Ouadi Hammamat
| Ouadi Hammamat | ||
L'entrée du Ouadi Hammamat (au fond) vue depuis Bir el-Fawakhir | ||
| Massif | Chaîne Arabique[1] | |
|---|---|---|
| Pays | ||
| Gouvernorat | Qena/Mer-Rouge[2] | |
| Coordonnées géographiques | 25° 58′ 59″ nord, 33° 33′ 55″ est | |
| Géolocalisation sur la carte : Égypte
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| Orientation aval | Ouest[1] | |
| Longueur | 6 kilomètres[3] | |
| Type | Ouadi[1] | |
| Écoulement | Aucun[2] | |
| Voie d'accès principale | Route 256[2] | |
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Le ouadi Hammamat (en arabe : وادي الحمامات / vallée des bains[3]) est un oued du désert Arabique, situé à environ cent-dix kilomètres à l'est de Qena en Égypte[1]. Connu depuis les débuts de la civilisation pharaonique[4], le ouadi Hammamat a été exploité pour ses mines d'or[5] et surtout pour ses carrières de grauwacke, appelé « Pierre de Bekhen », pendant des millénaires[3]. En plus de cela, le ouadi avait une position stratégique car il ouvrait l’accès à la route caravanière de Coptos vers la mer Rouge, soit la voie la plus directe entre la vallée du Nil vers la mer Rouge[6], d'où son nom de Rô-hanou (« débouché des flots ») en égyptien ancien[7].
Description
[modifier | modifier le code]Géographie
[modifier | modifier le code]Le ouadi Hammamat est un oued de la chaîne des collines de la mer rouge (ou chaîne Arabique), dans le désert Oriental de l'Égypte[8]. Il est situé à 80 kilomètres de la vallée du Nil[3], directement à l'est de Kift[6]. Le nom actuel a été donné par les explorateurs européens au XIXe siècle d’après le nom du puits présent dans la vallée (Bir el-Hammamat). Jusque là, le oued était connu des habitants des environs comme le ouadi el-Kafr et seul le puits portait le nom de Hammamat[9].

Le ouadi Hammamat forme une gorge naturelle de six kilomètres de long[3] entre les montagnes de Jabal el-Hammamat à l'ouest, Jabal Rasfah au nord, Jabal Shahimiyyah au sud[10] et de Jabal el-Sid à l'est (la "montagne d’argent et d'or" des anciens égyptiens)[11]. Les deux extrémités du oued sont Bir el-Hammamat, à l’ouest (25° 58′ 07″ N, 33° 32′ 49″ E), et Bir el-Fawakhir, à l’est (26° 00′ 45″ N, 33° 36′ 08″ E)[12],[3]. Le ouadi Hammamat étant situé sur la partie occidentale de la chaîne Arabique[1], dans le bassin versant du Nil, il est naturellement incliné de l'est vers l'ouest. Bir el-Fawakhir est situé à 400 mètres au dessus du niveau de la met et Bir el-Hammamat à 320 mètres[13]. Bir el-Hammamat marque l'intersection du ouadi Hammamat avec le oadi Um Had[14] tandis que Bir el-Fawakhir marque l'intersection du ouadi Hammamat avec le oadi Fawakhir au nord-est et avec le ouadi el-Sid au sud-est[8]. De plus, le ouadi Hammamat rencontre aussi d'autres vallées dans sa longueur: le oadi Attala (26° 00′ 37″ N, 33° 35′ 15″ E) et le oadi Masaq el-Baqr (26° 00′ 03″ N, 33° 34′ 43″ E) au nord et le oadi el-Chagg au sud (25° 58′ 17″ N, 33° 33′ 21″ E)[15].
Géologie
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D'un point de vue géologique, le ouadi Hammamat est composé de différentes formations géologiques qui expliquent la grande variété de couleurs que l'on retrouve sur les roches de la vallée.[16].
