone à compter de l'année 2027-2028", confie la rectrice, Milenia Fiedler. Un virage qui permettra d'attirer de nouveaux talents. L'Ecole du cinéma de Lodz, qui célèbre le centenaire de la naissance d'Andrzej Wajda, l'un de ses alumni les plus illustres, récompensé de la Palme d’or à Cannes en 1981 pour L'Homme de fer et d’un Oscar d’honneur en 2000, n’a pas fini de modeler la création artistique européenne.</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/TGUDKTAGDFHKPGP6VVKRVGTDSE.jpg?auth=78ffd3475c381ce72321b3346f95db9ab41746f1fbd2a219f32ae638bcb3628d&amp;smart=true&amp;width=899&amp;height=599" type="image/jpeg" height="599" width="899"><media:description type="plain"><![CDATA[L'Ecole de cinéma de Łódź, en Pologne, a vu passer les plus grands réalisateurs du pays.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">École de cinéma de Łódź</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[MusVerre : dix ans d’éclat et d’histoires]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/art/musverre-dix-ans-declat-et-dhistoires-WSHOG6VZFFFMPHAC7E7HAZAQZY/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/art/musverre-dix-ans-declat-et-dhistoires-WSHOG6VZFFFMPHAC7E7HAZAQZY/</guid><dc:creator><![CDATA[Letizia Dannery]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sat, 23 May 2026 08:00:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>A Sars-Poteries, au cœur du parc naturel régional de l’Avesnois, le verre n’est pas qu’un matériau, c’est une saga sur le temps long. Ainsi, la genèse du MusVerre, qui célèbre ses dix ans en 2026, plonge dans la braise industrielle du XIXe siècle. Tout commence en 1801, lorsque la petite commune du Nord devient un centre verrier. Deux manufactures s’y développent, bientôt réunies sous l’impulsion de la famille Imbert, dynastie d’ingénieurs qui structure l’activité locale. A son apogée, autour de 1900, près de 800 artisans façonnent flacons et ustensiles du quotidien dans une effervescence quasi permanente. Mais concurrence accrue, mécanisation et mutations économiques obligent, l’histoire s’interrompt brutalement en 1937. Les fours s’éteignent, laissant derrière eux une population meurtrie et un savoir-faire en suspens. Pourtant, le verre ne disparaît pas. Il subsiste dans les foyers, sous une forme singulière, avec les "bousillés", des pièces fantasques, souvent émouvantes, créés par les ouvriers sur leur temps de pause.</p><p>Il faut attendre 1958 pour qu’à Sars-Poteries le verre retrouve tout son éclat. Cette année-là, le curé du village, Louis Mériaux, découvre les "bousillés", séduit par ces objets en apparence modestes qui portent en eux la mémoire artisanale du territoire. En 1967, une première exposition voit le jour dans le château Imbert, l’ancienne demeure patronale que le prélat a acquise. Deux ans plus tard, la collection devient permanente : le musée du Verre est né. Mais Mériaux ne veut pas d’une vitrine figée. En 1976, il rallume la flamme avec la création de l’Atelier du verre, installé dans une grange. Les anciens verriers y transmettent leurs gestes, bientôt rejoints par une nouvelle génération d’artistes. L’atelier est désormais un laboratoire, un lieu de rencontres, d’expérimentation, jusqu’à accueillir, en 1982, un symposium international qui ancre définitivement Sars-Poteries sur la carte mondiale du verre contemporain.</p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/KISGWQSURBCODILI62IK4LJBT4.jpg?auth=c44f48c3b3449897d9d1aee5997e6b70de07a57d51cef733d4cc57229870485b&smart=true&width=1500&height=1000" alt="Le musée, dessiné par l'architecte Raphaël Voinchet, a ouvert ses portes en 2016." height="1000" width="1500"/><figcaption>Le musée, dessiné par l'architecte Raphaël Voinchet, a ouvert ses portes en 2016.</figcaption></figure><p>Au fil des décennies, les réserves s’enrichissent, la reconnaissance grandit, le château se fait trop exigu. En 2009, le projet d’un nouveau bâtiment est lancé : il devra être à la hauteur d’une collection devenue l’une des plus importantes en Europe. En octobre 2016, le MusVerre ouvre ses portes. Conçu par l’architecte Raphaël Voinchet, le bâtiment de pierre bleue et de verre déploie ses volumes géométriques comme une main de verrier en plein geste. Avec ses 3 400 m² et ses vastes espaces d’exposition, il offre enfin un écrin à la mesure des œuvres et de leur genèse. Aujourd’hui, le site n’est plus seulement muséal, il fait office de trait d’union. Et pour marquer cet anniversaire, il invite le public à entrer dans un univers où la matière se fait récit, avec une exposition qui explore sa dimension narrative.</p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/MD7DPP4YJRG7VO3TJHER7BS7YQ.jpg?auth=bd1f434e9302d1a19c46607b05eed929c0a8f5f8fd81047dd6df782793a4d2c9&smart=true&width=3874&height=5808" alt="Dana Zamecnikova (République tchèque), "Alice in wonderland", 1994." height="5808" width="3874"/><figcaption>Dana Zamecnikova (République tchèque), "Alice in wonderland", 1994.</figcaption></figure><p><i>Enchanté, la fabrique des histoires</i> réunit ainsi une trentaine d’artistes contemporains, comme Dana Zamecnikova et sa revisite d’<i>Alice in Wonderland </i>ou Mathilde Caylou et ses bulles d'air délicatement soufflées, mais aussi, moins proche de nous dans le temps, Salvador Dali, créateur d’une <i>Montre Molle</i> en pâte de cristal prêtée par la Maison Daum avec laquelle le trublion surréaliste collabora pendant plus de vingt ans. Présentées dans un espace d’un seul tenant, visuellement spectaculaire, les œuvres dialoguent avec l’imaginaire, convoquant personnages, métamorphoses et fragments d’histoires suspendues dans la transparence. Au fil de la déambulation, des clins d’œil à l’héritage local viennent prolonger l’esprit des "bousillés" : celui d’une création libre, intime, presque mystérieuse. Le verre ne se contente plus d’être regardé, il se lit, se devine, se raconte.</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/BJ2AP4NA5VH7ZB7SDGMWYQYUEU.jpg?auth=a9c68b9511a25d1ac119222a43c536fd08805ce9086680861e29e6ccb4ab5cac&amp;smart=true&amp;width=2592&amp;height=1314" type="image/jpeg" height="1314" width="2592"><media:description type="plain"><![CDATA[Vue de l'exposition anniversaire "Enchanté. La Fabrique des histoires" au MusVerre jusqu'au 3 janvier 2027.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">© Département du Nord</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Le roman préhistorique est-il l’avenir de la littérature ?]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/le-roman-prehistorique-est-il-lavenir-de-la-litterature-7KISZCN3URGYVNTVTVRWVJT4LE/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/le-roman-prehistorique-est-il-lavenir-de-la-litterature-7KISZCN3URGYVNTVTVRWVJT4LE/</guid><dc:creator><![CDATA[Louis-Henri de La Rochefoucauld]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sat, 23 May 2026 06:30:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>S’il y a souvent des films en costumes, les livres en peaux de bête sont plus rares. C’est à cette expérience étonnante que nous invite Eloi Audoin-Rouzeau avec son troisième roman, <i>Le Dernier Clan</i>. Le héros est un homme de Néandertal, Yaretzi, qui guette les aurochs avec sa sagaie. Un jour, il aperçoit d’étranges traces ici et là. Peu à peu, la menace se rapproche. On profane la tombe de sa mère, on saccage ses peintures rupestres. Il ne s’agit pas d’un rôdeur isolé : les envahisseurs sont nombreux, plus grands, plus forts, et sans la moindre limite dans leur volonté de puissance – il y a à un moment une terrible scène de viol anthropophage. L’<i>Homo sapiens</i> a débarqué, l’homme de Néandertal est dépassé. </p><p>Eloi Audoin-Rouzeau réussit l’exploit de rendre crédibles, vivants et émouvants des gens ayant vécu 40 000 ans avant nous. En cherchant des précédents dans le registre du roman préhistorique, on peine à trouver de vraies références. L’auteur du <i>Dernier Clan </i>s’inscrit-il dans le sillage de <i>La Guerre du feu</i>, le livre publié en 1911 par J.-H. Rosny aîné (qui fut plus tard président de <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/micros-espions-luttes-dinfluence-gibier-a-poil-dans-les-secrets-du-jury-goncourt-OBVNJNFIWZF4XB46743YJ4UOCQ/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/micros-espions-luttes-dinfluence-gibier-a-poil-dans-les-secrets-du-jury-goncourt-OBVNJNFIWZF4XB46743YJ4UOCQ/">l’académie Goncourt</a>) ? "Oui, c’est<i> </i>le premier grand roman préhistorique – genre que Rosny aîné n’a pas tout à fait inventé, mais qu’il a sublimé, puis très vite dominé, surclassant et de loin tous ceux qui jusque-là s’y étaient frottés. <i>La Guerre du feu</i> demeure, aujourd’hui encore, le grand classique en la matière. Une postérité qui, à mes yeux, est plus que méritée. Un véritable souffle traverse ce roman. Pour l’avoir relu récemment, je peux affirmer que le charme opère toujours, ce qui me laisse penser qu'il n’a peut-être pas tant vieilli. Et l’on pardonne aisément à l’auteur les incongruités nombreuses ; les poncifs et les fantasmes que beaucoup d’autres projetaient alors — et que beaucoup projettent encore — sur un homme des cavernes, bestial et arriéré."</p><p>Loin d’être bestial et arriéré, le Yaretzi du <i>Dernier Clan</i> est à l’inverse sensible et contemplatif. Le roman se veut réaliste et empathique, sans la distance et l’humour qu’on trouvait dans <i>Pourquoi j’ai mangé mon père</i> de Roy Lewis, paru en 1960 – autre titre qu’Eloi Audoin-Rouzeau cite comme essentiel. Outre ces deux influences, l’écrivain nous dit s’être nourri de <i>Tristes Tropiques</i> de <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/claude-levi-strauss-un-moraliste-qui-cultive-les-paradoxes_1716287.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/claude-levi-strauss-un-moraliste-qui-cultive-les-paradoxes_1716287.html">Claude Lévi-Strauss</a>, du<i> Sentier de la guerre</i> de Jean Guilaine et Jean Zammit et de <i>Neandertal de A à Z</i>, de Marylène Patou-Mathis, "spécialiste renommée des sociétés néandertaliennes, qui fut l’une des toutes premières à réhabiliter ces hommes et ces femmes, à la fois si proches et si différents de nous, et que nous peinons tant à regarder en face". </p><p>Restait une difficulté technique majeure : inventer à Yaretzi une façon de parler. Eloi Audoin-Rouzeau explique : "Par l’élaboration d’une langue néandertalienne, j’ai voulu démontrer le haut degré de sophistication de cultures tout aussi admirables sans-doute, que celles des dernières sociétés de chasseurs-cueilleurs et de tous ces peuples à tradition orale dont nous avons gardé la trace. Mon grand-père Philippe Audoin, auteur surréaliste proche d’<a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/andre-breton-le-despote-eclaire-du-surrealisme-ses-mysteres-ses-secrets-ses-affres-MZLEZ6OIHFG5VN67WTMWKD5TQM/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/andre-breton-le-despote-eclaire-du-surrealisme-ses-mysteres-ses-secrets-ses-affres-MZLEZ6OIHFG5VN67WTMWKD5TQM/">André Breton</a>, qui portait un amour démesuré aux arts premiers (et de ce fait à leurs auteurs, qui ont tant apporté à l’art moderne) se trouve évidemment à la source de cette initiation…"</p><p>De nos aïeux les plus proches à nos ancêtres plus lointains, il n’y a parfois qu’un pas. Ce serait une erreur de voir dans <i>Le Dernier Clan</i> une métaphore du choc des civilisations, mais Eloi Audoin-Rouzeau reconnaît que l’on peut y lire une méditation sur le crime originel, "cet esprit de prédation aux fondements de ce que nous sommes". Pour finir, il nous recommande <i>Demain les ombres</i> de Noëlle Michel, un livre voisin sorti en 2023. Une tendance se dessinerait donc. Et si le roman préhistorique était l’avenir de la littérature ?</p><p><i>Le Dernier Clan </i>par Eloi Audoin-Rouzeau. La Tribu, 233 p., 19,50 €.</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/TH4C7BLRKVDZTP4B2AM66OCS2U.jpg?auth=a6dfc886c630499fb2e9e7f09d5887fe7ffef6e0544ef1969eb30e8277b590ac&amp;smart=true&amp;width=5315&amp;height=4191" type="image/jpeg" height="4191" width="5315"><media:description type="plain"><![CDATA[L'Homme de Néandertal, exposé ici au Musée d'histoire naturelle de Bâle, en Suisse.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">imageBROKER/Schoening</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Ventes de livres : les best-sellers sont-ils solubles dans l’IA ?  ]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/ventes-de-livres-les-best-sellers-sont-ils-solubles-dans-lia-46P4KZFNYBEQNCS3DX2TKNSLSM/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/ventes-de-livres-les-best-sellers-sont-ils-solubles-dans-lia-46P4KZFNYBEQNCS3DX2TKNSLSM/</guid><dc:creator><![CDATA[Louis-Henri de La Rochefoucauld]]></dc:creator><description></description><pubDate>Fri, 22 May 2026 15:28:30 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Semaine après semaine, on suit avec effarement l’effritement constant des ventes de livres. Malgré une bonne visibilité en presse, de nombreux ouvrages n’atteignent pas les 1 000 exemplaires. Pour un roman très littéraire, 5 000 exemplaires en viendraient presque à rimer avec best-seller. Même des vedettes voient leurs chiffres s’amenuiser titre après titre. Comment expliquer ce phénomène plus que préoccupant dont les auteurs eux-mêmes ne semblent pas tous prendre la mesure ? De nombreux facteurs s’accumulent : baisse de la lecture, coût trop élevé des livres (dû notamment aux prix du papier), hausse du marché de l’occasion… Là-dessus, les avancées des <a href="https://www.lexpress.fr/economie/high-tech/ou-sont-les-millions-dans-les-grands-groupes-francais-lia-generative-a-lepreuve-du-reel-7W5CTGXB7VGK3G6ZGP3P2QDALI/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/economie/high-tech/ou-sont-les-millions-dans-les-grands-groupes-francais-lia-generative-a-lepreuve-du-reel-7W5CTGXB7VGK3G6ZGP3P2QDALI/">intelligences artificielles génératives</a> ajoutent une dimension supplémentaire à la crise : en démocratisant et en démonétisant la production de textes, <a href="https://www.lexpress.fr/sciences-sante/ia-de-sante-la-riposte-francaise-aux-ambitions-de-chatgpt-WR326ELW3NCY5OKFUXRMZMLQMY/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/sciences-sante/ia-de-sante-la-riposte-francaise-aux-ambitions-de-chatgpt-WR326ELW3NCY5OKFUXRMZMLQMY/">ChatGPT</a> et autres Claude vont-ils avoir la peau des écrivains ?</p><p>Passé par Canal +, <i>Le Monde</i>, <i>Télérama</i>, France Culture, France Télévisions et Arte, <a href="https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/bruno-patino-les-ia-generatives-vont-encore-accelerer-le-deluge-numerique-5KOAFHA6NBB3BAMNSPRJPU5WK4/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/bruno-patino-les-ia-generatives-vont-encore-accelerer-le-deluge-numerique-5KOAFHA6NBB3BAMNSPRJPU5WK4/">Bruno Patino</a> avait déjà un succès de librairie à son palmarès d’essayiste : en 2019, son livre <i>La Civilisation du poisson rouge. Petit traité sur le marché de l’attention</i> s’était vendu à 70 000 exemplaires en grand format (et à plus de 80 000 en poche). Il vient de récidiver avec <i>Le Temps de l’obsolescence humaine</i> (Grasset), sorti fin mars et bientôt écoulé à 15 000 exemplaires – encore 18<sup>e</sup> des essais cette semaine. Faut-il garder espoir et penser comme Bruno Patino que, si l’IA peut cloner au kilomètre, elle ne créera jamais rien de nouveau ? Cela voudrait dire que les purs stylistes et quelques philosophes vraiment inventifs survivront. Mais, dans ce processus darwinien, qu’adviendra-t-il, par exemple, d’un biographe laborieux ou d’un auteur de polars dont les romans ont tendance à répéter les mêmes recettes ? L’avenir (un avenir proche) nous dira comment la littérature et l'édition surmonteront cette nouvelle révolution technologique...</p><p>Loin des écrans (encore qu’il soit très présent sur les réseaux sociaux), disons un mot de <a href="https://www.lexpress.fr/politique/presidentielle-2027-gabriel-attal-edouard-philippe-bruno-retailleau-et-lincroyable-frivolite-des-55GZSKNOENGQ3KOGTXI2LZQEAQ/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/politique/presidentielle-2027-gabriel-attal-edouard-philippe-bruno-retailleau-et-lincroyable-frivolite-des-55GZSKNOENGQ3KOGTXI2LZQEAQ/">Gabriel Attal</a>, qui vient d’annoncer qu’il sera candidat à l’élection présidentielle de 2027. Son témoignage <i>En homme libre</i> (L’Observatoire), qui le positionne en 15<sup>e</sup> des essais, flirte avec les 10 000 exemplaires. En notre époque de méventes, cela paraît très bien. Rappelons pour relativiser cette bonne réception que Nicolas Sarkozy avait vendu plus de 200 000 exemplaires de son <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/journal-dun-prisonnier-nicolas-sarkozy-est-il-legal-doscar-wilde-6KZB2YKD75GUZLWLGGXPKQAYEM/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/journal-dun-prisonnier-nicolas-sarkozy-est-il-legal-doscar-wilde-6KZB2YKD75GUZLWLGGXPKQAYEM/"><i>Journal d’un prisonnier</i></a><i> </i>en décembre<i>. </i>Quant à Eric Zemmour, qui vendait jadis des centaines de milliers d’exemplaires de ses livres, il n’avait pas réussi en 2022 à convertir dans les urnes son lectorat en électorat. La prudence devrait donc être de mise pour l’ambitieux ancien Premier ministre. </p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/3ELUBIWBZBEM3LZ2ZZ3UL5ZLAE.jpg?auth=dbec718644c12f3e229e677e53eb0caa55db810979ecd1949b7b975f658d4b2d&smart=true&width=1100&height=2460" alt="" height="2460" width="1100"/></figure><p>Que dire des romans ? Presque rien à signaler. Loin derrière Freida McFadden, Virginie Grimaldi, Fred Vargas, Franck Thilliez et Guillaume Musso, l’entrée la plus notable est celle de Siri Hustvedt, 14<sup>e</sup> avec <i>Ghost Stories</i> (Gallimard), son livre sur Paul Auster. L’amour, les souvenirs et la nostalgie : autant de choses que les intelligences artificielles ne nous voleront jamais, à nous humbles humains ? </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/C6BRNVXXVJHWDOAP6FYNBZJ6CE.jpg?auth=d1e2b2bd7640c628288abef4cdfbcdf81e8606fd9656eccc6764c2a359d226a7&amp;smart=true&amp;width=2048&amp;height=1365" type="image/jpeg" height="1365" width="2048"><media:description type="plain"><![CDATA[L'IA sera-t-elle une menace supplémentaire pour des écrivains déjà fragilisés ? Oui et non selon Bruno Patino. ]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">afp.com/Kirill KUDRYAVTSEV</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA["Une table pour deux", d'Amor Towles : le nouvelliste en chef a encore frappé]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/une-table-pour-deux-damor-towles-le-nouvelliste-en-chef-a-encore-frappe-HFNBBTX7ANDXFBIYYUP2NFPPW4/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/une-table-pour-deux-damor-towles-le-nouvelliste-en-chef-a-encore-frappe-HFNBBTX7ANDXFBIYYUP2NFPPW4/</guid><dc:creator><![CDATA[Marianne Payot]]></dc:creator><description></description><pubDate>Fri, 22 May 2026 09:30:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Contrairement aux Anglo-Saxons, les Français n’apprécient guère les nouvelles, souvent à tort, surtout quand il s’agit du recueil du facétieux <a href="https://www.lexpress.fr/culture/rentree-litteraire-les-10-romans-a-lire-absolument_2178159.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/rentree-litteraire-les-10-romans-a-lire-absolument_2178159.html">Amor Towles</a>, <i>Une table pour deux</i> (Flammarion, trad. de l'anglais par Nathalie Cunnington), guirlande de petits bijoux empreints de l’esprit unique, tout d’intelligence et de causticité, de l’auteur des <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/les-regles-du-jeu_1112700.html?auth=79db58db71" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/les-regles-du-jeu_1112700.html?auth=79db58db71"><i>Règles du jeu</i> (2012)</a> et d’<a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/nos-coups-de-coeur-de-la-rentree-litteraire-etrangere_2031839.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/nos-coups-de-coeur-de-la-rentree-litteraire-etrangere_2031839.html"><i>Un gentleman à Moscou</i> (2018)</a>. Le diplômé de Yale et de Stanford y brocarde allègrement la haute société new-yorkaise si familière à cet ex-financier de Wall Street. Certes, la première des nouvelles nous plonge dans le Moscou de 1918, ironique tableau des avancées du prolétariat avec ses tickets de rationnement et ses queues interminables, mais elle s’achève à Broadway, où nos deux protagonistes, le gentil Pouchkine et sa bolchévique épouse, Irina, débarquent en 1929. </p><p>Les cinq nouvelles suivantes, toujours suffisamment longues pour ne pas nous laisser sur notre faim, plongent au cœur de la "Grosse Pomme", où Towles fait joyeusement se côtoyer naïfs et aigrefins. Fin du XXe siècle, un apprenti écrivain devient, involontairement, un faussaire – il produit des dédicaces de grands auteurs pour le compte d’un libraire collectionneur de livres anciens, la signature d’un auteur pouvant faire grimper jusqu’à 50 % le prix d’une première édition. C’est ainsi que Dos Passos, T.S. Eliot, Dashiell Hammett, John O’Hara, Ernest Hemingway, jusqu’à un <i>Anna Karénine</i> de Léon Tolstoï passent sous sa plume. Changement de décor, nous voilà en compagnie de passagers en rade pour cause de tempête de neige. Un consultant en stratégie politique et un charmant gentleman (mais totalement alcoolique) sympathisent et se retrouvent dans un grand hôtel new-yorkais. La note au bar sera salée… </p><p>Une avocate féministe prend en filature son beau-père, soupçonné d’infidélité par sa mère, et découvre que le septuagénaire fait des prouesses en patin à roulettes sur des musiques endiablées ((son morceau de choix, <i>Il Will Survive</i>) dans Central Pak. Une révélation qui entraînera la désagrégation du couple maternel. Puis, un banquier de Goldman Sachs dénonce, pour le bien de l’institution, un vieil homme enregistrant un concert de Bach au Carnegie Hall. Enfin, un spécialiste de la Renaissance, ex de chez Sotheby’s, se fait berner par un collectionneur de DiDomenico … Quand les bons sentiments se terminent en catastrophes… Délectables ! </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/ECUFWDBPOJGDXFE3ROCYOPDZBQ.JPG?auth=4c0ae90218691aa60d21290de086b513fef0d491fd0595048ad590ca88ac2d6a&amp;smart=true&amp;width=3711&amp;height=5568" type="image/jpeg" height="5568" width="3711"><media:description type="plain"><![CDATA[L'écrivain Amor Towles à l'avant-première du film "Un gentleman à Moscou".]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">Ron Adar / SOPA Images via Reute</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Le jour où le peintre Felice Varini est devenu dingue]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/le-jour-ou-le-peintre-felice-varini-est-devenu-dingue-BD6HKZN24NDD5NRX32NUSPRGJY/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/le-jour-ou-le-peintre-felice-varini-est-devenu-dingue-BD6HKZN24NDD5NRX32NUSPRGJY/</guid><dc:creator><![CDATA[Christophe Donner]]></dc:creator><description></description><pubDate>Wed, 20 May 2026 04:15:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Mendrisio est une commune de 15 000 habitants, située à l’extrême sud du Tessin, en Suisse, aux confins du lac Majeur, du lac de Côme et du lac de Lugano. Sur une carte, Mendrisio ressemble à un outil de maréchal-ferrant planté dans l’épaule droite de la Lombardie ; on y parle d’ailleurs plus italien qu’autre chose. J’ai compté trois églises sur le chemin du couvent des Servites, fondé par cet ordre mendiant en 1477, occupé depuis 1982 par le Museo d’arte où allait se tenir, dans l’après-midi de ce samedi ensoleillé, le vernissage de la dernière exposition en date de <a href="https://www.lexpress.fr/styles/plaisirs/voyage/les-projets-artistiques-de-l-ardeche_1925312.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/styles/plaisirs/voyage/les-projets-artistiques-de-l-ardeche_1925312.html">Felice Varini</a>, artiste dont je vous ai déjà parlé l’année dernière à l’occasion de son exposition au musée des Beaux-Arts de Lille. C’est très simple d’accès, de la gare de Zurich à Mendrisio : deux heures d’un voyage plein de beaux paysages.</p><p>Evénement d’importance à plus d’un titre. Varini est tessinois, né à Locarno, comme Niele Toroni, le poseur d’empreintes, son maître et grand ami, avec lequel il partage le goût, l’obsession, la malice de peindre sur les murs, les fenêtres, les poteaux électriques, le toit des maisons. Toroni et Varini sont deux peintres frères, ils en ont quatre autres, si j’ai bien compté, l’un d’eux, Giovanni, fut longtemps l’assistant de Toroni. Il était là, d’ailleurs, au vernissage. </p><p>Importante aussi, cette exposition, en ce sens que Felice Varini ne s’est pas embarrassé de fausse modestie, il a investi la totalité des espaces d’exposition de l’ancien couvent, fait retirer toutes les obturations des fenêtres, avant de peindre, avec ses assistants, une douzaine de ses œuvres, certaines anciennes, d’autres récentes, et une dernière, inédite, qui occupe deux salles entières, recelant près d’une vingtaine de figures avec chacune un point de vue. De ce <i>capolavoro</i>, on peut dire qu’il constitue un point d’orgue, qu’il a poussé le bouchon au plus loin. En tout cas c’est ce qui l’a rendu fou, d’après moi.</p><h3>Une œuvre bidimensionnelle</h3><p>Felice Varini est une sorte de contestataire de la perspective. Il joue avec elle, la provoque, s’en moque, démystifie la fascination qu’elle suscite en nous, inévitablement. En installant une œuvre bidimensionnelle à l’intérieur de ce qu’on ne savait pas être une perspective, il crée, avec de la peinture et des formes, un doute sur la réalité de notre vision. </p><p>Escalier intérieur, paysage urbain, couloirs, patios, colonnes de cloître, du sol au plafond et sur les moins prévisibles supports, Varini installe, comme suspendues dans l’espace, des figures géométriques élémentaires (ronds, carrés, triangles) associées à des couleurs tout aussi élémentaires. On prend alors conscience des perspectives de ces lieux qu’on ne regardait plus. Qu’on n’avait jamais envisagé comme des perspectives. Nous prenons soudain conscience de notre inconscience.</p><p>A chaque figure son point de vue, d’où apparaît une figure, c’est amusant. Amusant de penser que cette accumulation de perspectives contrariées tient lieu de rétrospective. Peintures, plans et perspectives. Confusion des genres. Mais ça va plus loin. Je parle pour moi qui n’ai jamais cessé de me demander ce qui relève de la vérité, du réel ou de la réalité. Et pourquoi on utilisait ces trois mots indifféremment pour désigner, qualifier ou avérer des choses aussi insaisissables, contestées, scandaleuses.</p><p>Après mûre réflexion, et avoir ordonné ma pensée, j’ai émis cette hypothèse sous la forme d’un théorème pouvant donner une définition aussi précise que possible de la vérité, de la réalité et du réel. Et cesser de prendre l’une pour l’autre, dans une jonglerie rhétorique où tout se vaut dans la foire aux points de vue. Le réel : c’est tout ce qui existe ; la vérité : c’est le désir fantasmatique d’appréhender le réel ; la réalité : c’est ce qui nous revient de cette tentative d’appropriation du réel, quête toujours déçue, toujours vaincue et qu’on nomme sur un ton sinistre : la réalité. Conceptualisation réconfortante du réel. C’est aussi ce qui se passe devant une œuvre de Felice Varini. Quand, ayant trouvé le point de vue, satisfait par l’éphémère et illusoire conquête du réel, on croit pouvoir l’emporter, on fait un pas et la figure se brise, on traverse le réel les mains vides, un brin déçu, mais tellement réjoui par la substance de la vérité. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/5JZ4TPPCKREAXPLRZNZNAVQOI4.jpg?auth=a1ad5b8b9ace00c9dc10cef68f6476d1c6790dcb4cd10fb589e9aefd31238d94&amp;smart=true&amp;width=6000&amp;height=4000" type="image/jpeg" height="4000" width="6000"><media:description type="plain"><![CDATA[L'exposition de Felice Varini à Lille, en 2025.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">PHOTOPQR/VOIX DU NORD/MAXPPP</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA["Einstein à Jérusalem" : l’équation complexe entre le génie de la physique et l’Etat d’Israël]]></title><link>https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/einstein-a-jerusalem-lequation-complexe-entre-le-genie-de-la-physique-et-letat-disrael-K6GV6NOC3FB5FLL42YXLLV2FZQ/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/einstein-a-jerusalem-lequation-complexe-entre-le-genie-de-la-physique-et-letat-disrael-K6GV6NOC3FB5FLL42YXLLV2FZQ/</guid><dc:creator><![CDATA[Thomas Mahler]]></dc:creator><description></description><pubDate>Tue, 19 May 2026 06:00:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>En 1952, à la mort de son ami Chaïm Weizmann, Albert Einstein se voit proposer la présidence de l’Etat d’Israël. Le plus grand savant du XXe siècle décline poliment le poste, invoquant son âge et son inexpérience politique. En privé, il précise : "Si je devais être président, j’aurais parfois à dire au peuple israélien des choses qu’il n’a pas envie d’entendre."</p><p>L’historien Simon Veille avait déjà signé un essai sur les rapports à la judaïté et à l’antisémitisme de cet électron libre (<i>Einstein dans la tragédie du siècle</i>). Dans le plus littéraire <i>Einstein à Jérusalem</i>, il montre à quel point, pour le prix Nobel de physique de 1921, ce sujet intime fut sans doute plus complexe à aborder que la théorie de la relativité générale. </p><p>Albert Einstein est né à Ulm, en Allemagne, dans une famille d’Ashkénazes libéraux. A 11 ans, il a une crise mystique, mais celle-ci s’achève vite avec un refus de faire sa bar-mitsva. Sa religion sera la science. En revanche, l'antisémitisme ambiant ne cesse de raviver sa conscience d’être juif. En 1909, pour le nommer professeur à l’université de Zurich, son mentor Alfred Kleiner doit assurer à ses collègues qu’Einstein n’est pas touché par "l’indiscrétion, l’insolence et une mentalité de boutiquier", autant de caractéristiques attribuées aux "Israélites"... </p><h2>"Saint juif" </h2><p>En 1914, le physicien refuse une invitation en Russie. "Je trouve scandaleux de me rendre sans nécessité dans un pays où les membres de ma tribu sont persécutés avec tant de brutalité", fait-il savoir. En 1919, la validation empirique de ses équations, suite à une éclipse solaire, fait de lui une célébrité mondiale. Einstein devient de son propre aveu un "saint juif", toujours prêt à prendre la défense de sa "tribu". La même année, il dénonce les discours nauséabonds en Allemagne contre les immigrés d’Europe de l’Est fuyant les pogroms et la misère. S’il s'engage pour la création de l’université hébraïque de Jérusalem, cet internationaliste refuse longtemps le principe d'un Etat juif. Le sionisme de cet anticonformiste est tout personnel. Il considère le Proche-Orient comme un lieu de refuge et se passionne pour les systèmes d’irrigation dans la région, mais il pense aussi que celle-ci ne peut accueillir tous les juifs du monde. Lui-même ne songera jamais à s’y installer.