Heinrich Meier
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Heinrich Meier (né le 8 avril 1953) est un philosophe allemand. Il a publié des travaux sur des sujets tels que la philosophie politique, la théologie politique, Jean-Jacques Rousseau, Leo Strauss et Carl Schmitt.
Il a dirigé la Fondation Carl Friedrich von Siemens de 1985 à 2022. Professeur invité au Committee for Social Thought de l'Université de Chicago, il a été la cheville ouvrière, avec son épouse Wiebke Meier, de l'édition en 4 volumes des Gesammelte Schriften de Leo Strauss, publiés par Felix Meiner Verlag[1] (Stuttgart) à partir de 1996.
Biographie
[modifier | modifier le code]Dans sa jeunesse, H. Meier s'engage en politique radicale, tant comme nationaliste que comme socialiste, mais finit par se désillusionner de ces deux idéologies. Il commence sa carrière universitaire par des études sur Jean-Jacques Rousseau, en publiant une édition critique bilingue français/allemand commentée du Discours sur l'Origine et les Fondements de l'inégalité parmi les Hommes[2]. Il se concentre ensuite sur la théologie politique, Friedrich Nietzsche et Leo Strauss[3].
Meier et Schmitt
[modifier | modifier le code]L'ouvrage de Meier, Carl Schmitt et Leo Strauss : Le dialogue caché (1988)[4], porte sur les échanges intellectuels, tant publics que privés, entre Carl Schmitt et Strauss[5]. Meier soutient que la théologie politique est au cœur de l'œuvre de Schmitt et que son influence sur Strauss a été considérable.
Dans La leçon de Carl Schmitt : quatre chapitres sur la distinction entre théologie politique et philosophie politique (1994)[6], Meier analyse plus en détail Schmitt en tant que théologien politique[7].
Meier et Leo Strauss
[modifier | modifier le code]Meier va entreprendre ensuite l'édition des œuvres complètes de L. Strauss en allemand, dont le premier volume est publié en 1996[8],[9] Son ouvrage, Leo Strauss and the Theologico-Political Problem (2003), évalue Strauss et ses critiques, dans le but d'encourager l'autocritique chez les philosophes[10]. L'ouvrage soutient que la principale préoccupation de Strauss n'a jamais été la politique, mais le conflit entre la raison et la révélation[9]. On peut trouver en traduction française l'essai de H. Meier sur la question théologico-politique traitée par Leo Strauss, dans un petit ouvrage publié aux éditions Bayard, Leo Strauss: le problème théologico-politique [11].
Robert Howse critique l'interprétation que donne Meier de la relation entre Schmitt et Strauss, arguant que Meier exagère l'influence de Schmitt sur Strauss et lui confère une dimension politique infondée. Howse soutient que la relation entre Strauss et Schmitt était purement professionnelle et académique (c'est Schmitt qui permet à Strauss d'obtenir une bourse afin d'aller étudier Hobbes en Angleterre)[12].
Points de vue critiques de H. Meier
[modifier | modifier le code]L'interprétation de Heinrich Meier, qui caractérise la pensée de Carl Schmitt principalement comme une forme de théologie politique, a été remise en question par Hugo Herrera . Dans Carl Schmitt entre rationalité technologique et théologie (2020), Herrera soutient que cette thèse repose sur une base textuelle limitée et ne rend pas suffisamment compte de la structure argumentative plus large de l'œuvre de Schmitt[13]. Selon Herrera, les passages cités par Meier ne démontrent pas de manière concluante que la doctrine de Schmitt est fondée sur des prémisses théologiques. Herrera affirme que les réflexions de Schmitt sur le politique s'appuient largement sur des arguments philosophico-anthropologiques et philosophico-politiques concernant le conflit, la gravité existentielle et la structure des communautés politiques[13]. Herrera soutient en outre que l'interprétation de Meier tend à privilégier les énoncés à résonance théologique tout en accordant moins d'attention aux passages où Schmitt prend explicitement ses distances avec la théologie ou souligne l'autonomie méthodologique de la pensée juridique. À cet égard, Herrera soutient qu’interpréter Schmitt principalement à travers le prisme de la théologie politique risque d’obscurcir le cadre herméneutique plus large dans lequel Schmitt situe le droit comme un mode de compréhension distinct positionné entre la rationalité technologique et la théologie[13]. Contrairement à l’interprétation de H. Meier, le philosophe allemand Karl Löwith avait soutenu que la révision par Schmitt du concept de politique était un acte opportuniste, en réponse à son implication dans le nazisme [14].
De 1985 à 2022, H. Meier a été directeur général de la Fondation Carl Friedrich von Siemens (Carl Friedrich von Siemens Stiftung), ce qui lui a permis d'organiser de nombreuses conférences et publications. Depuis 1999, il enseigne en tant que professeur honoraire à l'Université Ludwig Maximilian de Munich.
Quelques références
[modifier | modifier le code]- Sur le site Cairn, les publications de Meier dans la la revue Commentaire
- La page du Carl Siemens Stiftung où on peut retrouver les activités du Stiftung et ses diverses contributions académiques.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ « Leo Strauss: Gesammelte Schriften », sur meiner.de (consulté le )
- ↑ H. Meier, J.-J. Rousseau, Diskurs über die Ungleichkeit. UTB Schöningh, 1984.
- ↑ (de) Jürgen Kaube, « Zu wissen ist, wie wir leben sollen », Frankfurter Allgemeine Zeitung, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Traduction française : F. Manent. Leo Strauss/Carl Schmitt: un dialogue entre absents. Julliard/Commentaire, 1990.
- ↑ Statham, « Carl Schmitt, Leo Strauss, and Heinrich Meier: A dialogue within The Hidden Dialogue », Political Science Reviewer, vol. 27, , p. 209 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Traduction française F. Manent. Éditions du Cerf, 2014.
- ↑ (de) Knoppe, « Heinrich Meier: Die Lehre Carl Schmitts », Philosophischer Literaturanzeiger, vol. 49, no 2, , p. 147 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Le premier volume concerne les écrits de jeunesse et la Critique de la religion par Spinoza.
- 1 2 Damon Linker, « The Philosopher and Everyone Else », The New Republic, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Plax, « Reviewed Work: Leo Strauss and the Theologico-Political Problem by Heinrich Meier, Marcus Brainard », History of Political Thought, vol. 28, no 3, , p. 558–562 (JSTOR 26222658)
- ↑ On peut lire une recension critique de l'ouvrage par W. Lesch dans la Revue théologique de Louvain
- ↑ Benhabib, « Book Review: Leo Strauss: Man of Peace, by Robert Howse », Political Theory, vol. 45, no 2, , p. 273–277 (DOI 10.1177/0090591715627317)
- 1 2 3 Hugo E. Herrera, Carl Schmitt between Technological Rationality and Theology: The Position and Meaning of His Legal Thought, Albany, State University of New York Press, , 2–4 p. (ISBN 9781438478777)
- ↑ K. Löwith, pourchassé lui-même par le nazisme et réfugié en Italie et au Japon, avait été un critique très acerbe de Schmitt et de Heidegger; voir à ce sujet son Heidegger: Denker in dürftiger Zeit. J. B. Metzler Verlag, 2022. Voir le site de l'éditeur.