- Roche siliciclastique d'Hammamat (précambrien supérieur). Cette formation inclut trois types de roches sédimentaires siliciclastiques: du grauwacke (une variété de grès de couleur gris-vert et occasionnellement gris sombre ou gris-violet), de la mudstone ardoisière (nuances de violet, vert et gris) et de la brèche verte (un conglomérat de galets et de cailloux – principalement des fragments de roche magmatiques – enchâssés dans une matrice gris-vert). Ces trois variétés de roche sont légèrement métamorphisées. A distance, elles apparaissent toutes d'un gris brunâtre foncé[16].
- Grès Nubien (crétacé supérieur). Cette formation contient un type de grès de teinte brun clair mais sujet à la patine du désert[16].
- Granite de Fawakhir (précambrien supérieur). Cette formation contient un granite de couleur gris clair à gris-rosé, traversé par d'abondantes veines de quartz. Ces veines présentent souvent une minéralisation d'or et de sulfure[16] (dont l'argent[17]). Vue de loin, cette roche présente une teinte allant du rose au rouge pâle, avec les veines de quartz teintées de rouge brunâtre en raison de l'oxydation des minéraux[16].
- Serpentinite d'Atalla (précambrien supérieur). Cette formation inclut de la serpentinite (tachetée vert foncé et gris foncé) et un peu de gabbro (gris-vert foncé) légèrement métamorphisé. Ces roches présentent une couleur brun rosé lorsqu'elles sont observées de loin en raison de la météorisation. Certaines veines de quartz aurifère et sulfuré du granite de Fawakhir se prolongent dans la serpentinite d'Atalla[16].
- Roche volcanique de Dokhan (précambrien supérieur). Cette formation inclut du tuf rhyolitique (brun clair) et dans une moindre mesure de l'andésite et de basalte (gris foncé). Ces roches peuvent être légèrement métamorphisées. Elles présentent une teinte brun rosé vue de loin en raison de la météorisation[16].
La roche siliciclastique d'Hammamat est largement majoritaire et forme le cœur de la vallée (d'où son nom) tandis que les autres formations se retrouvent plutôt à ses extrémités. Les roches contenant de l'or se retrouvent à l'extrémité est de la vallée et plus à l'est dans la montagne dans les oadis Fawakhir et el-Sid. C'est pour cela que le ouadi Hammamat a surtout été exploité comme carrière de pierre tandis que l'exploitation aurifère s'est concentrée dans les oadis Fawakhir et el-Sid[16]. De nos jours, les estimations vont de 1,7 à 9 grammes d'or par tonne de minerai au oadi Fawakhir et de 4 à 28 grammes par tonne au oadi el-Sid[18]. Le minerai extrait dans le oadi el-Sid a une teneur en métal précieux de 80% d'or et 20% d'argent[11].
La route Coptos-Myos Hormos
[modifier | modifier le code]En plus de permettre l’accès aux mines des oadis Fawakhir et el-Sid[16], le ouadi Hammamat fait partie depuis l’antiquité d’une voie de communication importante entre la vallée du Nil et la mer Rouge. Cette route traversait la chaîne Arabique d'ouest en est depuis Coptos (l'actuelle Kift) jusqu'au port de Myos Hormos (l’actuelle Al-Qusair)[6]. La route s’appelait Hodos Myshormitikè aux époques hellénistique et romaine[19]. De nos jours, on désigne souvent par commodité toute cette route comme le chemin du Ouadi Hammamat[6],[20],[21] car le ouadi marque le début du chemin à travers les montagnes. En vérité, le Ouadi Hammamat ne représente qu'une petite portion de quelques kilomètres d'un tracé total de 183 kilomètres[22].