</p><p>Einstein prend également conscience de la question arabe. Dès 1929, il appelle à "créer un modus vivendi avec le peuple arabe", estimant que l’absence de contacts normaux entre les deux communautés dans leur vie quotidienne ne peut qu’engendrer une "atmosphère de peur et de méfiance réciproques". </p><h2>"On doit se battre jusqu'au bout"</h2><p>La montée du nazisme va changer la donne. Poussé à l’exil dès 1933, Einstein se montre lucide sur la menace que représente Hitler, ce "pauvre d’esprit, débordant d’amertume et de jalousie". En 1938, il préfère encore "à la création d’un Etat juif la réalisation d’un accord raisonnable avec les Arabes sur les bases d’une coexistence pacifique". Mais même s'il est protégé aux Etats-Unis à Princeton, la Shoah n’épargne pas sa famille et ses proches. Deux cousines et d'anciens collègues, comme Emil Nohel ou Georg Pick, finissent leur existence dans les camps de concentration. En 1944, son cousin Robert, avec qui il avait grandi, voit les nazis tuer sa femme et ses deux enfants, avant de se suicider un an plus tard. </p><p>En 1948, alors que les pays arabes voisins font la guerre au nouveau pays, le pacifiste Einstein soutient le combat d’Israël. "Je n’ai jamais trouvé bonne l’idée un Etat pour des raisons économiques, politiques et militaires. Mais maintenant, il n’est plus possible de faire marche arrière, et on doit se battre jusqu’au bout". Impossible d’extrapoler et de savoir ce qu’il aurait dit du Proche-Orient actuel. Mais une chose est sûre : le savant n’avait pas des mots assez durs envers Menahem Begin et Vladimir Jabotinsky, les deux "maîtres à penser" de Benyamin Netanyahou. Pour Simon Veille, l'éthique, la liberté intellectuelle et l'universalisme d'Einstein restent des boussoles précieuses en cette période de relativisme généralisé.</p><p><i>Einstein à Jérusalem</i>, par Simon Veille. La Tribu, 349 p., 21 €. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/P4C4T3DXVJBG7MI2OPH5U472CQ.jpg?auth=8704c0109a6d11ca41da5e7e70b4ebd9ce6d2998b9606de441bdbcf6bde263ef&amp;smart=true&amp;width=1936&amp;height=2555" type="image/jpeg" height="2555" width="1936"><media:description type="plain"><![CDATA[Le Prix Nobel Albert Einstein (1879-1955), ici en 1929.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">picture alliance / SZ Photo</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Châteaus, jeus, hibous… Vers la fin des pluriels en "x" ?]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/chateaus-jeus-hibous-vers-la-fin-des-pluriels-en-x-IWIXFN76MZHQ3LLXUGZUKWSABU/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/chateaus-jeus-hibous-vers-la-fin-des-pluriels-en-x-IWIXFN76MZHQ3LLXUGZUKWSABU/</guid><dc:creator><![CDATA[Michel Feltin-Palas]]></dc:creator><description></description><pubDate>Tue, 19 May 2026 04:15:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Cette semaine, j’ai décidé de prendre mon courage à deux mains, et tant pis pour moi si je perds des lecteurs ! Car après moult hésitations, je me suis en effet résolu à aborder un sujet plus sensible que le conflit israélo-palestinien, la fiscalité des milliardaires ou l’état de forme d’Antoine Dupont. Je vais vous parler des pluriels en "x".</p><p><b>CETTE INFOLETTRE REDEVIENT GRATUITE !</b> </p><p><i>"Sur le bout des langues" reste bien sûr comprise dans l’abonnement à L’Express, mais elle est aussi accessible à tous ceux qui le souhaitent </i></p><p><i>Pour s’inscrire, suivez </i><a href="https://post.eu.spmailtechnol.com/f/a/s2jSbiWmxAZwaV_WTH2GhA~~/AABGZBA~/RbXRzn1Vc9gpNDqf-9QpOWtktquup0gOoqdoHiwLLk08lUQ6yEedYFRGfag6EciPxIVJyZrWkU3VKTCdrNWLf_4sqcWoYEOFAZm2x6MyCbUvGtDYYTqtEorFTHwKO2Mtv_059zx1AlLjGOPI0ARyJg~~" rel=""><i>ce lien</i></a><i>, sélectionnez "Sur le bout des langues", entrez votre adresse de messagerie dans le bandeau qui apparaît en bas de page et cliquez sur "Valider".</i></p><p>Nous connaissons tous la règle pour les mots qui se terminent par -ou. Ils prennent un "s", sauf bijoux, cailloux, choux, genoux, joujoux, hiboux, poux (et ripoux pour les adeptes du verlan !). Mais savez-vous d’où elle vient ? D’une… erreur ! Pendant des siècles, en effet, les scribes utilisaient souvent des abréviations (allez composer des textes pendant des heures à la plume d’oie dans un monastère humide et vous ferez rapidement de même). Aussi avaient-ils pris l’habitude de remplacer les terminaisons des mots en -us par un signe ressemblant à un "x". Ils écrivaient ainsi non pas chous, mais <i>chox</i>, comme le confirme Nina Catach dans son <i>Dictionnaire historique de l’orthographe française</i> (Larousse).</p><p>Le problème ? A la fin du Moyen Age, cette convention a été oubliée. Et l’on a cru que, conformément à la prononciation, il fallait ajouter un "u" devant le "x". C’est alors seulement que <i>chox</i> est devenu choux…</p><p>La même bévue a été commise pour les mots se terminant par -al. Un cheval donnait des <i>chevals, </i>puis<i> chevaus</i> ? Les scribes, toujours économes de leurs efforts, écrivaient <i>chevax</i>. Mais, là encore, certains ont cru bon de rétablir le "u" quelques siècles plus tard, tout en conservant le "x". Et voilà comment <i>chevax</i> a été transformé en chevaux.</p><p>Partant de là, certains considèrent qu’il ne serait pas absurde de régulariser tous les mots concernés en remplaçant ces "x" par des "s". C’est notamment le cas de <a href="https://www.lambert-lucas.com/wp-content/uploads/2022/11/OA-dictionnaire-EROFA.pdf#page=55." target="_blank" rel="" title="https://www.lambert-lucas.com/wp-content/uploads/2022/11/OA-dictionnaire-EROFA.pdf#page=55.">l’association Erofa, qui propose la règle suivante </a>: "En finale de mot, le x non prononcé est remplacé par s."</p><p>Voici ses principaux arguments :</p><p><b>1. Aboutir à une règle claire.</b> Que le "s" devienne la seule marque du pluriel faciliterait l’apprentissage du français. La suppression de cette exception serait de surcroît conforme à l’histoire de la langue. Au cours des derniers siècles, nous sommes en effet déjà passés de <i>quantitez</i> à "quantités" et de <i>loix</i> à "lois".</p><p><b>2. Reconstituer des familles de mots.</b> Comme "sang" fonctionne avec "sanguin", <i>chois</i> rappellerait "choisir" et <i>chaleureus </i>"chaleureusement". De surcroît, à l’exception de quelques termes comme "croix" ou "voix", cette évolution serait globalement respectueuse de l’étymologie puisque, comme on l’a vu, la présence d’un "x" à la fin des mots concernés résulte souvent d’une erreur.</p><p><b>3. Rendre la prononciation du "x" prévisible.</b> La lettre x subsisterait en français, mais elle ne serait plus jamais muette. On la réserverait pour des mots comme "exercice" ou "taxi", où elle se prononce distinctement.</p><p>Imaginons un instant que cette proposition entre en vigueur. Nous écririons donc <i>adieus, châteaus, chous, cheveus, jeus, hibous, landaus, travaus, vieus</i>, etc. Et cela ne fait pas l’ombre d’un doute : nombre d’entre nous auraient aussitôt les yeux (les yeus ?) qui saignent – à commencer par l'auteur de ces lignes. Et cela est tout à fait normal. Car nous sommes tous soumis à une loi très puissante : la force de l’habitude.</p><p>Supposons que, demain, on nous impose subitement d’écrire <i>abbaisser</i> (avec deux "b"), <i>poulmon</i> (avec un "l"), <i>monnoye</i> (avec un "o" et un "y") et même <i>poësie</i> (avec un tréma sur le "e"). J’en suis certain : vous, moi, mon collègue de bureau et mon voisin de palier auraient aussitôt le sentiment que l’on est en train d'assassiner notre belle langue nationale. A ceci près que… toutes ces orthographes ont existé (on les trouve dans les anciennes versions du dictionnaire de l’Académie française). Le plus drôle est que, bien souvent, ces nouvelles graphies qui nous semblent aujourd’hui si naturelles avaient provoqué un tollé lors de leur apparition. La force de l’habitude, vous dis-je…</p><p>Il est donc plus que probable qu’une éventuelle disparition des pluriels en "x" suscite des résistances chez tous ceux qui les ont connus et y sont légitimement attachés. Et tout aussi probable de penser que, d’ici deux ou trois siècles, les futures générations de francophones appliqueraient cette règle sans s’arracher les <i>cheveus</i>.</p><p><i><b>RETROUVEZ DES VIDÉOS CONSACRÉES AU FRANÇAIS ET AUX LANGUES DE FRANCE SUR MA </b></i><a href="https://www.youtube.com/@michelfeltin-palas" rel=""><i><b>CHAÎNE YOUTUBE</b></i></a></p><h4>Du côté de la langue française</h4><p><a href="https://dictionnaire.lerobert.com/dis-moi-robert/raconte-moi-robert/top-10-mots-plus-etonnants/top-10-des-mots-nouveaux-du-petit-robert-edition-2027.html" target="_self" rel="" title="https://dictionnaire.lerobert.com/dis-moi-robert/raconte-moi-robert/top-10-mots-plus-etonnants/top-10-des-mots-nouveaux-du-petit-robert-edition-2027.html"><b>Les nouveaux mots du Petit Robert 2027</b></a></p><p>Comme chaque année, 150 nouveaux mots font leur entrée dans le<i> Petit Robert 2027, qui vient de paraître. Parmi eux : marrainer (femme qui apporte son soutien à un projet), narchomicide (meurtre lié au trafic de drogue) ou encore gavé (beaucoup, très), régionalisme gascon aujourd’hui adopté par les nouvelles générations ("Ce burger est gavé bon !").</i></p><p><a href="https://www.adiflor.org/actualites/adiflor-et-loif-ifef" target="_self" rel="" title="https://www.adiflor.org/actualites/adiflor-et-loif-ifef"><b>Adiflor offre 3650 liseuses aux écoles primaires au Tchad</b></a></p><p>Adiflor (<i>Association</i> pour la Diffusion Internationale Francophone de Livres, Ouvrages et Revues) vient d’envoyer 3650 liseuses numériques à des directeurs d’écoles primaires au Tchad. Ces micro-ordinateurs intègrent des contenus pédagogiques qui peuvent être consultés hors ligne. L’association prépare également une liseuse bilingue français/khmer pour le Cambodge, en vue du sommet de la francophonie qui se tiendra à Phnom Penh en novembre 2026.</p><p><a href="https://preply.com/fr/blog/ia-parle-elle-deja-a-la-place-des-francais/" target="_self" rel="" title="https://preply.com/fr/blog/ia-parle-elle-deja-a-la-place-des-francais/"><b>De plus en plus de Français demandent à l’IA d’écrire à leur place</b></a></p><p>59 % des Français auraient déjà demandé à une IA d’écrire un texte à leur place. Une proportion qui atteint 83 % chez les 18-24 ans, selon une étude de la plateforme de cours en ligne Preply menée par l’institut Cesuswide auprès d’un échantillon de 1501 personnes.</p><p><b>Ça se dit comme ça… à Lyon et à Saint-Etienne </b></p><p><i>Bugne, déprofiter, gognand, radée, sarrason</i>… Les Editions <i>Le Robert</i> poursuivent leur tour de France du français régional avec deux nouvelles éditions : <i>Ça se dit comme ça à Lyon </i>et<i> Ça se dit comme ça à Saint-Etienne</i>. Deux villes marquées par l’influence du franco-provençal, l’ancienne langue commune de ces territoires.</p><p><a href="https://www.lerobert.com/loisirs-et-culture-generale/francais/ca-se-dit-comme-ca-a-lyon-9782321021445.html" target="_self" rel="" title="https://www.lerobert.com/loisirs-et-culture-generale/francais/ca-se-dit-comme-ca-a-lyon-9782321021445.html"><i>Ça se dit comme ça à Lyon</i></a><i>, </i>par Jean-Baptiste Martin, Le Robert.</p><p><a href="https://www.lerobert.com/loisirs-et-culture-generale/francais/ca-se-dit-comme-ca-a-saint-etienne-9782321021520.html" target="_self" rel="" title="https://www.lerobert.com/loisirs-et-culture-generale/francais/ca-se-dit-comme-ca-a-saint-etienne-9782321021520.html"><i>Ça se dit comme ça à Saint-Etienne</i></a><i>, </i>par Jean-Luc Epaille et Olivier Glain, Le Robert.</p><h3>Du côté des langues de France</h3><p><a href="https://www.letelegramme.fr/finistere/plouzane-29280/extremement-mauvaises-pour-traduire-le-breton-les-intelligences-artificielles-vont-faire-lobjet-dun-bulletin-de-notes-sur-internet-7038165.php" target="_self" rel="" title="https://www.letelegramme.fr/finistere/plouzane-29280/extremement-mauvaises-pour-traduire-le-breton-les-intelligences-artificielles-vont-faire-lobjet-dun-bulletin-de-notes-sur-internet-7038165.php"><b>Traduction des langues minoritaires : les IA bientôt notées</b></a></p><p>Qu'il s'agisse de ChatGPT, de Gemini ou du Chat (Mistral), les intelligences artificielles génératives affichent le plus souvent de très mauvais résultats lorsqu’il s’agit de traduire les langues minoritaires. Des chercheurs bretons et gallois vont mettre en ligne un site qui permettra d’évaluer leurs performances.</p><p><a href="https://www.crisesetsociete.com/Les-revendications-en-faveur-des-langues-regionales-revelatrices-de-crises" target="_self" rel="" title="https://www.crisesetsociete.com/Les-revendications-en-faveur-des-langues-regionales-revelatrices-de-crises"><b>Les langues régionales révélatrices des crises françaises ?</b></a></p><p>Tel est le raisonnement que développe ici la constitutionnaliste Véronique Bertile. Selon elle, la France, qui s’est construite sur un idéal monolingue, fait fi de la réalité multilingue de la société. </p><p><a href="https://www.oc-cultura.eu/wp-content/uploads/2026/03/flyer_salinelles26.pdf" target="_self" rel="" title="https://www.oc-cultura.eu/wp-content/uploads/2026/03/flyer_salinelles26.pdf"><b>Participez aux rencontres de Salinelles du 29 mai au 31 mai</b></a></p><p>Les rencontres de Salinelles constituent le principal rendez-vous de l’édition et de la littérature d'oc. Organisées par Paul Martin-Granel, le fondateur des éditions de <i>L’aucèu libre</i>, elles proposent dans le parc et l’orangerie du château de cette petite commune du Gard lectures, salon du livre, conférences, poésie, exposition de livres d’artistes et concerts. Entrée libre.</p><p><a href="https://www.oc-cultura.eu/agenda/cineoc-une-langue-en-plus/" target="_self" rel="" title="https://www.oc-cultura.eu/agenda/cineoc-une-langue-en-plus/"><b>Retrouvons-nous à Béziers pour parler des langues régionales</b></a></p><p><i>Une langue en plus</i>, le documentaire de 52 minutes consacré aux langues dites régionales que j’ai conçu pour France 3, sera diffusé ce 27 mai à 18 heures 30 au Cirdoc de Béziers (Hérault) Je serai sur place afin de poursuivre les échanges. <a href="https://post.eu.spmailtechnol.com/f/a/gewpSzULMwNsWeuwIlbGxA~~/AABGZBA~/4X2dCMT1B0w9wIkahGtdhjFawnxhyP3vlwBwvq0QsPTyaz7X_x0-lcxmS3Di0QcOo92Tp5Iz07Nn7vbE7MvCPByQn85Awa12YWV5qjuzbQiP5uGEktZX4YAExmEDQxuT-uRV38RUwAKOZO-gU9NsyQ~~" rel="">En voici la bande-annonce.</a> Entrée libre. Réservation conseillée.</p><h3>Du côté des langues du monde</h3><p><a href="https://share.google/ClZ3jVOf93d6XoU8F" target="_self" rel="" title="https://share.google/ClZ3jVOf93d6XoU8F"><b>L'incroyable aventure du gallois en… Patagonie</b></a></p><p>Opprimés sur leur sol par les Anglais, 150 Gallois sont partis au XIXe siècle dans le sud de l’Argentine avec l’espoir de préserver leur langue et leur culture. Cet article raconte leur incroyable aventure, laquelle se poursuit aujourd’hui.</p><h3>A écouter</h3><p><a href="https://www.rtl.fr/culture/culture-generale/langue-francaise-pourquoi-ne-dit-on-pas-quelle-heure-est-elle-7900535523" target="_self" rel="" title="https://www.rtl.fr/culture/culture-generale/langue-francaise-pourquoi-ne-dit-on-pas-quelle-heure-est-elle-7900535523"><b>Pourquoi ne dit-on pas "Quelle heure est</b>‑<b>elle ?"</b></a></p><p>"Heure" est un mot féminin, et pourtant, on dit "quelle heure est‑il ?". Dans sa chronique de RTL, <i>Un bonbon sur la langue</i>, Muriel Gilbert en donne la raison.</p><h2>A regarder</h2><p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=Ef-UuoFI5Pc&amp;list=RDEf-UuoFI5Pc&amp;start_radio=1" target="_self" rel="" title="https://www.youtube.com/watch?v=Ef-UuoFI5Pc&amp;list=RDEf-UuoFI5Pc&amp;start_radio=1"><i><b>Aval a la rivièra</b></i><b>, par le groupe Abal</b></a></p><p>Réinterprétation inventive et, selon moi, réussie de ce chant traditionnel par le groupe polyphonique occitan Abal, dont l'ambition est de "réveiller des poésies chargées d’histoires grâce aux vestiges laissés par les poètes et poétesses" des siècles passés.</p><p><i><b>RÉAGISSEZ, DÉBATTEZ ET TROUVEZ PLUS D’INFOS SUR LES LANGUES DE FRANCE SUR </b></i><a href="https://www.facebook.com/MichelFeltinPalasSurLeBoutDesLangues" rel=""><i><b>la page Facebook dédiée à cette infolettre</b></i></a></p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/GGFJ4W5SLNCRVMAKJ7A5YRTCEE.jpg?auth=1c33e63564f333a476117118e478f62e3ec5a136ccefc4ff42ceb486f4e7cce2&amp;smart=true&amp;width=2048&amp;height=1359" type="image/jpeg" height="1359" width="2048"><media:description type="plain"><![CDATA[Les guides touristiques vanteront-ils un jour le charme des châteauS de la Loire ? ]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">iStock</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA["Les grues volent vers le sud" : rencontre avec Lisa Ridzen, l'auteure du roman phénomène qui a conquis l'Europe]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/les-grues-volent-vers-le-sud-rencontre-avec-lisa-ridzen-lauteure-du-roman-phenomene-qui-a-conquis-JNRK2NWRKVBOROSOTOQBAL4JXU/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/les-grues-volent-vers-le-sud-rencontre-avec-lisa-ridzen-lauteure-du-roman-phenomene-qui-a-conquis-JNRK2NWRKVBOROSOTOQBAL4JXU/</guid><dc:creator><![CDATA[Marianne Payot]]></dc:creator><description></description><pubDate>Mon, 18 May 2026 15:29:50 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Un lac, une forêt, et non loin, une maison tout de bois et de briques à l’instar de la vingtaine d’habitations du hameau de Hegled, à un quart d’heure d’Ostersund, dans le centre-nord de la Suède : c’est ici que vit, en toute tranquillité, loin des ors de Stockholm, la nouvelle millionnaire (en exemplaires dans le monde) suédoise de 38 ans, Lisa Ridzen. Casquette sur la tête, veste canadienne sur le dos, la charmante auteure des <i>Grues volent vers le sud</i> (<i>Tranerna flyger söderut</i>) n’a rien changé, semble-t-il, à ses habitudes depuis le raz-de-marée provoqué en Suède par son premier roman, publié en août 2024, soit quelque 300 000 exemplaires écoulés (tous formats confondus) dans un pays de 10 millions d’habitants – ce qui en France représenterait près de 20 millions d’exemplaires ! </p><p>On vous a parlé <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/livres-la-suedoise-lisa-ridzen-un-best-seller-europeen-ignore-en-france-7BTFNMPEDVHALGP4WHLEFCIGS4/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/livres-la-suedoise-lisa-ridzen-un-best-seller-europeen-ignore-en-france-7BTFNMPEDVHALGP4WHLEFCIGS4/">dans L’Express de ce phénomène venu du Nord</a>, avec ses 44 pays acheteurs et la folie des enchères (en Allemagne, neuf éditeurs se sont affrontés). Depuis lors, les chiffres se sont encore affolés… Et vous savez quoi ? Aucun meurtre à l’horizon dans ce best-seller nordique, publié en France le 7 mai, mais le piquant journal intime des derniers mois d’un homme de 89 ans, émouvante réflexion sur la vieillesse et les relations père-fils. </p><p>Son chien, un golden retriever blanc, batifolant auprès d’elle (lorsqu’il n’est pas allongé sur le lit bateau de sa maîtresse), Lisa Ridzen accueille ses hôtes d’un jour tout sourire – parmi eux, Simon Philippe Turcot, le patron hyper réactif des éditions québécoises La Peuplade, fêtant les vingt ans de sa maison avec panache grâce à l’acquisition des droits en langue française pour une somme modeste (et d’ores et déjà cédés pour le petit format au Livre de poche contre un chèque à 6 chiffres). Un café dans la demeure bohème de la romancière (construite par ses grands-parents au début des années 1960), où les jouets de sa fille de 5 ans jouxtent les legos et travaux de couture maternels, et va pour une virée dans la forêt. Histoire de raconter au grand air l’incroyable destinée de son roman. </p><p>Etudiante en sociologie, Lisa Ridzen prépare en 2021 un PhD (doctorat) sur la masculinité lorsque, atteinte de rhumatisme et alitée, elle songe à écrire un roman sur la sexualité. "Mais je suis tombée sur les carnets de liaison des aides à domicile de mon grand-père, décédé en 2010, et dont j’étais très proche. J’ai moi-même pris soin de nombreuses personnes âgées - une grande partie du travail consiste à les aider à se doucher et à manger, à changer leurs couches, ou encore à les accompagner lors de leurs promenades. Tout cela m’a inspirée, ainsi, j’ai souhaité que le lecteur ressente vraiment la sensation physique d'être dans un corps qui perd lentement ses forces. Et combien d'énergie et de capacités sont consacrées au simple fait de bouger. </p><p>C’est bien cela qui impressionne dans ce roman, cette capacité de l’auteure à nous faire ressentir ce que l'on éprouve quand le corps nous lâche. Son personnage, Bo, que seuls l’amitié avec un ancien compagnon de sa scierie et l’amour de son chien, Sixten, retiennent à la vie, nous capte dès les premières lignes : "Je rêve de le déshériter, de faire en sorte qu’il ne reçoive pas un centime", écrit-il à propos de son fils, Hans. Car celui-ci, inquiet pour les capacités physiques et les chutes éventuelles de son père, a décidé de lui retirer Sixten. C’est ainsi qu’on assiste jour après jour, ponctué par les visites des aides à domicile – dont on peut lire, entre chaque chapitre, les brefs comptes rendus sur les fameux cahiers de liaison -, à la lente perte d’autonomie de Bo. Tout à ses réminiscences et ruminations sur le passé (les relations exécrables avec son "vieux", les jours heureux avec sa femme, aujourd’hui frappée d’Alzheimer) et à ses non-dits avec son fils, tous deux empêtrés dans leur pudeur masculine, Bo met, entre deux quintes de toux, les mots justes sur des émotions et des situations, somme toute universelles.</p><p>Si universelles que même les hommes se sont mis à lire son roman : "En effet, confie Lisa, parmi toutes les lettres et tous les mails que j’ai reçus depuis la sortie de mon roman, beaucoup sont signés par des hommes qui ne lisent habituellement pas de fiction. De toute évidence, il semble combler une sorte de vide, comme s'il y avait un manque de ce genre d'histoires exprimant la vulnérabilité masculine. Par ailleurs, des enseignants de l’université m’ont annoncé traiter ce livre dans leurs cours, ce qui me rend très heureuse et ce qui est très important à l’heure où notre pays opère des coupes importantes dans le budget des soins pour le grand âge." Autre source de satisfaction, la fierté et l’imprimatur de ses parents, de son frère et de son mari (un professeur australien), qui n’ont découvert le livre qu’une fois achevé. Autant de motifs de consolation car, tel un coup du sort, Lisa Ridzen, a reçu un pot de fleurs sur la tête il y a un peu plus d’un an, provoquant une sévère commotion cérébrale et des effets secondaires fort longs à se dissiper. Ainsi, a-t-elle dû mettre entre parenthèses sa thèse, ses divers écrits et ses voyages à l’étranger. </p><p>Mais elle se remet petit à petit, elle viendra même en France, pour La Comédie du livre de Montpellier, du 22 au 24 mai, et a repris tout doucement l’écriture de son deuxième roman, dans lequel, il y aura bien, avoue-t-elle en riant, quelques scènes de sexe… </p><p><i>Les grues volent vers le sud</i>, par Liza Ridzen, trad. du suédois par Catherine Renaud. Editions La Peuplade, 432 p., 23 €.</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/VIY7BJUGOBBG5HAV3F4LKDE27Y.jpeg?auth=bc53fc7f9adc359e3c90bc2ec9182926c9b55bd28c802c7109d88e436325aa89&amp;smart=true&amp;width=1931&amp;height=2114" type="image/jpeg" height="2114" width="1931"><media:description type="plain"><![CDATA[La primo-romancière suédoise, auteure des "Grues volent vers le sud"]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">MP</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, un afflux de randonneurs sans précédent]]></title><link>https://www.lexpress.fr/monde/europe/sur-les-chemins-de-saint-jacques-de-compostelle-un-afflux-de-randonneurs-sans-precedent-OXP5CZ6Y65HSVE2CVWJ2KHHYGI/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/monde/europe/sur-les-chemins-de-saint-jacques-de-compostelle-un-afflux-de-randonneurs-sans-precedent-OXP5CZ6Y65HSVE2CVWJ2KHHYGI/</guid><dc:creator><![CDATA[Mathias Penguilly]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sun, 17 May 2026 09:30:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>"L'autoroute de Compostelle". Voilà le surnom que certains journalistes et influenceurs ont attribué aux chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle ces dernières années. Lors de la période estivale, de larges flots de randonneurs déferlent sur la capitale de la Galice, dans le nord-ouest de l'Espagne. C'est là que se trouve leur graal : les pèlerins peuvent obtenir la Compostela, un précieux certificat attestant de leur périple, à condition d'avoir marché au moins 100 kilomètres jusqu'à la cathédrale. Plus de 530 000 marcheurs l'ont obtenu l'année dernière, soit deux fois plus qu'en 2015. Les Espagnols représentent évidemment le plus gros contingent de marcheurs (environ 43 % en 2025), suivis des Américains et des Italiens. </p><p>Loin de l'image du pèlerinage solitaire, dédié à la quête spirituelle et à l'introspection, les chemins de Saint-Jacques sont donc devenus une destination touristique à part entière, au grand désarroi des riverains qui subissent la flambée des loyers et le remplacement des commerces de bouche par des boutiques de souvenirs.</p><p>Contacté, le secrétariat de l'agence française des chemins de Compostelle relativise aussitôt cette image d'invasion touristique : avec plus de 1 500 km, rien que sur l'itinéraire qui relie le Puy-en-Velay à la cité galicienne, le parcours peut bien accommoder un demi-million de visiteurs par an. "Je préfère parler de saturation des services ponctuelle à certains endroits et sur certains tronçons", note Laure Koupaliantz, la directrice de l'agence, depuis la ville italienne de Pistoia où s'est réunie l'assemblée générale de la fédération européenne des chemins de Saint-Jacques début mai. "Vous n'êtes jamais vraiment à la queue leu leu, s'amuse cette grande connaisseuse du pèlerinage, ce qui peut pêcher en revanche, c'est la capacité des randonneurs à se loger." D'autant qu'avec la massification du nombre de pèlerins, on constate l'arrivée de nombreux randonneurs qui préfèrent se laisser porter, sans forcément réserver d'hébergement à l'avance. "Compostelle, ça se prépare, avertit ainsi Laure Koupaliantz, quand vous vous trouvez en ville, il n'y a pas de problèmes pour trouver un hébergement. En revanche, c'est beaucoup plus compliqué quand vous êtes au milieu de l'Aubrac."</p><p>Les pèlerins cohabitent aujourd'hui de plus en plus avec d'autres types de randonneurs, attirés par le défi sportif ou le goût de l'aventure. Les installations n'ayant pas une capacité d'accueil illimitée, la préparation est d'autant plus essentielle. L'agence française encourage aussi les marcheurs à se répartir sur les différentes routes - certaines étant plus ou moins praticables en fonction de la saison. Car oui, en réalité, tous les pèlerins ne font pas le même trajet. Le chemin le plus emprunté est le "Camino francés" qui relie Saint-Jean-Pied-de-Port, au cœur du Pays basque français, à Saint-Jacques. Il y a vingt ans, ce tronçon réunissait encore plus de 80 % des pèlerins contre seulement 45 % aujourd'hui.</p><p>D'autres itinéraires gagnent en popularité à l'image du "Camino portugués" qui démarre à Lisbonne ou encore du "Camino inglés" qui serpente sur les îles britanniques puis rejoint le littoral galicien par la voie maritime. En France aussi, le pèlerinage peut emprunter plusieurs voies qui convergent vers le "Camino francés". La plus célèbre démarre au Puy-en-Velay, mais il est aussi possible de serpenter à partir de Vezelay, en Bourgogne, depuis Arles, dans les Bouches-du-Rhône, ou même via Paris et Bordeaux. Une pléthore de chemins donc, parsemés à chaque fois de monuments emblématiques de l'histoire chrétienne européenne, qui a d'ailleurs inspiré de nombreuses organisations de promotion du patrimoine européen.