Enregistreur à fil

Un enregistreur à fil ou magnétophone à fil est un appareil servant à enregistrer des sons sur un fil en acier ou en acier inoxydable, dits fils magnétiques.
Principe
[modifier | modifier le code]Origines : le télégraphone
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Le premier enregistreur à fil est le télégraphone de Valdemar Poulsen inventé en 1898, présenté à l'Exposition universelle de 1900 à Paris : son fonctionnement est fondé sur un fil en acier, magnétisé à l'enregistrement[1].
Après l'invention du télégraphone de Poulsen, des machines similaires, destinées à l'enregistrement téléphonique et à la dictée (dictaphones) sont fabriquées et distribuées par de multiples sociétés, principalement l'American Telegraphone Company, durant les années 1920 et 1930, mais leur utilisation reste très limitée. Les dictaphones concurrents et les enregistreurs Ediphone, qui utilisent toujours un système mécanique à cylindre phonographique en cire, restent la norme à cette époque.
Le Télégraphone est un échec commercial mais le principe est prometteur et d'autres produits vont l'exploiter.
Améliorations
[modifier | modifier le code]La technologie du fil magnétique est reprise par les enregistreurs à fil développés et commercialisés peu après et jusqu'au début des années 1950, principalement employés comme dictaphones ou enregistreurs téléphoniques. Ces modèles plus récents utilisent soit un fil d'acier comme le télégraphone, soit un fil en acier inoxydable.
Sur le télégraphone originel de Poulsen, ainsi que les tout premiers enregistreurs basés sur le même principe, les pôles de la tête de lecture et d'enregistrement est placée de part et d'autre du fil magnétique. Il est ainsi magnétisé transversalement par rapport à son sens défilement. Cette méthode est toutefois entachée d'un défaut mécanique : si le fil se tord pendant son défilement, l'angle des têtes par rapport au fil peut se décaler au point de ne plus pouvoir en tirer de signal audible[1].
La solution, sur les modèles ultérieurs, a consisté à placer les deux pôles du même côté du fil, pour une magnétisation longitudinale. De plus les pôles ont été réusinés en forme de V, afin que le fil passe partiellement « dans » la tête de lecture et d'enregistrement, au lieu de simplement défiler parallèlement à elle. Cela a pour effet d'améliorer la sensibilité de la tête aussi bien à l'enregistrement — par une magnétisation plus puissante — qu'à la lecture, la tête étant soumise à un flux magnétique plus important de la part du fil. Ce système ne résout pas totalement le problème de torsion mais le réduit sensiblement.
Comparativement aux magnétophones à bande magnétique, les lecteurs-enregistreurs à fil magnétique ont une vitesse de défilement nettement supérieure, rendue nécessaire par l'emploi d'un média en acier constitué d'un seul fil[2]. La vitesse de défilement nominale des enregistreurs postérieurs à la Seconde Guerre mondiale est de 610 mm/s, ce qui fait qu'une bobine de fil magnétique d'une capacité d'une heure mesure environ 2 200 m. Cette longueur impressionnante tient néanmoins dans une bobine de moins de 76 mm de diamètre, du fait de l'extrême finesse du fil d'acier : 0,10 à 0,15 mm pour les derniers modèles vendus, à comparer au média de 0,25 mm utilisé sur le premier télégraphone de Poulsen en 1898[3].
Histoire commerciale
[modifier | modifier le code]Expansion après la Seconde Guerre mondiale
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L'enregistrement sur fil magnétique connaît son apogée approximativement entre 1946 et 1954, à la suite de nombreuses améliorations techniques et du développement de machines peu coûteuses à produire, dont la Brush Development Company de Cleveland, dans l'Ohio, et l'Armour Research Foundation assurent la vente de licences à l'international[4]. L'Armour Institute of Technology devient ultérieurement l'IIT Research Institute de l'Illinois Institute of Technology. Les deux sociétés distribuent des licences à des dizaines de fabricants aux États-Unis, en Europe et au Japon comme Wilcox-Gay, Pierce, Webcor et Air King[4]. Le décollage des ventes incite Sears à produire son propre modèle[5] et des auteurs se lancent dans l'écriture de manuels techniques spécialisés[6],[7].
Ces enregistreurs à fil magnétique ne sont pas uniquement destinés au monde professionnel mais sont aussi vendus comme appareils récréatifs domestiques, offrant de nombreux avantages sur les enregistreurs concurrents basés sur des disques en acétate, de plus en plus utilisés pour créer de courts enregistrements familiaux ou enregistrer des émissions de radio. Contrairement au disque, non réutilisable, le fil magnétique peut être effacé et réemployé, et offre de plus une capacité d'enregistrement bien plus longue que les quelques minutes d'un disque en acétate.