Depuis Kift (Coptos), la route chemine à travers une série de oadis[23] à faible altitude[10] (oadi el-Matula, oadi Rod 'Ayid, oadi Kwei[23]), passant par les site de El‑Matula, Laqeita (Phoinikôn), Qusur el‑Banat (en) et El‑Muwayh (Krokodilô)[23],[22]. La route continue ensuite dans les montagnes[10] à travers le oadi Hammamat puis le oadi el-Fawakhir[23],[22]. Le chemin continue vers l'est et emprunte le passage le plus difficile du tracé : le col d'El Rieh, situé à 534 mètres au dessus du niveau de la mer et qui marque la ligne de partage des eaux entre le bassin versant du Nil et celui de la mer Rouge[13]. La route passe enuite par El‑Zarqa (Maximianon)[23],[22] puis rejoint le long oadi Abu Ziran[23],[10]. Le oadi Abu Ziran passe par El‑Hamra[23],[22] puis tourne vers le nord, cheminant à travers plusieurs montagnes de plus haute altitude dont le Jabal Umm 'Aradah, le Jabal Ba'anib et le Jabal al-Murr[10]. Après Bir Sayyala, la route tourne brusquement à droite vers le sud-est[23],[22]. Le chemin continue à travers le oadi el-Haramiya[23], en longeant le Jabal Dawwi au nord[10]. La route passe par El-Iteima (Dawwi)[23],[22] puis tourne vers l'est à Bir Beidah[22]. Le chemin continue vers l'est à travers le oadi Ambagi puis le oadi Quseir el-Qadim[23], jusqu’à finalement atteindre Al-Qusair (Myos Hormos)[23],[22].
Cette route est l'une des voies les plus directes et les moins compliquées entre la vallée du Nil et la mer. Elle est relativement aisée car elle passe a travers des oueds dont les fonds sont plats[6] et dont le sol de sable et de gravier est bien tassé[23]. La route évite les passages d'altitude (un seul col à passer à seulement 500 mètres d'altitude)[6] et le passage entre les vallées ne présente pas de difficulté particulière[23]. Le temps de trajet a été calculé à six jours, pour un total de 33 heures de marche[24], ce qui correspond assez bien au témoignage de Strabon au Ier siècle av. J.-C.[25].
Les inscriptions rupestres
[modifier | modifier le code]En plus de son intérêt en tant que carrière et route caravanière, le Ouadi Hammamat est également remarquable pour son colossal corpus d'inscriptions rupestres. On a en effet retrouvé environ 750 inscriptions dans la vallée[3], incluant textes et images. On y trouve aussi bien des inscriptions officielles et religieuses que des graffitis, écrites en hiéroglyphe, hiératique, Égyptien démotique ou grec, sculptées ou peintes à même la roche. Les inscriptions datent de toutes les époques de l'Égypte antique depuis la période archaïque[26],[4],[27],[28],[3]. La plupat des inscriptions sont concentrées autour de la principale carrière de grauwacke : la « montagne de Bekhen »[29] ou « montagne pure »[30] (25° 59′ 36″ N, 33° 34′ 16″ E).
- Pétroglyphes du Ouadi Hammamat
Histoire
[modifier | modifier le code]Sous l'administration pharaonique
[modifier | modifier le code]Les carrières de pierre ouadi Hammamat sont restées en opération presque sans interruption durant toute l'Égypte antique[31]. De nombreux vestiges de l'activité des carrières et des inscriptions rupestres ont été découverts sur ce site. Parmi ces textes, on trouve des rapports d'expéditions très détaillés, gravés en hiéroglyphes sur la roche de l'oued, ou encore des prières et des remerciements adressés aux divinités, le plus souvent à la triade de Coptos : Min, Isis et Horus[12], Min étant le patron de Coptos et le protecteur des pistes caravanières et des expéditions lointaines[32].
L'activité des carrières du ouadi Hammamat a débuté il y a 6000 ans[20],[31] durant la période prédynastique égyptienne. L'utilisation la plus ancienne connue du grauwacke et de l'ardoise de la vallée était pour la fabrication d'objets en pierre (palettes à cosmétiques, billes, bracelets et récipients) de la période prédynastique et de la Ire dynastie[31],[33]. Durant l'Ancien Empire, le grauwacke des carrières du ouadi Hammamat a commencé à être utilisé pour la construction d'éléments de grande taille comme des statues ornementales[34], des stèles et des sarcophages[35]. Dès cette époque, les pharaons organisent de grandes expéditions vers le ouadi Hammamat en vue de collecter des ressources dans le oued ou plus loin vers la mer Rouge[36],[37]. Les expéditions de l'Ancien Empire pouvaient déjà impliquer des milliers d'homme comme aux plus grandes heures du Nouvel Empire[37]. L'Ancien Empire voit également débuter l'exploitation des mines d'or dans les vallées voisines du ouadi Hammamat[6].