</p><blockquote class="instagram-media" data-instgrm-captioned data-instgrm-permalink="https://www.instagram.com/p/DYbqtpwl__H/?utm_source=ig_embed&amp;utm_campaign=loading" data-instgrm-version="14" style=" background:#FFF; border:0; border-radius:3px; box-shadow:0 0 1px 0 rgba(0,0,0,0.5),0 1px 10px 0 rgba(0,0,0,0.15); margin: 1px; max-width:658px; min-width:326px; padding:0; width:99.375%; width:-webkit-calc(100% - 2px); width:calc(100% - 2px);"><div style="padding:16px;"> <a href="https://www.instagram.com/p/DYbqtpwl__H/?utm_source=ig_embed&amp;utm_campaign=loading" style=" background:#FFFFFF; line-height:0; padding:0 0; text-align:center; text-decoration:none; width:100%;" target="_blank"> <div style=" display: flex; flex-direction: row; align-items: center;"> <div style="background-color: #F4F4F4; border-radius: 50%; flex-grow: 0; height: 40px; margin-right: 14px; width: 40px;"></div> <div style="display: flex; flex-direction: column; flex-grow: 1; justify-content: center;"> <div style=" background-color: #F4F4F4; border-radius: 4px; flex-grow: 0; height: 14px; margin-bottom: 6px; width: 100px;"></div> <div style=" background-color: #F4F4F4; border-radius: 4px; flex-grow: 0; height: 14px; width: 60px;"></div></div></div><div style="padding: 19% 0;"></div> <div style="display:block; height:50px; margin:0 auto 12px; width:50px;"><svg width="50px" height="50px" viewBox="0 0 60 60" version="1.1" xmlns="https://www.w3.org/2000/svg" xmlns:xlink="https://www.w3.org/1999/xlink"><g stroke="none" stroke-width="1" fill="none" fill-rule="evenodd"><g transform="translate(-511.000000, -20.000000)" fill="#000000"><g><path d="M556.869,30.41 C554.814,30.41 553.148,32.076 553.148,34.131 C553.148,36.186 554.814,37.852 556.869,37.852 C558.924,37.852 560.59,36.186 560.59,34.131 C560.59,32.076 558.924,30.41 556.869,30.41 M541,60.657 C535.114,60.657 530.342,55.887 530.342,50 C530.342,44.114 535.114,39.342 541,39.342 C546.887,39.342 551.658,44.114 551.658,50 C551.658,55.887 546.887,60.657 541,60.657 M541,33.886 C532.1,33.886 524.886,41.1 524.886,50 C524.886,58.899 532.1,66.113 541,66.113 C549.9,66.113 557.115,58.899 557.115,50 C557.115,41.1 549.9,33.886 541,33.886 M565.378,62.101 C565.244,65.022 564.756,66.606 564.346,67.663 C563.803,69.06 563.154,70.057 562.106,71.106 C561.058,72.155 560.06,72.803 558.662,73.347 C557.607,73.757 556.021,74.244 553.102,74.378 C549.944,74.521 548.997,74.552 541,74.552 C533.003,74.552 532.056,74.521 528.898,74.378 C525.979,74.244 524.393,73.757 523.338,73.347 C521.94,72.803 520.942,72.155 519.894,71.106 C518.846,70.057 518.197,69.06 517.654,67.663 C517.244,66.606 516.755,65.022 516.623,62.101 C516.479,58.943 516.448,57.996 516.448,50 C516.448,42.003 516.479,41.056 516.623,37.899 C516.755,34.978 517.244,33.391 517.654,32.338 C518.197,30.938 518.846,29.942 519.894,28.894 C520.942,27.846 521.94,27.196 523.338,26.654 C524.393,26.244 525.979,25.756 528.898,25.623 C532.057,25.479 533.004,25.448 541,25.448 C548.997,25.448 549.943,25.479 553.102,25.623 C556.021,25.756 557.607,26.244 558.662,26.654 C560.06,27.196 561.058,27.846 562.106,28.894 C563.154,29.942 563.803,30.938 564.346,32.338 C564.756,33.391 565.244,34.978 565.378,37.899 C565.522,41.056 565.552,42.003 565.552,50 C565.552,57.996 565.522,58.943 565.378,62.101 M570.82,37.631 C570.674,34.438 570.167,32.258 569.425,30.349 C568.659,28.377 567.633,26.702 565.965,25.035 C564.297,23.368 562.623,22.342 560.652,21.575 C558.743,20.834 556.562,20.326 553.369,20.18 C550.169,20.033 549.148,20 541,20 C532.853,20 531.831,20.033 528.631,20.18 C525.438,20.326 523.257,20.834 521.349,21.575 C519.376,22.342 517.703,23.368 516.035,25.035 C514.368,26.702 513.342,28.377 512.574,30.349 C511.834,32.258 511.326,34.438 511.181,37.631 C511.035,40.831 511,41.851 511,50 C511,58.147 511.035,59.17 511.181,62.369 C511.326,65.562 511.834,67.743 512.574,69.651 C513.342,71.625 514.368,73.296 516.035,74.965 C517.703,76.634 519.376,77.658 521.349,78.425 C523.257,79.167 525.438,79.673 528.631,79.82 C531.831,79.965 532.853,80.001 541,80.001 C549.148,80.001 550.169,79.965 553.369,79.82 C556.562,79.673 558.743,79.167 560.652,78.425 C562.623,77.658 564.297,76.634 565.965,74.965 C567.633,73.296 568.659,71.625 569.425,69.651 C570.167,67.743 570.674,65.562 570.82,62.369 C570.966,59.17 571,58.147 571,50 C571,41.851 570.966,40.831 570.82,37.631"></path></g></g></g></svg></div><div style="padding-top: 8px;"> <div style=" color:#3897f0; 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transform: translateX(16px) translateY(-4px) rotate(30deg)"></div></div><div style="margin-left: auto;"> <div style=" width: 0px; border-top: 8px solid #F4F4F4; border-right: 8px solid transparent; transform: translateY(16px);"></div> <div style=" background-color: #F4F4F4; flex-grow: 0; height: 12px; width: 16px; transform: translateY(-4px);"></div> <div style=" width: 0; height: 0; border-top: 8px solid #F4F4F4; border-left: 8px solid transparent; transform: translateY(-4px) translateX(8px);"></div></div></div> <div style="display: flex; flex-direction: column; flex-grow: 1; justify-content: center; margin-bottom: 24px;"> <div style=" background-color: #F4F4F4; border-radius: 4px; flex-grow: 0; height: 14px; margin-bottom: 6px; width: 224px;"></div> <div style=" background-color: #F4F4F4; border-radius: 4px; flex-grow: 0; height: 14px; width: 144px;"></div></div></a></div></blockquote><h2>Des alternatives aux quatre coins du continent</h2><p>2027 sera une année particulière pour le parcours qui fêtera les quarante ans de sa reconnaissance comme "itinéraire culturel" par le Conseil de l'Europe. En 1987, la Fédération européenne des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle est devenue la première organisation à obtenir cette certification. Quarante-huit autres itinéraires ont depuis rejoint ce prestigieux répertoire - la moitié au cours des dix dernières années. Certains, à l'image du pèlerinage jacquaire, sont de véritables parcours de randonnées transfrontaliers. D'autres réunissent des organisations de divers pays autour d'une thématique commune, à l'image de la "route des écrivaines", dédiée aux femmes auteures, et qui n'a de route que le nom. Pour obtenir ce label, les organisations candidates doivent être membres d'au moins trois pays européens, respecter des principes de démocratie et de transparence dans leur gestion et déposer un dossier qui démontre l'intérêt culturel de l'itinéraire.</p><p>"Ce n'est pas le Conseil de l'Europe qui propose la création <i>ad hoc </i>de ces routes en fonction de certaines thématiques", pointe Rui Gomes, le directeur de l'institut européen des itinéraires culturels <a href="https://www.lexpress.fr/culture/art/un-week-end-au-luxembourg-robert-combas-dans-tous-ses-etats-3IELWK6KCJHXDLAUU4XFQLTFE4/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/art/un-week-end-au-luxembourg-robert-combas-dans-tous-ses-etats-3IELWK6KCJHXDLAUU4XFQLTFE4/">basé à Luxembourg</a>. A l'inverse, ce sont plutôt des organisations locales qui se coalisent pour faire reconnaître une partie de leur patrimoine commun. Une manière de distinguer un engagement citoyen, souvent bénévole, pour faire vivre la culture européenne.</p><p>Interrogé sur la raison derrière la multiplication des itinéraires culturels, le directeur du programme certifie qu'il ne s'agit pas d'une volonté délibérée des Etats membres. Il pointe néanmoins le cercle vertueux qu'une reconnaissance permet d'initier : une fois la certification obtenue, les organisations candidates obtiennent généralement plus de financements européens et par ricochets, plus de soutien des institutions nationales et locales. Elles bénéficient aussi d'un certain coup de projecteur parfois nécessaire pour détourner les touristes des sentiers les plus fréquentés. "Ces itinéraires reposent parfois sur l'œuvre d'une vie : des contributions d'universitaires ou de bénévoles qui se sont dévoués à la préservation d'une histoire. On aimerait qu'ils intéressent plus de jeunes pour prendre racine durablement dans la communauté européenne", plaide Rui Gomes. Et peut-être aider à désengorger "l'autoroute de Compostelle".</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/GSQKOWH7D5HK3AQYFFBLQPHNBY.jpg?auth=de92063c0e9fa55e8257f3b56804cfae41b46ca0858cbd36014a7327a881b2b0&amp;smart=true&amp;width=3000&amp;height=2000" type="image/jpeg" height="2000" width="3000"><media:description type="plain"><![CDATA[Randonneurs sur le GR7 entre le Mont-Saint-Vincent et Russilly. Rencontre avec Michaella et Martin, des Allemands.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">PHOTOPQR/JOURNAL SAONE ET LOIRE/</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[La fabrique d'un mythe : visite guidée à la chocolaterie Menier]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/la-fabrique-dun-mythe-visite-guidee-a-la-chocolaterie-menier-H5PNF4HFTNBLVG3DEI42FNMY7U/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/la-fabrique-dun-mythe-visite-guidee-a-la-chocolaterie-menier-H5PNF4HFTNBLVG3DEI42FNMY7U/</guid><dc:creator><![CDATA[Letizia Dannery]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sun, 17 May 2026 08:00:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>A huit kilomètres de Chelles, sur les rives de la Marne, la grande bâtisse colorée semble flotter. C’est ici, à Noisiel, que se raconte l’histoire de la chocolaterie Menier, emblème du patrimoine industriel français. Pourtant, lorsque Jean Antoine Brutus Menier, pharmacien, y installe son activité dans un simple moulin en 1825, il n’est pas encore question de gourmandises fondantes, mais de poudres à usage médicinal que la force hydraulique de la rivière contribue à broyer. Très vite, pourtant, le cacao s’impose et, avec lui, une ambition : produire à grande échelle. Sous l’impulsion de son fils, Emile Menier, l’entreprise prend une dimension tentaculaire au XIXᵉ siècle. L’usine s’étend, se modernise pour devenir une véritable ville organisée autour du chocolat. </p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/GUVWUJVUAJBS5MBNBA5XD2FAIM.jpg?auth=6e7a2476cc883624e2cb71ead78151885398319bd991e6ea9e153fd3f2029ac5&smart=true&width=1090&height=1628" alt="La célèbre affiche de Firmin Bouisset (1895) a contribué au rayonnement de Menier à travers le monde." height="1628" width="1090"/><figcaption>La célèbre affiche de Firmin Bouisset (1895) a contribué au rayonnement de Menier à travers le monde.</figcaption></figure><p>Au cœur de cette transformation se dresse donc le moulin Saulnier, conçu par l’architecte du même nom entre 1869 et 1872. Posé sur des piles au milieu de l’eau, l’édifice combine une ossature métallique apparente – prouesse technique pour l’époque – et des façades de briques polychromes aux motifs raffinés évoquant le cacao. A la fois usine et œuvre d’art, il symbolise une nouvelle manière de penser l’architecture industrielle. Autour de lui se déploie un ensemble impressionnant de bâtiments : ateliers de transformation du cacao, sites de refroidissement, passerelles et ponts techniques, sans oublier l’immense halle de stockage surnommée la "cathédrale". A cela s’ajoute une cité ouvrière construite dès les années 1870 par la famille Menier, qui régente la vie sociale de ses ouvriers en leur offrant logements, école et services. Ce modèle paternaliste fait de Noisiel une communauté entière tournée vers une seule production. A son apogée, l’usine figure parmi les plus importantes chocolateries du monde.</p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/6JKUUN5HWFAOZM7JOBLD2P6JRA.jpg?auth=7ba3ee0e8e2263ebbf76d6d533e012c982e4d240cf27c0268a0b2cf105515c09&smart=true&width=1522&height=1008" alt="Détail de la façade du moulin Saulnier." height="1008" width="1522"/><figcaption>Détail de la façade du moulin Saulnier.</figcaption></figure><p>Après la fin de la gestion familiale au mitan du XXe siècle et le déclin de l’activité, le site échappe à l’abandon grâce à son classement et à son caractère exceptionnel. Une première réhabilitation au début des années 1990, lancée par Nestlé, le nouveau maître des lieux, lui offre une seconde vie comme siège d’entreprise, préservant ses structures tout en les adaptant. Aujourd’hui, un vaste projet vise à transformer l’ensemble en un quartier vivant. Porté par le promoteur Linkcity, il comptera plusieurs centaines de logements et une "Cité du goût" avec, entre autres promesses, des espaces muséaux dédiés au chocolat et une école d’hôtellerie de luxe. En attendant le premier coup de pioche, annoncé mais non daté, le service du patrimoine de la mairie de Noisiel propose ponctuellement des créneaux de visites commentées aux curieux. Chaque fois, les places, limitées, s’arrachent en quelques heures. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/EA243OLHWRH3HEQTTLWQQHMROM.jpg?auth=4735650706ba901de917db021f015447b8db9dc3458260fec9cf65e0e63f3298&amp;smart=true&amp;width=2946&amp;height=1442" type="image/jpeg" height="1442" width="2946"><media:description type="plain"><![CDATA[Le moulin à ossature métallique apparente a été conçu par Jules Saulnier en 1870.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">© Yann Piriou / Mairie de Noisiel</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Alcool, doubles fictifs et solitude : Fernando Pessoa, la vraie vie du Franz Kafka portugais]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/alcool-doubles-fictifs-et-solitude-fernando-pessoa-la-vraie-vie-du-franz-kafka-portugais-XFVG64CRHFFX7JCMBZHXQPBHTM/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/alcool-doubles-fictifs-et-solitude-fernando-pessoa-la-vraie-vie-du-franz-kafka-portugais-XFVG64CRHFFX7JCMBZHXQPBHTM/</guid><dc:creator><![CDATA[Louis-Henri de La Rochefoucauld]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sat, 16 May 2026 11:00:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Difficile de passer à côté de Fernando Pessoa quand on flâne à Lisbonne. Dans le quartier du Chiado, les touristes s’agglutinent devant sa statue en bronze, sise à l’entrée de l’un des cafés où il avait ses habitudes, A Brasileira. Et quand on s’aventure à la périphérie de la ville pour visiter le majestueux monastère des Hiéronymites, on tombe sur la tombe de l’écrivain, qui y côtoie celles d’autres gloires nationales, dont <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/vasco-de-gama-legende-et-tribulations-par-sanjay-subrahmanyam_1098606.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/vasco-de-gama-legende-et-tribulations-par-sanjay-subrahmanyam_1098606.html">Vasco de Gama</a> et Luis de Camoes. </p><p>Si le nom de Pessoa est mondialement célèbre, qu’en est-il de son œuvre ? A son décès au début des années 1930, il n’était admiré que d’une poignée de connaisseurs lisboètes. La malle qu’il a laissée, contenant entre 25 000 et 35 000 papiers attribués à une centaine d’hétéronymes différents, a donné du fil à retordre aux éditeurs, jusqu’à ce que la publication du <i>Livre de l’intranquillité</i>, en 1982, fasse de Pessoa un classique contemporain. Une biographie monumentale (plus de 1 200 pages !) écrite par un fan américain, Richard Zenith, permet enfin de mieux cerner cet insaisissable alcoolique (il aimait le vin rouge et le brandy) qui, au cours de sa vie, boira le calice jusqu’à la lie.</p><p>Né en 1888, Pessoa est frappé dès l’enfance par le deuil : il n’a que 5 ans quand meurent coup sur coup son père (de la tuberculose) et son petit frère. Sa mère rencontre Joao Miguel Rosa, un capitaine de navire avec lequel elle refait sa vie sans attendre. Son beau-père étant promu consul du Portugal à Durban, dans la colonie britannique du Natal (actuelle Afrique du Sud), Pessoa y grandit jusqu’à ses 17 ans. Dès son adolescence, alors que la guerre des Boers déchire la région, l’élève précoce écrit ses premiers poèmes et crée des journaux humoristiques, dont <i>Le Bavard</i>, où il signe tous les articles sous différents noms – le début de son obsession pour les doubles imaginaires qu’il aime s’inventer. Quand il ne révise pas ses cours de latin (sa matière préférée), il lit avec voracité, notamment <i>Les Papiers posthumes du Pickwick Club</i> de <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/charles-dickens-et-le-public-francais-un-grand-malentendu_2127869.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/charles-dickens-et-le-public-francais-un-grand-malentendu_2127869.html">Charles Dickens</a>, qui forment son goût pour la camaraderie entre hommes (nous y reviendrons). </p><p>A son retour au Portugal en 1905, Pessoa s’inscrit à l’Ecole des arts et des lettres. La mort de sa grand-mère, atteinte de démence, lui offre un bel héritage. Il s’empresse de le flamber en montant une maison d’édition, Ibis, qui ferme au bout de quelques mois sans avoir imprimé le moindre livre. Pessoa n’a alors que 21 ans. Ce drôle de dandy ne travaillera jamais à fond, vivotant de traductions et autres piges, mais s’habillant (à crédit) chez Lourenço &amp; Santos, alors les tailleurs les plus chics de Lisbonne. Volontiers misogyne, ce vieux garçon moustachu qui mourra puceau traîne dans les cafés où il s’enivre, fume des cigarettes et parle littérature avec des copains, parmi lesquels un autre poète en herbe, Mario de Sá-Carneiro, qui restera à jamais son plus proche ami. Hélas, le 26 avril 1916, Sá-Carneiro se suicide à Paris en avalant cinq fioles de strychnine.</p><p>Pessoa n’a pas attendu ce nouveau drame pour se réfugier dans l’ésotérisme. Occultisme, spiritisme, astrologie et numérologie, tout est bon à prendre pour ce gnostique qui consulte des voyantes et communique avec l’au-delà. Des voix lui apprennent une bonne nouvelle : il va rencontrer une femme. Celle-ci sera très masculine. De quoi s’accorder avec les pulsions homosexuelles qu’il refoule ? En 1919, année ou <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/vous-serez-bien-gentil-de-une-diva-nommee-marcel-proust-FJE2B4NDUVDIHDUFW4Z3OW3SPE/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/vous-serez-bien-gentil-de-une-diva-nommee-marcel-proust-FJE2B4NDUVDIHDUFW4Z3OW3SPE/">Marcel Proust</a> publie <i>A l’ombre des jeunes filles en fleurs</i>, une idylle naît à Lisbonne : Pessoa, 31 ans, croise Ophélia Queiroz, 19 ans. Cette dernière, toute menue, n’a rien d’une virago. Tant pis. Par on ne sait quel miracle, elle est séduite par le clown <a href="https://www.lexpress.fr/culture/franz-kafka-une-correspondance-amoureuse-des-plus-singulieres_2174331.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/franz-kafka-une-correspondance-amoureuse-des-plus-singulieres_2174331.html">kafkaïen</a> aux faux airs de Groucho Marx. Insatisfaite de ce flirt chaste, elle lui demande par écrit s’il serait prêt à s’engager et à fonder une famille. Réponse de Pessoa : "Ceux qui aiment vraiment n’écrivent pas des lettres qui ressemblent à des requêtes d’avocat." Il rompt. Ils renoueront une décennie plus tard, entre 1929 et 1930, mais ça n’ira pas plus loin. Dans <i>Le Livre de l’intranquillité</i>, Pessoa laissera cette pensée proustienne : "Nous n’aimons jamais vraiment quelqu’un. Nous aimons uniquement l’idée que nous nous faisons de ce quelqu’un. Ce que nous aimons, c’est un concept forgé par nous – et en fin de compte, c’est nous-mêmes."</p><p>Il y aurait beaucoup de choses à dire sur ce cerveau dérangé qui, dans sa jeunesse, était allé consulter le docteur Antonio Egas Moniz – plutôt que le soigner, le célèbre psychiatre, père de la lobotomie, avait orienté ce patient pas comme les autres vers… la gymnastique suédoise. Nullement refroidi par le flop d’Ibis, il monte une autre société, Olisipo, qui fera du courtage dans le secteur minier, puis de l’édition. Pessoa créera aussi des jeux de société, dont un cricket de table (?), qu’il ne parviendra pas à commercialiser. En 1927, alors qu’il exerce à l’occasion comme rédacteur publicitaire, il doit participer au lancement de Coca-Cola au Portugal. Il bricole un slogan que l’on pourrait traduire par : "Le premier jour, quel goût étrange. Le cinquième jour, ça vous démange !" Il faut croire que Pessoa porte la poisse : la marque de soda est interdite au Portugal, où elle restera boycottée pendant les cinquante années suivantes.</p><p>On ne peut faire l’impasse sur une rencontre improbable. En 1929, Pessoa se lance dans une correspondance avec le sulfureux Aleister Crowley, le maître anglais de la magie noire, héroïnomane de son état, auquel on prête par ailleurs une bisexualité des plus débridées. Au mois de septembre 1930, voici que Crowley débarque à Lisbonne avec sa petite amie du moment. Quand ils ne sont pas enfermés dans leur chambre d’hôtel d’Estoril à organiser des orgies, les deux amants retrouvent Pessoa au Café Martinho da Arcada, où ils sidèrent les serveurs. Avec la complicité de l’écrivain, Crowley met en scène un faux suicide (il fait croire qu’il s’est noyé à la Boca do Inferno, une gorge balayée par les vagues, vers Cascais) et s’évapore en vérité vers l’Espagne, puis Paris, puis Berlin… Marqué par cette fréquentation satanique, Pessoa se plonge dans des livres sur la doctrine rosicrucienne, la kabbale, la franc-maçonnerie et autres rites initiatiques.<i> </i></p><p>Encore jeune, Pessoa pouvait écrire ceci : "Me voici donc arrivé à mon vingt-huitième anniversaire sans avoir jamais rien fait dans ma vie – rien dans ma vie, rien dans les lettres ou dans ma propre personnalité. J’ai connu jusqu’à maintenant l’échec le plus total. Pendant combien de temps, hélas, vais-je encore le connaître ?" Il ne sortira pas de sa profonde angoisse existentielle, malgré une graphomanie qui témoigne d’une incroyable vitalité, capable qu’il était de se projeter dans des dizaines de doubles fictifs. A ce rythme, l’ancien adolescent prodige aura vieilli plus vite que la moyenne. Très affaibli, il expire le 30 novembre 1935, à 47 ans (comme Jack Kerouac après lui). On ne sait pas bien quel mal fut fatal à cet homme au foie malmené par sa consommation d’alcool. Une occlusion intestinale ? Une colique hépatique ? Une cirrhose ? Une pancréatite aiguë ? "Feindre est le propre du poète", disait-il. Le prestidigitateur aura disparu en emportant avec lui plus d’un mystère. </p><p><i>Pessoa. L’œuvre-vie </i>par Richard Zenith. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nicolas Richard. Seuil, 1 261 p., 39,90 €. Parution le 29 mai. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/KALD7M4IHZBCDDKR2NNXJZAF5I.jpg?auth=189744e6b0ccf26129376c192e4be388d26968a2af1d8023a560ecd8b0f1328f&amp;smart=true&amp;width=1774&amp;height=2362" type="image/jpeg" height="2362" width="1774"><media:description type="plain"><![CDATA[Fernando Pessoa dans les rues de Lisbonne à la fin de sa vie. Une biographie monumentale le remet dans l'actualité. ]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">DR</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Un week-end en bords de Marne : à Chelles, la renaissance du musée Alfred Bonno]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/art/un-week-end-en-bords-de-marne-a-chelles-la-renaissance-du-musee-alfred-bonno-TWK3RMIVPJDHBL36QKMI6UD374/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/art/un-week-end-en-bords-de-marne-a-chelles-la-renaissance-du-musee-alfred-bonno-TWK3RMIVPJDHBL36QKMI6UD374/</guid><dc:creator><![CDATA[Letizia Dannery]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sat, 16 May 2026 08:00:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Dans cette commune seine-et-marnaise, Bathilde garde, treize siècles après sa disparition, un statut de vedette indétrônable. Ici, son nom résonne comme celui d’une figure protectrice, bienveillante, presque intime. Il faut dire que la jeune esclave devenue reine des Francs a connu un destin hors du commun : épouse de Clovis II, dont elle eut cinq enfants, puis régente du royaume et fondatrice de l’abbaye royale de Chelles, où elle acheva son existence en 680, elle s'est distinguée par un engagement religieux et social inédit pour son époque, qui lui vaudra d'être canonisée au XIe siècle. Les reliques de cette sainte ancrée dans l’identité locale trouvent désormais un nouvel écrin avec la renaissance du musée archéologique Alfred Bonno. Après une longue fermeture, l’institution francilienne rouvre ses portes le 23 mai, à l’occasion de la Nuit européenne des musées, dans un bâtiment entièrement repensé sur le site de l’ancienne bibliothèque Georges Brassens. Pour les Chellois, cette inauguration est bien plus qu’un simple événement culturel : elle marque le retour d’un lieu de mémoire majeur, étroitement lié à l’histoire de leur territoire.</p><p>Sa genèse s’écrit au début du XXᵉ siècle, grâce à la passion d’un personnage singulier, l’abbé Alfred Bonno. Des décennies durant, le prélat, archéologue amateur mais rigoureux, rassemble des objets issus de fouilles locales, jusqu’à constituer un ensemble remarquable qu’il lègue à la ville en 1921. Ce don providentiel fonde le socle du musée ouvert au public dès 1961. Installée alors dans les murs de la mairie, il s’impose progressivement comme un endroit clé pour comprendre l’évolution historique de Chelles et de ses environs, avant de faire l'objet d'un vaste chantier de modernisation à partir de 2014. Inventaire des collections, restauration des œuvres, refonte du parcours de visite : plus de dix années de travail ont été nécessaires pour donner jour à l’équipement aujourd’hui flambant neuf. Cela valait la peine de patienter, diront les habitants, quand ils découvriront une muséographie mise à l’heure technologique, plus accessible et immersive, via des dispositifs numériques, des supports pédagogiques et une scénographie contemporaine. L’objectif de la municipalité : attirer un large public, bien au-delà des frontières du département.</p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/YBGYKSP3C5ES7CRO7JTRJE23KI.jpg?auth=647af4ba8f83027b552c049c6df72cba6620e6301226f4646d131697586686f1&smart=true&width=2150&height=1232" alt="Le parcours couvre plusieurs centaines milliers d'années d'histoire, du paléolitique au XXe siècle." height="1232" width="2150"/><figcaption>Le parcours couvre plusieurs centaines milliers d'années d'histoire, du paléolitique au XXe siècle.</figcaption></figure><p>Les collections du musée Alfred Bonno comptent en effet parmi les plus riches d’Ile-de-France en matière d’archéologie. Le parcours couvre plusieurs centaines de milliers d’années d’histoire, depuis les premiers outils en silex du Paléolithique jusqu’aux objets du XXᵉ siècle. Vestiges néolithiques, traces de l’occupation gauloise, éléments gallo-romains et médiévaux témoignent de la continuité d’une présence humaine dans la commune. Parmi les pièces notables, figurent des sculptures, fragments architecturaux ou sarcophages issus de l’abbaye de Chelles détruite à la Révolution. Mais le clou des collections reste l’ensemble de tenues mérovingiennes, exceptionnel à l’échelle nationale. Incroyablement bien conservés, les tuniques, manteaux et étoffes brodées offrent un témoignage rare sur les savoir-faire du haut Moyen Age. </p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/TOLKOYUTPBCLTLSXMSBMFH7RVY.jpg?auth=45459bbfa79df89c4959fd1e08ff3c0eb13ec2675aa466738c9b280e2cccd294&smart=true&width=1150&height=1706" alt="Parmi les pièces remarquables de la collection figure la célèbre chasuble (ou tunique) de Bathilde, datée du VIIe siècle." height="1706" width="1150"/><figcaption>Parmi les pièces remarquables de la collection figure la célèbre chasuble (ou tunique) de Bathilde, datée du VIIe siècle.</figcaption></figure><p>Star de la réunion, la célèbre chasuble dite de Bathilde, datée du VIIe siècle, a peut-être été portée par la souveraine elle-même, comme le suggère la richesse symbolique de ses broderies de soie qui reproduisent les éléments d’une parure de bijoux royale. Humble par sa matière, somptueuse par ses ornements, l’aube de lin, dont seule la partie antérieure subsiste, pourrait incarner l’état d’esprit d’une monarque devenue sainte, qui, toute sa vie, tenta de concilier haut rang et idéal monastique. Une sorte de manifeste textile au croisement du pouvoir, de la foi et de l’art. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/GDXTAGZKORBLFAYIYVAJEGG7KY.jpg?auth=c33e6b8664f69d6cb53cff9bfbc01b91b22b678be1750b5de1f240c1d1996f9a&amp;smart=true&amp;width=1516&amp;height=802" type="image/jpeg" height="802" width="1516"><media:description type="plain"><![CDATA[L'ombre de la reine Bathilde planera sur la réouverture du site qui aura lieu samedi 23 mai à partir de 18h30, dans le cadre de la Nuit européenne des musées 2026.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">© Patricia Mittard / Ville de Chelles</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Ventes de livres : les écrivains doivent-ils bénéficier de congés payés ?]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/ventes-de-livres-les-ecrivains-doivent-ils-beneficier-de-conges-payes-CQRCQQH7LRBLXPFBQXJBYWTFYU/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/ventes-de-livres-les-ecrivains-doivent-ils-beneficier-de-conges-payes-CQRCQQH7LRBLXPFBQXJBYWTFYU/</guid><dc:creator><![CDATA[Louis-Henri de La Rochefoucauld]]></dc:creator><description></description><pubDate>Fri, 15 May 2026 15:05:16 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Le feuilleton dure <a href="https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/affaire-grasset-si-vincent-bollore-est-une-menace-il-est-aussi-un-symptome-par-pierre-bentata-KNGLOWQMFVAA3BJ6FFLNYKL4FI/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/affaire-grasset-si-vincent-bollore-est-une-menace-il-est-aussi-un-symptome-par-pierre-bentata-KNGLOWQMFVAA3BJ6FFLNYKL4FI/">depuis que Vincent Bolloré a démis Olivier Nora de ses fonctions de patron de Grasset</a>. Certains auteurs se mobilisent pour faire valoir leurs droits. Mercredi 13 mai, des Etats généreux de l’édition (oui : "généreux" et non "généraux") se sont ainsi tenus au Théâtre de la Concorde, à Paris. Anne Berest, Virginie Despentes, <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/patronyme-de-vanessa-springora-au-nom-du-pere-OPFXZJAH55BMVHXWLO3NW6EQQI/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/patronyme-de-vanessa-springora-au-nom-du-pere-OPFXZJAH55BMVHXWLO3NW6EQQI/">Vanessa Springora</a>, Tania de Montaigne et Colombe Schneck en étaient les maîtresses de cérémonie. Dans une ambiance bonhomme et blagueuse, façon Radio Nova, différents intervenants ont pris la parole. Si certains ont tenu des propos raisonnables, soulevant telle ou telle interrogation légitime, d’autres semblaient n’être venus que pour amuser leurs camarades. </p><p>Le plus divertissant fut sans doute Julien Delmaire, sosie non-officiel du Doc Gyneco grande époque. Il a milité en faveur d’un "statut social" pour les "artistes-auteurs". Cet extrait de son intervention lunaire (<a href="https://www.youtube.com/watch?v=HaFpGXc-vc0" target="_self" rel="" title="https://www.youtube.com/watch?v=HaFpGXc-vc0">disponible en intégralité sur YouTube</a>) en donne la teneur : "Nous n’avons toujours pas de congés payés en tant qu’artistes-auteurs. Nous n’avons pas de continuité de revenus, donc nous n’avons même pas la possibilité de toucher des indemnisations chômage, des indemnités en cas d’interruption de nos carrières. Pour réclamer des congés parentaux, c’est possible, mais c’est vraiment la croix et la bannière. En cas de burn-out – car les burn-out existent aussi chez les auteurs – eh bien pas de revenus ! Là c’est vraiment l’enfer qui s’ouvre sous les pieds des auteurs qui auraient pendant quelque temps lâché la rampe… Ce sont des situations qui nous paraissent un peu aberrantes au regard de la situation de l’ensemble des salariés."