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Domination

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Pour sujétion, voir autres significations dans le Wiktionnaire.

La domination est un processus en sciences sociales qui engendre une situation dans laquelle une identité sociale (individu ou institution) est en position d'imposer son autorité. Ce déséquilibre structurel n'est pas systématiquement perçu comme étant inégalitaire, mais ce sont à ceux-ci que les sciences sociales se sont le plus intéressées.

Étymologie

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Domination vient du latin dominus, lui-même dérivé du mot domus signifiant maison.

Dans son sens originel, le terme se réfère à la relation d'autorité du maitre de maison et la façon dont elle est exercée. Elle implique cependant toujours une asymétrie des positions sociales : Dieu est défini en théologie comme étant la formalisation de l'univers visible et invisible, tandis que les hommes se placent les uns par rapport aux autres dans une relation d'apprentissage.

Il peut aussi s'agir d'une forme locutive pour souligner l'importance d'un élément signifiant dans un environnement donné, comme dans l'expression « la montagne domine la plaine ».

Dans le Livre de la Genèse

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Dans le premier livre de la Bible, la Genèse, l'homme, créé à l'image de Dieu, est appelé à exercer une domination sur les animaux et sur la terre :

« Dieu dit : « Faisons l'homme à notre image, à notre ressemblance ! Qu'il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. » (Gn, 1, 26, traduction de la Bible Segond 21) »

« Dieu les bénit et leur dit: « Reproduisez-vous, devenez nombreux, remplissez la terre et soumettez-la ! Dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel et sur tout animal qui se déplace sur la terre ! » (Gn 1, 28, traduction de la Bible Segond 21) »

En 1967, le médiéviste américain Lynn Townsend White, jr publie l'article « Les racines historiques de notre crise écologique » dans la prestigieuse revue américaine Science, article qui deviendra une référence pour la plupart des mouvements écologistes. Pour White, historiquement l'Occident a choisi une domination despotique sur la nature qui aurait irrigué toute la pensée occidentale. De cela, tout le reste découle, notamment notre asservissement à la technique. Le pape François, dans l'encyclique Laudato si' (2015), répond à ces accusations lancées contre la pensée judéo-chrétienne :

« Il a été dit que, à partir du récit de la Genèse qui invite à « dominer » la terre (Gn 1, 28), on favoriserait l’exploitation sauvage de la nature en présentant une image de l'être humain comme dominateur et destructeur. Ce n’est pas une interprétation correcte de la Bible, comme la comprend l’Église. S’il est vrai que, parfois, nous les chrétiens avons mal interprété les Écritures, nous devons rejeter aujourd’hui avec force que, du fait d’avoir été créés à l’image de Dieu et de la mission de dominer la terre, découle pour nous une domination absolue sur les autres créatures. Il est important de lire les textes bibliques dans leur contexte, avec une herméneutique adéquate, et de se souvenir qu’ils nous invitent à « cultiver et garder » le jardin du monde (cf. Gn 2, 15)[1] »

Ainsi, les hommes et les femmes étaient invités à remplir, dominer et cultiver la terre en communion avec Dieu, en tant qu'être humains créés à son image (Gn 1, 26), capables de penser et d'agir avec amour et justice pour leurs vis-à-vis. Il ne s'agissait pas pour eux d'exercer leur tyrannie sur la création, mais plutôt d'en prendre soin pour le bien de toutes les créatures et pour la gloire du Créateur. C'est l'un des sens du verbe hébreu radâ que l'on traduit par « dominer »[2].

Époque moderne

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Étienne de La Boétie (1530-1563) publie en 1576 le Discours de la servitude volontaire, qui met en cause la légitimité des gouvernants, nommés tyrans.

Montesquieu (1689-1755) écrit De l'esprit des lois, au temps de la monarchie absolue, livre dans lequel il prône notamment la Séparation des pouvoirs, principe (distinction des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire) de base de la république.

Époque contemporaine

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En sciences sociales, c'est principalement autour des travaux de Max Weber et de Karl Marx que la notion de domination a été débattue, au départ.

Conception weberienne

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La définition que Max Weber (1864-1920) offre de la domination est : « toute chance qu'a un individu de trouver des personnes déterminables prêtes à obéir à un ordre de contenu déterminé ». Pour Weber, la domination permet, par exemple à l'État (institution sociale) de posséder les moyens légitimes de la violence et de la coercition (la police, le droit, etc.). Pour lui, la domination est toujours légitime, puisque l'activité sociale lui donne forme.

Il propose trois formes de domination[3] :

  1. La domination traditionnelle, qui repose sur la croyance coutumière et quotidienne en la sainteté des traditions valables en tout temps et sur la croyance en la légitimité de ceux qui sont appelés à exercer la domination par ces moyens ;
  2. La domination charismatique, qui repose sur la soumission au caractère exceptionnel, sacré, à la vertu héroïque ou à la valeur exemplaire de la personne qui exerce le pouvoir ;
  3. La domination rationnelle-légale ou légale-rationnelle ou bureaucratique, qui repose sur la croyance en la légitimité des règles légales adoptées et du droit de donner des directives qu'ont ceux qui exercent la domination par ces moyens.

Ces formes de domination découlent d'une logique de rationalité limitée.

Max Weber considère la domination comprise comme étant légitime, puisque selon lui elle repose sur la contingence d'actions sociales, ce qui lui donne sa légitimité sociale : le voleur, en se cachant de la police, légitime la domination comme forme de justice.

Conception marxiste

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Chez Karl Marx (1818-1883), la domination est vue comme un rapport de force inégalitaire, asymétrique mais non injuste du point de vue du droit bourgeois, car l'extorsion de la plus-value se produit au sein d'un contrat de travail[4].

Ce sont les différences et asymétries de classes, de la place dans les rapports de production, qui déterminent les inégalités sociales et politiques[5].

Conception contemporaine

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Si la domination est effectivement toujours légitimée, aux vues des actions sociales, elle ne se rapporte pas systématiquement à une inégalité sociale.

D'autre part, le sociologue Pierre Bourdieu (1930-2002) a décrit et souligné les mécanismes de reproduction des rapports sociaux de domination.

Acception économique

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L'abus de position dominante est le comportement d'une entreprise profitant de sa position pour influencer la structure d'un marché.

Pour François Perroux, la domination caractérise d'une manière générale le fait qu'une entité économique est capable de mobiliser à son profit des effets d'asymétrie qui lui permettent d'influencer de façon forte et durable d'autres entités ou acteurs économiques et d'en tirer bénéfice.

Notes et références

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  1. Adrien Louandre, « Lynn White : le christianisme à l’origine de la crise écologique ? », sur collectif-anastasis.org (consulté le )
  2. Frédéric Baudin, La Bible et l'écologie, Excelsis, 2020, 2e édition révisée et augmentée, p. 24
  3. Max Weber, Économie et Société Wirtschaft und Gesellschaft »], (1re éd. 1921).
  4. Pascal Bailly, « Conflits de classes et changement social chez Marx », sur ac-grenoble.fr : « la force de travail a la caractéristique de créer plus de travail que n’en nécessite son entretien. La plus-value est cette valeur supplémentaire produite par le salarié que le capitaliste s’approprie gratuitement et légalement (il y a un contrat de travail qui est passé entre eux) »
  5. Karl Marx, Critique du programme de Gotha, 39 p. (lire en ligne), Au lieu de la vague formule redondante qui termine le paragraphe : «éliminer toute inégalité sociale et politique», il fallait dire : avec la suppression des différences de classe s'évanouit d'elle-même toute inégalité sociale et politique résultant de ces différences (p.13)

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Articles connexes

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Liens externes

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