A l'Ancien Empire, le ouadi Hammamat devient une voie essentielle vers la mer Rouge à travers le désert oriental depuis Coptos. La route permet ainsi l'accès aux mines de galène de Gebel Zeit (en) et au Pays de Pount via la mer Rouge[20]. Coptos est située sur la boucle que fait le Nil vers l'est autour de Qena, et donc à l'endroit où le Nil est le plus proche de la mer. La ville est donc devenue un point de départ majeur pour le expédition vers la mer Rouge[38]. Coptos dispose de chantiers navals qui fabriquent des pièces de bateaux, celles-ci étant transportées jusqu'à la côte et assemblées sur place[39]. Néanmoins, durant toute l'époque pharaoniques (avant l'époque ptolémaïque), il n'existe qu'un seul port en dur sur la côte de la mer Rouge dans le sud de l’Égypte : Mersa Gaouasis. Bien que le passage par le ouadi Hammamat pour atteindre le port de Mersa Gaouasis depuis Coptos est attesté par une source historique[38], il ne devait pas s'agir là d'un chemin habituel. L'accès le plus direct vers Mersa Gaouasis est en effet le ouadi Qena qui permet d'économiser plusieurs jours de marche par rapport au ouadi Hammamat[38],[40]. La route du ouadi Hammamat devait donc plutôt déboucher sur un des ports intermittents de la côte[41], aux environs d'Al-Qusair[42] où sera plus tard construit le port de Myos Hormos, 26 kilomètres au sud de Mersa Gaouasis[40]. Quoi qu'il en soit, l'importance de ces routes était telle qu'au premier millénaire avant notre ère, la mer Rouge était appelée « mer de Coptos »[5].
Durant la Première Période intermédiaire, le contrôle du ouadi Hammamat fait l'objet d'un conflit entre les villes de Thèbes et de Coptos, qui tourne à l'avantage de la première, dirigée par Antef l'Ancien[43].
| Rô-hanou | ||||||
| r-Hnw |
Les expéditions vers la mer Rouge à travers le ouadi Hammamat sont mieux connues à partir du Moyen Empire. A cette époque[44], le ouadi était appelé Rô-hanou[note 1] en égyptien ancien pour « débouché des flots »[7] ou simplement « route vers la mer »[22]. Sous le règne de Montouhotep III, le chancelier Henou conduisit une expédition dans le ouadi Hammamat pour préparer une navigation vers le Pays de Pount, et c'est sans doute à cette époque que fut fondé de port de Sâou, d'où partirent les expéditions vers le Pount sous la XIIe dynastie[47].
Au Moyen Empire, sous Montouhotep III (v. 2009-1997 av. J.-C.), une expédition de 3000 hommes en direction de la mer Rouge, doit traverser le ouadi Hammamat sous la protection de chasseurs et d'habitants du désert oriental (ou désert Arabique), qui sont les seuls maîtres de cette partie de l'Égypte, à cette époque où le pouvoir de la monarchie égyptienne vacille[48]. Sous Sésostris Ier, la construction du temple de Karnak rend nécessaire l'extraction d'une pierre gris-vert sombre, le grauwacke, pour la réalisation des statues monumentales. Une inscription détaille l'organisation d'une expédition de ce type à la fin du règne de Sésostris Ier qui nécessita le déplacement de 19 000 personnes afin de rapporter 60 sphinx et 150 statues dans la vallée[49]. Le ouadi Hammamat est aussi riche en or, en granit et en basalte. Leur extraction doit se faire sous bonne escorte et avec la protection des populations locales. L'apogée de ces mines se situe précisément entre la fin de la XIe dynastie et la XIIe dynastie[50].
Sur une stèle, une inscription datée de l'an 38 de Sésostris Ier (XIIe dynastie), découverte lors des relevés conduits en 1947 par Georges Goyon, évoque les titres du chef d'expédition, ceux qui l'accompagnent, le nombre d'ouvriers, les mérites du chef d'expédition, le résultat de la mission et sa durée, ainsi que les différentes rations distribuées et leur provenance[51],[47].