</p><p>La suite est à l’avenant – invraisemblable. A titre informatif, faisons un point sur la "situation" de Julien Delmaire, qui se définit lui-même comme un "travailleur de l’esprit". Son dernier roman publié chez Grasset à la rentrée littéraire 2025, <i>La Joie de l’ennemi</i>, s’est vendu à 200 exemplaires. Sur la scène du Théâtre de la Concorde, il mettait en avant son œuvre d’auteur jeunesse. Il a en effet fait paraître, toujours chez Grasset, une trilogie au titre attrayant : <i>Les Aventures inter-sidérantes de l’ourson Biloute</i>. Le premier tome, <i>La Baraque à frites de l’espace</i>, s’est écoulé à 500 exemplaires. Le deuxième tome, <i>Les Mutants de la mine noire</i>, est tombé à 200 exemplaires ; et le troisième tome, <i>L’Etoile molaire</i>, à 100 exemplaires. Malgré ces résultats plutôt décevants, Julien Delmaire a eu droit à un coffret regroupant l’intégrale de sa saga (400 exemplaires vendus). Qu’il soit ami avec Virginie Despentes (ils ont co-écrit la pièce <i>Woke</i>) explique sans doute qu’il ait pu sortir tant de flops chez Grasset. </p><p>Mais pourquoi la maison Grasset (tout juste à l’équilibre) et l’Etat français (bien endetté) devraient-ils entretenir indéfiniment quelqu’un qui n’intéresse pas les lecteurs ? Julien Delmaire ne peut-il pas gagner sa vie comme tout le monde ? La culture de l’assistanat n’épargne visiblement pas les "artistes-auteurs", alors qu’un écrivain digne de ce nom est par définition un esprit libre, élitiste même quand il est à découvert, cherchant dans l’existence autre chose que des arrêts maladie, des ruptures conventionnelles et autres congés de paternité (même quand il a mis au monde l’ourson Biloute à la sueur de son front). Dans l’histoire littéraire, on ne compte pas les génies qui ont mangé de la vache enragée et ont dû trimer quand ils n’avaient pas la chance d’être rentiers ou soutenus par des protecteurs fidèles. Rappelons que le monde du livre est déjà sous perfusion (festivals et salons dans toutes les régions, pass Culture, résidences d’écriture parfois luxueuses type Villa Médicis, diverses bourses et aides à la création et à la traduction…). Les écrivains doivent-ils devenir des intermittents du spectacle ? Si on envisage sérieusement ce scénario, quelles prestations pourraient-ils fournir auprès de France Travail en échange de l’ouverture de leurs droits ? Des missions d’écrivain public, comparables aux cachets d’un musicien ? Des lectures de poèmes devant des salles vides ? D'autres seuls en scène humoristiques ? A écouter Julien Delmaire, qui semble pourtant doué pour le one-man-show, lui souhaiterait être pris en charge sans aucune contrepartie. </p><p>Ce qu’on appelle dans le landerneau des lettres "l’affaire Grasset" n’est que l’arbre qui cache une forêt d’autres problèmes, dont le déclin très préoccupant du niveau de lecture, la hausse du marché de l’occasion, le spectre des IA génératives (qui démonétisent l'écriture) et une baisse générale des ventes, y compris pour les vedettes. Derrière la façade d’une résistance antifasciste illusoire, les "artistes-auteurs" sont avant tout préoccupés par leur précarisation. Certains demandent que, sur le camembert de la répartition des bénéfices de la vente d’un livre, leurs pourcentages soient revus à la hausse. Pourquoi pas, tant il est vrai que ceux-ci sont souvent bas. Mais au détriment de quel acteur de la chaîne du livre pourrait-on les augmenter ? Des diffuseurs-distributeurs (qui appartiennent aux gros groupes) ou des libraires (qui sont eux aussi très en difficulté) ? Bon courage aux "artistes-auteurs" qui, dans leur croisade, vont avoir contre eux à la fois leurs éditeurs et les libraires qui sont censés les défendre… Au fond, s’ils voulaient être cohérents, les révolutionnaires en quête de revenus devraient tous se mettre à l’autoédition, seule manière de leur garantir une indépendance totale et un pourcentage réévalué. C’est là encore une vue de l’esprit. Qui aura le cran de se lancer ? Il faudrait alors être entrepreneur, ce ne serait pas de tout repos, et les congés ne seraient pas pour tout de suite. </p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/KSTMTJ4XVRFVDOLT4JMSLMA6BM.jpg?auth=3d89d932c17c9f9a895f3e26eb35bf9a689f0b927a54b4c870a626824148efc5&smart=true&width=1108&height=2442" alt="" height="2442" width="1108"/></figure><p>En espérant sincèrement pour lui que Julien Delmaire ne "lâche pas la rampe" et trouve un mécène pour financer ses prochaines vacances, faisons quand même un point sur ceux qui connaissent un meilleur sort dans notre classement hebdomadaire des meilleures ventes. Du côté des essais, saluons notre chroniqueuse <a href="https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/aujourdhui-la-moindre-critique-est-percue-comme-une-offense-notre-grand-entretien-avec-julia-de-JXAZENOETRG5ZMJ4FNCANNNE6Y/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/aujourdhui-la-moindre-critique-est-percue-comme-une-offense-notre-grand-entretien-avec-julia-de-JXAZENOETRG5ZMJ4FNCANNNE6Y/">Julia de Funès</a>, qui est en tête avec <i>Pensées distinguées </i>(L’Observatoire). Du côté des romans, derrière Freida McFadden (<i>L’Intruse</i>, City), on retrouve Virginie Grimaldi et Fred Vargas avec <i>D’autres printemps</i> et <i>Une unique lueur</i> (Flammarion pour les deux). Si ces romancières à succès ont déjà loué leurs prochains lieux de villégiature, peuvent-elles prévoir de la place pour leurs confrères et consœurs en détresse, demandeurs de bons plans hébergements pour cet été ?</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/JAK7U4POH5EXRDGZRVGSAOLXAU.jpg?auth=03fe97076ed45e5a6adb189b880d7a1de666834a928c84162de838b645f2efcf&amp;smart=true&amp;width=2141&amp;height=2676" type="image/jpeg" height="2676" width="2141"><media:description type="plain"><![CDATA[Julien Delmaire fait partie des auteurs qui militent pour toucher des congés payés même quand ils vendent très peu de livres. Une revendication illusoire ?]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">JF Paga/Grasset</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA["Nihilium" de Mirwais : un remake 2.0 de "L’Orange mécanique" ?]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/nihilium-de-mirwais-un-remake-20-de-lorange-mecanique-BRP4H52XCZFTZEQPLJZLMJMZE4/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/nihilium-de-mirwais-un-remake-20-de-lorange-mecanique-BRP4H52XCZFTZEQPLJZLMJMZE4/</guid><dc:creator><![CDATA[Louis-Henri de La Rochefoucauld]]></dc:creator><description></description><pubDate>Fri, 15 May 2026 07:00:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Les initiés connaissent la légende du génial musicien franco-afghan <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/mirwais-il-ne-faudrait-pas-que-les-chretiens-se-reveillent-de-la-mauvaise-maniere-2CMLGUOSW5H4RNFXLW7FZMIW7I/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/mirwais-il-ne-faudrait-pas-que-les-chretiens-se-reveillent-de-la-mauvaise-maniere-2CMLGUOSW5H4RNFXLW7FZMIW7I/">Mirwais</a>, qui fut successivement compositeur du groupe Taxi Girl et producteur de quatre albums de Madonna. Tout en poursuivant en solo sa carrière de tête chercheuse de l’électro, il s’est en parallèle lancé comme écrivain avec un roman dystopique, <a href="https://www.lexpress.fr/culture/lionel-duroy-victor-jestin-et-mirwais-ahmadzai-les-livres-a-ne-pas-manquer_2180880.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/lionel-duroy-victor-jestin-et-mirwais-ahmadzai-les-livres-a-ne-pas-manquer_2180880.html"><i>Les Tout-Puissants</i></a>, et un fascinant premier tome de Mémoires, <i>Taxi Girl 1978-1981</i>. N’ayant jamais renié l’esprit post-punk de ses débuts, il revient avec une satire fracassante, <i>Nihilium</i>, écrite dans une novlangue indescriptible qui rappelle celle inventée par Anthony Burgess en 1962 dans <i>L’Orange mécanique</i>.</p><p>Le livre se présente comme le long monologue de Juan Nihilski, 15 ans, un enfant de la gauche caviar, scolarisé au lycée Montaigne. Dealer à ses heures, se rêvant en "gitan de luxe", ce sale gosse participe à des manifs où il se mue en casseur cagoulé.</p><p>Un jour, coup de chance, les caméras de télévision filment une séquence où l’on peut croire qu’il est un martyr, victime d’une bavure policière. Le président de la République le convoque à l’Elysée pour lui proposer un marché : il échappera à la prison pour mineurs s’il se mue en conseiller à la jeunesse, aux ordres du pouvoir. Juan Nihilski devient la nouvelle coqueluche du PAF : il écume "les plateaux de télé avec du mobilier de maternelle" et déroule ses éléments de langage à des présentateurs "tout sourires botoxés avec leurs voix de curés sous coke". Mais il n’y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéienne, même pour un fourbe antifa qui croyait avoir roulé tout le monde dans la farine… Avec sa lucidité sur notre époque, son humour noir très acide (parfois tordant) et sa folle inventivité stylistique, <i>Nihilium</i> ressemble à un croisement post-moderne entre Gustave Flaubert et William S. Burroughs, le tout boosté aux amphétamines. Sans aucun doute l’ovni littéraire de l’année.</p><p><i>Nihilium</i> par Mirwais. Séguier, 187 p., 21 €.</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/AXMHZ3YYV5AHNEDWTPVB7XZMDU.jpeg?auth=d306bb317c804176843e724f71876b5fbea6e6e0cd2677fce2e86d5eed3ddf3c&amp;smart=true&amp;width=960&amp;height=544" type="image/jpeg" height="544" width="960"><media:description type="plain"><![CDATA[Avec "Nihilium", Mirwais signe la (très bonne) bizarrerie littéraire de l'année. ]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">DR/SÉGUIER</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA["Father" : il n’a quand même pas oublié son enfant dans la voiture ! Par Christophe Donner]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/father-il-na-quand-meme-pas-oublie-son-enfant-dans-la-voiture-par-christophe-donner-EM4Y7KMSUJAJLEODOBOD3OFDQQ/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/father-il-na-quand-meme-pas-oublie-son-enfant-dans-la-voiture-par-christophe-donner-EM4Y7KMSUJAJLEODOBOD3OFDQQ/</guid><dc:creator><![CDATA[Christophe Donner]]></dc:creator><description></description><pubDate>Wed, 13 May 2026 07:00:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Quand le scénariste Dusan Budzak a raconté l’histoire vécue par son meilleur ami à la réalisatrice Tereza Nvotova, celle-ci lui a tout de suite dit qu’une telle tragédie n’était pas transposable au cinéma. Elle s’est pourtant lancée dans l’aventure, comme pour tenter de dépasser les limites de ce que le cinéma est capable de produire. Son cinéma à elle, en tout cas. Le film s’appelle <i>Father</i>, il sort fin mai, ce qui vous laisse le temps de vous préparer. C’est du lourd.</p><p>Michal (Milan Ondrik),<i> </i>le<i> Father</i> en question, dirige une maison d’édition en difficulté financière. C’est un bel homme de 40 ans, sportif, marié à<i> </i>Zuzka<i> </i>(Dominika Moravkova), une femme de son âge, très belle. Ils ont une fille de 2 ans, Dominika, délicieuse. Ils vivent dans une maison très confortable, ils ont deux voitures. Après son jogging, Michal se prépare à partir au boulot quand il reçoit un coup de fil de sa secrétaire qui lui annonce la visite inopinée du <i>cost killer</i> chargé de redresser les comptes de l’entreprise de Michal, <a href="https://www.lexpress.fr/economie/emploi/management/tomber-en-faillite-ce-netait-pas-possible-la-transformation-dorpea-racontee-par-son-patron-TDFFIOBIFRE5RAO5O7XF3MDUZY/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/economie/emploi/management/tomber-en-faillite-ce-netait-pas-possible-la-transformation-dorpea-racontee-par-son-patron-TDFFIOBIFRE5RAO5O7XF3MDUZY/">au bord de la faillite</a>. Il doit se grouiller. D’autant plus que Zuzka lui demande de conduire Dominika à la maternelle car elle doit faire des emplettes, genre. Ça ne l’arrange pas du tout, mais c’est un bon père, un bon mari, il accepte. Il installe le siège pour enfant sur la banquette arrière, un siège tout neuf, plus confortable que l’ancien, plus sécurisé.</p><p>Tereza Nvotova est une virtuose du plan séquence. Les vingt premières minutes du film : jogging, douche, coups de fil, café, départ en voiture, Nvotova les fait tenir en un seul plan, caméra à l’épaule. Elle impose ainsi au spectateur une sorte de pacte cinématographique, comme on parle de "pacte de lecture" en littérature (roman épistolaire, journal intime, manuscrit retrouvé).</p><p>Dans la voiture, malgré ses soucis, Michal chante une comptine avec la petite, c’est le bonheur, l’insouciance… Quand on arrive devant la maternelle, il y a un hiatus, une ellipse, comme si la réalisatrice avait dû tricher, obligée de rompre la continuité du plan séquence qui reprend quand l’enfant fonce vers la directrice de l’école, laquelle adresse un signe de la main à Michal qui remonte dans sa grosse voiture et file au boulot, se gare sur le parking, traverse les locaux de cette société d’édition en plein désarroi, fait la connaissance du cost killer qu’il présente à ses collaborateurs, répond au énième coup de fil de sa femme qui hésite sur la couleur du placard qu’elle doit acheter pour la salle de bains, il est toujours aussi patient avec elle, admirable. D’autant qu’on crève de chaud, la clim est en panne, dehors il fait 37° à l’ombre. Un enfer, se plaignent certains en s’épongeant le front.</p><p>Patron surmené, Michal prend le temps de regarder la vidéo de ses dernières vacances avec sa femme et sa fille au bord de la mer, l’amour résiste à la crise de l’édition, quoi qu’il arrive.</p><p>A trois heures de l’après-midi, il reçoit un nouveau coup de fil de Zuzka : "Où est Dominika, elle demande. – A la maternelle, répond Michal. – Tu veux rire, grince Zuzka, je viens d’avoir la directrice qui me dit que personne ne t’a vu déposer Dominika.</p><p>L’intérêt de <i>Father</i> n’est pas de savoir si Michal a oublié de déposer son enfant : il retourne en courant sur le parking de la société, et Dominika est toujours là, dans la voiture… Ce qu’on admire c’est la façon dont la réalisatrice nous a imposé son pacte cinématographique du plan séquence tout en créant, de manière quasi subliminale, l’ellipse, le hiatus que j’ai signalé : et c’est à cause de cette entorse au contrat qu’on se retrouve dans la peau de Michal, victime comme lui d’"un automatisme de routine" (<i>habit intrusion</i>, en anglais) : nous croyons avec lui avoir déposé Dominika à la maternelle, avoir salué la directrice de l’école, or cet événement inhabituel a été écrasé par la puissance de la routine (aller au bureau en voiture) et, comme Michal, on a laissé Dominika dans la voiture. Et c’est avec lui qu’on pousse le plus déchirant des hurlements : "Je l’ai tuée ! Je l’ai tuée !"</p><iframe width="560" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/wvVF9p2XGZg?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen title="Father (2025) - Bande annonce HD VOST"></iframe><p>Avant de m’accuser de spoiler ce film extraordinaire, allez voir le prochain <i>Jeanne d’Arc,</i> vous vous surprendrez, au moment fatal, à vous exclamer intérieurement : "Ils ne vont quand même pas la brûler !".</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/QETE5OVUJNFUHHJIJITDHEQAXM.png?auth=e8748339a89b84456bb94f1c160c6172d6f06f78eeffae3d82ecbdf3884f219e&amp;smart=true&amp;width=1797&amp;height=1080" type="image/png" height="1080" width="1797"><media:description type="plain"><![CDATA["Father" est né du récit bouleversant confié par le scénariste Dusan Budzak à la réalisatrice Tereza Nvotova.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">Epicentre Films</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Langue française : toutes les règles de grammaire se valent-elles ?]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/langue-francaise-toutes-les-regles-de-grammaire-se-valent-elles-KLCCA63QSVH4VORU4IYQZAUBUU/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/langue-francaise-toutes-les-regles-de-grammaire-se-valent-elles-KLCCA63QSVH4VORU4IYQZAUBUU/</guid><dc:creator><![CDATA[Michel Feltin-Palas]]></dc:creator><description></description><pubDate>Tue, 12 May 2026 04:15:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Faut-il écrire "C’était eux" ou "C’étaient eux" ? "Une foule de gens est venue" ou "une foule de gens sont venus" ? "Il ou elle sera là" ou "Il ou elle seront là" ? </p><p>Si la plupart des manuels de grammaire répondent à ces questions de manière péremptoire, rares sont ceux qui expliquent pourquoi telle forme serait préférable à telle autre. Et pour cause : certains de ces choix ne reposent sur rien d’objectif. Alors que plusieurs variantes cohabitent, certains usages particuliers – ceux des classes privilégiées, le plus souvent - sont valorisés au détriment des autres sans réelle justification. Telle est la thèse que défend Anne Abeillé, dans un ouvrage au titre revigorant : <i>La grammaire se rebelle </i>(1). </p><p><b>CETTE INFOLETTRE REDEVIENT GRATUITE !</b> </p><p><i>"Sur le bout des langues" reste bien sûr comprise dans l’abonnement à L’Express, mais elle est aussi accessible à tous ceux qui le souhaitent </i></p><p><i>Pour s’inscrire, suivez </i><a href="https://post.eu.spmailtechnol.com/f/a/s2jSbiWmxAZwaV_WTH2GhA~~/AABGZBA~/RbXRzn1Vc9gpNDqf-9QpOWtktquup0gOoqdoHiwLLk08lUQ6yEedYFRGfag6EciPxIVJyZrWkU3VKTCdrNWLf_4sqcWoYEOFAZm2x6MyCbUvGtDYYTqtEorFTHwKO2Mtv_059zx1AlLjGOPI0ARyJg~~" rel=""><i>ce lien</i></a><i>, sélectionnez "Sur le bout des langues", entrez votre adresse de messagerie dans le bandeau qui apparaît en bas de page et cliquez sur "Valider".</i></p><p>L’auteure n’est pas exactement n’importe qui puisqu’elle a notamment codirigé <i>La Grande Grammaire du français</i>, une somme de près de 3 000 pages sur le sujet. Et c’est précisément parce qu’elle connaît un peu la question qu’elle a souhaité remettre quelques pendules à l’heure.</p><p>Anne Abeillé le rappelle d’emblée : certaines règles de grammaire sont solidement établies et se doivent d’être respectées. L’accord de l’adjectif avec le nom auquel il se rapporte : "il est beau" et non pas "il est belle". L’accord du sujet et du verbe : "Nous sommes" et non pas "Nous êtes". L’article placé avant le nom "Le chien" et non pas "Chien le". Nous les appliquons d’ailleurs sans même avoir à y penser et il ne s’agit aucunement de les remettre en cause.</p><p>En revanche, Anne Abeillé s’interroge sur celles qui condamnent certaines formulations et en privilégient d’autres avec pour seuls "arguments" des considérations purement subjectives du type "C’est moche" (selon quels critères ?) ou "Cela ne se dit pas" (alors que, précisément, cela se dit !). </p><p>Cette attitude n’est pas nouvelle. Dès le XVIIe siècle, Vaugelas, l’un des grammairiens les plus influents de la toute première Académie française, défendait "le bon usage" de la "partie la plus saine de la Cour". Un "bon usage" qu’il illustrait ainsi : il faut dire "ne plus ne moins" et non pas "ni plus ni moins" ; "je vas" et non "je vais" et encore "au lieu que" et non "là où". Pourquoi ? Parce que ! </p><p>Or, ce courant dit puriste est toujours vivace aujourd’hui. En voici quelques illustrations.</p><p><b>"En vélo" ou "à vélo" ?</b> Selon l’Académie française, "en" devrait être réservé aux véhicules dans lesquels on peut prendre place : "en bateau", "en voiture", "en avion", etc. Il ne faudrait donc pas dire "en vélo" mais "à vélo" puisqu’il est impossible de s’installer dans un vélo. </p><p>Cette préconisation paraît a priori simple et logique. Sauf que… Dans ce cas, demande Anne Abeillé, pourquoi dit-on "en selle" lorsque l’on est "sur" un cheval ? Et pourquoi, à l’inverse, dit-on que l’on est "à" la maison et non "en" la maison quand on se trouve "dans" son domicile ? </p><p>En réalité, observe notre grammairienne, c’est une autre règle qui s’applique : "à" s’emploie avec les moyens de locomotion "naturels" : "à pied", "à cheval", "à la nage". La proposition "en", quant à elle, est privilégiée pour les moyens de locomotion mécaniques : "en moto", "en voiture", "en vélo", "en trottinette", etc. </p><p>Et qu'on la comprenne bien. Pour sa part, elle n’entend aucunement interdire aux puristes d’employer "à vélo" s’ils le souhaitent. En revanche, elle ne voit pas au nom de quoi ils seraient autorisés à corriger ceux qui préfèrent dire "en vélo".</p><p><b>"Viens-tu" ou "tu viens" ?</b> Selon l’Académie française, une formulation comme "Tu viens ?" est à proscrire car elle ne respecte pas l’inversion du verbe et du sujet. Or, remarque Anne Abeillé, cette règle n’est pas absolue. On ne peut pas dire "Vient qui ?", par exemple, et je serais surpris qu’un seul d’entre vous emploie "cours-je ce matin ?". De fait, il existe souvent plusieurs manières de poser une question : "Viens-tu ?" ; "Tu viens ?" ; "Est-ce que tu viens ?", qui varient selon le contexte.</p><p>Anne Abeillé cite des dizaines d’exemples de ce type, dont elle interroge la pertinence. "C’est les vacances" ou "Ce sont les vacances" ? "Un espèce de type" ou "Une espèce de type" ? "C’est de cette affaire dont je vous parle" ou "C’est de cette affaire que je vous parle" ? Des interrogations toujours argumentées et donc dérangeantes pour tous ceux qui, comme moi, ont été éduqués dans l’idée que seules certaines tournures étaient "correctes". On ressort donc de la lecture de son ouvrage un peu déstabilisé, sans doute, mais aussi stimulé dans notre réflexion.</p><p>Encore une fois, cette universitaire, qui appartient par ailleurs au collectif des Linguistes atterrées ne prône pas un quelconque laxisme généralisé. Car elle le reconnaît : certaines variantes s’imposent dans certaines circonstances. "On ne va pas à l’école en maillot de bain. On ne va pas en smoking à la piscine", illustre-t-elle de manière imagée. De même, on ne s’exprimera pas de la même manière lors d’une fête familiale et lors d’un entretien d’embauche. </p><p>La seule attitude qu’elle condamne est la prétention des puristes à imposer dans tous les cas une seule variante du français, dite de prestige. Car celle-ci ne convient pas toujours. Certes, si vous passez l’agrégation de lettre classiques, mieux vaut éviter de lancer "On va voir ça" et préférer une tournure comme "Nous allons maintenant examiner cette possibilité". En revanche, lors d'une soirée arrosée avec votre meilleur ami, je vous déconseille vivement de lui dire "J’aimerais que tu m’apportasses un bon petit armagnac".</p><p>Le véritable bon usage, au fond, est celui adapté à la situation.</p><p><i>(1) </i><a href="https://www.lerobert.com/essais-et-litterature/francais/essais/la-grammaire-se-rebelle-9782321019077.html" target="_self" rel="" title="https://www.lerobert.com/essais-et-litterature/francais/essais/la-grammaire-se-rebelle-9782321019077.html"><i>La grammaire se rebelle</i></a>, par Anne Abeillé, <i>Le Robert</i>. </p><p><b>Du côté de la langue française</b></p><p><a href="https://theconversation.com/le-nom-de-la-rose-ou-lepineuse-question-de-la-prononciation-des-mots-francais-80914" target="_self" rel="" title="https://theconversation.com/le-nom-de-la-rose-ou-lepineuse-question-de-la-prononciation-des-mots-francais-80914"><b>Faut-il prononcer "rose" avec le "o" fermé de "beau" ou le "o" ouvert de "dormir" ?</b></a></p><p>Les deux, mon capitaine !, répond cet article rédigé par la linguiste Béatrice Réa. Certes, contrairement à ce que l’on croit, le "o" ouvert, en usage dans le sud de la France, est conforme à "la loi de position" du système des sons du français. Mais cela ne doit pas conduire à considérer que les Français du nord parlent "mal". Elle appelle pour sa part à respecter tous les types de prononciation. </p><p><a href="https://www.afef.org/comment-traiter-les-erreurs-de-langue-francaise-aux-examens-nationaux" target="_self" rel="" title="https://www.afef.org/comment-traiter-les-erreurs-de-langue-francaise-aux-examens-nationaux"><b>Comment traiter les erreurs de français dans les examens ?</b></a></p><p>Le ministère de l’Education nationale demande aux examinateurs de prendre en compte lors des prochaines épreuves du brevet et du bac "la qualité rédactionnelle : orthographe, syntaxe, grammaire, clarté de la langue et lisibilité du propos". Cette note rédigée par l’association française pour l’enseignement du français explique aux correcteurs comment procéder concrètement.</p><p><a href="https://www.francophonie-avenir.com/fr/Point-d-infos/898-Une-parole-du-roi-Charles-III-bien-revelatrice" target="_self" rel="" title="https://www.francophonie-avenir.com/fr/Point-d-infos/898-Une-parole-du-roi-Charles-III-bien-revelatrice"><b>Traduction en anglais :</b> <b>condamnation de la communauté d’agglomération du Grand Lac du Bourget</b></a></p><p>La Communauté d'agglomération du Lac du Bourget avait apposé des panneaux bilingues français-anglais. Attaquée par Marcel Girardin, membre de plusieurs associations de défense de la langue française, elle vient d’être condamnée par le tribunal administratif de Grenoble pour non-respect de la loi Toubon. Celle-ci prévoit en effet que, si la traduction d’une information en français est nécessaire, celle-ci doit être présentée en au moins deux langues étrangères. Une disposition destinée à préserver la diversité culturelle et à éviter que l’anglais ne devienne une sorte de deuxième langue officielle en France. </p><p><b>Retrouvons-nous à Bourg-en-Bresse pour parler des anglicismes</b></p><p>"C’est quoi déjà le mot en français ? Les anglicismes et nous". Tel est le titre de mon dernier livre, que je présenterai le vendredi 15 mai, à l’invitation de la fédération France-Québec/ Francophonie, présidée par Michel Cotnoir. Rendez-vous à 14 heures à la maison de la culture et de la citoyenneté, 4 allée des Brotteaux, à Bourg-en-Bresse.</p><p><b>Du côté des autres langues de France</b></p><p><a href="https://freqlex.locongres.com" target="_self" rel="" title="https://freqlex.locongres.com"><b>Quels sont les mots les plus utilisés en gascon et en languedocien ?</b></a></p><p><i>Frequéncias</i><i><b> </b></i>est un nouvel outil permet de connaître la fréquence d’utilisation d’un mot en occitan gascon et en occitan languedocien. Mis au point par <i>Lo congres de la lenga occitana</i>, il s’appuie sur un corpus d’environ 12 millions de termes et permet d’affiner sa recherche par variété linguistique, par graphie et par genre (littérature, médias…).</p><p><a href="https://france3-regions.franceinfo.fr/corse/scola-corsa-apres-une-reunion-en-prefecture-les-questions-sur-le-financement-demeurent-3347707.html" target="_self" rel="" title="https://france3-regions.franceinfo.fr/corse/scola-corsa-apres-une-reunion-en-prefecture-les-questions-sur-le-financement-demeurent-3347707.html"><b>L’enseignement immersif en langue corse en sursis</b></a></p><p>Une réunion concernant Scola Corsa, le réseau d’écoles immersives en langue corse, s'est tenue en préfecture d'Ajaccio le 7 mai. 6 des 11 postes d'enseignants demandés devraient être régularisés prochainement. Une avancée qui ne lève pas toutes les incertitudes quant à l’avenir de cette structure. </p><p><a href="https://www.silek.news/" target="_self" rel="" title="https://www.silek.news/"><b>Participez au premier salon des littératures créoles de Paris</b></a></p><p>Le premier salon international des littératures de l’espace kréyolphone (Silek) se tiendra les 22, 23 et 24 mai prochains à Paris avec l’ambition de rassembler des œuvres créolophones du monde entier, des Caraïbes à l’Océan indien. Une manifestation qui coïncide avec la journée nationale organisée en hommage aux victimes de l’esclavage colonial.</p><p><a href="https://www.baho.fr/article_258_1_identicat-2026_fr.html" target="_self" rel="" title="https://www.baho.fr/article_258_1_identicat-2026_fr.html"><b>Fêtez la culture catalane à Baho et à Pézilla-la-Rivière </b></a></p><p>Concerts, pièces de théâtre, défilés et <i>castells</i> seront à l’honneur pendant le festival Identi’Cat 2026 qui se tiendra les 12 et 14 mai à Pézilla-la-Rivière (<i>Pesillà de la Ribera</i>, en catalan) et du 15 au 17 mai à Baho (<i>Bao</i>). Entrée gratuite.</p><p><b>Du côté des langues du monde</b></p><p><a href="https://www.bbc.com/afrique/articles/c4gjnv024xeo" target="_self" rel="" title="https://www.bbc.com/afrique/articles/c4gjnv024xeo"><b>Quelles langues d’enseignement choisir en Afrique ?</b></a></p><p>De nombreuses études l’ont démontré : l'utilisation des langues maternelles des enfants comme langues d'instruction améliore la qualité des apprentissages. La majorité des pays d’Afrique continuent pourtant de leur accorder un rôle marginal au profit de l’anglais, du français ou du portugais. Avec des résultats globalement médiocres, comme le souligne cet article de la BBC.</p><p><b>A regarder</b></p><p><a href="https://www.instagram.com/reel/DO_XngnCTqx/" target="_self" rel="" title="https://www.instagram.com/reel/DO_XngnCTqx/"><b>Matskat, un Alsacien ouvert sur le monde </b></a></p><p>Il chante en français, en anglais (y compris avec Chick Corea et Bobby Mc Ferrin !), mais aussi en alsacien. Matskat est un artiste complet et ouvert sur les autres cultures. Ecoutez-le ici dans le concert en langues de France <i>Kanta</i>, organisé par la chanteuse basque Anne Etchegoyen. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/XOLGXZW6MZH7JP54AS7HGHSM3Y.JPG?auth=df33045915fac4ccdb9757dfd3f9ef846e21f2bda22da1ee6d698490da37261c&amp;smart=true&amp;width=5585&amp;height=3724" type="image/jpeg" height="3724" width="5585"><media:description type="plain"><![CDATA[Selon l’Académie française, "en" doit être réservé aux véhicules dans lesquels on peut prendre place.Il ne faudrait donc pas dire "en vélo" mais "à vélo". Mais dans ce cas pourquoi dit-on "en selle" lorsque l’on est "sur" un cheval ? Et pourquoi, à l’inverse, dit-on que l’on est "à" la maison et non "en" la maison quand on se trouve  "dans" son domicile ? ]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">REUTERS</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Ventes de livres : Olivia Ruiz va-t-elle renouer avec le succès ?  ]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/ventes-de-livres-olivia-ruiz-va-t-elle-renouer-avec-le-succes-OSOZFDM5BJDMROTSFZ6QDLSBJI/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/ventes-de-livres-olivia-ruiz-va-t-elle-renouer-avec-le-succes-OSOZFDM5BJDMROTSFZ6QDLSBJI/</guid><dc:creator><![CDATA[Louis-Henri de La Rochefoucauld]]></dc:creator><description></description><pubDate>Mon, 11 May 2026 13:31:18 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>On se souvient qu’Olivia Ruiz fut un des phénomènes de librairie de l’année 2020 : la chanteuse reconvertie en primo-romancière avait parfaitement réussi ce virage grâce à <i>La Commode aux tiroirs de couleurs</i> – un livre vendu depuis à plus de 400 000 exemplaires si l’on additionne le grand format et le poche. En 2022, <i>Ecoute la pluie tomber</i> s’était avéré relativement décevant (on parle quand même d’un titre à 100 000 exemplaires en grand format). Peut-elle retrouver le goût de la victoire avec <i>¡Vamos!