L'INDUSTRIE FRANÇAISE DES DÉCHETS DE SOIE (1)
par Ch.-P. PÉGUY
L'objet de cette note est de rendre compte aux lecteurs de la Revue d'une industrie peu connue : aussi bien l'ouvrage essentiel qui nous a servi de guide se trouve-t-il, par ses conditions mêmes de publication, peu accessible aux géographes 2.
Par suite de son extrême richesse la soie est, de toutes les matières premières industrielles, celle sans doute qui donna lieu aux premiers essais de « récupération ». Ainsi naquit très tôt, à côté de l'industrie classique du dévidage de la soie, une industrie mineure de peignage et de filature de déchets de soie. Rien de plus varié d'ailleurs que la nature de ces déchets dont un esprit d'invention sans cesse en éveil a permis successivement l'utilisation. Il y a d'abord les cocons percés par l'éclosion du ver et, d'une façon générale, les cocons anormaux indévidables, il y a la partie externe des cocons normaux formant une sorte de feutre (frisons ou strusi) ; il y a les multiples déchets de la fabrication de la soie grège elle- même (bourre de soie ou strazza) ; il y a enfin les cocons de certains vers à soie sauvages, dits « tussah » 3. D'où peuvent venir ces matières premières originales? L'Italie et la France sont restées jusque vers 1850 les premiers producteurs de déchets de soie. Mais
1 Le terme de schappe prévaut aujourd'hui comme désignation générale des textiles dérivés de ces déchets. Le terme de fleuret était le plus usuel au siècle dernier. On ne possède de ces deux mots que des etymologies fantaisistes. - Voir, infra, Bibliographie (1924). M. G. Guérin, directeur de l'usine de Briançon, a bien voulu me donner verbalement quelques détails sur la vie de la S. I. S. postérieurement à 1924 et relire le manuscrit de cette note. Qu'il trouve ici mes bien vifs remerciements. 3 La filature des cocons percés est attestée en Italie, à Lucques, dèb le treizième siècle; elle se répandit de là en Suisse. En France, ce textile fut pendant longtemps considéré comme une contrefaçon de la vraie soie et sa fabrication interdite comme telle, notamment par des ordonnances de 1265 et de 1499. Ce fut sans doute au temps de la Renaissance que cette sévère proscription fut définitivement levée.




