A la Deuxième Période intermédiaire, une autre de ces inscriptions commémore une expédition de 130 hommes envoyée pour chercher la pierre du Ouadi Hammamat, peut-être pour fabriquer les deux obélisques en schiste gréseux au nom de Sobekemsaf Ier (XVIIe dynastie), dont l'un a été retrouvé dans la cachette de Karnak[52].
Au Nouvel Empire, l'exploitation des mines d'or autour du ouadi Hammamat continue mais l’activité des carrières pourrait avoir diminué. Malgré l’activité architecturale florissante à cette époque, les inscriptions mentionnant les pharaon du Nouvel Empire dans les carrières du ouadi Hammamat sont rares avant l'époque ramesside. Cela suggère un certain désintérêt pour les pierres de cette vallée pendant cette période[53],[54]. Le papyrus minier de Turin, du XIIe siècle avant notre ère, décrit les mines d’or de Faouakhir, dans le désert oriental près du ouadi Hammamat. La carte géologique qui y figure a dû être dressée à l’occasion d’une expédition sous le règne de Ramsès IV (XXe dynastie)[55]. Au Nouvel Empire, le dieu Amon-Rê prend une place prépondérante dans les inscriptions rupestres du ouadi Hammamat[12]. Le papyrus de Turin nous apprend aussi qu'un sanctuaire d'Amon (dont aucun vestige ne subsiste aujourd’hui) existait à cette époque non loin de l'intersection du ouadi Hammamat et du oadi Fawakhi, probablement à l'emplacement du sanctuaire ptolémaïque de Min[56].
Sous l'administration perse
[modifier | modifier le code]L'activité des carrières du ouadi Hammamat est restée importante sous l´occupation perse achéménide[57]. La roche ayant servi à l'érection de la statue de Darius Ier au palais royal de Suse provenait du Ouadi Hammamat[58]. Il a été suggéré qu’une partie des blocs extraits des carrières du ouadi Hammamat à cette époque ont pu transiter par bateau jusqu'à la Perse via la mer Rouge[22].
Aucune inscription des XXVIIIe, XXIXe et XXXe dynasties n'a été retrouvé au ouadi Hammamat[22].
Sous l'administration grecque
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L’avènement de la dynastie lagide est marquée par une ambitieuse prise en main du désert oriental d'Égypte par le nouveau pouvoir[59]. Les débuts de l'époque ptolémaïque voient une augmentation du trafic maritime sur la mer Rouge et par conséquence entre la mer Rouge et la vallée du Nil[60]. C'est à Ptolémée II que l'on doit un considérable travail d’aménagement des pistes du désert oriental et surtout des côtes de la mer Rouge[41], dont la construction des ports de Bérénice, Arsinoé et Philôtera[60]. En parallèle, les premiers Lagides déploient des moyens considérables pour mettre en place l’exploitation des mines d'or du désert oriental de manière quasi-industrielle. Cette exploitation repose essentiellement sur une reprise de sites miniers antérieurs, principalement ceux du Nouvel Empire. C'est le cas de Bir el-Fawakhir[61] (à l'extrémité du ouadi Hammamat), connu à l'époque hellénistique et romaine sous le nom de Persou[60] où Ptolémée III édifie un sanctuaire dédié au dieu Min[62]. A l'inverse, l'époque ptolémaïque marque une diminution de l'exploitation des carrières de pierre du désert oriental en général[60] et du ouadi Hammamat en particulier[54],[60]. Les carrières de ce dernier restent néanmoins en service et le grauwacke demeure une ressource dont la monarchie et le clergé continuent à faire usage[60].