</i> (JC Lattès), un nouveau roman qui, malgré son titre, n’a rien à voir avec Rafael Nadal ? Il y est question d’une mère qui emmène son fils faire le tour du monde pour apprendre la vie (et la réapprendre elle-même par la même occasion). </p><p>Le duo se rend à Orlando, Essaouira, La Havane, Madrid… Voyage, filiation et résilience : tous les ingrédients sont réunis pour que le grand public s’y retrouve. Olivia Ruiz entre 18<sup>e</sup> dans le classement des romans. Nous verrons si elle parvient à faire mieux qu’une autre chanteuse férue d’écriture, <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/patti-smith-une-pseudo-poetesse-devenue-icone-lucrative-4DXGZB5UQFBAXE2X7CCBM4ZPZU/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/patti-smith-une-pseudo-poetesse-devenue-icone-lucrative-4DXGZB5UQFBAXE2X7CCBM4ZPZU/">Patti Smith</a>, qui plaît toujours autant à ses nombreux aficionados avec <i>Le Pain des anges</i> (Gallimard), 4<sup>e</sup> des essais. Dans les essais, notons aussi en 16<sup>e</sup> position une autre pop star septuagénaire, Laurent Voulzy, qui vient de faire paraître au Cherche Midi des Mémoires intitulés <i>Caché derrière</i>. </p><p>Lui est bien visible du côté des romans : <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/il-y-a-un-lien-entre-lecriture-et-la-voyance-david-foenkinos-sattaque-aux-forces-de-lesprit-SP7DN2CI4VED5C5W4WVEG644NU/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/il-y-a-un-lien-entre-lecriture-et-la-voyance-david-foenkinos-sattaque-aux-forces-de-lesprit-SP7DN2CI4VED5C5W4WVEG644NU/">David Foenkinos</a> est 5<sup>e</sup> avec <i>Je suis drôle</i> (Gallimard). C’est l’occasion de rappeler que Foenkinos n’a plus connu l’échec depuis <i>Lennon</i>, sorti en 2010. A partir des <i>Souvenirs</i> (2010), tous ses romans sans exception ont dépassé les 100 000 exemplaires en grand format. Entre <i>Je vais mieux</i>, <i>Charlotte</i>, <i>Le Mystère Henri Pick</i>, <i>Vers la beauté</i>, <i>Deux sœurs</i>, <i>La Famille Martin</i>, <i>Numéro deux</i>, <i>La Vie heureuse</i> et <i>Tout le monde aime Clara</i>, il en est à dix best-sellers de suite. <i>Je suis drôle</i> lui permettra-t-il de réaliser la passe de onze ?</p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/6CSXOWVMVBB2NJM6AKWDFNMXL4.jpg?auth=3bb6119ed5e974199d669191fa0b0e1729603143fa9715e9f344981df776160d&smart=true&width=1086&height=2464" alt="" height="2464" width="1086"/></figure><p>Du côté des essais et documents, c’est un texte publié dans la collection "Tracts" de Gallimard qui est désormais en tête : <i>Liberté, dignité, habitabilité</i>, co-signé par Baptiste Morizot et Laurent Neyret. Un peu derrière, dans la guéguerre entre anciens ministres d’Emmanuel Macron, Gabriel Attal devance toujours Bruno Le Maire – le premier est 6<sup>e</sup> avec <i>En homme libre</i> (L’Observatoire) quand le second n’est que 13<sup>e</sup> avec <i>Le Temps d’une décision</i> (Gallimard). Matthieu Delormeau, 3<sup>e</sup>, les bat avec son récit <i>Addictions </i>(Leduc). Les prochaines personnalités politiques qui voudraient grimper dans les meilleures ventes devraient peut-être s’inspirer de Marwan Mery (intervenant à Harvard et consultant aux Nations unies), 5<sup>e</sup> avec <i>L’Elégance de la manipulation</i> (Robert Laffont). Sous-titre de son livre : "influencer et convaincre sans conflit". Tout un programme… </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/SSFUSKGBKFFLJKADHMQIFEYGZQ.jpg?auth=3842d8303b0747fcbd0cf5ea2837178eef53b74b210e79a63d091e743433380f&amp;smart=true&amp;width=5000&amp;height=3335" type="image/jpeg" height="3335" width="5000"><media:description type="plain"><![CDATA[Olivia Ruiz a bien fait de laisser passer le mois de mars (très encombré cette année) pour revenir avec un nouveau roman prometteur.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Dans l'écrin de l'hôtel Villa Pétrusse au Luxembourg]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/art/villa-petrusse-au-luxembourg-la-renaissance-dun-joyau-oublie-MOQPSKQPW5DNJOSZI53GNZ7VCY/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/art/villa-petrusse-au-luxembourg-la-renaissance-dun-joyau-oublie-MOQPSKQPW5DNJOSZI53GNZ7VCY/</guid><dc:creator><![CDATA[Letizia Dannery]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sun, 10 May 2026 08:30:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>A flanc de vallée et à deux pas du pont Adolphe, l’hôtel Villa Pétrusse, inauguré en juin dernier, incarne une transformation rare dans le grand-duché : celle d’un patrimoine d’exception réinvesti sans renier son histoire. Construit en 1880 sur les vestiges d’un ancien bastion de la forteresse locale pour l’industriel textile Henri-Eugène de Kerkhove, l’édifice est pensé par l’architecte Pierre Kemp comme une résidence de prestige. Son architecture néo-Renaissance, reconnaissable à ses volumes articulés, ses éléments décoratifs raffinés et sa composition presque pittoresque, traduit alors l’ascension sociale de son commanditaire, comme son jardin centenaire dessiné par le paysagiste français Edouard André, à qui l’on doit notamment la conception du parc des Buttes-Chaumont.</p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/WOXV72GCYBCZBFZ3NVNITS5FUQ.jpg?auth=4dc888db79273d460e00134ca4697b7e38e4b1a01c2dcd82e2ba9c3238f65933&smart=true&width=2067&height=1378" alt="La restauration des lieux a été menée par l'architecte décorateur Tristan Auer (ici, le salon 1867)." height="1378" width="2067"/><figcaption>La restauration des lieux a été menée par l'architecte décorateur Tristan Auer (ici, le salon 1867).</figcaption></figure><p>Transmise de génération en génération jusqu’en 2010, connue un temps sous le nom de villa Baldauff, la demeure traversera le XXe siècle avant de connaître une période d’abandon. Sa reconversion récente en établissement de luxe marque une nouvelle étape, fondée sur une restauration attentive. Sous la houlette du décorateur Tristan Auer, les boiseries, colonnades, vitraux et plafonds ornementaux de la salle à manger Renaissance, du salon d’inspiration Louis XIV ou du fumoir néogothique ont été conservés ou reconstitués, auxquels sont venus s’ajouter les éléments d’un confort contemporain feutré. L’ensemble reste intimiste, avec 22 chambres, dont trois suites, un penthouse privé et un restaurant gastronomique, Le Lys, porté par le chef Kim de Doode, qui vient de se voir décerner la seule nouvelle étoile luxembourgeoise de l'édition 2026 du Guide Michelin.</p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/BJTP374VRFAZVDYZ5GMDKQQXRE.jpg?auth=5dfa1d0f10f3d87a8be171dd3043a1b9d398a2d9a74ca969c706d6149f284493&smart=true&width=2902&height=1956" alt="Le restaurant Le Lys, fraîchement étoilé." height="1956" width="2902"/><figcaption>Le restaurant Le Lys, fraîchement étoilé.</figcaption></figure><p>Ce trait d’union entre passé et présent se prolonge dans le dialogue instauré avec Sosthène Weis (1872-1941), l’architecte devenu peintre, dont les œuvres sont ici reproduites en grand format sur des papiers peints à la main. Auteur de plusieurs milliers d’aquarelles, il a représenté avec une sensibilité particulière les paysages urbains du pays, de la capitale surtout et de ses faubourgs. Au fil des années, le style de Weis, que l’on peut rattacher au postimpressionnisme, est ainsi passé d’une précision presque documentaire à une approche plus atmosphérique, accordant une place centrale à la lumière et aux variations du temps. S’il n’a jamais habité la villa, l’aquarelliste a profondément marqué l’imaginaire du lieu, la vallée de la Pétrusse, ses reliefs et ses perspectives figurant parmi ses sujets de prédilection. Aujourd’hui, il est l’un des emblèmes de Luxembourg, au même titre que la <i>Gëlle Fra</i>, le fameux monument de souvenir, qui prête son nom à une suite de l’établissement hôtelier nichée sous les toits. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/HOUHB7LX4ZFMJDRGMGUJVHOH4Q.jpg?auth=52f557cff2588cdb0ef233bc3f960232cbba757e9a5a25f0a626dd3198981da8&amp;smart=true&amp;width=1310&amp;height=666" type="image/jpeg" height="666" width="1310"><media:description type="plain"><![CDATA[Un patrimoine d'exception réinvesti sans renier son histoire.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">© Villa Pétrusse / Photo Gaëlle Le Boulicaut</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Avec "Spécimen", Pauline Clavière nous plonge dans les zones troubles de la paraphilie]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/avec-specimen-pauline-claviere-nous-plonge-dans-les-zones-troubles-de-la-paraphilie-3XJI3CC6FJCGPOVTIHRP5BL22Q/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/avec-specimen-pauline-claviere-nous-plonge-dans-les-zones-troubles-de-la-paraphilie-3XJI3CC6FJCGPOVTIHRP5BL22Q/</guid><dc:creator><![CDATA[Louis-Henri de La Rochefoucauld]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sun, 10 May 2026 07:00:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Dans le marasme éditorial du premier semestre (absolument rien ne marche), Pauline Clavière est une des rares à surnager, et même à émerger. Il est vrai que son quatrième roman, <i>Spécimen</i>, est né sous une bonne étoile : avant sa parution en France, les droits cinéma avaient été cédés à Rodrigo Teixeira, le producteur brésilien qui a à son palmarès des films de James Gray, Gaspar Noé ou Noah Baumbach. Avec sur le bandeau une citation flatteuse de Maxime Chattam ("Du grand art"), <i>Spécimen</i> s’impose semaine après semaine comme le succès du printemps – sorti mi-mars, le livre a déjà largement dépassé les 10 000 exemplaires.</p><p>Que raconte cette histoire située dans un Marseille onirique qui ne rappelle ni <i>Plus belle la vie</i> ni <i>BAC Nord </i>? La narratrice, qui ressemble beaucoup à Pauline Clavière, dépose tous les matins son garçon chez sa nourrice, Mina. Un jour, Mina s’inquiète auprès d’elle : son fils à elle, Rafael, 19 ans, s’est envolé – une enquête a été ouverte à son sujet. Mina confie à la narratrice un carnet de Rafael, qui commence par ces mots équivoques : "J’ai toujours trouvé que les enfants sont de plus beaux humains que les autres."</p><p>Animateur dans le primaire, Rafael a quitté son travail pour devenir serveur. Est-il immature ? Exhibitionniste ? Ou carrément pédophile ? De lourdes accusations pèsent contre lui, mais il convient de discerner avec prudence entre les possibles calomnies et la vérité des faits qui lui sont reprochés… L’accès à ses textes donne parfois le vertige. Il faut être Vladimir Nabokov pour se glisser dans le cerveau malade et en même temps farceur du Humbert Humbert de <i>Lolita</i>. Rafael est nettement moins spirituel, mais l’humour n’est pas ce que cherche le lecteur qui s’aventure de plus en plus inquiet dans ce thriller psychologique labyrinthique.</p><p>Tout en faisant ses propres recherches sur Rafael, la narratrice se souvient de la classe de 6<sup>e</sup> et de ses 11 ans. Elle était alors inséparable de son amie Laura, anorexique et insaisissable. Ensemble, les deux adolescentes se maquillaient en écoutant Britney Spears et <i>Survivor</i> des Destiny’s Child. C’était le début des années 2000. L’insouciance n’était pas de mise. En janvier 2003, Estelle Mouzin avait disparu. On découvrirait plus tard qu’elle était une des nombreuses victimes de Michel Fourniret. Avant, il y avait eu la glaçante affaire Dutroux. Risquait-on de croiser un criminel à tous les coins de rue ? Des souvenirs flous remontent et se redessinent… Il y avait eu cet homme qui les avait prises en auto-stop, avec Laura. Même chez soi, on n’était pas en sécurité. Arnaud, le frère de Laura, n’avait-il pas des côtés louches ?</p><p>Par la brièveté de ses chapitres, et le rythme auquel on les enchaîne, <i>Spécimen</i> rappelle parfois <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/chanson-douce-pour-un-thriller-psychologique-glacant_1834575.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/chanson-douce-pour-un-thriller-psychologique-glacant_1834575.html"><i>Chanson douce</i></a> de Leïla Slimani (le prix Goncourt 2016, où il était aussi question d’une nounou). Pauline Clavière ajoute une troisième dimension à son livre. Son double romanesque se rend plusieurs fois à Paris pour interviewer à Sainte-Anne le docteur Walter Albardier (qui existe réellement). Son témoignage fait froid dans le dos, notamment quand il nous apprend que "la préoccupation des mineurs pour le sexe n’a jamais été aussi forte", et que "près de la moitié des mineurs agressés sexuellement le sont par d’autres mineurs". 2025 avait été l’année de la santé mentale, au cœur des best-sellers d’<a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/adele-yon-et-ambre-chalumeau-la-litterature-a-choisi-son-camp-et-nous-aussi-I6TDVHIWAZFUNJPCV27WC6ACFM/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/adele-yon-et-ambre-chalumeau-la-litterature-a-choisi-son-camp-et-nous-aussi-I6TDVHIWAZFUNJPCV27WC6ACFM/">Adèle Yon</a>, Nicolas Demorand ou <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/franck-thilliez-au-nord-cetaient-les-frissons-LXVW57GJ6ZFGHJNHIFJKJ5SNYQ/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/franck-thilliez-au-nord-cetaient-les-frissons-LXVW57GJ6ZFGHJNHIFJKJ5SNYQ/">Franck Thilliez</a> (qui explorait le monde psychiatrique dans <i>A retardement</i>). Avec <i>Spécimen</i>, Pauline Clavière prolonge cette tendance en allant gratter d’autres zones d’ombre. Parce qu’elle écrit en romancière et non en sociologue, il faut s’attendre à être surpris. La fin est à cet égard un tour de force (vous verrez) : parvenir à mêler la pensée de Yon et un retournement de situation à la Thilliez, ça mérite un coup de chapeau. </p><p><i>Spécimen </i>par Pauline Clavière. Grasset, 401 p., 24 €.</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/P2EZE5K7LRHPDMYOMTPZZEA4KM.jpg?auth=8af97174b1ba87ff0a26431b71e544e840871c6f11bdbf6241dcfa8d7d0aa465&amp;smart=true&amp;width=5504&amp;height=6880" type="image/jpeg" height="6880" width="5504"><media:description type="plain"><![CDATA[Avec "Spécimen", Pauline Clavière signe le roman-événement de ce printemps.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">Jean-François Paga/Grasset</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Un week-end au Luxembourg : Robert Combas dans tous ses états]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/art/un-week-end-au-luxembourg-robert-combas-dans-tous-ses-etats-3IELWK6KCJHXDLAUU4XFQLTFE4/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/art/un-week-end-au-luxembourg-robert-combas-dans-tous-ses-etats-3IELWK6KCJHXDLAUU4XFQLTFE4/</guid><dc:creator><![CDATA[Letizia Dannery]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sat, 09 May 2026 08:30:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>On entre à la Galerie Ceysson &amp; Bénétière Wandhaff, à quelques kilomètres de Luxembourg-Ville, comme on plongerait dans une fête foraine mentale. Couleurs en fanfare, figures en embuscade, mots qui débordent des cadres... Avec <i>L’Etat de mes choses*,</i> un ensemble de 45 œuvres réalisées en dix mois spécialement pour l’exposition, Robert Combas lâche une meute. Ici, une déesse aux serpents et aux dragons, un pêcheur arroseur pourvu de deux têtes et de trois bras ; là, un <i>dégueulage horizontal</i> entre <a href="https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/la-politique-etrangere-de-trump-un-enfant-naurait-pas-une-autre-approche-lalerte-de-gregory-a-daddis-22OX3V4V6FE7DBHNOJLFU2PF6Q/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/la-politique-etrangere-de-trump-un-enfant-naurait-pas-une-autre-approche-lalerte-de-gregory-a-daddis-22OX3V4V6FE7DBHNOJLFU2PF6Q/">Donald Trump</a> et Vladimir Poutine sur fond de drones exploseurs ; plus loin, le même Trump ressemble comme un frère au golfeur blond d’une autre toile qui <i>tire, massacre.</i> </p><p>Ces grands formats imposent une immersion presque physique : on ne regarde pas Combas, on est avalé par lui. Car depuis la figuration libre, dont il fut la figure de proue, l’artiste n’a jamais cessé de repeupler la peinture. Chez lui, pas de hiérarchie : mythologie antique, BD, rock’n roll, faits divers, géopolitique et souvenirs de Sète cohabitent dans un joyeux chaos organisé. Tout devient signe, récit.</p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/TKJMZX4CCBGQZFTAG6FO7QLTLE.jpg?auth=2c1697dc1d120c00de5fec196e91d2661a74a90004b4d926c216288244716f0f&smart=true&width=1500&height=844" alt="Vue de l'exposition "L'Etat de mes choses" de Robert Combas à la galerie Ceysson-Bénétière Wandhaff." height="844" width="1500"/><figcaption>Vue de l'exposition "L'Etat de mes choses" de Robert Combas à la galerie Ceysson-Bénétière Wandhaff.</figcaption></figure><p>Ce qui frappe dans cette réunion luxembourgeoise, c’est moins la profusion – attendue – que la cohérence. Derrière l’apparente saturation, il y a une grammaire précise : le trait noir cerne, la couleur claque, les figures s’imbriquent comme dans une mosaïque sous tension. Chaque toile, porteuse d’un titre à rallonge, fonctionne comme une phrase longue, volontairement trop longue, où les corps, les mots et les motifs se disputent la syntaxe. On retrouve cette urgence dans les œuvres sur papier, parfois énigmatiques, ainsi cet <i>Homme au profil rouge</i>, peut-être un autoportrait : <i>Il a la peau presque comme du velours. C’est un malin ce rougisseur</i>. </p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/ZS3KY6IM75GB3BIB25LQP37LOQ.jpg?auth=fb9984b2d509b3b63facfab2416a58bde463300be8449bd4a1a2050ae8038536&smart=true&width=1500&height=844" alt="Les "Tatouages académiques", une prise de pouvoir graphique." height="844" width="1500"/><figcaption>Les "Tatouages académiques", une prise de pouvoir graphique.</figcaption></figure><p>Et puis il y a les <i>Tatouages académiques</i>, des détournements irrévérencieux de dessins classiques, où Combas vient greffer son alphabet visuel sur ces représentations sages héritées de la tradition. Il tatoue littéralement l’histoire de l’art : lignes parasites, motifs envahissants, signes qui contaminent les figures d’origine. Ce n’est pas un dialogue, c’est une prise de pouvoir graphique. Le canon devient terrain de jeu, voire champ de bataille. Même les sculptures, créatures hybrides, mi-grotesques, mi-mythologiques, tels ce <i>Gabian de Livingstone (Il vivait avec les Stones lui) </i>ou ce<i> Spectre cornu en bronze,</i> semblent sorties de ses tableaux comme des personnages décidés à prendre l’air. Elles prolongent la perception d’un univers en expansion continue : l’image ne s’arrête jamais, elle prolifère.</p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/FVEVKTCPH5DP3H35KR5YSEEHMA.jpg?auth=7196090ad9c95a8fce53bf09e455f2f1cd1ba8b3acee8c9a62534860b1d8e905&smart=true&width=2248&height=1400" alt="Vue de l'exposition "L'Etat de mes choses" à la galerie Ceysson & Bénétière Wandhaff." height="1400" width="2248"/><figcaption>Vue de l'exposition "L'Etat de mes choses" à la galerie Ceysson & Bénétière Wandhaff.</figcaption></figure><p>On gardera en mémoire un ensemble traversé par une énergie brute bavarde, excessive, presque indigeste, mais intensément vivante, qui tient autant du rock que du dessin d’enfant survolté. Robert Combas l’a souvent dit, il peint comme on joue de la musique – et cela s’entend : rythme syncopé des motifs, refrains visuels, saturation sonore des couleurs. Tout vibre, tout insiste, tout refuse de se taire. <i>L’Etat de mes choses</i> porte bien son intitulé : ce que Combas expose ici, c’est l’état d’un monde intérieur une cartographie intime dans un langage qu’il est sans doute le seul à parler mais que tous peuvent s’approprier.</p><p><i>*</i>L'Etat de mes choses,<i> par Robert Combas, galerie Ceysson &amp; Bénétière Wandhaff, Koerich, jusqu’au 30 mai 2026.</i></p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/LMLZLK2ZJBA43LHTM6VY6NCYWM.jpg?auth=d67f4517b320ef0d8d157c13d6ccce3fb6b0b16e1b0ffdf42d63b4e50378c40e&amp;smart=true&amp;width=1500&amp;height=1000" type="image/jpeg" height="1000" width="1500"><media:description type="plain"><![CDATA[L'exposition "L'Etat de mes choses" invite à une immersion brute, saturée de couleurs et de récits.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">© Claude Piscitelli</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[George Sand a-t-elle sa place au Panthéon ? ]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/george-sand-a-t-elle-sa-place-au-pantheon-27WZWULQMJH75HFYLZQB5NLUXA/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/george-sand-a-t-elle-sa-place-au-pantheon-27WZWULQMJH75HFYLZQB5NLUXA/</guid><dc:creator><![CDATA[Louis-Henri de La Rochefoucauld]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sat, 09 May 2026 07:30:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/simone-de-beauvoir-le-mythe-du-castor-fait-il-barrage-a-cette-auteure-de-genie-BO2GPUTX3RFK5F6KMJC2ECAU4A/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/simone-de-beauvoir-le-mythe-du-castor-fait-il-barrage-a-cette-auteure-de-genie-BO2GPUTX3RFK5F6KMJC2ECAU4A/">Simone de Beauvoir</a> a-t-elle enterré George Sand ? Relire <i>Le Deuxième Sexe</i> laisse sceptique quant au concept de sororité : le nom de Sand n’apparait que cinq fois, brièvement, et toujours auréolé d’une pointe de mépris. Si, avec l’influence qui fut la sienne au XX<sup>e</sup> siècle, Beauvoir avait traité son aînée comme une pionnière, cette dernière aurait peut-être précédé Simone Veil au Panthéon. Le projet vient de revenir dans l’actualité. Fin mars, le département de l’Indre a adressé au président de la République un courrier officiel demandant la panthéonisation de l’enfant du pays. Présidé par Juliette Binoche (qui incarna Sand dans <a href="https://www.lexpress.fr/informations/l-heritage-de-george-sand_634929.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/informations/l-heritage-de-george-sand_634929.html"><i>Les Enfants du siècle</i></a><i> </i>de Diane Kurys), le comité de soutien rassemble entre autres Annie Ernaux, Erik Orsenna, Michèle Perrot ou <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/jean-christophe-rufin-a-quand-un-coup-detat-fomente-par-les-gafam-4CPIITPYIFCT5FW4ZBO4RRMA2Q/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/jean-christophe-rufin-a-quand-un-coup-detat-fomente-par-les-gafam-4CPIITPYIFCT5FW4ZBO4RRMA2Q/">Jean-Christophe Rufin</a>. On laissera de côté les ricaneurs qui, à la suite de Jules Barbey d’Aurevilly et de Charles Baudelaire, s’obstinent à ne voir en Sand qu’un ridicule bas-bleu – là où son grand ami Gustave Flaubert louait en elle un "génie". Ceux qui voudraient sortir des clichés l’entourant (une mangeuse d’hommes devenue sur le tard la bonne dame de Nohant) peuvent profiter de la riche actualité éditoriale pour se faire leur idée. <a href="https://www.lexpress.fr/culture/calmann-levy-du-xixe-au-xxie-siecle-de-baudelaire-et-flaubert-a-pierre-lemaitre_2146734.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/calmann-levy-du-xixe-au-xxie-siecle-de-baudelaire-et-flaubert-a-pierre-lemaitre_2146734.html">Calmann-Lévy</a>, un des éditeurs historiques de Sand (depuis 1855), réédite sa monumentale <i>Histoire de ma vie</i>. Le critique d’art Stéphane Guégan signe <i>Les Amours de George</i>, un roman aussi virevoltant que son héroïne. Deux nouvelles biographies complètent le tableau : celle de Brigitte Krulic est un peu austère, mais celle de Marie-Hélène Baylac, enlevée et splendidement illustrée d’archives de la BnF, est à offrir à tous ceux qui se passionnent pour l’histoire littéraire et/ou le XIX<sup>e</sup> siècle. </p><p>On sait que George Sand, née Aurore Dupin en 1804, sera toute sa vie tiraillée entre son origine noble (du côté de son père) et populaire (du côté de sa mère), ce qui la rendra à la fois élitiste (dans ses goûts artistiques) et progressiste (dans ses convictions politiques). En 1809, fait incroyable, sa grand-mère paternelle obtient la garde de l’enfant contre une rente annuelle versée à sa mère, d’un montant de 1 500 francs (environ 15 000 euros actuels). Aurore reçoit l’éducation d’une jeune fille de bonne famille, en passant notamment une partie de son adolescence au couvent des Dames augustines anglaises, non loin du Panthéon (un signe ?).</p><p>Mal mariée, dès ses 18 ans, à Casimir Dudevant, elle décrit ainsi le "martyre" de la nuit de noces : "Rien n’est affreux comme l’épouvante, la souffrance et le dégoût d’une pauvre enfant qui ne sait rien et qui se voit violée par une brute." Horrifiée par l’inégalité de traitement entre hommes et femmes, elle l’écrit dans une lettre en 1837 : "Je relèverai la femme de son abjection et dans ma personne et dans mes écrits. […] Que l’esclavage féminin ait aussi son Spartacus."</p><p>A cette date, cela fait un moment qu’elle s’est émancipée (après une longue bataille juridique, elle obtiendra le divorce). En 1831, elle fuit à Paris retrouver son amant Jules Sandeau. En 1832, s’habillant déjà en garçon à l’occasion, elle prend le pseudonyme de George Sand. Entre 1833 et 1835, elle a sa liaison orageuse avec Alfred de Musset, garçon caractériel et inconstant. Puis elle connaît sa longue histoire avec Frédéric Chopin, qui durera de 1838 à 1847 – toujours malade, le valétudinaire compositeur des <i>Nocturnes</i> contraint souvent sa sensuelle compagne à un amour platonique. Ce n’est qu’à partir de 1850 que cette femme volontiers maternelle vivra enfin une relation apaisée auprès d’Alexandre Manceau (de 13 ans son cadet). Pendant toutes ces années, fumant cigarette sur cigarette, se gavant de chocolat à croquer et buvant à peu près autant de café que l’un de ses autres amis, Honoré de Balzac, elle écrit à un rythme effréné une somme astronomique de lettres, d’articles de presse et de livres, dont <i>Indiana</i> (1832) et les romans champêtres chers à Marcel Proust, <i>La Mare au diable</i>, <i>François le Champi</i> et <i>La Petite Fadette</i> (tous parus entre 1846 et 1848). </p><p>Entre Musset et Chopin s’est intercalé en 1835 un amant autrement plus viril : l’avocat Michel de Bourges. C’est auprès de lui que la collaboratrice de la <i>Revue des Deux Mondes</i> (alors organe quasi officiel de la monarchie de Juillet) se convertit au socialisme. Même après leur rupture, elle n’en démord pas, si l’on en croit cette lettre de 1840 : 'C’est dans le peuple, et dans la classe ouvrière surtout, qu’est l’avenir du monde. […] Quand le peuple donnera l’exemple de la fusion de ses intérêts individuels en un seul intérêt […], c’est lui qui sera le maître du monde, l’initiateur de la civilisation, le nouveau messie." Voulant défendre tous les "bannis de la terre", elle fréquente Louis Blanc, écrit des romans engagés, participe à la création de journaux, dont <i>La Cause du peuple</i>. Contrairement au lucide (ou cynique) Flaubert, elle s’emballe candidement pour la révolution de 1848, avant de revenir de ses illusions. Peut-on, à son sujet, parler de gauche caviar avant l’heure ? On lui pardonnera tout en s’appuyant sur Alexis de Tocqueville. Dans ses savoureux <i>Souvenirs</i>, l’aristocrate libéral raconte avoir rencontré Sand dans un dîner à Paris, au printemps 1848. Alors qu’il avait de "grands préjugés contre elle ", ils discutent une heure ensemble. Tocqueville note son "regard admirable", sa "véritable simplicité de manières et de langage", et écrit : "Mme Sand était alors une manière d’homme politique ; ce qu’elle me dit sur ce sujet me frappa beaucoup ; c’était la première fois que j’entrais en rapport direct et familier avec une personne qui voulût et pût me dire en partie ce qui se passait dans le camp de nos adversaires." Preuve, s’il en était encore besoin, que Sand avait une pensée structurée et n’était pas sectaire.</p><p>Il faudrait évoquer la fibre écologiste de Sand, que l’on sent dans la gestion de son domaine de Nohant, ainsi que d’autres amitiés artistiques marquantes : Franz Liszt, qui était alors une star européenne, la cantatrice Pauline Viardot ou Eugène Delacroix, qui a peint Chopin et Sand en 1838, au tout début de leur union. On conseillera également aux spécialistes d’aller relire <a href="https://www.lexpress.fr/culture/george-sand-critique-litteraire-plus-elitiste-que-populiste_2153836.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/george-sand-critique-litteraire-plus-elitiste-que-populiste_2153836.html">les papiers de critique littéraire</a> de cet esprit aiguisé qui sut distinguer la supériorité de Flaubert quand les dandies tel Barbey d’Aurevilly (encore lui) le jugeaient vulgaire. On notera enfin que, dans les années 1850, deux de ses anciens amants, Sandeau et Musset, furent élus à l’Académie française. Sand pour sa part se moquait de ce "reste de féodalité littéraire" où les femmes n’étaient pas encore admises. A défaut du Quai Conti de son vivant, le Panthéon serait une juste reconnaissance posthume. Puisse Emmanuel Macron se remémorer l’éloge funèbre (un brin lyrique) rédigé par <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/livres-le-vrai-visage-de-victor-hugo-honore-de-balzac-ou-george-sand-devoile-P6GY3ONJU5AJNMELK4YMQE3BZE/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/livres-le-vrai-visage-de-victor-hugo-honore-de-balzac-ou-george-sand-devoile-P6GY3ONJU5AJNMELK4YMQE3BZE/">Victor Hugo</a> au décès de la Spartacus du féminisme XIX<sup>e</sup>, en 1876 : "Je pleure une morte, et je salue une immortelle. Je l’ai aimée, je l’ai admirée, je l’ai vénérée : aujourd’hui dans l’auguste sérénité de la mort, je la contemple. Je la félicite parce que ce qu’elle a fait est grand et je la remercie parce que ce qu’elle a fait est bon. […] George Sand a dans notre temps une place unique. D’autres sont les grands hommes ; elle est la grande femme."</p><p><i>George Sand. La Passion de la vie </i>par Marie-Hélène Baylac. Perrin/BNF, 251 p., 25 €.</p><p><i>Les Amours de George</i> par Stéphane Guégan. Gallimard, 165 p., 19 €.</p><p><i>George Sand </i>par Brigitte Krulic. Gallimard, 336 p., 24 €.</p><p><i>Histoire de ma vie </i>par George Sand. Calmann-Lévy, 1 455 p., 35 €.</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/F4ZUWYVW5RBRZIC7OOAIRCZVYE.jpg?auth=509235b81f01ff9f2ea55845f035133a3d1aca7044896eaa78afcd5c4283a421&amp;smart=true&amp;width=929&amp;height=727" type="image/jpeg" height="727" width="929"><media:description type="plain"><![CDATA[George Sand et Frédéric Chopin, peints par Eugène Delacroix lors de leur rencontre en 1838. ]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">Eugène Delacroix, /Wikimedia Commons</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[L’essai littéraire du mois : Nathan Devers dans les pas du jeune Modiano]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/lessai-litteraire-du-mois-nathan-devers-dans-les-pas-du-jeune-modiano-IDKK4CYE6JHTLNXYLYYLZNG7ZQ/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/lessai-litteraire-du-mois-nathan-devers-dans-les-pas-du-jeune-modiano-IDKK4CYE6JHTLNXYLYYLZNG7ZQ/</guid><dc:creator><![CDATA[Louis-Henri de La Rochefoucauld]]></dc:creator><description></description><pubDate>Fri, 08 May 2026 07:30:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Pris en sandwich entre la montée de l’antisémitisme et la baisse du niveau de la lecture (observée par les enseignants comme par les libraires), Nathan Devers est dans de beaux draps : qui peut encore comprendre quelque chose à ses livres brillants tournant autour de sa judéité ? A la fois philosophe, romancier, celui qui voulait devenir rabbin quand il était lycéen s’était vraiment révélé avec <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/nathan-devers-lecrivain-prometteur-qui-aurait-du-devenir-rabbin-JP3MX6I6AVE7VBDRCVNLPZK27E/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/nathan-devers-lecrivain-prometteur-qui-aurait-du-devenir-rabbin-JP3MX6I6AVE7VBDRCVNLPZK27E/"><i>Penser contre soi-même</i></a> (2024), dont les passages les plus audacieux rappelaient les débuts de Philip Roth.