Les tout premiers magnétophones à bande magnétique, commercialisés à partir de 1948 aux États-Unis, sont d'abord trop chers, trop encombrants, lourds et complexes pour concurrencer les enregistreurs à fil auprès du grand public[4]. Néanmoins la situation change durant la décennie suivante, alors qu'apparaissent des magnétophones plus abordables, simples et compacts, aptes à satisfaire la demande tant des professionnels que des particuliers. Leur essor signe la fin des enregistreurs à fil magnétique dans l'immense majorité des applications[4].
L'enregistrement sur fil magnétique connaît néanmoins deux applications particulières qui assurent un temps sa survie. D'une part, sa compacité extrême permet de créer des enregistreurs miniaturisés très discrets comme le Minifon de Protona, commercialisé dans les années 1960[8]. D'autre part, la grande résistance du fil d'acier comparativement aux bandes magnétiques fait qu'il est utilisé dans les enregistreurs de vol à partir du début des années 1940 et jusque dans les années 1950, puis dans d'autres enregistreurs nécessitant les mêmes qualités de résistance et de compacité comme des enregistreurs de données destinés aux premiers satellites jusqu'à une date indéterminée.
Déclin
[modifier | modifier le code]La brève apogée de l’enregistrement à fil dure de 1946 à 1954. Il en résulte de nombreuses améliorations techniques et le développement de modèles bon marché par Brush Development Company et Armour Research Foundation de l’IIT[4]. Parmi ces améliorations figure d'abord celle de la tête de lecture qui prend la forme d'un V, puis celle des médias eux-mêmes, rendus plus solides et plus compacts par l'utilisation d'acier inoxydable, qui permet des durées d'enregistrement très longues par rapport aux médias concurrents de l'époque jusqu'à l'avènement de bandes magnétiques elles-mêmes compactes et à défilement lent[1].
La maîtrise des matières plastiques permet la fabrication de bande magnétique à enduit d'oxyde métallique magnétique à partir de 1935. Le nouveau support est largement supérieur dans de nombreux domaines et connaît une expansion rapide dès avant la Seconde Guerre mondiale chez les professionnels, puis dans les années 1950 chez les particuliers[9].
L'enregistreur à fil est définitivement détrôné par le magnétophone qui, durant les années 1950, devient plus compact, moins complexe d'utilisation et plus abordable financièrement[1]. Le magnétophone lui-même continue d'être utilisé par les professionnels dans les studios d'enregistrement car les plus élaborés permettent un enregistrement multipiste — de quatre, dans les années 1960, à 24 à partir du Sony MCI JH 24 de 1976, puis 32 sur les derniers modèles — tandis que le grand public se tourne vers des médias plus faciles à manipuler que les bandes libres, comme la cartouche audio et surtout la cassette audio, jusqu'à l'avènement du numérique.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Wire recording » (voir la liste des auteurs).
- 1 2 3 4 Paul Charbon, Waldemar Poulsen et son télégraphone, Centre de recherche sur la culture technique, Neuilly-sur-Seine, (lire en ligne)
- ↑ (en) « Wire Recording, Preservation Self-Assessment Program », sur psap.library.illinois.edu (consulté le )
- ↑ (en) Semi J. Begun, Magnetic Recording, Rinehart & Company, New York, , 135–56 p. (lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 (en) David Morton, « Armour Research Foundation and the Wire Recorder: How Academic Entrepreneurs Fail », Technology and Culture, Society for the History of Technology, vol. 39, no 2, , p. 213–244 (ISSN 0040-165X)
- ↑ (en) Sears Roebuck Co., Parts List and Instructions for Installing & Operating Your Silvertone Superheterodyne Radio Receiver with Wire Recorder, circa 1949, 14 p.
- ↑ (en) Reginald Hickman et Beatty Elwick, Magnetic Recording Handbook: Theory, practice and servicing of domestic and professional tape and wire recorders, George Newnes, Londres, Angleterre, , 176 p.
- ↑ (en) Howard W. Sams, Automatic Record Changer Service Manual - Including Wire, Ribbon, Tape and Paper Disc Recorders, Sams, Indianapolis,
- ↑ (en) « Protona Minifon Special », sur cryptomuseum.com (consulté le )
- ↑ (en) Doug Jones et Dale Manquen, « 28. Magnetic recording and Playback », dans Glen Ballou (dir.), Handbook for Audio Engineers, New York, Focal Press, , p. 1041.