Au IIe siècle avant notre ère, un trafic commercial florissant se développe avec l'Arabie et l'Inde via la mer Rouge. Les routes caravanières entre Coptos et la mer prennent ainsi une importance majeure dans ce négoce[6], notamment l'axe Edfou-Bérénice au départ[59]. Cependant, c'est possiblement à cette époque qu'est construit le port de Myos Hormos[60]. Cette fondation visait peut être à remplacer le port de Bérénice et la route Edfou-Bérénice prépondérants jusque là mais trop vulnérables à d'éventuels rebelles de la Thébaïde (car situés au sud de Thèbes) comme l'avait montré la grande révolte thébaine[59]. Myos Hormos et l'ancienne route pharaonique entre Coptos et la mer via le ouadi Hammamat deviennent alors la principale porte d'entrée en Égypte des produits de luxe venus d'Arabie et d'Inde[6],[59]. Malgré quelques travaux[54], l'axe Coptos-Myos Hormos ne sera jamais aussi bien emménagé par les Ptolémées que l'avait été l'axe Edfou-Bérénice. Strabon racontait au Ier siècle av. J.-C. qu'aucune station de halte aménagée n'existait sur la route et que les commerçants devaient voyager de nuit en portant leur eau avec eux[59]. Néanmoins, le récit de Strabon, notoirement opposé aux Lagides, est à nuancer. Le géographe expliquait par exemple que 120 bateaux partaient chaque année de Myos Hormos pour l'Inde après la reprise en main du port par Rome contre seulement quelques uns du temps des Ptolémées, ce qui est hautement invraisemblable[63]. On sait que quelques haltes et puis existaient bien sur la route Coptos-Myos Hormos à l'époque ptolémaïque dont Bir el-Fawakhir, où se trouvait un important village minier[64], Phoinikôn et probablement Bi’r Sayyâla[65], mais il est vrai que la majorité des pauses devaient effectivement se faire dans de simples abris-sous-roche[22].
Sous l'administration romaine
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Après la chute de la dynastie lagide, les romains s'emparent de l’Égypte et reprennent à leur compte les infrastructures et activités ptolémaïques dans le désert oriental[54]. Néanmoins, l’extraction d'or intense sous les Lagides chute brusquement (les romains bénéficiaient d’autres sources en or bien plus rentables) au profit de l’extraction de pierre : roche de construction et pierres précieuses. Les carrières de pierre du Mons Claudianus et du Mons Porphyrites (en) ouvertes par les romains deviendront les plus grandes du désert oriental[60]. Dans et autour le ouadi Hammamat, les mines d'or et de pierres précieuses et les carrières de pierres fines maintiennent une partie de leur activité[64]. Toutefois, l'extraction du grauwacke semble avoir diminué à cette époque au profit de la brèche verte[66]. Un village de carriers et poste militaire est construit sous Tibère dans le ouadi Hammamat[65],[60] sous le nom de Persou-et-Tamostymis[60]. Le village possède une petite chapelle où un carrier de pierre de bekhen a laissé un graffiti daté très exactement du 2 octobre de l'an 18 sur un mur du naos[67]. Le poste militaire, non fortifié, sert à la fois de base d’exploitation des carrières et de poste de contrôle de la route[65]. A l'extrémité du ouadi Hammamat, le village de mineurs de Bir el-Fawakhir, Persou, reste en activité[18] et un fort y est édifié durant la première moitié du Ier siècle[60].
A l’époque romaine, les divinités syncrétiques Isis/Hathor, Horus/Harpocrate et Amon/Pan sont les plus représentées su les falaises du ouadi Hammamat[12].
La création de l'Empire romain et l’avènement de la Pax Romana marquent une nouvelle phase d’expansion du commerce mondial, y compris sur la mer Rouge[64]. Pendant le Haut-Empire romain, les revenus tirés par l’État romain de la taxation du commerce maritime lié aux ports égyptiens des côtes de la mer Rouge sont estimés à 100 millions de sesterces par an[63]. Ce succès est à mettre en relation avec d’importants travaux d’amélioration des ports de la mer Rouge et d’aménagement des routes du désert oriental d’Égypte, surpassant largement tous les investissements Lagides aux siècles précédents[25],[65],[41],[22],[68]. La route Coptos-Myos Hormos peu aménagée par les Ptolémées est celle qui reçoit le plus d'attention du nouveau pouvoir. Durant les deux premiers siècles de notre ère[22], de très nombreuses stations de halte, puits, citernes, tours de surveillance et forts sont emménagés tout au long du trajet[69],[65].