</p><p><i>Aimer Jérusalem</i> est un peu la suite, sauf que Devers a eu le temps, depuis, de méditer sur le 7 Octobre. Tel son mentor <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/cest-peut-etre-le-plus-important-de-mes-livres-dans-les-nuits-tourmentees-de-bhl-R2FKF4DX25HCHH3OOZSPP64MFU/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/cest-peut-etre-le-plus-important-de-mes-livres-dans-les-nuits-tourmentees-de-bhl-R2FKF4DX25HCHH3OOZSPP64MFU/">Bernard-Henri Lévy</a>, il ne tient pas en place : on voit donc Devers se rendre sur les lieux des attentats, où il interroge des rescapés. Il se rend aussi à Tel Aviv. Où qu’il soit, il réfléchit à la Bible, dans des digressions talmudiques modernes dont il a le secret. Comme Alain Finkielkraut, il trouve à redire au régime de Benyamin Netanyahou, et aux "militants suprémacistes" qui sévissent autour de lui. Dans les passages les plus enlevés, on pense à <i>Israël </i>de Bernard Frank et à <i>La Place de l’Etoile</i> de Patrick Modiano, deux ovnis écrits par des gens dans leur vingtaine (Devers, lui, a 28 ans). Modiano avait publié son chef-d’œuvre en 1968, quelques mois après la guerre des Six Jours. On oublie parfois ce texte essentiel à la compréhension de son parcours. Nous verrons dans un demi-siècle quelle place occupera <i>Aimer Jérusalem</i> dans l’œuvre qui sera alors celle de Devers. </p><p><i>Aimer Jérusalem</i> par Nathan Devers. Gallimard, 426 p., 23,50 €.</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/FX4SVDQASFEITNZNDHZ45OUB5U.jpg?auth=f93afb2d390a72f7e8308cfbbe96a6b08b92771bc608c7bb2b13d795db65d022&amp;smart=true&amp;width=5792&amp;height=7722" type="image/jpeg" height="7722" width="5792"><media:description type="plain"><![CDATA[Avec "Aimer Jérusalem", Nathan Devers creuse brillamment le sillon inauguré avec "Penser contre soi-même". ]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">© Pascal Ito / Albin Michel</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Des cours en anglais dans l'enseignement supérieur ? Oui, mais pas trop ]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/des-cours-en-anglais-dans-lenseignement-superieur-oui-mais-pas-trop-WYOH7HVUTND73HDDNHNBBAOO74/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/des-cours-en-anglais-dans-lenseignement-superieur-oui-mais-pas-trop-WYOH7HVUTND73HDDNHNBBAOO74/</guid><dc:creator><![CDATA[Michel Feltin-Palas]]></dc:creator><description></description><pubDate>Tue, 05 May 2026 08:00:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p><i>Partir à l'étranger pour parachever son cursus scolaire ou améliorer son CV, apparaît aujourd'hui comme </i><a href="https://www.lexpress.fr/societe/education/resultats-du-bac-pourquoi-les-jeunes-francais-veulent-tant-etudier-a-letranger-FCEPNT44HFGWJMJ4F5HQC7JBGQ/?auth=d32794f8f0" rel=""><i>le plus sûr des accélérateurs de vie</i></a><i> mais aussi de carrière. De leur côté, les grandes écoles françaises qui doivent faire face à la chute de la démographie étudiante et à une baisse des financements publics, multiplient les campus au-delà de l'Hexagone pour recruter de nouveaux étudiants. Toutes font le même constat, mais développent des stratégies différentes, persuadées que les </i><a href="https://www.lexpress.fr/societe/education/classement-de-shanghai-ou-sont-se-situent-les-universites-francaises-en-2025-KRZWVB2REVBXBF4RE7QN4H2MAU/" rel=""><i>classements les plus prestigieux</i></a><i> sont désormais mondiaux. Cette course à l'exportation d'une éducation nationale au savoir-faire reconnu n'est pas sans obstacle dans un contexte géopolitique toujours plus tendu où la politique des visas devient une arme. Les implantations ne s’improvisent pas et restent coûteuses dans un marché très concurrentiel. Les élèves, eux, rêvent d’horizons lointains et parfois exotiques comme le souligne le baromètre exclusif réalisé par nos partenaires de L’Express Connect. Ils ont pris le temps de méditer Lamartine : "Il n'y a d'homme plus complet que celui qui a beaucoup voyagé, qui a changé vingt fois la forme de sa pensée et de sa vie."</i></p><p>A priori, le raisonnement paraît frappé au coin du bon sens. L’anglais est la langue la plus influente du monde ? Il faut donc l’utiliser dans les universités et les grandes écoles de France. A ceci près que les choses sont plus compliquées, vous allez le comprendre.</p><p>Jusqu’en 2013, la situation était simple : le français était, sauf exception, la langue normale de l’enseignement supérieur. C’était avant que la loi de Geneviève Fioraso ne permette de multiplier les dérogations. Avec des intentions louables, assure-t-elle encore aujourd’hui à L’Express en donnant cette précision : "Je suis fille de normaliens et ma mère enseignait les lettres classiques. Qu’on ne me fasse pas de faux reproches : <a href="https://www.lexpress.fr/culture/fioraso-la-primaute-du-francais-a-la-fac-pas-remise-en-cause_1259001.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/fioraso-la-primaute-du-francais-a-la-fac-pas-remise-en-cause_1259001.html">j’ai toujours adoré le français !</a>". A l’entendre, ses objectifs étaient on ne peut plus nobles. Attirer des étudiants étrangers non francophones qui, faute de cours en anglais, partaient au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Rétablir une forme d’égalité entre universités et grandes écoles, lesquelles recouraient déjà à ce type d’enseignements. Améliorer le niveau des scientifiques français qui, dans les congrès internationaux, sont souvent mal à l’aise lorsqu’il faut s’exprimer dans la langue de Shakespeare. Mettre un terme à une inégalité sociale, enfin. "Ma loi a été critiquée par des intellos qui envoyaient leurs enfants suivre des séjours linguistiques à l’étranger, ce que ne peuvent pas se permettre les familles modestes, soutient l’ancienne ministre socialiste. Ce texte a permis d’aider les jeunes issus des milieux défavorisés car, à CV équivalent, un étudiant qui parle anglais a 50 % de chances en plus d’être embauché."</p><p>La loi Fioraso a été suivie d’effet. La part des masters se déroulant totalement en anglais a quasiment doublé en 10 ans, passant de 5,5 % en 2014 à 9,7 % aujourd’hui, <a href="https://www.linkedin.com/pulse/promouvoir-le-plurilinguisme-%25C3%25A0-luniversit%25C3%25A9-une-pour-les-tremblay-9cvqe/" rel="">selon les calculs effectués par Christian Tremblay</a>, le président de l’Observatoire européen du plurilinguisme. Sachant que les taux sont plus élevés encore en deuxième et en troisième cycles ; dans des disciplines comme l’économie, la physique ou la biologie et dans les écoles de commerce.</p><p>En revanche, le mystère demeure concernant la part des étudiants étrangers non francophones présents dans les universités françaises. Non seulement le ministère et son bras armé, Campus France, refusent de communiquer des chiffres sur ce sujet, mais cette statistique est fortement influencée par une autre donnée : le coût des études. "Malgré une hausse récente pour les étudiants hors Union européenne, celui-ci reste compétitif en France comparé aux tarifs pratiqués dans les pays anglo-saxons", souligne Jean-Paul de Gaudemar, qui fut recteur de l'Agence universitaire de la francophonie entre 2015 et 2019. </p><p>Dans son souvenir, d'ailleurs, la loi Fioraso n’a pas entraîné de protestations particulières de la part des présidents des universités francophones. "Elle nous a donné plutôt une image d’ouverture", estime-t-il. Selon certains, le dispositif aurait même permis de gagner de nouveaux francophones. "Des étudiants russes qui ne connaissaient pas notre langue se sont inscrits à Paris Cité car nous dispensons des cours en anglais. Aujourd’hui, ils parlent français", assure la linguiste Anne Abeillé.</p><p>Le débat est-il clos pour autant ? Pas du tout. Et cela pour plusieurs raisons. </p><p><b>Une vision anglo-centrée</b>. Selon une idée reçue, l’anglais serait LA langue des affaires. Or, <a href="https://www.lexpress.fr/culture/les-pieges-du-tout-anglais_2166671.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/les-pieges-du-tout-anglais_2166671.html">l’anglais n’est "que" la langue <i>principale</i> des affaires,</a> ce qui est très différent. Selon les études, elle représente 30 % du commerce mondial. C’est beaucoup ? Certes, mais cela laisse de la place aux autres idiomes - le français se situe à 16 %. De plus, ce pourcentage va mécaniquement baisser avec la montée en puissance de la Chine et des autres pays émergents. "Tout miser sur l’anglais, c’est ne pas comprendre qu’il existe sur la planète d’autres langues véhiculaires, comme le français, l’espagnol ou l’arabe, qui ne cessent de gagner des locuteurs, souligne le linguiste Philippe Blanchet. Pour commercer au Brésil, mieux vaut parler portugais !". De fait, il serait tout à fait pertinent de dispenser des cours en allemand à Strasbourg, en espagnol à Toulouse ou en Italien à Nice. </p><p><b>Une qualité des enseignements amoindrie. </b>Certains professeurs dispensent leurs cours en anglais alors qu’ils maîtrisent mal cette langue. Résultat ? La qualité de leur enseignement en pâtit et ils ont souvent du mal à répondre avec précision aux questions des étudiants anglophones, comme ils pourraient le faire en français. Cela n’a pas dissuadé l’université Panthéon-Sorbonne d’instaurer en 2025 un système de primes (comprise entre 1500 et 2500 euros) en faveur des enseignants qui passent du français à l’anglais.</p><p><b>Une forme de défaitisme. </b>"Comment convaincre un étudiant africain ou asiatique de l'importance de parler français si nous-mêmes jugeons préférable d'utiliser l'anglais dans nos universités ?", interrogeait en 2021 un collectif d’enseignants-chercheurs. Bonne question. En 2024, environ la moitié des thèses soutenues en France l’ont été en anglais, a calculé le sénateur Pierre Ouzoulias : 4 893 sur 9 615 thèses exactement. C’est même le cas de la quasi-totalité d’entre elles en économie et en physique. Une standardisation contraire à l’avancée des connaissances. "Le plurilinguisme favorise les découvertes scientifiques, car le fait de travailler dans des langues différentes crée des associations d’idées qui dépendent des langues utilisées", rappelle Philippe Blanchet. </p><p>On pourra toujours se rassurer en rappelant que le pire a été évité. En 2020, le Premier ministre d‘alors, Edouard Philippe, prenait une série de décrets imposant un niveau d’anglais relativement exigeant (B2) pour obtenir une licence, et cela y compris pour… enseigner le français dans des pays francophones. "Cette mesure abandonnée, puis annulée par la Justice, et heureusement, reprend Philippe Blanchet. En imposant la maîtrise de l’anglais pour obtenir n’importe quel diplôme, cette nouvelle orientation, adoptée à la demande d’Emmanuel Macron, aurait entraîné un échec massif chez les étudiants issus des milieux modestes".</p><p>Reste une interrogation majeure. Avec l’Intelligence artificielle, ce débat aura-t-il encore un sens dans 30 ou 50 ans ? Selon les observateurs, les progrès en cours dans le domaine de la traduction pourraient favoriser à l’avenir l’utilisation de langues maternelles dans les enseignements. Et donc réduire la part de l’anglais. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/ZEBF2MFFDBB5RAKIJSJCNBPZSU.jpg?auth=1606af81e97ccac75478fa137616355e07ed5fce80cb8d873e44a80b0fbeb987&amp;smart=true&amp;width=6720&amp;height=4480" type="image/jpeg" height="4480" width="6720"><media:description type="plain"><![CDATA[En France, le nombre de masters se déroulant intégralement en anglais a quasiment doublé en dix ans.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">©SeventyFour/Shutterstock</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Ventes de livres : Matthieu Delormeau ou Gabriel Attal, qui démarre le mieux ?]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/ventes-de-livres-matthieu-delormeau-ou-gabriel-attal-qui-demarre-le-mieux-WQIWI5VVJ5AI5CBDRZR4M55BPM/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/ventes-de-livres-matthieu-delormeau-ou-gabriel-attal-qui-demarre-le-mieux-WQIWI5VVJ5AI5CBDRZR4M55BPM/</guid><dc:creator><![CDATA[Louis-Henri de La Rochefoucauld]]></dc:creator><description></description><pubDate>Mon, 04 May 2026 17:25:13 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>2027 est dans toutes les têtes, que les prétendants à la présidentielle y pensent où s’y préparent. Alors qu’Elisabeth Borne publie cette semaine <i>Réveillons-nous !</i> (Robert Laffont), un autre ancien Premier ministre n’a pas attendu cette injonction pour se lever de bonne heure et faire le tour de la France. Depuis une quinzaine de jours, <a href="https://www.lexpress.fr/politique/gabriel-attal-jordan-bardella-et-les-autres-ces-livres-sur-le-chemin-de-lelysee-65TOU5NBSRASNEZEZCEH4WXJDI/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/politique/gabriel-attal-jordan-bardella-et-les-autres-ces-livres-sur-le-chemin-de-lelysee-65TOU5NBSRASNEZEZCEH4WXJDI/">Gabriel Attal</a> est partout dans les médias et dans le pays pour promouvoir <i>En homme libre</i> (Editions de l’Observatoire), où le trentenaire se distingue d’Emmanuel Macron et prend date pour l’avenir. Dans le marché saturé des livres d’hommes et de femmes politiques, Attal réalise une belle performance : alors qu’ils sont sortis à la même date, son texte autobiographique part trois fois mieux que <a href="https://www.lexpress.fr/monde/donald-trump-nest-pas-notre-papa-les-coulisses-du-pouvoir-racontees-par-bruno-le-maire-GNZOLFDLTBBOLLUYZ3Y2OB4PQQ/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/monde/donald-trump-nest-pas-notre-papa-les-coulisses-du-pouvoir-racontees-par-bruno-le-maire-GNZOLFDLTBBOLLUYZ3Y2OB4PQQ/"><i>Le Temps d’une décision</i></a> (Gallimard) de Bruno Le Maire, 18<sup>e</sup> des ventes d’essais. Derrières Le Maire, deux autres politiciens ferment la marche : Robert Ménard, 19<sup>e</sup> avec <i>Lettre à Clara</i> (Télémaque) ; Luc Ferry, 20<sup>e</sup> avec <i>Ne vous mariez jamais ! Vraiment ?</i> (Editions de l’Observatoire).</p><p>Si Attal est 2<sup>e</sup> des essais, c’est qu’il y a quelqu’un devant lui. Surprise ! Il s’agit de Matthieu Delormeau, auteur d’un livre, <i>Addictions </i>(Leduc), qui s’est arraché à plus de 7 000 exemplaires en quelques jours. L’homme de télé n’a (pour l’instant ?) aucune ambition élyséenne. Il est question dans son livre de son intoxication à la cocaïne, au GHB et aux médicaments. Le bouc émissaire de <a href="https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/cyril-hanouna-eric-zemmour-ou-philippe-de-villiers-sont-victimes-du-syndrome-rudolf-hess-SQUT67G4JZFOBCEQGIOMO6YN6M/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/cyril-hanouna-eric-zemmour-ou-philippe-de-villiers-sont-victimes-du-syndrome-rudolf-hess-SQUT67G4JZFOBCEQGIOMO6YN6M/">Cyril Hanouna</a> semble sortir de l’eau avec cette confession sincère qui touche les lecteurs. Derrière lui, si aucune tendance ne se décide clairement, on remarque la bonne position de deux récits traitant de violences sexuelles : Gisèle Pelicot est toujours 4<sup>e</sup> avec <i>Et la joie de vivre</i> (Flammarion) ; Frédéric Pommier 5<sup>e</sup> avec <i>Derrière les arbres</i> (5<sup>e</sup>), où il revient sur les viols dont il fut victime enfant, de la part de quatre hommes différents. La pédo-criminalité est aussi présente dans un roman qui marche de mieux en mieux : Pauline Clavière est 18<sup>e </sup>avec <i>Spécimen</i> (Grasset). </p><p>Les fictions, parlons-en. L’humeur n’est toujours pas à la fête en termes de chiffres. Comme souvent depuis quelques années, ce sont les sagas qui tirent leur épingle du jeu. Les trois entrées de cette semaine sont toutes des suites de séries : Hannah Nicole Maehrer, Lyly Bay et Dahlia Blake sont respectivement 9<sup>e</sup>, 10<sup>e </sup>et 20<sup>e</sup>avec les troisièmes tomes d’<i>Assistant to the Villain </i>(Calix), <i>Campus Agency </i>(Hugo Publishing) et <i>Les Légendes </i>(Albin Michel). </p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/373WMLCLLJFFZKLS4VVMGOI4OU.jpg?auth=1c38ede626ec9432f6bb28872a8dd16429ee46a663a377f02c3e60b2c1232977&smart=true&width=1076&height=2411" alt="© / L'Express" height="2411" width="1076"/><figcaption>© / L'Express</figcaption></figure><p>Trône toujours en tête Fred Vargas, dont <i>Une unique lueur </i>(Flammarion) a déjà dépassé les 100 000 exemplaires, barre symbolique à laquelle même Delphine de Vigan, pourtant abonnée aux best-sellers, n’est pas encore parvenue avec <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/rentree-litteraire-dhiver-nos-premiers-choix-pour-bien-commencer-lannee-RXKAJCOK3VAEZN37NAQECCNZKA/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/rentree-litteraire-dhiver-nos-premiers-choix-pour-bien-commencer-lannee-RXKAJCOK3VAEZN37NAQECCNZKA/"><i>Je suis Romane Monnier</i></a><i> </i>(Gallimard). A part Vargas, rares sont les auteurs qui voient la lumière, en ce moment…</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/XWW6O7RCXBDSJDPSGVHT4DJ5HM.jpg?auth=fb8c9a0a30addfbf9e584e22bc8d3fa05a1c55a2726b966d2938218062763811&amp;smart=true&amp;width=3796&amp;height=2531" type="image/jpeg" height="2531" width="3796"><media:description type="plain"><![CDATA[Matthieu Delormeau peut retrouver le sourire : son récit-confession "Addictions" est déjà un succès de librairie.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Quand la technologie déraille : le futur selon Jacques Attali et Bernard Minier]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/quand-la-technologie-deraille-le-futur-selon-jacques-attali-et-bernard-minier-XNC6ENMCAZGN7CATEFN5LU2LLQ/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/quand-la-technologie-deraille-le-futur-selon-jacques-attali-et-bernard-minier-XNC6ENMCAZGN7CATEFN5LU2LLQ/</guid><dc:creator><![CDATA[Marianne Payot]]></dc:creator><description></description><pubDate>Mon, 04 May 2026 07:30:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>D’un côté la surveillance et la manipulation des esprits grâce à une nouvelle arme permettant d’imposer rêves et souvenirs, de l’autre, l’émergence d’inquiétants robots-tueurs ou soldats : bienvenue dans les mondes enchantés de <a href="https://www.lexpress.fr/economie/politique-economique/climat-hyperconflit-ia-les-conseils-de-jacques-attali-pour-lavenir-TX5HHSEMXZEIDMPL4RKDMPFLHE/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/economie/politique-economique/climat-hyperconflit-ia-les-conseils-de-jacques-attali-pour-lavenir-TX5HHSEMXZEIDMPL4RKDMPFLHE/">Jacques Attali</a> et de <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/bernard-minier-le-savoir-faire-unique-du-roi-du-thriller-GKRCZ4NAXVDMNP5NZS2MCEJ45A/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/bernard-minier-le-savoir-faire-unique-du-roi-du-thriller-GKRCZ4NAXVDMNP5NZS2MCEJ45A/">Bernard Minier</a>. Qu’on soit polytechnicien et énarque ou ancien contrôleur des douanes, l’avenir à l’ère des nouvelles technologies n’est pas des plus roses. Hasard de l’édition, leurs romans (noirs) respectifs, <i>Vos rêves seront bientôt les miens</i> (Flammarion) et <i>Ruptures</i> (XO), entraînent simultanément le lecteur dans les étonnantes innovations scientifiques en cours et les dévoiements de l’intelligence, artificielle ou autre. </p><p>Avec Jacques Attali, nous sommes en avril 2032, à cinq jours de l’élection présidentielle : l’extrême droite antimusulmane et anti-écologiste et l’extrême gauche fondamentaliste sont en tête des sondages, tandis qu’un conseiller du président, un "centriste insipide" au piètre bilan, est retrouvé dans le coma chez lui auprès d’un autre corps, celui, on l’apprendra, de son cousin germain américain, professeur de neuropsychiatrie à Baltimore, spécialiste du sommeil, de la maîtrise des rêves et des maladies de la mémoire. Un fâcheux événement que l’Elysée souhaite minimiser en cette semaine préélectorale. </p><p>Pour Bernard Minier, c’est en avril 2025, et en Espagne, lors de la grande panne d’électricité paralysant tout le pays, que l’on croise sa première morte, la DG (enceinte) d’Estelar/StarCo, entreprise du fantasque et génial supra-milliardaire Milton Gail, clone d’un <a href="https://www.lexpress.fr/economie/elon-musk-enchaine-les-defaites-judiciaires-avant-son-affrontement-avec-openai-Z7ZOCIB3PRBWJJAUIAYVFR5WIU/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/economie/elon-musk-enchaine-les-defaites-judiciaires-avant-son-affrontement-avec-openai-Z7ZOCIB3PRBWJJAUIAYVFR5WIU/">Elon Musk </a>obsédé par la baisse de la natalité – et père de 14 enfants de 4 femmes différentes. Bientôt, on s’aperçoit qu’il y eût une mort suspecte similaire à Bruxelles, celle de Meredith Lambert, chargée du lobbying de la filiale belge de StarCo.</p><p>Deux brillantes enquêtrices sont à la manœuvre, Fatima Hadj, superstar de la police judiciaire, pour Attali, et Lucia Guerrero, de la Guardia Civil, chez Minier. Sauront-elles percer à jour les meurtriers et déjouer les manœuvres de nos docteurs Folamour du XXIe siècle ?</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/SBAX5RB7YBD2NHPQ7RP7722YEA.jpg?auth=238a661382e73935a6244d198d6e7d427d58a9fa9709d475430d407dbbb3af27&amp;smart=true&amp;width=8192&amp;height=5464" type="image/jpeg" height="5464" width="8192"><media:description type="plain"><![CDATA[Jacques Attali, aux universités du Medef, à Paris, le 28 août 2023.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">IP3 PRESS/MAXPPP</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Virginia Woolf à Vanessa Bell : la correspondance de deux sœurs, entre "potins", dandysme et dépression ]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/virginia-woolf-a-vanessa-bell-la-correspondance-de-deux-soeurs-entre-potins-dandysme-et-depression-EI2OJZIQXNB2PHR4VIYZHS5DII/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/virginia-woolf-a-vanessa-bell-la-correspondance-de-deux-soeurs-entre-potins-dandysme-et-depression-EI2OJZIQXNB2PHR4VIYZHS5DII/</guid><dc:creator><![CDATA[Louis-Henri de La Rochefoucauld]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sun, 03 May 2026 08:00:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Ceux qui persistent à vouloir voir en <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/virginia-woolf-pourquoi-elle-nest-pas-la-grand-mere-des-neofeministes-du-xxie-siecle-Q6C6RYHK3JGD7L64OXYW5UGQQE/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/virginia-woolf-pourquoi-elle-nest-pas-la-grand-mere-des-neofeministes-du-xxie-siecle-Q6C6RYHK3JGD7L64OXYW5UGQQE/">Virginia Woolf</a> une intellectuelle austère ou une militante féministe radicale risquent d’être surpris s’ils se plongent dans ces 600 pages de lettres échangées entre l’écrivaine et sa sœur Vanessa Bell entre 1904 et 1941 : il y est souvent question de mondanités très chics, de domestiques, de résidences secondaires et de vacances luxueuses en France et en Italie.</p><p>Le livre s’ouvre l’année de la première tentative de suicide de Virginia – âge de 22 ans, elle se jette d’une fenêtre. Vanessa, 25 ans, veille sur cette petite sœur fragile atteinte de problèmes cardiaques et de maux de tête terribles. L’aînée se marie, a des enfants, alors que la cadette reste longtemps une éternelle adolescente avant d’épouser Leonard Woolf et de monter avec lui leur maison d’édition, la Hogarth Press. Ils vivent entre Londres et Monk’s House. Vanessa raffolant des "potins" dont Virginia truffe ses lettres, cette dernière lui transmet des indiscrétions sur leurs amis communs, dont les membres du Bloomsbury Group – quand Virginia évoque <a href="https://www.lexpress.fr/economie/john-maynard-keynes-l-homme-derriere-l-economiste-1-6-une-jeunesse-libertaire_2153665.html" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/economie/john-maynard-keynes-l-homme-derriere-l-economiste-1-6-une-jeunesse-libertaire_2153665.html">John Maynard Keynes</a>, elle ne parle pas de ses théories économiques, mais se moque de sa Rolls-Royce. On voit défiler Katherine Mansfield, le prince Bibesco, Jacques-Emile Blanche, Noël Coward… Virginia est volontiers vacharde. En 1908, à Glastonbury, elle goûte peu "les cyclistes de la classe moyenne qui étendent leurs corps affreux n’importe où". Un an plus tard, se rendant à Bayreuth, elle observe "les gens" : "Mon Dieu qu’ils sont laids !" Allant écouter <i>Parsifal</i> elle juge "le public mal fagoté et le théâtre miteux". "La lourdeur de la race allemande est renversante" ajoute-t-elle, rebutée par ces "colosses, hommes et femmes, buvant d’énormes chopes de bière". Elle préfère l’épiphanie d’une nuit d’ivresse à Syracuse…</p><p>La complicité n’empêche pas les bisbilles. Virginia (un peu paranoïaque ?) reproche parfois à Vanessa de trahir les secrets qu’elle lui confie. En 1922, elle rencontre Vita Sackville-West, qui sera sa grande passion amoureuse (et lui inspirera son roman <i>Orlando</i>). Bizarrement, elle n’en parle quasiment jamais dans ses lettres à sa sœur. En 1926, alors que Sackville-West revient d’un séjour en Perse, une phrase : "Vita est rentrée – ce qui ne t’intéressera pas." Puis : "Vita t’ennuie, l’amour t’ennuie, je t’ennuie, ainsi que tout ce qui me concerne – tel est mon destin depuis longtemps, autant l’affronter les yeux ouverts." Réaction de Vanessa : "Transmets mes pensées respectueuses à Vita, qui me regarde comme un étalon arabe regarderait du coin de l’œil une mule aux grandes oreilles. Mais puisque tu fais tout pour attiser la jalousie entre nous, est-ce surprenant ?" </p><p>Après sa défenestration de 1901, Virginia est retrouvée inconsciente un matin de 1913, alors qu’elle a ingéré une dose létale de Véronal. Comment résister au spleen ? En 1941, Virginia souffre d’insomnies et de migraines insupportables. Au mois de mars, Vanessa vient prendre le thé à Monk’s House. Le lendemain, elle écrit à Virginia : "Tu ne sais pas combien j’ai besoin de toi. Je t’en prie, sois raisonnable, ne serait-ce que pour cette raison." Virginia lui répond : "Ma chérie, tu ne peux savoir combien ta lettre m’a fait plaisir. Mais je sens que je suis allée trop loin cette fois pour jamais revenir. Je suis certaine à présent de retomber dans la folie. C’est exactement comme la première fois, j’entends tout le temps des voix, et je sais que je ne m’en relèverai pas." Elle termine par ces mots : "J’ai lutté, mais je n’y arrive plus." Quelques jours plus tard, elle laisse un mot à son mari, remplit ses poches de pierres et va se noyer dans l’Ouse, qui coule non loin de sa maison de campagne. En 1924, elle demandait à sa grande sœur de brûler ses lettres. Heureusement qu’elle n’en a rien fait. </p><p><i>Baisers du Singe </i>par Virginia Woolf et Vanessa Bell. Traduit de l’anglais par Carine Bratzlavsky et Anne-Marie Smith-Di Biasio. La Table Ronde, 607 p., 36 €.</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/EUWNKV5W55CLDKEC433TQWR6H4.jpg?auth=8a35e8b6a2bde2adaab31157e22536cb08b8441f914b248312a1385424a543bc&amp;smart=true&amp;width=1000&amp;height=1458" type="image/jpeg" height="1458" width="1000"><media:description type="plain"><![CDATA[Virginia Woolf photographiée par Gisèle Freund en 1939 devant une fresque de sa soeur Vanessa Bell.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">L'Express</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Pinault Collection à Venise : du palais aux douanes]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/art/pinault-collection-a-venise-du-palais-aux-douanes-K6O6JIVKB5GTRMS2XNXPDOA2ZM/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/art/pinault-collection-a-venise-du-palais-aux-douanes-K6O6JIVKB5GTRMS2XNXPDOA2ZM/</guid><dc:creator><![CDATA[Letizia Dannery]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sat, 02 May 2026 08:30:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>A Venise, il suffit parfois de traverser le Grand Canal pour changer d’époque. D’un côté, l’élégance patricienne du Palazzo Grassi ; de l’autre, la silhouette triangulaire de Punta della Dogana à la pointe de Dorsoduro. Deux lieux, un même destin : celui d’avoir été réinventés pour faire dialoguer l’histoire et l’art contemporain. Le premier, édifié au XVIIIe siècle pour la puissante famille Grassi, fut longtemps un symbole de richesse marchande. Avec sa façade blanche et régulière, il tranche dans le paysage gothique vénitien. D'abord acquis par le groupe Fiat en 1983, le site connaît une véritable renaissance au début du IIIe millénaire avec son rachat, en 2005, par l'homme d'affaire et collectionneur français François Pinault, puis sa transformation en centre d’art contemporain signée Tadao Ando. L'architecte japonais introduit béton lisse et lignes épurées dans une rénovation sobre, lumineuse, respectueuse des volumes d’origine. Le passé y reste lisible, mais le regard est résolument tourné vers le présent.</p><p>Quelques années plus tard, en 2009, Pinault étend son empreinte avec la réhabilitation de la Punta della Dogana, un ancien poste de contrôle pour les marchandises entrant dans la Sérénissime au Moyen Age, devenu bâtiment des douanes au XVIIe siècle. Là encore, Tadao Ando reconvertit l’espace brut en un lieu d’exposition spectaculaire, tout en en préservant les éléments historiques, comme la tour surmontée de la célèbre sphère dorée portée par la statue de la Fortune attribuée à Giuseppe Benoni. Entre ses murs de brique et ses structures industrielles, la lumière filtre différemment, presque méditative. L’endroit devient rapidement un contrepoint essentiel au Palazzo Grassi : moins palatial, plus expérimental.</p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/EZYUOP5T6BC5ZGH5CPEMUTIFXU.jpg?auth=b41afb425a98294dd8975cc621ad408671d5722826c27076081c67c464ec3dae&smart=true&width=2396&height=3000" alt="Michael Armitage, "Untitled", 2024." height="3000" width="2396"/><figcaption>Michael Armitage, "Untitled", 2024.</figcaption></figure><p>Au printemps 2026, les deux institutions confirment leur rôle central sur la scène artistique internationale. Chez Grassi, le Kenyan-Britannique Michael Armitage déploie une peinture vibrante, où mythologies africaines et réalités politiques contemporaines s’entrelacent, tandis que l’Indien Amar Kanwar déroule un parcours immersif d’installations documentaires autour de la violence et de la résistance. A la Punta della Dogana, la programmation se fait plus introspective, avec les œuvres de l’Américaine Lorna Simpson et du Brésilien Paulo Nazareth, tous deux explorant la mémoire, l’identité, la circulation des corps. Des thèmes de migration et de passage qui prennent une résonance particulière dans cet édifice fendant la lagune telle une proue. </p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/26K7PWNPQ5AETNO5B7EJMJCULE.jpg?auth=b5cd3d1675d2923439a07107236e1ce752c9329429431fea32e94f4341cc95cf&amp;smart=true&amp;width=2654&amp;height=1484" type="image/jpeg" height="1484" width="2654"><media:description type="plain"><![CDATA[Vue de l’installation de Lorna Simpson à la Punta della Dogana.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">© Palazzo Grassi, Pinault Collection / Photo James Wang</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Germinal Roaux : il est lent le chemin vers une mort douce et fleurie, par Christophe Donner]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/il-est-lent-le-chemin-vers-une-mort-douce-et-fleurie-par-christophe-donner-445PUQ67YJE3XCNR6PA527DS5Q/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/il-est-lent-le-chemin-vers-une-mort-douce-et-fleurie-par-christophe-donner-445PUQ67YJE3XCNR6PA527DS5Q/</guid><dc:creator><![CDATA[Christophe Donner]]></dc:creator><description></description><pubDate>Wed, 29 Apr 2026 04:15:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Germinal Roaux a commencé sa vie d’artiste comme photographe-reporter. Il s’est intéressé aux gens bizarres ; les adolescents, les autistes, les handicapés mentaux, les réfugiés. Il les a photographiés en noir et blanc, et quand il s’est mis à réaliser des films, il est resté au noir et blanc, ce qui n’a pas dû faciliter sa carrière, mais apparemment il ne s’en soucie guère. C’est plus fort que lui : le noir et blanc ou rien. Quand on l’interroge sur ce choix, il dit des choses obscures. Il parle de <a href="https://www.lexpress.fr/argent/placements/marche-de-lart-soulages-une-cote-qui-flambe-mais-des-estampes-encore-abordables-AHFZYS5MBZHEFOWRMNE6JTANNA/" target="_blank" rel="noreferrer" title="https://www.lexpress.fr/argent/placements/marche-de-lart-soulages-une-cote-qui-flambe-mais-des-estampes-encore-abordables-AHFZYS5MBZHEFOWRMNE6JTANNA/">Soulages</a>, de surface réfléchissante, de la capacité du noir et blanc "à montrer l’intime tout en nous tenant un peu à distance de la réalité perçue"… On est bien avancé.</p><p>Ce qu’on peut dire, c’est qu’il filme les choses et les gens comme on photographie : en commençant par définir un cadre, de longues secondes passent avant que ça commence à bouger, à devenir du cinéma, et quand ça bouge, c’est avec une lenteur singulière, comme s’il filmait à 24 photographies/seconde, pour nous laisser le temps d’observer chacune d’entre elles.</p><h3>L’éloge du ralenti</h3><p>La <a href="https://www.lexpress.fr/culture/musique/leonard-cohen-eloge-de-la-lenteur_1579227.html" target="_blank" rel="noreferrer" title="https://www.lexpress.fr/culture/musique/leonard-cohen-eloge-de-la-lenteur_1579227.html">lenteur</a>, c’est la saveur de ce film qui porte bien son nom : <i>Cosmos</i>. Quoi de plus étranger à la vitesse que le cosmos… Ça n’était pas le cas de ses précédents films, <i>Right foot left foot</i>, au cours duquel il donnait l’impression de courir après des adolescents trépidants. Il tentait d’attraper la vie de ceux qui savent qu’ils ne seront plus jamais jeunes ; n’arrivant pas à s’en réjouir, ils foncent.</p><p>Je n’ai jamais croisé des gens plus lents que les <a href="https://www.lexpress.fr/styles/plaisirs/voyage/sur-les-traces-des-mayas_897839.html" target="_blank" rel="noreferrer" title="https://www.lexpress.fr/styles/plaisirs/voyage/sur-les-traces-des-mayas_897839.html">Mayas du Mexique</a>. En gestes et en paroles, en immobilités et en silences, ils m’étaient désespérants de lenteur, pressé anxieux comme je l’étais à l’époque, je n’ai eu la patience d’établir un contact avec aucun d’entre eux. Nous ne parvenions qu’à nous faire peur à la moindre approche, passant notre chemin.</p><p>Germinal Roaux a rencontré les Mayas il y a une quinzaine d’années, à l’occasion de ses reportages au Mexique. Un jour, au fin fond du Yucatan, loin des plages de Cancun et de Playa del Carmen, il a rencontré Andrés Catzin, un Maya selon l’idée qu’on pourrait se faire du dernier de ceux-là, rescapé des guerres et des génocides de la colonisation espagnole, unique héritier d’une civilisation à la fois perdue et résistante. Un visage de pièce de musée. Le film est né de cette rencontre, et on est stupéfié par la ténuité de ce qui sépare le réel de la fiction, le paysan de l’acteur, sa masure du décor. Il est censé vivre là, comme d’autres survivants accrochés à leurs steppes sibériennes, aux hauteurs du Tibet, aux sables mauritaniens. Une seule pièce, une seule table, une seule porte, un hamac, le toit en planches et les murs en pisé offrant au soleil des pénétrations quasi mystiques. On n’oubliera pas de sitôt l’irruption du godet griffu de la pelleteuse à l’intérieur de ce havre. La construction de l’autoroute ne connaît pas d’obstacle. Elle doit couper le Yucatan en deux.</p><h3>Deux solitudes face au monde</h3><p>Le film avance à pied, parfois à bord d’un <i>Vocho</i>, version mexicaine de la Coccinelle, conduit par Lena, l’autre personnage du film, interprété par Angela Molina, l’actrice espagnole de Bunuel, qui a donc l’âge où les divas n’ont plus rien à faire d’autre que paraître pour incarner, en l’occurrence, une professeure de lettres, aristocrate décavée, décidée à rendre son dernier souffle dans l’improbable palais familial, vidé de son faste d’antan. Pleine d’amertume et d’élégance, Lena promène son chagrin avec tant de morgue que même son chien en a marre et l’abandonne. L’intrigue se noue autour de l’animal en fugue qui trouve refuge auprès de Leon.</p><p><i>Cosmos</i> raconte alors l’histoire, ce fut lent à venir mais on y est, de la rencontre entre l’analphabète et l’érudite. Comment ils vont vivre ensemble dans ce palais venteux. Pas de sexe, pas d’argent, à peine quelques mots. Il veut lui apprendre à nager dans les eaux sacrées d’un <i>cenote</i>. Ils se la jouent réconciliation des peuples par la voie du dénuement parfait. C’est beau comme le cosmos, une plante dont Lena a jadis rapporté les graines du Japon. Leon en a fait pousser dans le jardin en friche. Les fleurs ressemblent à des pâquerettes.</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/P3CWHBAPFRFRDHXOE2DYS56ESE.jpg?auth=4b37634896bee64843ba25f30755ed34e2f59ccf6b4cbcdd5600f5f4b940ec80&amp;smart=true&amp;width=1413&amp;height=1080" type="image/jpeg" height="1080" width="1413"><media:description type="plain"><![CDATA[Le film "Cosmos" sort en salle le 6 mai 2026.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">Copyright Nour films</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA["Joyeux drille", "être patraque", "faire du gringue"... Ces mots de la langue française à usage unique]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/joyeux-drille-etre-patraque-faire-du-gringue-ces-mots-de-la-langue-francaise-a-usage-unique-WJL2SLBQYFEUNMDMZQZFBVZQZU/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/joyeux-drille-etre-patraque-faire-du-gringue-ces-mots-de-la-langue-francaise-a-usage-unique-WJL2SLBQYFEUNMDMZQZFBVZQZU/</guid><dc:creator><![CDATA[Michel Feltin-Palas]]></dc:creator><description></description><pubDate>Tue, 28 Apr 2026 04:15:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Ce sont des formules que l’on emploie couramment, sans toujours avoir conscience de leur profonde originalité : elles comprennent des mots qu’on ne peut utiliser qu’à cette occasion. Voyez "numéroter ses <b>abattis"</b> ; "ne pas valoir <b>tripette"</b> ; "boire à <b>tire-larigot".</b> Ces hapax (ou apax), comme disent les spécialistes, sont souvent issus de temps lointains et, s’ils n’avaient été sauvés par une expression restée dans l’usage, seraient sans doute tombés dans les oubliettes.</p><p><i><b>Cette infolettre redevient gratuite !</b></i></p><p><i>L’infolettre de L'Express "Sur le bout des langues" reste bien sûr comprise dans l’abonnement à L’Express, mais elle est aussi accessible à tous ceux qui le souhaitent en suivant ce tutoriel. N’hésitez pas à le faire savoir autour de vous.</i></p><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/LTHKDJF265ACLBK4HLAA7NSJTY.jpg?auth=50a251201f8eff3f1975a6172db4f6191fda6d2a22794f29554424ee026f2b0b&smart=true&width=946&height=470" alt="Etape 1" height="470" width="946"/><figcaption>Etape 1</figcaption></figure><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/2SHNLIE2GNEMPAMSGL77JI6EOY.jpg?auth=4cf4897183f0524b969ab5360dbb5703048d3525fde02bd82a06814c76356713&smart=true&width=919&height=445" alt="Etape 2" height="445" width="919"/><figcaption>Etape 2</figcaption></figure><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/VWGK75NQI5CFRKVAL26SZAA4YM.jpg?auth=c68823c90c276b411d38c61c53543ca83c73bf0d1395e1a8185b795f7aa05703&smart=true&width=934&height=452" alt="Etape 3" height="452" width="934"/><figcaption>Etape 3</figcaption></figure><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/G3BO767W2JFV7O5GFMSGA3GBIE.jpg?auth=1b474100ec0d79ec52058972aad310c8aae845bcde02270f8f5995ddfa7db236&smart=true&width=696&height=511" alt="Etape 4" height="511" width="696"/><figcaption>Etape 4</figcaption></figure><figure><img src="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/JEWB6O3H3JFQ3LFJCXTQ3GJZYA.jpg?auth=607d741724dfb682fba612bdeafd013baa370a6486dfcf291e57d5bc207a94e1&smart=true&width=832&height=468" alt="Etape 5" height="468" width="832"/><figcaption>Etape 5</figcaption></figure><p>Au total, il en existerait environ 200. Si certains semblent tout à fait sérieux ("de bon aloi", "vouer aux gémonies", "substantifique moelle"), j’ai jeté mon dévolu (c’est le cas de le dire !) sur ceux qui m’ont paru les plus cocasses et les plus truculents. Une sélection établie évidemment en toute subjectivité.</p><p><b>Etre patraque.</b> Ce sont les marins marseillais qui ont rapporté d’Italie la <i>patracca</i> (monnaie de peu de valeur) avant de l’employer, par métaphore, pour parler des marchandes de poissons ou des vieilles femmes en mauvaise santé, en les traitant par exemple de « patraque démantibulée » (j’aime beaucoup !). Le mot est ensuite passé en français pour parler d’une personne souffrante.</p><p><b>Au fur et à mesure</b> est un pléonasme redondant, comme dirait l’autre. En effet, "fur", issu du latin <i>forum</i> "marché", a pris au Moyen Age le sens de "prix du marché", puis de "à proportion". "Au fur et à mesure" revient donc à répéter deux fois la même idée.</p><p><b>Se monter le bourrichon.</b> Comme on pourrait s’en douter "bourrichon" est apparenté à "bourriche". Comme il est plus difficile de le deviner, la bourriche, "panier sans anse", est devenue synonyme en argot de "tête". C’est cette acception qui s’est conservée dans "se monter le bourrichon" avec l’idée de "se monter la tête", "se faire des illusions".</p><p><b>Un joyeux drille.</b> Si la locution a aujourd’hui le sens de "bon vivant", son origine est bien moins réjouissante. Selon l’hypothèse la plus probable, "drille" désignait en effet en ancien français un soldat errant vêtu de guenille.</p><p><b>Avoir quelqu’un dans le collimateur.</b> Au XVIIe siècle, procéder à une "collimation" consistait à orienter un instrument de visée. Un mot forgé à partir du latin <i>collineare</i>, "ajuster ou viser en droite ligne". D’où le sens qu’a pris cette expression familière : "surveiller une personne", "l’avoir à l’œil".</p><p><b>Faire bombance.</b> "Bombance" exprimait jadis l’idée de fierté et d’insolence, le radical "bob" étant à rapprocher de la notion de gonflement, comme dans "bobard" et dans "bombarde". Au fil du temps, la formule a été réservée à l’alimentation et est devenue synonyme de "festin".</p><p><b>Des querelles intestines.</b> On n'y pense évidemment pas tous les jours (et heureusement !), mais "intestin" est dérivé de l’adverbe <i>intus</i>, "de l’intérieur". Dès lors, il n’est pas illogique qu’un conflit au sein d’un groupe donné soit qualifié de "guerre intestine".</p><p><b>Dès potron-minet.</b> "Potron" désigne ici le postérieur et "minet", bien sûr, le chat, animal réputé matinal. Dès potron-minet signifie donc littéralement "dès que le chat montre son derrière" autrement dit, à la première heure.</p><p><b>Faire du gringue.</b> Mesdames, cessez là votre lecture si vous ne voulez pas être déçues. Car si un séduisant jeune homme vous a récemment fait du gringue, c’est qu’il vous a prises… pour un poisson ! Eh oui ! De fait, "gringue" est à rattacher à un terme d’ancien français, <i>grignon</i> ("morceau de pain"), qu’utilisaient les pêcheurs pour appâter le menu fretin. D’où son sens dérivé : "courtiser une femme".</p><p><b>Etre dans la panade.</b> Ce dernier terme est emprunté à la langue d’oc, où <i>panade</i> désigne une soupe trempée de pain. En français, elle a d’abord été employée pour qualifier "un homme mou, sans énergie", sens qui s’est aujourd’hui perdu. Seule a subsisté la locution "être dans la panade", soit "être dans la misère", les pauvres ayant souvent pour seule nourriture un peu de pain arrosé d’eau…</p><p><b>Tirer à hue et à dia.</b> L’onomatopée "hu" (sans e) était jadis un nom masculin évoquant une "clameur confuse". Elle est peu à peu devenue un cri utilisé faire tourner un cheval à droite, "dia" désignant au contraire la gauche (curieusement, puisque le mot veut théoriquement dire "à travers"). Quand une personne "tire à hue et à dia", c’est qu’elle se dirige dans des directions opposées et agit de manière incohérente.</p><p><b>Sans barguigner.</b> Selon l’hypothèse la plus communément admise, "barguigner" serait issu du verbe francique <i>borganjan</i> ("prêter", "gagner") qui aurait pris au Moyen Age le sens de "faire du commerce", puis "marchander longuement". Il a survécu dans la locution "sans barguigner" pour parler d’une personne qui agit sans hésitation.</p><p><b>Chercher des pouilles.</b> On le devine : les pouilles dont il est question ici correspondent aux poux, conformément à l’ancienne forme du mot, "pouil", qui a donné l’adjectif "pouilleux" et le verbe "épouiller". Or, jadis, ce "pouil" désignait aussi le mâle de la poule. De là la confusion qui a abouti à l’expression "fier comme un pou", alors que, contrairement au coq, le pauvre insecte n’a jamais fait preuve de la moindre suffisance.</p><p>Et ne me dites pas que vous vous en tamponnez le coquillard !</p><p><b>Sources :</b></p><p><a href="https://www.lerobert.com/dictionnaires/francais/histoire-de-la-langue/dictionnaire-historique-de-la-langue-francaise-l-edition-ultime-coffret-compact-3-volumes-bleu-9782321020066.html" rel=""><i>Dictionnaire historique de la langue française</i></a>, Le Robert</p><p><a href="http://www.centchemins.com/" rel=""><i>Dictionnaire du bon français contemporain, avec des exemples effrontés et des commentaires insolents</i></a>, par Françoise Nore. Editions Les cent chemins. </p><p><i><b>RETROUVEZ DES VIDÉOS CONSACRÉES AU FRANÇAIS ET AUX LANGUES DE FRANCE SUR MA </b></i><a href="https://www.youtube.com/@michelfeltin-palas" rel=""><i><b>CHAÎNE YOUTUBE</b></i></a></p><p><b>Du côté de la langue française</b></p><p><a href="https://rezonodwes.com/2026/04/sixieme-anniversaire-du-dictionnaire-des-francophones-ddf-le-monumental-repertoire-lexicographique-de-400-000-termes-et-expressions-accessible-gratuitement-sur-internet" target="_self" rel="" title="https://rezonodwes.com/2026/04/sixieme-anniversaire-du-dictionnaire-des-francophones-ddf-le-monumental-repertoire-lexicographique-de-400-000-termes-et-expressions-accessible-gratuitement-sur-internet"><b>Le "Dictionnaire des francophones" fête ses cinq ans</b></a></p><p>Ce "dictionnaire collaboratif numérique ouvert" s’est fixé pour ambition de mettre en lumière la richesse du français au sein de l’espace francophone. Objectif atteint. Accessible gratuitement sur Internet, il compte désormais plus de 400 000 termes (contre environ 65 000 dans un <i>Petit Larousse</i>). On y trouve des pépites, telles le québécois dépanneur<b> </b>(petite épicerie de quartier, généralement ouverte tard) ou le haïtien dodine ("fauteuil à bascule").</p><p><a href="https://www.raymond-devos.org/" target="_self" rel="" title="https://www.raymond-devos.org/"><b>Venez rire dans la maison de Raymond Devos</b></a></p><p>À l’occasion de la journée mondiale du rire, la maison-musée Raymond Devos accueille le dimanche 3 mai, de 10 h 30 à 17 h 30, <i>Le Plus Grand Éclat de Rire de France</i>. Un événement gratuit organisé dans les jardins de la maison où vécut l’artiste, à Saint-Rémy-lès-Chevreuse (Yvelines).</p><p><a href="https://www.culture.gouv.fr/thematiques/langue-francaise-et-langues-de-france/ressources/rapport-au-parlement-sur-la-langue-francaise-2026" target="_self" rel="" title="https://www.culture.gouv.fr/thematiques/langue-francaise-et-langues-de-france/ressources/rapport-au-parlement-sur-la-langue-francaise-2026"><b>Découvrez le dernier rapport au Parlement sur la langue française</b></a></p><p>Place du français dans notre société, souveraineté culturelle face à l’Intelligence artificielle ; création terminologique : le rapport au Parlement sur la langue française, publié chaque année, propose un état des lieux du français dans notre société et rend compte des actions engagées par le ministère de la Culture dans ce domaine.</p><p><b>Du côté des autres langues de France</b></p><p><a href="https://www.academia.org.br/nossa-lingua/nova-palavra/glotofobia" target="_self" rel="" title="https://www.academia.org.br/nossa-lingua/nova-palavra/glotofobia"><b>Le mot "glottophobie" perce à l’international</b></a></p><p>Après être entré dans l’encyclopédie italienne de <i>l’Academia della Crusca</i>, le mot "glottophobie", créé par le linguiste français Philippe Blanchet pour désigner les discriminations linguistiques, vient d’entrer dans le dictionnaire de l’Académie brésilienne.</p><p><a href="https://www.ar-redadeg.bzh/" target="_self" rel="" title="https://www.ar-redadeg.bzh/"><b>Ils vont courir pour la langue bretonne.</b></a></p><p>A partir du 8 mai, à 16 heures, jusqu’au 16 mai, à Nantes, des milliers de personnes vont se passer nuit et jour sur 2 226 kilomètres (!) un témoin symbolisant la transmission de la langue bretonne. Cette dixième édition de <i>La Redadeg</i> démontrera de manière spectaculaire et festive l’attachement des populations à la langue historique de leur région. Il est possible de courir, d’accompagner ou d’acheter des kilomètres pour financer des actions en faveur du breton.</p><p><a href="https://www.aplec.cat" target="_self" rel="" title="https://www.aplec.cat"><b>Et si l’on généralisait l’enseignement du catalan ?</b></a></p><p>L’Association pour l’enseignement du catalan (Aplec) vient d’exposer son plan visant à généraliser l’enseignement du catalan dans la partie de la Catalogne rattachée à la France. Cette langue n’est aujourd’hui étudiée que par 9 000 élèves répartis dans 100 écoles alors que, selon les enquêtes, 76 % des habitants seraient favorables à l’enseignement bilingue en catalan.</p><p><a href="https://www.scolacorsa.corsica/2026/04/22/je-signe-le-manifeste-pour-la-langue-en-soutien-a-scola-corsa-menace-darret-a-court-terme/" target="_self" rel="" title="https://www.scolacorsa.corsica/2026/04/22/je-signe-le-manifeste-pour-la-langue-en-soutien-a-scola-corsa-menace-darret-a-court-terme/"><b>Une pétition pour l'enseignement de la langue corse</b></a></p><p><i>Scola Corsa</i>, le réseau d'enseignement immersif en langue corse, est actuellement l'objet de deux attaques de la part de l'Etat. D'une part, le gouvernement est revenu sur son engagement à prendre en charge les salaires des enseignants. D'autre part, le préfet a formé un recours contre le financement accordé par la collectivité de Corse. En réaction, une pétition vient d'être lancée pour soutenir <i>Scola Corsa</i>.</p><p><b>Du côté des langues du monde</b></p><p><a href="https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/04/23/les-retards-de-langage-chez-les-enfants-sujet-de-preoccupation-a-l-heure-des-ecrans_6682735_3224.html" target="_self" rel="" title="https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/04/23/les-retards-de-langage-chez-les-enfants-sujet-de-preoccupation-a-l-heure-des-ecrans_6682735_3224.html"><b>Les retards de langage mieux dépistés</b></a></p><p>Depuis des années, les professionnels de santé soulignent l’importance du dépistage précoce et de l’accompagnement des retards de langage chez les plus petits. Un sujet au cœur d’un colloque qui vient de se tenir à Lyon.</p><p><b>A écouter</b></p><p><b>"</b><a href="https://accentstues.webflow.io/webflow-editorial-builder" target="_self" rel="" title="https://accentstues.webflow.io/webflow-editorial-builder"><b>Si tu veux passer au 20 heures, perds ton accent</b></a><b>"</b></p><p>Tel est le genre de phrases que l’on peut entendre encore aujourd’hui dans les écoles de journalisme. Une discrimination que dénoncent Maxime Carayon et Quentin Théophile dans ce podcast en trois épisodes intitulé "Accents tués", auquel j’ai eu le plaisir de participer.</p><p><b>A regarder</b></p><p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=sysCIeZ6XzA" target="_self" rel="" title="https://www.youtube.com/watch?v=sysCIeZ6XzA"><i><b>La hialaire</b></i><b>, par Boisson divine</b></a></p><p>Libre réinterprétation (très réussie, à mon goût) du chant traditionnel <i>La hialaire</i> (la fileuse) par le groupe de folk métal "Boisson divine". Lequel, en choisissant de s’exprimer en gascon, illustre la capacité des langues dites régionales à s’inscrire dans la modernité, comme en témoigne ce clip extrait de leur nouvel album <i>Eretadge</i> (Héritage). Et ce malgré <a href="https://www.ici.fr/nouvelle-aquitaine/landes-40/saint-pierre-du-mont/pas-la-place-pour-ce-groupe-pourquoi-les-antifascistes-landais-ne-veulent-pas-de-boisson-divine-en-festival-metal-8014794" target="_self" rel="" title="https://www.ici.fr/nouvelle-aquitaine/landes-40/saint-pierre-du-mont/pas-la-place-pour-ce-groupe-pourquoi-les-antifascistes-landais-ne-veulent-pas-de-boisson-divine-en-festival-metal-8014794">la polémique lancée par un "collectif antifasciste landais",</a> qui l’accuse de liens avec l’extrême droite - liens que réfute le groupe.</p><p><i><b>RÉAGISSEZ, DÉBATTEZ ET TROUVEZ PLUS D’INFOS SUR LES LANGUES DE FRANCE SUR </b></i><a href="https://www.facebook.com/MichelFeltinPalasSurLeBoutDesLangues" rel=""><i><b>la page Facebook dédiée à cette infolettre</b></i></a></p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/MNL4Z6O4WRA2DPF2IK5QFUSZ5Y.jpg?auth=6c943afbae38631875d8801289fc56aa9d1ec7a7b737279a0980df3ca48da9c4&amp;smart=true&amp;width=8038&amp;height=5358" type="image/jpeg" height="5358" width="8038"><media:description type="plain"><![CDATA[L'expression "être patraque" vient du mot italien patracca (monnaie de peu de valeur). Il a été emprunté par des marins marseillais qui s'en sont servis pour injurier des vieilles femmes en mauvaise santé, avant d'être repris par le français pour désigner une personne souffrante. ]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">Shutterstock</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Olivier Bourdeaut : l’itinéraire de l'enfant martyr derrière "En attendant Bojangles"]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/livre/olivier-bourdeaut-litineraire-de-lenfant-martyr-derriere-en-attendant-bojangles-GFCI6MKLGBH5LA2RUIM7YMAZLU/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/livre/olivier-bourdeaut-litineraire-de-lenfant-martyr-derriere-en-attendant-bojangles-GFCI6MKLGBH5LA2RUIM7YMAZLU/</guid><dc:creator><![CDATA[Louis-Henri de La Rochefoucauld]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sun, 26 Apr 2026 07:00:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>On est en 2016, sur le plateau de <i>La Grande Librairie</i>. François Busnel porte aux nues le premier roman à la mode cette saison-là, <i>En attendant Bojangles</i>, décrit par lui comme "Boris Vian relooké par Alexandre Jardin". Assis en face de Matthieu Ricard, Olivier Bourdeaut répond sagement. N’y a-t-il pas une erreur de casting ? Derrière son allure de gendre idéal (chemise blanche, pull en col V, accent bon chic bon genre), on sent Bourdeaut bien plus fêlé qu’il en a l’air. Dix ans ont filé, on le rencontre dans les jardins de la maison Gallimard à l’occasion de la sortie de son récit <i>Une histoire d’amour et de violence</i>, où il raconte avec un humour noir l’enfer que fut son enfance. Belle gueule cassée, yeux clairs, fine moustache et teint buriné à la Romain Gary, Bourdeaut nous répond en tirant sur ses cigarettes : "Deux sentiments m’habitaient lors de cette émission dont vous parlez. La jubilation, d’abord. Je suis mégalo, je l’assume, et, quand on est mégalo, on souhaite le meilleur à son travail. En même temps, je ressentais un malaise terrible… Les compliments qui m’étaient adressés n’étaient pas les bons. C’était un livre éminemment mélancolique, présenté comme une farce pétillante et gentillette. Il y avait un malentendu."</p><p>Adapté au cinéma avec Virginie Efira et Romain Duris dans les rôles principaux, <i>En attendant Bojangles</i> s’est écoulé à un million d’exemplaires (en additionnant le grand format et le poche). Depuis, les chiffres de ventes de Bourdeaut n’ont cessé de chuter. Son dernier livre en date, <i>Développement personnel</i>, paru en 2024, n'a atteint que 5 000 exemplaires. Restera-t-il comme un <i>one-hit wonder </i>? Non : <i>Une histoire d’amour et de violence</i> permet à cet écrivain atypique, moitié bourgeois moitié boxeur, de remonter sur le ring avec la foi de <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/premiers-romans-notre-selection-des-revelations-francaises-de-cet-hiver-TB4I7UJ5WBH3PJLZWXNGYQCH4Y/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/premiers-romans-notre-selection-des-revelations-francaises-de-cet-hiver-TB4I7UJ5WBH3PJLZWXNGYQCH4Y/">Rocky</a>. </p><p>Olivier Bourdeaut naît à Nantes en 1980. Il grandit entouré de quatre frères et sœurs. Son père, éminent notaire, se fait appeler "maître" aussi bien au travail qu’à la maison, où il règne en tyran domestique, se soûlant au muscadet. Quand, dans sa chambre, le petit Olivier entend se rapprocher le bruit des glaçons tintinnabulant dans le verre de vin de son père, il sait qu’il ne coupera pas à une bonne correction. A genoux, les mains dans le dos, il reçoit sans raison jusqu'à une trentaine de coups : "On ne peut pas comparer les malheurs : chacun a des raisons de se sentir blessé, et l’humiliation n’a pas de degré quand on est enfant. L’interdiction de jouer à la console est une immense humiliation, par exemple, chez les enfants choyés. Pour moi, c’était une plaisanterie. On ne pouvait pas me priver de console puisque nous n’avions pas de télé ! Et quand j’ai eu une Game Boy, mon père l’a vite foutue à la poubelle… Mais j’ai compris un truc dernièrement : c’est grâce à ça que je suis devant vous aujourd’hui. Je ne regrette rien de ce que j’ai vécu, même si pour rien au monde je ne le revivrais."</p><p>Dyslexique, il peine à l’école, puis s’engage dans une carrière chaotique d’agent immobilier. Ses affaires ne marchent pas fort. Au début des années 2010, il échoue sur le canapé de son petit frère, chez lequel il squatte à Paris : "Je n’avais plus vraiment d’identité, ni de boîte aux lettres, ni de compte en banque, mon frangin me fournissait son ordinateur, des clopes, des bières et du café." Comment occupe-t-il ses soirées ? "Depuis l’adolescence, je me battais. Jusqu’à un âge avancé, j’allais frapper des gens – et je me faisais souvent défoncer, n’ayant pas le physique de Schwarzenegger. Prendre des coups ne me dérangeait pas et j’adorais en donner. J’étais un psychopathe. Je cognais tout le temps." Entre deux bagarres, il écrit pendant deux ans les 500 pages de <i>L’Intérêt du crépuscule</i>, un roman très sombre, mauvais esprit, que l’on imagine comme un mélange de Francis Scott Fitzgerald et de Bret Easton Ellis. La nuit, Bourdeaut a fraternisé avec un autre énergumène flamboyant et suicidaire, Alexandre Guyomard (le très talentueux auteur de deux romans, <i>Sur la panaméricaine</i> et <i>OK boomer</i>). Chez ces néo-hussards alcoolisés, lequel des deux sera Blondin, lequel des deux sera <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/roger-nimier-la-litterature-a-200-kmh-pourquoi-il-faut-relire-le-chef-de-file-des-hussards-4EAWJ2X72JBT5BOJGQAYBUAKKA/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/roger-nimier-la-litterature-a-200-kmh-pourquoi-il-faut-relire-le-chef-de-file-des-hussards-4EAWJ2X72JBT5BOJGQAYBUAKKA/">Nimier</a> ? Bourdeaut propose son manuscrit à l’éditrice de Guyomard, <a href="https://www.lexpress.fr/culture/de-lucien-de-rubempre-a-angie-david-faut-il-encore-changer-de-nom-pour-reussir-GTVXBP5U2ZBPZFFCUIRZWM4UPY/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/de-lucien-de-rubempre-a-angie-david-faut-il-encore-changer-de-nom-pour-reussir-GTVXBP5U2ZBPZFFCUIRZWM4UPY/">Angie David</a>, mais ça n’aboutit pas : "Tout s’est effondré en moi, ce fut un accablement absolu."