Vers le milieu du Ier siècle, le port de Myos Hormos perd sa prépondérance dans le commerce maritime vers l'Inde au profit de Bérénice, peut être en raison de l'augmentation du tonnage des bateaux. Myos Hormos aurait pu conserver son rôle dans le commerce avec l'Arabie mais l'activité décline clairement dans le port et sur la route Coptos-Myos Hormos. Malgré ce déclin, les travaux d’aménagement de la route par les autorités romaines ne diminuent pas, possiblement en raison de l'adaptation de la route et du port à des fins militaires[70].

Sous les Flaviens, à la fin du Ier siècle, on observe une nouvelle grande phase d’aménagements des routes du désert oriental[41],[65]. En effet, le préfet d'Égypte Lucius Iulius Ursus reçoit en 76 ou 77 les doléances des marchands considérant que les routes de Myos Hormos et de Bérénice vers la vallée du Nil ne sont pas assez bien équipées en puits, ni assez sécurisées[65]. Dès lors, toute les nouvelles constructions romaines sur la route Coptos-Myos Hormos sont fortifiées, confortant l'idée d'une certaine augmentation de l'insécurité dans la zone[70]. Le préfet ordonne ainsi la construction d'un réseau de forts (les praesidia, tous construits sur le même modèle) et de puits fortifiés (les Hydreuma (en)). Ces travaux permettent ainsi aux caravanes de trouver de l’eau à une distance maximale de 40 km et de ne jamais se retrouver à plus de 20 km d’un point d’eau et d’une garnison. C'est dans le cadre de ces aménagements qu'est construit le fort de Krokodilô (entre Coptos et le ouadi Hammamat), possiblement pour remplacer le poste militaire de Tibère du ouadi Hammamat qui est abandonné[65]. Durant tout le Haut-Empire, ce sont plus de 70 tours de surveillance et une douzaine de forts qui sont construits sur la route Coptos-Myos Hormos[68]. Néanmoins, tous ne sont pas en service simultanément et leur occupation a varié au cours du temps[65],[22]. Par exemple, le fort de Bir el-Hammamat construit au IIe siècle[65],[60] vise probablement à remplacer le fort de Krokodilô[65]. A la fin du IIe siècle, la route vers Myos Hormos est mieux équipée que la route vers le port de Bérénice alors que ce dernier est plus important commercialement[71]. Le nombre élevé de forts ne correspond pas à un réel besoin de disposer d’arrêts si fréquents et répond certainement à un impératif de sécurité[22].
A la fin du IIe siècle, l’Empire romain rentre dans une période de crise profonde. Les autorités romaines ne sont plus en mesure de maintenir leurs activités dans le désert oriental. L'exploitation des carrières de pierre ouadi Hammamat s'arrête[66]. La plupart des sites routiers de la route de Coptos-Myos Hormos ainsi que le port de Myos Hormos sont abandonnés au début du IIIe siècle[65],[60]. Il n'est pas clair si la diminution du commerce maritime est la cause ou la conséquence de l'abandon de ces installations[72]. Quoi qu'il en soit, le port de Myos Hormos n'est plus entretenu et s'envase et les soldats abandonnent les forts. Dès lors, l’administration romaine priorise le port de Bérénice[65].
Moyen Âge
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Au Ve siècle, l'Empire byzantin qui est alors en manque d'or relance l’exploitation des mines dans les vallées voisines du ouadi Hammamat. Des expéditions s'élancent alors depuis Coptos vers les mines à travers le ouadi Hammamat comme à l'époque pharaonique. Mais alors que l'activité minière antique était concentrée dans le oadi el-Sid, les autorités byzantines vont davantage exploiter le oadi Fawakhir. Le oadi Fawakhir est moins riche en or que le oadi el-Sid mais ce dernier était peut être déjà épuisé dès l'Antiquité (du moins avec les techniques d'extraction d'époque). C'est le besoin important en or du pouvoir byzantin qui semble avoir justifié l'exploitation du relativement peu rentable oadi Fawakhir[18]. C'est dans ce contexte que certains forts du Haut-Empire situés entre Coptos et le oadi Fawakhir sont réoccupés[65]. Les mines du oadi Fawakhir semblent avoir été exploitées de manière intensives puis abandonnées ou presque, à plusieurs reprises au cours d’une période d'environ 150 à 170 ans[18]. A son apogée, le village de mineurs de Bir el-Fawakhir devait compter un millier d'habitants[73]. Finalement, les mines ont été abandonnées vers la fin du VIe siècle, probablement en raison de leur épuisement et du contexte politique difficile[18].