</p><p>Au bout du rouleau, Bourdeaut retourne vivre chez son père, installé en Espagne sur la Costa Blanca : "J’ai continué de me casser la gueule dans tous les domaines… Et puis, un jour, je me suis lancé dans <i>En attendant Bojangles</i>, que j’ai écrit en sept semaines. Dans l’histoire, c’est la mère qui est folle. Sous l’ambiance fantaisiste et féerique du roman, je raconte exactement le contraire de ce que j’ai vécu. Ce n’est pas très subtil : je voulais éviter d’avoir des problèmes avec un homme qui me faisait peur – il faut le reconnaître. Jusqu’à la publication du livre, je pensais que c’était très mauvais…"</p><h2>"J’ai longtemps été animé par la vengeance"</h2><p>A la sortie du roman en 2016, Bourdeaut devient une vedette alors que son père est très malade : "J’ai longtemps été animé par la vengeance, qui ne peut vous conduire que dans une impasse. Je m’en suis guéri : au lieu de tuer mon père, je voulais l’éblouir. J’ai fini par avoir des phrases admiratives dans sa bouche six mois avant sa mort." C’est ce qui donne à <i>Une histoire d’amour et de violence </i>son émotion et sa beauté : malgré la brutalité de ce qu’il décrit, Bourdeaut parvient à pardonner. </p><p>Quels classiques de l’enfance martyrisée l’ont guidé pendant l’écriture ? Dickens ? <i>Poil de carotte</i> de Jules Renard ? <i>Vipère au poing </i>d’Hervé Bazin ? "Je n’ai lu ni l’un ni l’autre. Au vu de <a href="https://www.lexpress.fr/culture/livre/herve-bazin-la-face-sombre-de-lauteur-de-vipere-au-poing-revelee-dans-un-livre-enquete-OH6ZG4Y3NRCDHJCR2QL6WHSZQM/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/livre/herve-bazin-la-face-sombre-de-lauteur-de-vipere-au-poing-revelee-dans-un-livre-enquete-OH6ZG4Y3NRCDHJCR2QL6WHSZQM/">l’article que j’avais vu dans L’Express</a> sur le fait que tout était bidonné dans <i>Vipère au poing</i>, ce n’est pas une référence qui me plaît, par la force de choses ! J’admire Emmanuel Carrère, pour qui il n’y a que l’art qui compte, mais j’ai trop longtemps été en guerre, et je suis épuisé de ça. Je ne veux pas fâcher mes proches, leurs états d’âme m’importent. Je me suis assuré que mes frères et sœurs lisent mon manuscrit, ils ont amendé le texte, il y a un consensus sur les terribles mandales que je raconte."</p><p>Pour le titre du livre, les lecteurs sensibles à la French Touch auront compris que c’est un hommage à Sébastien Tellier : <i>"La Ritournelle</i> est une merveille, mais je préfère <i>L’Amour et la Violence</i>, qui me bouleverse toujours. Avec mon frère, on l’écoutait en boucle, ivres et les larmes aux yeux, comme des Slaves, c’était un peu pathétique. Et aujourd’hui ça passe dans la voiture quand je dépose mon fils à la crèche."</p><p>A la fin de l’entretien, on demande à Olivier Bourdeaut ce qui serait synonyme pour lui de sortie réussie pour <i>Une histoire d’amour et de violence</i>. La compréhension de son entourage ? Un succès critique ? Un carton en librairie ? Il écrase une dernière cigarette : "C’est comme au McDonald’s, on veut le Menu Maxi Best Of : une presse dithyrambique et des lecteurs nombreux. Malheureusement, ou heureusement, j’ai commencé comme ça à mes débuts. J’ai du mal à me résigner à ce que ça ne m’arrive qu’une fois dans la vie. C’est le problème de la mégalomanie : j’en ai des bouffées. Mais à vrai dire, je n’en sais rien… Vous vous adressez à quelqu’un d’assez perdu, vous savez ?"</p><p><i>Une histoire d’amour et de violence </i>par Olivier Bourdeaut. Gallimard, 241 p., 20,50 €.</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/PPNRJXSXGNB6JGKN6DQL5OR7JU.jpg?auth=aea7573e741cc2d39470b11e5ab920e9977d1a3ea78488a961d82c6f461c5baf&amp;smart=true&amp;width=3000&amp;height=2250" type="image/jpeg" height="2250" width="3000"><media:description type="plain"><![CDATA[Olivier Bourdeaut revient en fanfare avec "Une histoire d'amour et de violence".]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">Francesca Mantovani/Gallimard</media:credit></media:content></item><item><title><![CDATA[Lausanne, Marseille, Venise... La sélection de L'Express pour vos week-ends prolongés en France et en Europe]]></title><link>https://www.lexpress.fr/culture/lausanne-marseille-venise-la-selection-de-lexpress-pour-vos-week-ends-prolonges-en-europe-CJSV4NRM5BF3ND5K245MCM3R6U/</link><guid isPermaLink="true">https://www.lexpress.fr/culture/lausanne-marseille-venise-la-selection-de-lexpress-pour-vos-week-ends-prolonges-en-europe-CJSV4NRM5BF3ND5K245MCM3R6U/</guid><dc:creator><![CDATA[Letizia Dannery, Mathias Penguilly]]></dc:creator><description></description><pubDate>Sun, 26 Apr 2026 06:30:00 +0000</pubDate><content:encoded><![CDATA[<p>Le mois d'avril touche à sa fin et il vous reste des jours de congé à écouler ? Ou pire : vous avez promis d'emmener vos proches en voyage lors des ponts de mai et vous n'avez encore rien préparé ? Les journalistes de L'Express volent à votre rescousse avec leur sélection de destinations culturelles à découvrir en France et en Europe en quelques heures de transport.</p><p>Chaque semaine, dans les colonnes du magazine et dans <a href="https://www.lexpress.fr/culture/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/">la rubrique Culture</a> du site de L'Express, Letizia Dannery décrypte pour vous les plus belles expositions du moment et vous embarque à la découverte de lieux insolites. Et <a href="https://www.instagram.com/lexpressfr/" target="_self" rel="" title="https://www.instagram.com/lexpressfr/">sur le compte Instagram du journal</a>, préparez votre visite avec les conseils et les bons plans d'Anne-Charlotte Phan.</p><h2>Que faire à... Tours, l'ancienne capitale royale ?</h2><p>D’abord, on vous conseille d’aller au musée des Beaux-Arts, découvrir des sculptrices contemporaines de Camille Claudel mais encore méconnues. Puis, on a quelques idées pour compléter votre séjour dans la capitale tourangelle. Gustativement, par exemple.</p><h2>Que faire à... Lausanne, la cité olympique ?</h2><p>La cité de l'olympisme présente de nombreux atouts : sa vue imprenable sur les Alpes françaises, ses plages aménagées sur le lac Léman... Pour les amateurs d'art, la ville est aussi devenue un lieu de référence pour les productions marginales. C’est là-bas qu’il y a cinquante ans naissait la Collection de l’art brut, sous l’impulsion de Jean Dubuffet. Une bonne raison d’aller passer le week-end en Suisse.</p><h2>Que faire à... Amsterdam, la capitale néerlandaise ?</h2><p>La visite du Rijskmuseum est un passage obligé pour quiconque s'intéresse à la peinture flamande. Mais elle offre aussi d'autres trésors. <a href="https://www.lexpress.fr/culture/art/un-week-end-a-amsterdam-lart-des-metamorphoses-au-rijksmuseum-2JRJLUVUMFDOTIDHUOQFDO6EEE/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/art/un-week-end-a-amsterdam-lart-des-metamorphoses-au-rijksmuseum-2JRJLUVUMFDOTIDHUOQFDO6EEE/">L'exposition "Métamorphoses"</a> installée jusqu'à la fin du mois de mai, met à l'honneur de nombreux artistes inspirés par le célèbre poète d'Ovide dont Bernini, Brancusi, Magritte ou encore le Caravage. Et pour ceux qui aimeraient y revenir à l'automne prochain, le musée royal est en train de se doter d'un musée de sculptures à ciel ouvert. </p><h2>Que faire à... Deauville, en Normandie ?</h2><p>Un petit tour en Normandie au printemps, c’est toujours une bonne idée. Une belle occasion également pour découvrir l’exposition "Vu(e)s de dos" un projet étonnant des Franciscaines qui, comme son nom l'indique, propose de découvrir de nombreuses œuvres dépeignant des personnages sans visage. Profitez en également pour vous offrir une douceur et peut-être ramener des souvenirs à ceux qui n’ont pas participé à la virée.</p><h2>Que faire à... Madrid, la capitale espagnole ?</h2><p>Si vous souhaitez faire étape à Madrid au printemps et éviter les chaleurs caniculaires de l'été, le musée Reina Sofia offre en ce moment une rétrospective brûlante de l'artiste conceptuel argentin Alberto Greco. Enchaînez ensuite avec une visite du <a href="https://www.lexpress.fr/culture/art/peinture-sur-les-traces-de-joaquin-sorolla-de-madrid-a-valencia-HITENVCNS5GHJMR5M5UV5PJLLI/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/art/peinture-sur-les-traces-de-joaquin-sorolla-de-madrid-a-valencia-HITENVCNS5GHJMR5M5UV5PJLLI/">musée Joaquin Sorolla</a> qui vient de rouvrir après deux ans de travaux. Voilà de quoi animer un week-end rythmé dans la "Villa y Corte". Avec une spécialité à goûter, une idée shopping et nos conseils pour circuler.</p><blockquote class="instagram-media" data-instgrm-captioned data-instgrm-permalink="https://www.instagram.com/p/DX1Cwt5gJT3/?utm_source=ig_embed&amp;utm_campaign=loading" data-instgrm-version="14" style=" background:#FFF; border:0; border-radius:3px; box-shadow:0 0 1px 0 rgba(0,0,0,0.5),0 1px 10px 0 rgba(0,0,0,0.15); margin: 1px; max-width:658px; min-width:326px; padding:0; width:99.375%; width:-webkit-calc(100% - 2px); width:calc(100% - 2px);"><div style="padding:16px;"> <a href="https://www.instagram.com/p/DX1Cwt5gJT3/?utm_source=ig_embed&amp;utm_campaign=loading" style=" background:#FFFFFF; line-height:0; padding:0 0; text-align:center; text-decoration:none; width:100%;" target="_blank"> <div style=" display: flex; flex-direction: row; align-items: center;"> <div style="background-color: #F4F4F4; border-radius: 50%; flex-grow: 0; height: 40px; margin-right: 14px; width: 40px;"></div> <div style="display: flex; flex-direction: column; flex-grow: 1; justify-content: center;"> <div style=" background-color: #F4F4F4; border-radius: 4px; flex-grow: 0; height: 14px; margin-bottom: 6px; width: 100px;"></div> <div style=" background-color: #F4F4F4; border-radius: 4px; flex-grow: 0; height: 14px; width: 60px;"></div></div></div><div style="padding: 19% 0;"></div> <div style="display:block; height:50px; margin:0 auto 12px; width:50px;"><svg width="50px" height="50px" viewBox="0 0 60 60" version="1.1" xmlns="https://www.w3.org/2000/svg" xmlns:xlink="https://www.w3.org/1999/xlink"><g stroke="none" stroke-width="1" fill="none" fill-rule="evenodd"><g transform="translate(-511.000000, -20.000000)" fill="#000000"><g><path d="M556.869,30.41 C554.814,30.41 553.148,32.076 553.148,34.131 C553.148,36.186 554.814,37.852 556.869,37.852 C558.924,37.852 560.59,36.186 560.59,34.131 C560.59,32.076 558.924,30.41 556.869,30.41 M541,60.657 C535.114,60.657 530.342,55.887 530.342,50 C530.342,44.114 535.114,39.342 541,39.342 C546.887,39.342 551.658,44.114 551.658,50 C551.658,55.887 546.887,60.657 541,60.657 M541,33.886 C532.1,33.886 524.886,41.1 524.886,50 C524.886,58.899 532.1,66.113 541,66.113 C549.9,66.113 557.115,58.899 557.115,50 C557.115,41.1 549.9,33.886 541,33.886 M565.378,62.101 C565.244,65.022 564.756,66.606 564.346,67.663 C563.803,69.06 563.154,70.057 562.106,71.106 C561.058,72.155 560.06,72.803 558.662,73.347 C557.607,73.757 556.021,74.244 553.102,74.378 C549.944,74.521 548.997,74.552 541,74.552 C533.003,74.552 532.056,74.521 528.898,74.378 C525.979,74.244 524.393,73.757 523.338,73.347 C521.94,72.803 520.942,72.155 519.894,71.106 C518.846,70.057 518.197,69.06 517.654,67.663 C517.244,66.606 516.755,65.022 516.623,62.101 C516.479,58.943 516.448,57.996 516.448,50 C516.448,42.003 516.479,41.056 516.623,37.899 C516.755,34.978 517.244,33.391 517.654,32.338 C518.197,30.938 518.846,29.942 519.894,28.894 C520.942,27.846 521.94,27.196 523.338,26.654 C524.393,26.244 525.979,25.756 528.898,25.623 C532.057,25.479 533.004,25.448 541,25.448 C548.997,25.448 549.943,25.479 553.102,25.623 C556.021,25.756 557.607,26.244 558.662,26.654 C560.06,27.196 561.058,27.846 562.106,28.894 C563.154,29.942 563.803,30.938 564.346,32.338 C564.756,33.391 565.244,34.978 565.378,37.899 C565.522,41.056 565.552,42.003 565.552,50 C565.552,57.996 565.522,58.943 565.378,62.101 M570.82,37.631 C570.674,34.438 570.167,32.258 569.425,30.349 C568.659,28.377 567.633,26.702 565.965,25.035 C564.297,23.368 562.623,22.342 560.652,21.575 C558.743,20.834 556.562,20.326 553.369,20.18 C550.169,20.033 549.148,20 541,20 C532.853,20 531.831,20.033 528.631,20.18 C525.438,20.326 523.257,20.834 521.349,21.575 C519.376,22.342 517.703,23.368 516.035,25.035 C514.368,26.702 513.342,28.377 512.574,30.349 C511.834,32.258 511.326,34.438 511.181,37.631 C511.035,40.831 511,41.851 511,50 C511,58.147 511.035,59.17 511.181,62.369 C511.326,65.562 511.834,67.743 512.574,69.651 C513.342,71.625 514.368,73.296 516.035,74.965 C517.703,76.634 519.376,77.658 521.349,78.425 C523.257,79.167 525.438,79.673 528.631,79.82 C531.831,79.965 532.853,80.001 541,80.001 C549.148,80.001 550.169,79.965 553.369,79.82 C556.562,79.673 558.743,79.167 560.652,78.425 C562.623,77.658 564.297,76.634 565.965,74.965 C567.633,73.296 568.659,71.625 569.425,69.651 C570.167,67.743 570.674,65.562 570.82,62.369 C570.966,59.17 571,58.147 571,50 C571,41.851 570.966,40.831 570.82,37.631"></path></g></g></g></svg></div><div style="padding-top: 8px;"> <div style=" color:#3897f0; font-family:Arial,sans-serif; font-size:14px; font-style:normal; font-weight:550; line-height:18px;">View this post on Instagram</div></div><div style="padding: 12.5% 0;"></div> <div style="display: flex; flex-direction: row; margin-bottom: 14px; align-items: center;"><div> <div style="background-color: #F4F4F4; border-radius: 50%; height: 12.5px; width: 12.5px; transform: translateX(0px) translateY(7px);"></div> <div style="background-color: #F4F4F4; height: 12.5px; transform: rotate(-45deg) translateX(3px) translateY(1px); width: 12.5px; flex-grow: 0; margin-right: 14px; margin-left: 2px;"></div> <div style="background-color: #F4F4F4; border-radius: 50%; height: 12.5px; width: 12.5px; transform: translateX(9px) translateY(-18px);"></div></div><div style="margin-left: 8px;"> <div style=" background-color: #F4F4F4; border-radius: 50%; flex-grow: 0; height: 20px; width: 20px;"></div> <div style=" width: 0; height: 0; border-top: 2px solid transparent; border-left: 6px solid #f4f4f4; border-bottom: 2px solid transparent; transform: translateX(16px) translateY(-4px) rotate(30deg)"></div></div><div style="margin-left: auto;"> <div style=" width: 0px; border-top: 8px solid #F4F4F4; border-right: 8px solid transparent; transform: translateY(16px);"></div> <div style=" background-color: #F4F4F4; flex-grow: 0; height: 12px; width: 16px; transform: translateY(-4px);"></div> <div style=" width: 0; height: 0; border-top: 8px solid #F4F4F4; border-left: 8px solid transparent; transform: translateY(-4px) translateX(8px);"></div></div></div> <div style="display: flex; flex-direction: column; flex-grow: 1; justify-content: center; margin-bottom: 24px;"> <div style=" background-color: #F4F4F4; border-radius: 4px; flex-grow: 0; height: 14px; margin-bottom: 6px; width: 224px;"></div> <div style=" background-color: #F4F4F4; border-radius: 4px; flex-grow: 0; height: 14px; width: 144px;"></div></div></a></div></blockquote><h2>Que faire à... Venise, la ville de l'amour ?</h2><p>Venise se met à l'heure de Paris avec l'artiste franco-marocaine Yto Berrada qui s'invite au pavillon hexagonal de la Biennale 2026 et la collection Pinault qui confirme son rôle central sur la scène artistique contemporaine internationale. Plus que jamais, c'est le moment d'y emmener votre moitié !</p><h2>Que faire à... Marseille, la cité phocéenne ?</h2><p>A Marseille, il y a la Bonne mère, la sublime basilique Notre-Dame-de-la-Garde, qui surplombe la ville, mais aussi <a href="https://www.lexpress.fr/culture/art/un-week-end-a-marseille-les-bonnes-meres-sexposent-au-mucem-MZ5Z7H2RBNEZPDHMJN3M4EVX3M/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/art/un-week-end-a-marseille-les-bonnes-meres-sexposent-au-mucem-MZ5Z7H2RBNEZPDHMJN3M4EVX3M/">les "Bonnes mères"</a>, une exposition intimiste du Mucem qui décrypte la maternité méditerranéenne. En cette saison, il y a aussi 1 000 autres idées de sorties pour un week-end dans la cité phocéenne. On vous a donc préparé le guide des indispensables.</p><blockquote class="instagram-media" data-instgrm-captioned data-instgrm-permalink="https://www.instagram.com/p/DXjBRSbisvL/?utm_source=ig_embed&amp;utm_campaign=loading" data-instgrm-version="14" style=" background:#FFF; border:0; border-radius:3px; box-shadow:0 0 1px 0 rgba(0,0,0,0.5),0 1px 10px 0 rgba(0,0,0,0.15); margin: 1px; max-width:658px; min-width:326px; padding:0; width:99.375%; width:-webkit-calc(100% - 2px); width:calc(100% - 2px);"><div style="padding:16px;"> <a href="https://www.instagram.com/p/DXjBRSbisvL/?utm_source=ig_embed&amp;utm_campaign=loading" style=" background:#FFFFFF; line-height:0; padding:0 0; text-align:center; text-decoration:none; width:100%;" target="_blank"> <div style=" display: flex; flex-direction: row; align-items: center;"> <div style="background-color: #F4F4F4; border-radius: 50%; flex-grow: 0; height: 40px; margin-right: 14px; width: 40px;"></div> <div style="display: flex; flex-direction: column; flex-grow: 1; justify-content: center;"> <div style=" background-color: #F4F4F4; border-radius: 4px; flex-grow: 0; height: 14px; margin-bottom: 6px; width: 100px;"></div> <div style=" background-color: #F4F4F4; border-radius: 4px; flex-grow: 0; height: 14px; width: 60px;"></div></div></div><div style="padding: 19% 0;"></div> <div style="display:block; height:50px; margin:0 auto 12px; width:50px;"><svg width="50px" height="50px" viewBox="0 0 60 60" version="1.1" xmlns="https://www.w3.org/2000/svg" xmlns:xlink="https://www.w3.org/1999/xlink"><g stroke="none" stroke-width="1" fill="none" fill-rule="evenodd"><g transform="translate(-511.000000, -20.000000)" fill="#000000"><g><path d="M556.869,30.41 C554.814,30.41 553.148,32.076 553.148,34.131 C553.148,36.186 554.814,37.852 556.869,37.852 C558.924,37.852 560.59,36.186 560.59,34.131 C560.59,32.076 558.924,30.41 556.869,30.41 M541,60.657 C535.114,60.657 530.342,55.887 530.342,50 C530.342,44.114 535.114,39.342 541,39.342 C546.887,39.342 551.658,44.114 551.658,50 C551.658,55.887 546.887,60.657 541,60.657 M541,33.886 C532.1,33.886 524.886,41.1 524.886,50 C524.886,58.899 532.1,66.113 541,66.113 C549.9,66.113 557.115,58.899 557.115,50 C557.115,41.1 549.9,33.886 541,33.886 M565.378,62.101 C565.244,65.022 564.756,66.606 564.346,67.663 C563.803,69.06 563.154,70.057 562.106,71.106 C561.058,72.155 560.06,72.803 558.662,73.347 C557.607,73.757 556.021,74.244 553.102,74.378 C549.944,74.521 548.997,74.552 541,74.552 C533.003,74.552 532.056,74.521 528.898,74.378 C525.979,74.244 524.393,73.757 523.338,73.347 C521.94,72.803 520.942,72.155 519.894,71.106 C518.846,70.057 518.197,69.06 517.654,67.663 C517.244,66.606 516.755,65.022 516.623,62.101 C516.479,58.943 516.448,57.996 516.448,50 C516.448,42.003 516.479,41.056 516.623,37.899 C516.755,34.978 517.244,33.391 517.654,32.338 C518.197,30.938 518.846,29.942 519.894,28.894 C520.942,27.846 521.94,27.196 523.338,26.654 C524.393,26.244 525.979,25.756 528.898,25.623 C532.057,25.479 533.004,25.448 541,25.448 C548.997,25.448 549.943,25.479 553.102,25.623 C556.021,25.756 557.607,26.244 558.662,26.654 C560.06,27.196 561.058,27.846 562.106,28.894 C563.154,29.942 563.803,30.938 564.346,32.338 C564.756,33.391 565.244,34.978 565.378,37.899 C565.522,41.056 565.552,42.003 565.552,50 C565.552,57.996 565.522,58.943 565.378,62.101 M570.82,37.631 C570.674,34.438 570.167,32.258 569.425,30.349 C568.659,28.377 567.633,26.702 565.965,25.035 C564.297,23.368 562.623,22.342 560.652,21.575 C558.743,20.834 556.562,20.326 553.369,20.18 C550.169,20.033 549.148,20 541,20 C532.853,20 531.831,20.033 528.631,20.18 C525.438,20.326 523.257,20.834 521.349,21.575 C519.376,22.342 517.703,23.368 516.035,25.035 C514.368,26.702 513.342,28.377 512.574,30.349 C511.834,32.258 511.326,34.438 511.181,37.631 C511.035,40.831 511,41.851 511,50 C511,58.147 511.035,59.17 511.181,62.369 C511.326,65.562 511.834,67.743 512.574,69.651 C513.342,71.625 514.368,73.296 516.035,74.965 C517.703,76.634 519.376,77.658 521.349,78.425 C523.257,79.167 525.438,79.673 528.631,79.82 C531.831,79.965 532.853,80.001 541,80.001 C549.148,80.001 550.169,79.965 553.369,79.82 C556.562,79.673 558.743,79.167 560.652,78.425 C562.623,77.658 564.297,76.634 565.965,74.965 C567.633,73.296 568.659,71.625 569.425,69.651 C570.167,67.743 570.674,65.562 570.82,62.369 C570.966,59.17 571,58.147 571,50 C571,41.851 570.966,40.831 570.82,37.631"></path></g></g></g></svg></div><div style="padding-top: 8px;"> <div style=" color:#3897f0; font-family:Arial,sans-serif; font-size:14px; font-style:normal; font-weight:550; line-height:18px;">View this post on Instagram</div></div><div style="padding: 12.5% 0;"></div> <div style="display: flex; flex-direction: row; margin-bottom: 14px; align-items: center;"><div> <div style="background-color: #F4F4F4; border-radius: 50%; height: 12.5px; width: 12.5px; transform: translateX(0px) translateY(7px);"></div> <div style="background-color: #F4F4F4; height: 12.5px; transform: rotate(-45deg) translateX(3px) translateY(1px); width: 12.5px; flex-grow: 0; margin-right: 14px; margin-left: 2px;"></div> <div style="background-color: #F4F4F4; border-radius: 50%; height: 12.5px; width: 12.5px; transform: translateX(9px) translateY(-18px);"></div></div><div style="margin-left: 8px;"> <div style=" background-color: #F4F4F4; border-radius: 50%; flex-grow: 0; height: 20px; width: 20px;"></div> <div style=" width: 0; height: 0; border-top: 2px solid transparent; border-left: 6px solid #f4f4f4; border-bottom: 2px solid transparent; transform: translateX(16px) translateY(-4px) rotate(30deg)"></div></div><div style="margin-left: auto;"> <div style=" width: 0px; border-top: 8px solid #F4F4F4; border-right: 8px solid transparent; transform: translateY(16px);"></div> <div style=" background-color: #F4F4F4; flex-grow: 0; height: 12px; width: 16px; transform: translateY(-4px);"></div> <div style=" width: 0; height: 0; border-top: 8px solid #F4F4F4; border-left: 8px solid transparent; transform: translateY(-4px) translateX(8px);"></div></div></div> <div style="display: flex; flex-direction: column; flex-grow: 1; justify-content: center; margin-bottom: 24px;"> <div style=" background-color: #F4F4F4; border-radius: 4px; flex-grow: 0; height: 14px; margin-bottom: 6px; width: 224px;"></div> <div style=" background-color: #F4F4F4; border-radius: 4px; flex-grow: 0; height: 14px; width: 144px;"></div></div></a></div></blockquote><h2>Que faire à... Berlin, l'alternative ?</h2><p>Pour ce printemps, on vous propose un week-end culturel à Berlin. Au programme : Brancusi qui prend toute la lumière à la Neue Nationalgalerie. Mais aussi une immersion à travers les siècles, la nécropole des Hohenzollern et l'Ukraine Museum. Ces deux sites relient le passé impérial au conflit contemporain en cours aux portes de l'Europe.</p><h2>Que faire à... Paris, la ville lumière ?</h2><p>S’il ne fallait choisir qu’une seule exposition à Paris en ce moment, c’est sans aucun doute celle du Grand Palais que nous vous conseillerons : plus de 300 œuvres de Matisse réunies pour raconter une période foisonnante qui s’apparente à un moment de grâce. Et si vous êtes à la recherche de lieux atypiques, <a href="https://www.lexpress.fr/culture/au-coeur-de-pigalle-la-renaissance-prometteuse-du-bus-palladium-ASFKD73T7FGGBH4AWCX4TYD4DY/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/au-coeur-de-pigalle-la-renaissance-prometteuse-du-bus-palladium-ASFKD73T7FGGBH4AWCX4TYD4DY/">l'hôtel-club du Bus Palladium</a>, lieu iconique du rock dans le quartier de Pigalle, a rouvert ses portes au mois de mars.</p><blockquote class="instagram-media" data-instgrm-captioned data-instgrm-permalink="https://www.instagram.com/p/DYHEYn_ioX-/?utm_source=ig_embed&amp;utm_campaign=loading" data-instgrm-version="14" style=" background:#FFF; border:0; border-radius:3px; box-shadow:0 0 1px 0 rgba(0,0,0,0.5),0 1px 10px 0 rgba(0,0,0,0.15); margin: 1px; max-width:658px; min-width:326px; padding:0; width:99.375%; width:-webkit-calc(100% - 2px); width:calc(100% - 2px);"><div style="padding:16px;"> <a href="https://www.instagram.com/p/DYHEYn_ioX-/?utm_source=ig_embed&amp;utm_campaign=loading" style=" background:#FFFFFF; line-height:0; padding:0 0; text-align:center; text-decoration:none; width:100%;" target="_blank"> <div style=" display: flex; flex-direction: row; align-items: center;"> <div style="background-color: #F4F4F4; border-radius: 50%; flex-grow: 0; height: 40px; margin-right: 14px; width: 40px;"></div> <div style="display: flex; flex-direction: column; flex-grow: 1; justify-content: center;"> <div style=" background-color: #F4F4F4; border-radius: 4px; flex-grow: 0; height: 14px; margin-bottom: 6px; width: 100px;"></div> <div style=" background-color: #F4F4F4; border-radius: 4px; flex-grow: 0; height: 14px; width: 60px;"></div></div></div><div style="padding: 19% 0;"></div> <div style="display:block; height:50px; margin:0 auto 12px; width:50px;"><svg width="50px" height="50px" viewBox="0 0 60 60" version="1.1" xmlns="https://www.w3.org/2000/svg" xmlns:xlink="https://www.w3.org/1999/xlink"><g stroke="none" stroke-width="1" fill="none" fill-rule="evenodd"><g transform="translate(-511.000000, -20.000000)" fill="#000000"><g><path d="M556.869,30.41 C554.814,30.41 553.148,32.076 553.148,34.131 C553.148,36.186 554.814,37.852 556.869,37.852 C558.924,37.852 560.59,36.186 560.59,34.131 C560.59,32.076 558.924,30.41 556.869,30.41 M541,60.657 C535.114,60.657 530.342,55.887 530.342,50 C530.342,44.114 535.114,39.342 541,39.342 C546.887,39.342 551.658,44.114 551.658,50 C551.658,55.887 546.887,60.657 541,60.657 M541,33.886 C532.1,33.886 524.886,41.1 524.886,50 C524.886,58.899 532.1,66.113 541,66.113 C549.9,66.113 557.115,58.899 557.115,50 C557.115,41.1 549.9,33.886 541,33.886 M565.378,62.101 C565.244,65.022 564.756,66.606 564.346,67.663 C563.803,69.06 563.154,70.057 562.106,71.106 C561.058,72.155 560.06,72.803 558.662,73.347 C557.607,73.757 556.021,74.244 553.102,74.378 C549.944,74.521 548.997,74.552 541,74.552 C533.003,74.552 532.056,74.521 528.898,74.378 C525.979,74.244 524.393,73.757 523.338,73.347 C521.94,72.803 520.942,72.155 519.894,71.106 C518.846,70.057 518.197,69.06 517.654,67.663 C517.244,66.606 516.755,65.022 516.623,62.101 C516.479,58.943 516.448,57.996 516.448,50 C516.448,42.003 516.479,41.056 516.623,37.899 C516.755,34.978 517.244,33.391 517.654,32.338 C518.197,30.938 518.846,29.942 519.894,28.894 C520.942,27.846 521.94,27.196 523.338,26.654 C524.393,26.244 525.979,25.756 528.898,25.623 C532.057,25.479 533.004,25.448 541,25.448 C548.997,25.448 549.943,25.479 553.102,25.623 C556.021,25.756 557.607,26.244 558.662,26.654 C560.06,27.196 561.058,27.846 562.106,28.894 C563.154,29.942 563.803,30.938 564.346,32.338 C564.756,33.391 565.244,34.978 565.378,37.899 C565.522,41.056 565.552,42.003 565.552,50 C565.552,57.996 565.522,58.943 565.378,62.101 M570.82,37.631 C570.674,34.438 570.167,32.258 569.425,30.349 C568.659,28.377 567.633,26.702 565.965,25.035 C564.297,23.368 562.623,22.342 560.652,21.575 C558.743,20.834 556.562,20.326 553.369,20.18 C550.169,20.033 549.148,20 541,20 C532.853,20 531.831,20.033 528.631,20.18 C525.438,20.326 523.257,20.834 521.349,21.575 C519.376,22.342 517.703,23.368 516.035,25.035 C514.368,26.702 513.342,28.377 512.574,30.349 C511.834,32.258 511.326,34.438 511.181,37.631 C511.035,40.831 511,41.851 511,50 C511,58.147 511.035,59.17 511.181,62.369 C511.326,65.562 511.834,67.743 512.574,69.651 C513.342,71.625 514.368,73.296 516.035,74.965 C517.703,76.634 519.376,77.658 521.349,78.425 C523.257,79.167 525.438,79.673 528.631,79.82 C531.831,79.965 532.853,80.001 541,80.001 C549.148,80.001 550.169,79.965 553.369,79.82 C556.562,79.673 558.743,79.167 560.652,78.425 C562.623,77.658 564.297,76.634 565.965,74.965 C567.633,73.296 568.659,71.625 569.425,69.651 C570.167,67.743 570.674,65.562 570.82,62.369 C570.966,59.17 571,58.147 571,50 C571,41.851 570.966,40.831 570.82,37.631"></path></g></g></g></svg></div><div style="padding-top: 8px;"> <div style=" color:#3897f0; font-family:Arial,sans-serif; font-size:14px; font-style:normal; font-weight:550; line-height:18px;">View this post on Instagram</div></div><div style="padding: 12.5% 0;"></div> <div style="display: flex; flex-direction: row; margin-bottom: 14px; align-items: center;"><div> <div style="background-color: #F4F4F4; border-radius: 50%; height: 12.5px; width: 12.5px; transform: translateX(0px) translateY(7px);"></div> <div style="background-color: #F4F4F4; height: 12.5px; transform: rotate(-45deg) translateX(3px) translateY(1px); width: 12.5px; flex-grow: 0; margin-right: 14px; margin-left: 2px;"></div> <div style="background-color: #F4F4F4; border-radius: 50%; height: 12.5px; width: 12.5px; transform: translateX(9px) translateY(-18px);"></div></div><div style="margin-left: 8px;"> <div style=" background-color: #F4F4F4; border-radius: 50%; flex-grow: 0; height: 20px; width: 20px;"></div> <div style=" width: 0; height: 0; border-top: 2px solid transparent; border-left: 6px solid #f4f4f4; border-bottom: 2px solid transparent; transform: translateX(16px) translateY(-4px) rotate(30deg)"></div></div><div style="margin-left: auto;"> <div style=" width: 0px; border-top: 8px solid #F4F4F4; border-right: 8px solid transparent; transform: translateY(16px);"></div> <div style=" background-color: #F4F4F4; flex-grow: 0; height: 12px; width: 16px; transform: translateY(-4px);"></div> <div style=" width: 0; height: 0; border-top: 8px solid #F4F4F4; border-left: 8px solid transparent; transform: translateY(-4px) translateX(8px);"></div></div></div> <div style="display: flex; flex-direction: column; flex-grow: 1; justify-content: center; margin-bottom: 24px;"> <div style=" background-color: #F4F4F4; border-radius: 4px; flex-grow: 0; height: 14px; margin-bottom: 6px; width: 224px;"></div> <div style=" background-color: #F4F4F4; border-radius: 4px; flex-grow: 0; height: 14px; width: 144px;"></div></div></a></div></blockquote><h2>Que faire à... Rome, la ville antique ?</h2><p>Un week-end à Rome. Une exposition événement au palais Barberini. Un musée métro. Et puis quelques idées à grignoter et à shoper.</p><h2>Que faire à... Giverny, à moins de deux heures de Paris ?</h2><p>On se rend <a href="https://www.lexpress.fr/culture/art/un-week-end-a-giverny-quand-monet-se-cherchait-encore-QNE6M7J5D5G2VA6EYHSTPDEYGI/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/art/un-week-end-a-giverny-quand-monet-se-cherchait-encore-QNE6M7J5D5G2VA6EYHSTPDEYGI/">à Giverny, dans l'Eure</a>, pour découvrir la maison de Claude Monet, cela ne fait pas de doute. A l'occasion du centenaire de sa mort, une exposition met le projecteur sur la carrière du peintre impressionniste avant qu'il ne peigne ses célèbres <i>Nymphéas</i>. On vous invite également à errer dans les sublimes <a href="https://www.lexpress.fr/culture/art/claude-monet-et-les-jardins-de-giverny-dans-lintimite-du-peintre-A2S7E5F4SZF55KD2JI437OKNFA/" target="_self" rel="" title="https://www.lexpress.fr/culture/art/claude-monet-et-les-jardins-de-giverny-dans-lintimite-du-peintre-A2S7E5F4SZF55KD2JI437OKNFA/">jardins de l'artiste,</a> une escapade bucolique qui offre une perspective enrichissante son intimité.</p>]]></content:encoded><media:content url="https://www.lexpress.fr/resizer/v2/33QPXWQSIVH6BE36GU245DQONU.jpg?auth=1b68ffd0cdfba51682f1dbce09851b1638793bcda2dea29fdf21c89a267d8220&amp;smart=true&amp;width=5000&amp;height=3337" type="image/jpeg" height="3337" width="5000"><media:description type="plain"><![CDATA[Le Grand Canal de Venise, une des principales attractions de la ville des amoureux.]]></media:description><media:credit role="author" scheme="urn:ebu">Shutterstock</media:credit></media:content></item></channel></rss>