Après la conquête musulmane de l'Égypte, la route du ouadi Hammamat va être empruntée par les pèlerins musulmans en route vers la Mecque. Ceux-ci traversaient la route caravanière antique depuis la vallée du Nil pour rejoindre le port d'Al-Qusair[74], et de là traverser la mer Rouge jusqu'à Jeddah en Arabie[75]. Le fort romain de Bir el-Hammamat était alors utilisé comme halte sur la route par les pèlerins[76]. C'est dans ce contexte qu'une mosquée a été construite dans la cour du fort au Moyen Âge[74].
Histoire moderne
[modifier | modifier le code]En 1830, des ingénieurs britanniques ont construit un puits moderne[8] à l’emplacement du puits antique de Bir el-Hammamat dans la cour de l'ancien fort romain[77]. Ce puits était encore en excellent état au siècle suivant mais peu utilisé en raison de son eau passablement saumâtre. Le puits a perdu son importance depuis que les pèlerins de la Mecque ne passent plus par la vallée[14].

En 1890, l’ingénieur Charles Nicour a été chargé de travaux de repérage afin de déterminer la possibilité d'aménager une voie de chemin de fer entre Qena et Al-Qusair à travers le ouadi Hammamat et l’ancienne route caravanière[78],[22]. C'est finalement une route carrossable qui a été construite[10]: l'actuelle route 256 (ou route Qift-Al-Qusair)[2]. Cette route suit presque exactement le tracé de la voie antique à l'exception des gorges de Bir el‑Sid. La route antique privilégiait le passage par le oadi Fawakhir afin d'éviter les gorges de Bir el‑Sid qui étaient très difficilement praticable jusqu'aux travaux d’élargissement modernes[22]. Les deux tracés se rejoignent dans le ouadi Abu Ziran qui continue la route vers l'est[16]. La construction de la route a causé la destruction des vestiges du sanctuaire ptolémaïque de Min à Bir el-Fawakhir[62].
Le ouadi Hammamat a été étudié par les premiers explorateurs européens du XIXe siècle (James Burton, Émile Prisse d'Avesnes, Karl Richard Lepsius, Vladimir Golenichtchev...). Tous ont noté la richesse des inscriptions hiéroglyphiques sur les roches de la vallée[3].

G. W. Murray a été le premier à identifier les mines du papyrus minier de Turin au Ouadi Hammamat et aux vallées voisines[79],[46]. Cela a ensuite été confirmé par Georges Goyon[17],[46].
A la fin des années 1980, l'Institut français d'archéologie orientale a effectué un travail de prospection épigraphique au Ouadi Hammamat. L'objectif de cette mission consistait au repérage et à la vérification des textes connus, à la recherche de graffitis nouveaux, ainsi qu'à l'établissement d'un plan topographique du site. L'équipe a trouvé deux-cent-cinquante inscriptions nouvelles, dont un long texte du règne de Mérenrê, une inscription du Moyen Empire et quelques graffitis du Nouvel Empire[27].
De nos jours, le Ouadi Hammamat marque la frontière entre le gouvernorat de Qena et celui de la Mer-Rouge[2]. La zone est toujours exploitée pour son or[80], notamment le oadi el-Sid[11].
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]Références
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Liens externes
[modifier | modifier le code]- (en) « El-Hammamat (quarries) », sur https://desertnetworks.huma-num.fr/
- (en) « Wadi Hammamat », sur Flickr
